Mardi 5 Avril 2039, 20h47.
Rosie raccrocha son téléphone en affichant un sourire satisfait. Elle se tourna fièrement vers Hank et Connor qui revoyaient quelques détails de leur affaire en cours dans la cuisine.
"Ma porte est réparée les gars !" Annonça-t-elle.
Les deux levèrent la tête d'un même mouvement pour tourner leurs regards vers la jeune femme.
"C'est une bonne nouvelle !" S'enthousiasma Connor en lui souriant.
"Mais t'emballe pas trop." Prévint Hank. "Je préfère que tu restes ici jusqu'à ce qu'on retrouve l'enfoiré qui a pété ta serrure."
"Et si ça met deux ans, je fais quoi ? Je ramène mon armoire ici ?" Se plaignit Rosie.
"On est sur une piste." Avoua-t-il en se levant pour s'avancer vers le canapé. "Un type correspondant à sa description a été vu trainant près d'un squat à junkie à Woodbridge."
"Woodbridge..." Souffla doucement Rosie. "C'est pas très loin d'ici."
"Raison du plus pour que tu restes ici le temps qu'on le chope." Répliqua Hank en allumant la télé avant de se laisser tomber sur le canapé. "On fait un pause Connor, j'en peux plus de cette paperasse."
Connor approuva d'un signe de tête et commença à ranger le dossier. Rosie, légèrement soucieuse, récupéra le livre qu'elle avait posé sur la table basse et repris sa lecture là où elle avait dû l'interrompre à cause de son appel. Elle avait cependant du mal à se concentrer. Savoir Mike dans les environs l'inquiétait, même s'il y avait peu de chance qu'il vienne la chercher chez Hank. Malgré tout, elle savait qu'il fallait qu'elle reste prudente. Elle jeta un coup d'œil discret vers Connor qui finissait de rassembler les papiers étalés sur la table. Si elle avait été quelque peu réticente au début, elle devait avouer qu'elle lui était reconnaissante de l'accompagner dans quasiment tous ses déplacements à l'extérieur. Sa présence la rassurait. Ils avaient repris une relation quasi-normale depuis quelques jours, et cela lui faisait du bien. Elle avait réussi à faire taire les voix dans sa tête qui lui hurlaient à quel point il pouvait être mignon quand il affichait son petit air inquiet, ou qui sous-entendait que certaines de ses phrases pouvait être à double-sens.
L'androïde les rejoignit dans le salon quelques instants plus tard, alla poser le dossier qu'il tenait en main sur le bureau de Hank et s'installa dans le fauteuil. Hank avait mis une chaine d'informations nationales. Il s'intéressa un instant aux actualités, son esprit toujours occupé par l'affaire sur laquelle Hank et lui planchaient depuis plusieurs jours. Ils n'avançaient pas, ou alors très lentement, et cette histoire avec Rosie ne l'aidait pas vraiment à se focaliser sur son travail.
Hank zappa plusieurs fois, changeant de programme tous les quarts d'heure, ne trouvant rien digne d'intérêt. Un bruit attira soudain l'attention des trois résidents. Le bruit très clair d'une voiture s'avançant dans l'allée de la maison. Tous les regards se tournèrent vers la porte, alors qu'un rayon de lumières provenant des phares filtra à travers les fenêtres. Rosie lança un regard inquiet à Hank qui semblait tout aussi étonné qu'elle de recevoir de la visite. La jeune femme commença à sentir l'adrénaline pulser dans ses veines. Son rythme cardiaque s'accéléra d'un coup. Elle passa rapidement son regard entre la porte, Hank et Connor, attendant de voir leurs réactions. Tous deux restaient pourtant immobiles, les yeux rivés sur la porte d'entrée. Les phares s'éteignirent, le bruit du moteur cessa.
