Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 14

Snape prit ses lunettes et commença à parcourir attentivement les notes prises par sa fille. Bonté divine ! Slughorn n'avait pas changé, ou plutôt, si : son enseignement avait continué de se dégrader, si on pouvait encore vraiment qualifier cela d'enseignement. Il n'avait pas exagéré en disant à Emilie qu'il n'aurait fait son apprentissage avec Slughorn pour rien au monde si celui-ci eut été maître.

Son attirance pour les Potions remontait à son enfance, quand sa mère lui avait donné quelques explications après les premières manifestations de sa magie. Profitant d'une absence de son mari, Eileen Snape avait été prendre sa baguette dans un vieux coffre caché dans un recoin du petit grenier de la maison et avait effectué quelques petits sortilèges assez simples devant son fils. Les yeux brillants de convoitise, le petit garçon avait examiné une partie du contenu du coffre, en grande partie rempli de livres de magie, mais sa mère lui avait interdit d'y toucher. L'enfant était de toutes façons encore trop jeune pour vraiment réussir à déchiffrer quelques pages, mais elle avait fini par céder et lui avait confié un manuel de première année de Potions, jugeant qu'il serait potentiellement moins dangereux qu'un livre de Sortilèges. Severus Snape avait passé les quatre ans qui le séparaient de son entrée à Poudlard à lire et relire ce manuel, mais sans jamais pouvoir manier un seul des ingrédients mentionnés. Au début, le garçon se contenta d'examiner les images, puis il commença à déchiffrer les recettes et pouvait quasiment réciter le livre par cœur au bout de deux ans. Ses prières pour obtenir un chaudron ne furent jamais exaucées, jusqu'à ce que, de guerre lasse, sa mère aille lui chercher son propre petit chaudron de cuivre en lui faisant promettre de ne jamais le montrer à son père. Il n'y avait aucun risque : à dix ans, Severus Snape savait déjà qu'il ne devait montrer ses pouvoirs sous aucun prétexte et éviter Tobias autant que possible sous peine de recevoir injures et taloches, seules choses pour lesquelles son père pouvait se montrer un peu généreux. A l'école, Slughorn n'avait jamais été un bon professeur et, peut-être assez lucide sur son laxisme, il avait fait en sorte que ses élèves ne réalisent que des exercices faciles et avec des ingrédients inoffensifs afin d'éviter tout danger potentiel. Les questions du jeune Severus Snape n'avaient reçu que des réponses évasives et agacées, tout en suscitant les moqueries de la plupart des autres élèves insensibles à la complexité de la matière. Sauf Lily, bien sûr…

« Tu pourrais faire un effort et écrire plus lisiblement, critiqua Snape en soupirant.

-Je me comprends, rétorqua Emilie en fronçant les sourcils, récoltant un regard sévère de son père.

-Fais attention à ta concordance des temps, cela devrait être acquis maintenant », continua le Maître des Potions en reprenant sa lecture.

On en a tué pour moins que ça, pensa Emilie en se retenant de soupirer. Depuis le début de la semaine son père semblait inabordable et l'arrivée du week end paraissait avoir renforcée sa mauvaise humeur. La jeune fille fixa le sol d'un air buté en attendant la prochaine réflexion désobligeante, mais n'entendit qu'un soupir : Snape avait terminé et alla poser les feuillets de parchemin sur son bureau.

« Nous avons du pain sur la planche. N'entendant pas de réponse, Snape s'approcha de sa fille, croisa les bras et remarqua : Emilie, si tu n'es pas capable de supporter la moindre critique, aussi infime soit-elle, tu vas au devant de grosses difficultés…

-Mais je n'ai rien dit ! protesta la Serdaigle.

-Sans aucun doute, mais tu pensais si fort que je pouvais presque t'entendre. Allons, enchaîna le Maître des Potions plus gentiment : nous n'allons pas gâcher ce cours de Potions, le seul véritable cours de Potions que tu auras de la semaine, si j'en juge d'après ce que je viens de lire… Bien, viens et assied-toi, nous allons voir ensemble comment utiliser au mieux notre emploi du temps. »

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Elle avait été injuste : la mauvaise humeur de Snape avait apparemment été causée par la découverte du programme suivi par Slughorn. Il avait admis que même à son époque, le professeur avait été plus exigeant avec des cinquièmes années. La simple idée de faire travailler ensemble plusieurs élèves autour d'un chaudron paraissait capable de le lancer dans une violente diatribe contre le vieux Potionneur : quel meilleur moyen de rabaisser le niveau en effet, que de faire s'additionner les erreurs de plusieurs élèves, plutôt que de comprendre ce qui clochait avec un seul ? Emilie se demandait si, contrairement à ce tout le monde pensait, et peut-être à l'insu de Snape lui-même, il aimait enseigner. Il n'avait aucune patience envers les adolescents, mais elle savait d'expérience que face à quelqu'un d'intéressé il se métamorphosait en professeur attentif et passionné. Quant à ses cours de Défense contre les Forces du mal, ils menaçaient de tourner à une marche forcée, mais il ne serait venu à l'esprit de personne de nier la qualité de son enseignement et validité de sa démarche.

