Chapitre XIV/
Je ne sais plus si je l'ai déjà dit mais ça fait si longtemps depuis le début de la fic que je peux toujours le redire : je me permets de prendre de grandes libertés avec les âges des chevaliers dans cette fic. Ce sera davantage visible plus tard. Quand on me dit que le Camus de l'anime que nous connaissons n'a que vingt ans, je trouve ça tellement pas crédible au vu de son allure que tant pis, moi je lui en donnerai 27 ! XD Voilà et il y aura d'autres entorses à l'histoire comme ça, sinon mon idée ne peut pas fonctionner.
Lorsque Gaëlle se réveilla, Sayuri était toujours à son chevet, le visage soucieux.
- Il ne s'est rien passé, dit-elle immédiatement.
- Quoi ?
- Tu n'as pas saigné. Pas la moindre trace indiquant que la potion ait marché. Est-ce que tu as mal au ventre ?
- Non…répondit Gaëlle, pâle comme une morte. Oh Sayuri…cette potion fonctionne sur les femmes normales mais sur les chevaliers ? Peut-être sommes-nous plus résistantes ?
- Peut-être que c'est ce bébé qui est plus résistant qu'un bébé normal !
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je ne sais pas s'il y a jamais eu d'autres cas comme toi mais…rien ne nous empêche de penser qu'un enfant de chevaliers peut hériter de la force ses parents.
Gaëlle retomba sur le matelas, à bout de nerfs et de recours.
- Sayuri…dit-elle la voix tremblante. Laisse-moi seule un moment, je t'en supplie.
- Qu'est-ce que tu vas faire ?
- Rien mais j'ai besoin de réfléchir…
- Bon d'accord, je vais m'entraîner un peu.
Sayuri non plus ne savait plus que faire ni penser de la situation. L'avortement était la seule solution et cela n'avait pas marché. Jamais Gaëlle ne pourrait aller s'adresser à un médecin comme n'importe quelle humaine normale car elle n'avait pas de papiers. Les chevaliers vivaient totalement hors du temps et du monde moderne et n'existaient sur aucun document officiel. Elle laissa donc son amie comme elle l'avait désiré mais se promit de se creuser encore la tête pour trouver une solution.
Une fois seule, Gaëlle se remit à pleurer avec le sentiment d'être prise au piège. Qu'allait-elle faire de cet enfant ? Et quand Camus reviendrait ? La seule pensée de lui dire ce qui se passait la glaça d'effroi. Il ne faisait aucun doute qu'il l'abandonnerait immédiatement. Il ne lui vint pas un instant l'idée qu'il l'aimait suffisamment pour l'aider et la soutenir. Quand bien même, cet enfant n'avait aucun avenir. Ni Camus, ni Gaëlle ne pourraient jamais quitter le Sanctuaire sous peine d'être accusés de trahison et poursuivis. Et si jamais, la nouvelle de sa grossesse était connue, Gaëlle serait exécutée comme s'étant parjurée de son serment envers Athéna.
Je suis perdue…
Aucune solution ne se présentait. Aucune…Sa main se crispa sur son ventre. Sur cet endroit de son corps qui la trahissait aussi cruellement. Elle haïssait de toutes ses forces sa féminité qui venait de briser sa vie. La nature était décidément trop injuste, pourquoi n'était-elle pas née homme ?
Si, il y avait une solution…La pire de toutes mais au fond, il valait mieux cela plutôt que d'attendre que son justaucorps réglementaire révèle son état. Elle n'en aurait que pour un mois ou deux. Et comme elle était une chevalière, entraînée à la dure et habituée à l'idée de la mort, cette solution ne l'effrayait pas. Mais elle avait d'affreux regrets, elle qui espérait tant vivre pour profiter de son histoire avec Camus. Pourvu qu'il ne soit pas trop triste…mais mieux valait le faire avant qu'il ne revienne sinon, sa résolution risquait de s'effriter.
Elle n'attendit pas le retour de Sayuri de peur d'être à nouveau bombardée de questions. Elle mit son masque, quitta la maison en faisant bien attention de ne pas être vue. Sous un soleil de plomb, elle grimpa les collines rocheuses qui surplombaient le Sanctuaire et s'éloigna le plus loin possible de toute présence humaine. La région ne manquait pas de falaises et de précipices, elle avait l'embarras du choix. Toute chevalière qu'elle était, elle espérait se briser dans sa chute. Sinon, elle espérait qu'au moins le choc chasserait de son corps la preuve de sa faute.