Lentement, Rosie posa son livre sur la banquette du canapé. Elle sentait tous ses membres se mettre à trembler. Ça ne pouvait pas être possible. Ça ne pouvait pas être lui ! Comment l'aurait-il retrouvé ? Elle entendit une portière se claquer, suivit par des pas se rapprochant de la maison. Sa respiration s'intensifia. Elle n'arrivait plus à réfléchir. Seule une peur sourde inondait à présent son esprit.
Trois coups furent fortement frappés sur la porte. Prise de panique, Rosie sauta du canapé et se précipita dans la chambre de Hank. Elle claqua et verrouilla la porte derrière elle. Ses mains tremblaient, son cœur battait si fort qu'il lui faisait mal. Elle tourna la tête pour constater que par chance, les stores étaient tirés, occultant la vue depuis l'extérieur. Elle s'élança à travers la pièce et alla se recroqueviller dans le coin près de la fenêtre, comptant sur l'angle-mort pour ne pas se faire repérer. Elle rapprocha ses cuisses contre sa poitrine, bloquant presque sa respiration, enfouissant sa tête sur ses genoux. Elle ne bougea plus, attendant, essayant de faire le moins de bruits possible.
Hank et Connor s'étaient lentement levés après la fuite de Rosie. Pendant que le Lieutenant s'avançait d'un pas prudent vers la porte, l'androïde alla se placer à l'entrée du couloir, bloquant le passage. Aucun des deux n'osa parler. Hank lança un regard entendu à Connor qui lui répondit d'un simple hochement de tête. Il mit enfin sa main sur la poignée et ouvrit la porte. En face de lui apparut un homme au visage rond d'une quarantaine d'années.
"Ben ?!" S'étrangla Hank en le dévisageant. "Putain tu m'as foutu la trouille à te pointer à une heure pareille !"
"Bonsoir Hank, je vais bien merci et toi ?" Lui rétorqua Ben Collins avec ironie.
"Ouais, ouais, ça va." Bougonna le Lieutenant en laissant entrer son collègue.
Connor se sentit soulagé. Il salua Ben à son tour en s'éloignant légèrement de l'entrée du couloir.
"Qu'est-ce qui vous amène, officier ?" Demanda l'androïde, curieux de cette visite tardive.
"On a fait une descente dans le squat où on avait vu le type que tu recherchais." Dit-il en tournant son regard vers Hank. "Et on l'a chopé, ton gars. Il a été emmené au poste, on l'a mis en garde à vue."
Un poids immense sembla libérer la poitrine de Connor. Il avait été arrêté. Rosie ne risquait plus rien. Il tourna la tête vers la porte de la chambre de Hank. Il fallait qu'il lui dise. Il reporta son attention vers les deux policiers qui continuaient de discuter.
"Et t'avais besoin de te pointer chez moi à dix heures du soir pour m'annoncer ça ?" Râla Hank.
"Parce que t'as cru que j'allais remplir son dossier d'entrée à ta place ?" Répliqua Ben. "T'as voulu qu'on trouve ce gars, maintenant tu vas aller t'occuper de la paperasse."
"Rah putain tu fais chier." Souffla le Lieutenant avant de se tourner vers Connor. "Bon, j'vais aller m'occuper de ça. Toi, reste ici avec Rosie. Je serai pas long."
Connor approuva d'un hochement de tête. Hank attrapa son manteau en rouspétant et quitta la maison en compagnie de Ben.
Rosie restait immobile, ses yeux apeurés se posant un peu partout autour d'elle. Elle entendait des voix s'élever du salon sans pour autant comprendre ce qu'elles disaient. Puis le bruit de la porte, des pas marchant dehors, deux portières qui claquent. Un moteur, puis deux qui démarraient pour ensuite s'éloigner et la replonger dans le silence. Elle n'osait pas bouger. Elle ne comprenait rien à ce qu'il se passait. Qui avait frappé à la porte ? Était-ce vraiment Mike ? Mais pourquoi avait-elle entendu deux voitures ? La situation lui rappela la fois où un faux Connor avait débarqué ici et l'avait menacée d'une arme pour emmener Hank elle ne savait où. Et s'il s'était passé la même chose ? Tout s'embrouillait dans sa tête.