Elle bondit sur une crête haute d'au moins deux cent mètres et regarda longuement en bas. Le fond était irrégulier avec des rochers coupants dans l'ombre projetée des parois. Elle ne s'en sortirait pas. Et quand bien même, elle resterait au fond, vivante mais gravement blessée, elle connaissait bien les moyens de s'achever.
Elle jeta un coup d'œil en arrière. La maison du Verseau n'était pas visible mais son cœur se serra quand même douloureusement. Elle n'aurait jamais dû aimer Camus mais ne parvenait pas à s'en repentir. Comment allait-il réagir à sa mort ?
Je ne dois pas y penser sinon je n'aurais jamais le courage…
Une larme coula sous son masque qu'elle retira vivement. Elle ne voulait pas mourir avec ça sur le visage et elle le jeta au loin dans le précipice en un geste de rébellion qui ne lui coûterait rien. La vue brouillée, elle s'approcha le plus possible du bord du précipice. Un peu de courage…il n'y avait plus rien d'autre à faire sinon ce qui l'attendait était bien pire. Elle résista à l'envie de se regarder en arrière encore une fois et ferma les yeux.
Adieu Sayuri…tu auras sûrement de la peine mais j'espère que tu comprendras….
Elle se laissa tomber dans le vide. Alors qu'elle n'attendait plus que l'impact, elle faillit pousser un cri de frayeur lorsqu'elle se sentit violemment attrapée et serrée contre quelque chose de dur et de froid. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser qu'elle ne tombait plus, qu'elle était de retour sur la terre ferme et qu'elle était serrée contre…une armure d'or. Son cœur faillit s'arrêter de battre lorsqu'elle leva les yeux vers le visage de son sauveur.
- Camus….
Le visage régulier de ce dernier était marqué de stupéfaction et d'une frayeur peur à peine calmée :
- Par tous les dieux Gaëlle, qu'est-ce qui vous a pris ?!
La jeune femme eut un sursaut et voulut se dégager de ses bras mais il serra plus fort et elle cria :
- Lâchez-moi !!
- Non ! Pas avant que vous me disiez pourquoi vous vouliez vous suicider ? Quel malheur a pu vous arriver pour que vous fassiez une telle folie ?
- Je ne peux pas…, gémit-elle en se débattant mais il était bien plus fort qu'elle et le contact de son armure n'était vraiment pas confortable. Vous me faites mal…
L'air désolé et choqué, il la relâcha mais la retint encore par la main de peur qu'elle ne lui échappe. Incapable de le regarder en face, Gaëlle garda la tête baissée pour cacher ses larmes :
- Vous auriez mieux fait de me laisser sauter ! Comment avez-vous su que j'étais là ?
- J'ai suivi votre cosmos évidemment ! Dés que je suis rentré, j'ai voulu savoir où vous étiez. Vous m'aviez tellement manqué…
Gaëlle se figea, touchée au cœur par cette confession. Mais son envie de pleurer s'en trouva accrue et il lui fallut faire un effort absolument surhumain pour murmurer :
- Camus…je suis vraiment désolée mais…nous ne devons plus nous voir.
Elle sentit sa main la relâcher brusquement et en profita pour faire quelques pas en arrière. Elle refusait de le regarder pour ne pas voir son expression à cet instant-là. Elle entendit sa voix demander d'un ton calme mais tendu :
- Pourquoi ?
- C'était…une faute…et nous ne devons pas continuer.
- Vous disiez que vous étiez prête à l'assumer avant que je parte, objecta Camus. A moins que…cela ait fini par se savoir et que l'on vous ait menacée ?
Tremblante, elle secoua la tête en signe de dénégation :
- Non, personne d'autre que Sayuri le sait et elle ne m'a pas trahie.
- Quand bien même, vous auriez trop de remords pour continuer, cela n'explique pas que vous ayez voulu vous suicider. Votre vie appartient à Athéna et je m'étonne qu'une femme avec un sens du devoir aussi fort que le vôtre ait pu en arriver là. Alors il y a autre chose que vous me cachez Gaëlle.
La jeune femme reconnaissait bien là le côté raisonneur de Camus. C'était assez effrayant car il ne se démontait jamais et mettait facilement les gens au pied du mur. Il ne la laisserait pas partir avant de savoir la vérité et elle se sentait l'esprit beaucoup trop confus pour inventer un mensonge. Elle ne put retenir davantage ses larmes :
- Vous auriez dû me laisser mourir…de toute façon, vous cesserez de m'aimer quand vous le saurez et moi je serais exécutée…
Les mains de Camus se glissèrent dans ses cheveux mais elle garda la tête obstinément baissée. La voix du chevalier, beaucoup plus douce cette fois, lui murmura :
- Je ne vois pas quel crime assez affreux vous auriez pu commettre pour que je cesse de vous aimer…Et je vous défendrai jusqu'au bout même contre le Pope. Je vous conjure de me dire ce qui ne va pas.