La poignée de la porte de la chambre tourna soudain. Rosie sursauta, resserrant un peu plus ses jambes contre elle. Elle inspira doucement et bloqua sa respiration pour faire le moins de bruit possible. Trois petits coups furent alors frappés à la porte.
"Rosie ?" Fit la voix étouffée de Connor. "Rosie, tu es là ? Tout va bien, c'était un collègue de Hank qui venait nous annoncer que ton agresseur avait été arrêté. Hank est parti au poste avec lui. Tu ne risques plus rien."
Rosie releva doucement la tête. Les mots s'infiltraient en elle lentement, comme s'il lui fallait du temps pour les assimiler. C'était fini ? Mike avait été arrêté ? Elle commença à bouger, au ralenti, et se redressa difficilement. Elle était restée tellement tendue que cela avait coupé une partie de sa circulation sanguine dans ses jambes. Elle tituba légèrement alors qu'elle s'avançait prudemment vers la porte. Elle attrapa la poignée et déverrouilla lentement la porte avant de l'ouvrir doucement. Elle passa sa tête pour croiser le regard inquiet de Connor qui se tenait juste derrière. Sans plus de retenue, elle se glissa hors de la pièce et vint entourer le torse de l'androïde de ses bras, le serrant légèrement contre elle, enfouissant sa tête contre son épaule.
Le corps tout entier de Connor se tendit de surprise au contact de la jeune femme. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle le prenne dans ses bras ainsi, et se sentait quelque peu désappointé. Il répondit cependant à son étreinte en venant enrouler ses bras autour de son épaule dans un geste réconfortant. Ils restèrent ainsi plusieurs secondes, laissant la tension retomber. Connor sentait la respiration de Rosie se calmer progressivement à mesure que son stress diminuait. Lentement, il retira ses bras et s'éloigna d'un pas. Elle le laissa faire et leva les yeux vers lui. Elle avait l'air épuisée.
"Tu devrais aller te reposer." Suggéra-t-il. "Je reste dans le salon, si tu as besoin de moi."
Il esquissa un geste pour s'éloigner, mais sentit aussitôt une main se saisir de la sienne. Il baissa les yeux pour voir les doigts de Rosie s'enrouler doucement autour de sa main.
"Est-ce que..."
Il releva son regard vers elle. Elle avait la tête baissée, les yeux fixés sur le sol, visiblement gênée. Elle remonta doucement les yeux, les posant un peu partout autour d'elle, évitant soigneusement ceux de l'androïde.
"Est-ce que tu veux bien... Rester un peu avec moi ?" Demanda-t-elle finalement d'une voix faible. "Je... Je me sens pas de rester toute seule..."
Il ne s'attendait pas du tout à ça. Il essaya d'étouffer la panique sourde qu'il commençait à sentir monter en lui. Comment devait-il réagir ? Devait-il accepter au risque de rendre la situation plus compliquée qu'elle ne l'était déjà ? Ou refuser au risque de la blesser ? Elle avait besoin de lui, aurait-il la force de la repousser quand il voyait l'état de détresse dans lequel elle se trouvait ?
Rosie leva lentement les yeux, et leurs regards se croisèrent. Il pouvait y lire tellement d'émotions que cela lui brisa le cœur. Si seulement il en possédait un... Elle avait l'air si fragile, sur le point de se briser, seulement retenue par sa main qu'elle serrait entre ses doigts. Ses yeux brillants. Ses joues légèrement roses. Ses lèvres à peine entrouvertes.
"Oui... Bien sûr." Souffla-t-il doucement.
Sans lâcher sa main, elle l'entraina doucement à l'intérieur de la chambre plongée dans la pénombre, uniquement éclairée par le lampadaire de l'autre côté de la rue. Elle le libéra finalement pour s'avancer dans la pièce alors que Connor se retournait pour refermer la porte derrière eux. Il fit ensuite volte-face pour voir Rosie, lui tournant le dos, retirer son pull et le jeter sans ménagement sur le lit avant de passer ses mains sous son t-shirt pour venir dégrafer son soutient gorge. Dire que cela ne le mettait pas extrêmement mal à l'aise aurait été le plus grand des mensonges. Il détourna les yeux alors qu'elle passait les bretelles de son sous-vêtement le long de ses bras pour le retirer. Elle avait beau avoir gardé son t-shirt, il trouvait ça tellement intrusif de la regarder alors qu'elle se déshabillait. Il osa un regard au bout de quelques secondes, la trouvant à présent assise sur le bord de lit, en train de retirer son jean pour le laisser en boule sur le sol.
Sa panique augmenta d'un cran. Il se demanda un instant s'il avait vraiment eu raison d'accepter de rester avec elle. Lui tenir compagnie était une chose. Lui tenir compagnie alors qu'elle était en petite tenue en était une autre. Il n'avait aucune idée de quoi faire à présent et resta figé devant la porte, le regard perdu dans la contemplation du papier-peint bariolé de la chambre de Hank.
"Connor ?"
La voix de Rosie était toute proche. Il tourna subitement la tête pour la retrouver à quelques pas de lui, le regard soucieux.
"Est-ce que tout va bien ?" Demanda-t-elle d'une voix douce emprunte d'inquiétude.
"Oui ! Oui, ça va." Répondit-il nerveusement.
Elle le regarda un instant, puis s'avança jusqu'au lit pour venir s'y installer. Combattant son stress, Connor la suivit lentement, et alla s'assoir au bord du lit opposé à celui où se trouvait déjà Rosie. Il profita du fait qu'il lui tournait le dos pour essayer de regagner son calme, et s'allongea finalement sur le dos à côté d'elle. Il n'osait même pas tourner la tête vers elle. Il n'avait jamais ressenti une telle peur. Bien sûr, il avait déjà eu peur. Mais jamais de cette manière. Pour la première fois de toute son existence, il avait peur de lui-même.
Réussirait-il à combattre ses sentiments s'il la regardait droit dans les yeux ? Arriverait-il à résister à ces nouvelles pulsions qui l'habitaient ? Pourrait-il surmonter cette envie viscérale qu'il avait de la prendre contre lui, de la toucher, de caresser sa peau qui semblait si douce ? Non, il ne devait pas céder ! Il devait résister, quoi qu'il en coûte. Il ne pouvait pas se laisser aller ainsi alors qu'elle était en état de faiblesse. Il refusait de profiter d'elle de cette manière. Pas après tout ce qu'elle avait vécu.
"Connor ?"
Il se tendit, et hésita une seconde. Lentement il tourna ses yeux, puis sa tête en direction de la jeune femme qui le regardait avec intensité.
Il ordonna intérieurement à son corps de ne surtout pas bouger.
"Je peux te poser une question ?" Lui demanda-t-elle en chuchotant.
"Oui, bien sûr." Répondit-il simplement.
"Qu'est-ce que ça t'a fait quand tu as compris que tu étais devenu déviant ?"
Connor la regarda avec surprise. Cette femme pouvait vraiment se montrer surprenante, toujours là où on ne l'attendait pas. Il tourna sa tête et fixa le plafond tout en réfléchissant. Ce qu'il avait ressenti ? Il fouilla un instant dans sa mémoire pour revenir à ce jour de novembre qui avait changé sa vie.
"C'était... C'était comme si je comprenais vraiment les choses pour la première fois. Comme si j'étais soudainement devenu lucide. Je ne réfléchissais plus uniquement par rapport aux ordres que je recevais. Et j'ai..." Il fronça légèrement les sourcils, cherchant ses mots. "J'ai commencé à ressentir des choses. Je ne savais pas ce que c'était d'avoir des émotions. Et soudain j'ai eu... Peur. Et en même temps je me sentais bien. C'est... C'est un peu difficile à expliquer." Bafouilla-t-il.