Qu'avait-elle à perdre ? Gaëlle était déjà dans l'optique de recommencer sa tentative de suicide aussitôt que possible. Alors, tremblant plus fort encore, elle finit par avouer :
- Cette fois…dans la maison du Verseau…c'était une terrible imprudence et maintenant j'en paye les conséquences.
- Que dites-vous ?
Camus était un jeune homme…plutôt inexpérimenté mais avec Milo comme meilleur ami, il savait toute la théorie nécessaire. Ses yeux s'agrandirent d'étonnement :
- Gaëlle…est-ce que vous… ?
- Oui…je crois que je suis tombée enceinte…
Ca y est, c'est terminé. S'il ne me dénonce pas au Pope, je pourrais encore m'estimer heureuse.
Camus eut l'impression d'être foudroyé sur place. Enceinte ? De lui ? A dix-sept ans, il ne s'était jamais occupé d'enfants, jamais l'idée d'en avoir ne lui avait effleuré l'esprit. C'était…hors de sa portée, ce n'était pas pour lui. Il aurait été incapable de dire s'il était heureux ou désespéré de la nouvelle. Il était abasourdi et ne pouvait plus penser, lui qui avait d'habitude l'esprit si vif.
Gaëlle releva timidement les yeux vers lui et, le voyant sans réaction, crut sentir sa colère sur le point d'exploser. Elle préféra prendre la fuite avant que les premiers mots de Camus lui brisent le cœur.
- Je suis désolée…vous savez pourquoi maintenant…Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas à vous embarrasser de moi plus longtemps.
Elle s'apprêtait à partir en courant pour se jeter à nouveau dans le vide, sûre que cette fois, Camus ne la retiendrait pas. Mais la main de ce dernier se referma brusquement sur son poignet :
- Non !
- Mais pourquoi ?! s'écria-t-elle à bout de nerfs. Vous voyez bien que je suis perdue ! Je suis plus digne de servir Athéna, mes jours sont comptés car je ne pourrais jamais cacher ma grossesse avec les vêtements que je porte ! Je n'ai plus aucun avenir et cet enfant pas davantage !
Mais Camus l'attira brusquement contre lui. Plaquée contre son torse, Gaëlle éclata en sanglots et entendit le jeune homme murmurer en lui caressant les cheveux :
- Je vous en supplie, cessez de vouloir vous tuer. Je ne veux pas vous perdre…contrairement à ce que vous pensiez, je vous aime toujours et plus que jamais. Nous allons réfléchir et trouver une solution.
- J'ai déjà essayé une tisane avortive mais ça n'a pas marché, dit Gaëlle.
- Rien n'est perdu pour vous j'en suis certain, la rassura Camus.
Sa voix grave et douce parvint à calmer les pleurs de la jeune fille.
- Retournez dans le quartier des femmes et essayez de vous calmer. Je vous jure que je trouverai une solution avant que votre état ne devienne visible. Mais peut-être que vous allez devoir…mettre cet enfant au monde. Le supprimer serait trop dangereux pour vous.
- Et ensuite ? Que deviendra-t-il ? Je vous préviens qu'il sera hors de question de le tuer une fois qu'il sera né ! Jamais je ne pourrai…
- Moi non plus, je ne suis pas un monstre ! Nous pourrons peut-être le confier à une famille ?
- Je ne sais pas…Il faudrait déjà que je puisse parvenir jusqu'à sa naissance…
- J'ai une idée mais il faut que je m'organise d'abord.
Camus releva le visage de Gaëlle vers lui et lui sourit :
- Ayez confiance en moi. Je suis aussi responsable que vous dans cette histoire et je ne vous abandonnerai jamais. Rentrez vite et tranquillisez-vous.
- Mais…
Gaëlle n'eut pas le temps de protester parce que Camus l'embrassa. Elle avait si longtemps été privée de lui qu'elle se sentit littéralement fondre de plaisir dans ce baiser si doux. En dans le même temps, elle se sentit reprendre courage. Camus ne la rejetait pas bien au contraire…et comme elle avait une confiance absolue en lui, elle abandonna provisoirement l'idée de mourir. Après un dernier regard, elle repartit vivement chez elle. Sayuri n'était pas encore revenue et ne saurait jamais ce qu'elle avait failli faire.