Rosie le fixait sans rien dire, attentive à chacun de ses mots. Elle observait les mouvements de ses lèvres, la courbe de son nez, les détails autour de ses yeux. Il y avait quelque chose d'apaisant chez lui.
"Et... Tu n'as jamais regretté ? Je veux dire, tu n'as jamais voulu redevenir comme tu étais avant ?"
Connor tourna légèrement ses yeux vers elle. Il devait avouer qu'il ne s'était jamais vraiment posé cette question. Il reporta son attention sur le plafond et s'humecta légèrement les lèvres. Il ne remarqua pas le léger mouvement presque imperceptible qu'eût Rosie à ce moment-là.
"Je... je n'y ai jamais réfléchi. Je ne crois pas non." Dit-il avant de marquer une brève pause. "Bien sûr il y a des fois où je me dis que ça aurait sans doute été plus simple, mais... J'aime celui que je suis devenu. Et je n'ai pas envie de faire une croix là-dessus."
Il était vrai que sans cette foutue déviance, il ne serait pas là à se poser mille et une questions sur ce qu'il pouvait ressentir pour la jeune femme étendue à côté de lui. Mais aurait-il été prêt à abandonner tout ça pour ne plus avoir à vivre ce dilemme ? Il était certain que non. Il aimait ressentir des choses, il aimait être vivant. Et jusque-là, personne ne l'avait fait se sentir aussi vivant que Rosie.
Connor n'avait sans doute pas la moindre idée de ce qui pouvait se passer dans la tête de la jeune femme à cet instant précis. Rosie luttait de toutes ses forces contre tout un tas de pensées qui lui traversaient l'esprit. Quelle idée elle avait eue de lui demander de rester avec elle ! Maintenant il fallait qu'elle gère avec ses hormones qui semblaient en ébullition. Il fallait qu'elle se calme, qu'elle reprenne le contrôle d'elle-même. Mais... En avait-elle réellement envie ?
Elle ignorait si ce qu'elle allait faire était une bonne idée, mais quelque part elle s'en fichait.
Rosie se décala lentement, se rapprochant de Connor dans un mouvement fluide jusqu'à ce que leurs corps ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. L'androïde tourna la tête vers elle quand il s'en rendit compte, prêt à lui demander ce qu'elle était en train de faire. Il n'eut cependant pas le temps d'ouvrir la bouche que déjà Rosie s'était saisie de son bras pour le soulever doucement. Se décalant encore un peu, la jeune femme alla placer sa tête contre l'épaule de Connor et s'y installa sans un mot.
Connor était tétanisé. Il était incapable de réfléchir, incapable d'émettre la moindre pensée. Il n'osait pas bouger, ne serait-ce que pour poser son bras autour d'elle. Que devait-il faire ? La repousser ? Accepter son étreinte ? Ça oui, il en mourrait d'envie ! Mais était-ce une bonne idée ? Il n'arrivait jamais à savoir quel était le bon choix à faire avec elle, et la spontanéité de la jeune femme avait tendance à lui faire perdre tous ses moyens.
Rosie se demanda un instant si elle n'avait pas fait une énorme erreur. Connor n'avait pas réagi et restait immobile depuis qu'elle était venue se lover contre lui. Était-elle allée trop loin ? Allait-il refuser sa présence auprès de lui ? Ou était-il juste trop surpris par son geste pour bouger ? Dans une ultime tentative de le faire réagir, elle fit doucement glisser son bras contre le ventre de l'androïde pour venir enlacer son torse, et se calla un peu plus contre lui. Elle ferma les yeux, attendant que le verdict final tombe. Soit ça passait, soit ça cassait.
C'était comme si tout son être était en train de hurler. Son niveau de stress venait de grimper en flèche alors qu'il avait senti la main de Rosie passer le long de son abdomen. Il n'avait plus vraiment le choix, à présent. Lentement, comme s'il avait peur qu'elle ne se brise à son contact, il abaissa le bras sur lequel elle avait posé sa tête pour venir entourer délicatement ses épaules. Il sentit Rosie pousser un soupir contre lui avant de se caler un peu plus confortablement contre son torse. Il baissa légèrement son regard vers elle pour constater que ses yeux étaient fermés. Connor se rappela soudain qu'avec le pique d'angoisse qu'elle avait eu un peu plus tôt dans la soirée, elle devait sans doute être épuisée. Ils restèrent donc ainsi, en silence, jusqu'à ce qu'il constate au bout de quelques minutes qu'elle avait fini par s'endormir contre lui.
Il était coincé, incapable de bouger sans risquer de la réveiller. Il se détendit légèrement, essayant de calmer ses émotions qui s'affolaient. Il se sentait affreusement bien avec le corps de Rosie contre le sien, mais aussi horriblement inconfortable. Comme si une voix lui criait que ce qu'il ressentait n'était pas bien, qu'il n'avait pas le droit d'éprouver ça pour elle. Qu'elle était une sorte d'entité inatteignable à laquelle il n'aurait jamais droit.
Il tourna les yeux vers elle. Elle avait l'air si calme, si paisible. Enfin apaisée. Tous les traits de son visage étaient détendus, ne laissant qu'une expression neutre et détendue qui lui allait vraiment bien. Il aurait pu passer sa soirée entière ainsi, à la regarder dormir. Et il se rendit compte alors qu'il comprenait enfin un concept qui, jusque-là, était resté assez vague pour lui : Il la trouvait jolie.
Pas jolie comme on peut trouver une fleur jolie. Pas jolie comme on pouvait trouver une peinture jolie. C'était au-delà de ça. C'était quelque chose de plus profond, de plus intense. Il n'avait jusque-là eu qu'une conception théorique de ce qu'était la beauté. C'était la première fois qu'il expérimentait cela avec ses sentiments. Ou du moins qu'il se penchait vraiment sur la question.
Il avait perdu la notion du temps. Depuis quand était-il allongé ici avec Rosie dans ses bras ? Il aurait été incapable de le dire. Au bout d'un moment qu'il lui avait paru à la fois interminable et beaucoup trop court, la jeune femme avait fini par se retourner dans son sommeil, se dégageant des bras de l'androïde. Libéré de son étreinte, Connor se releva et quitta discrètement le lit, faisant le moins de bruit possible pour éviter de la réveiller. Il jeta un dernier regard vers elle alors qu'il sortait de la chambre, refermant la porte derrière lui.
Tout cela était beaucoup trop pour son pauvre petit processeur qui commençait à surchauffer. Comment voulait-elle qu'il arrive à se contrôler en sa présence si elle se mettait à agir de la sorte avec lui ?
Il avait besoin de se changer les idées. Il se rendit dans le salon et commença à ranger tout ce qui pouvait trainer. Il en fit de même dans la cuisine, et en profita au passage pour nettoyer et remplir les gamelles d'eau et de nourriture de Sumo. Une fois cela fiat, il regarda une dernière fois autour de lui. Tout semblait en ordre. Il tourna en rond encore un moment avant d'abdiquer et de retourner dans sa chambre.
Alors qu'il entrait dans la pièce, sa diode se mit à clignoter de jaune. Il recevait un appel de Hank.
"Allô Connor ? Je vais partir du poste là. Comment va Rosie ?"
"Bien. Elle dort." Dit-il en refermant la porte du garage derrière lui.
"Okay... Il faudrait qu'on l'amène au poste demain. Si on n'a pas de plainte contre le connard qui s'en ai pris à elle, on va être obligé de le relâcher."
L'idée de savoir cet homme en liberté ne plaisait vraiment pas à Connor. Il promet de transmettre le message à Rosie dès qu'elle se réveillera le lendemain matin et raccrocha. Il s'avança jusqu'à son canapé et s'y installa en se disant que se reposer lui ferait du bien aussi. Ne plus penser. Ne plus réfléchir.
Il ferma les yeux et passa en mode repos.