« Je préfère que tu rentres à la tour de Serdaigle pour le couvre-feu de 22 heures, aussi, comme nous aurons besoin d'approfondir certaines notions, je te demanderais de venir dans les cachots à 18 heures et tu redescendras après dîner. »

Emilie soupira, mais hocha la tête.

« Emilie, cette année est importante pour toi et tu ne peux pas te contenter de suivre les cours de Slughorn : je te garantis que tu t'ennuierais très vite et surtout, les examinateurs des BUSEs se baseront probablement sur le programme que j'avais établi, expliqua Snape avec patience.

-Je m'ennuie déjà !

-Méfie-toi : Horace Slughorn a été le chef de la maison des Slytherins pendant longtemps. Un très mauvais chef de maison, je te l'accorde, mais ce n'est pas un imbécile. Porter le nom de Snape ne sera sans doute pas une recommandation, aussi je souhaite que tu te montres une élève modèle et que tu exécutes les devoirs qu'il demandera de la manière la plus scrupuleuse. Snape ajouta après que sa fille ait soupiré un peu plus fort : et pas de remarques finaudes, tu sais que les Slytherins n'apprécient pas ce genre de plaisanteries venant de la part d'élèves extérieurs à leur maison ! »

Emilie ne put s'empêcher d'émettre un petit rire : il s'agissait d'un avertissement, certes, mais il avait eu le mérite de recréer une certaine complicité entre eux.

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Après avoir commandé une collation à un Elfe pas très dégourdi qui disparut après force courbettes et l'assurance de tout faire selon les souhaits du « Maître Maître des Potions Snape » qui écouta la tirade avec un air un peu embarrassé et ennuyé, Emilie et son père s'installèrent de part et d'autre du bureau, les notes de l'élève allant couronner la pile déjà impressionnante de parchemins en tous genres qui envahissaient la table.

« As-tu avec toi le manuel que je t'ai envoyé, ainsi que le programme que j'avais noté ? » demanda Snape en allongeant la main.

-Est-ce que c'était ton manuel ? » interrogea Emilie en le lui tendant.

Les yeux noirs de Snape la fixèrent un instant avant qu'il ne réponde d'une voix neutre, tout en feuilletant le volume :

« Oui, et celui de ma mère auparavant. Je pense que j'aurais pu te trouver un exemplaire en meilleur état au Chemin de Traverse, mais je n'en ai pas eu le temps, déclara-t-il en l'empêchant de poser une autre question : j'y ai porté beaucoup d'annotations, mais avec les caches en place tu pourras lire quand même le texte imprimé sans être gênée par ma… glose, expliqua-t-il avec un petit sourire en coin. Oh ! s'exclama-t-il sur un ton faussement léger : et ne perds pas de temps à essayer de retirer ces caches, le sortilège ne peut être désamorcé que par moi.

-Les autres élèves de Serdaigle disent que Slughorn n'a pas changé les manuels… observa Emilie un peu perdue.

-Non, en effet. En réalité nous n'avons tout simplement pas de bons manuels de Potions sur le marché actuellement. Comme tu le constateras, les mêmes livres ont été utilisés pendant des décennies, sans que leurs auteurs jugent bon de publier des éditions revues et corrigées. Aucun manuel n'est exempt d'erreurs, mais ceux-ci battent cependant des records. Snape leva la main pour arrêter la question qui menaçait de franchir les lèvres de sa fille : quand j'ai repris le poste de professeur de Potions, j'ai été confronté à un problème supplémentaire : celui de la faillite de l'éditeur de ces manuels. Du jour au lendemain, il devenait impossible de faire acheter ces éditions à une centaine d'élèves chaque année. J'ai donc été obligé d'employer une autre série, d'un niveau moins élevé, mais tout aussi fautive. Pour mes cours, j'ai donc choisi un programme basé sur ce que j'avais retenu de ma propre éducation, ce que proposait le nouveau manuel et ce que j'estimais nécessaire de faire apprendre. En aucun cas le manuel n'a constitué l'unique base de mes cours, et c'est sans doute parce que beaucoup d'élèves ne s'en sont jamais aperçus qu'ils continuent d'apprendre bêtement ce livre sans prêter attention aux corrections que j'apporte en cours. »

La dernière partie du discours fut ponctuée par une moue dédaigneuse des lèvres et des yeux levés au ciel, qui, dans un cadre aussi informel, paraissaient presque comiques. Evidemment, Severus Snape n'avait sans doute jamais pris la peine de mentionner ce léger détail à ses élèves, comptant que s'ils possédaient un minimum d'intelligence, ils auraient remarqué que les recettes qu'il notait au tableau différaient souvent de celles de leur manuel.

« Pourquoi personne n'a jamais rectifié ces livres ?

-Parce que c'est un travail long et ingrat et que cela réclame des compétences dont même un bon Potionneur ne dispose pas. Les erreurs et approximations sont parfois infimes mais rendent une recette inefficace. Parfois, cumulées avec d'autres erreurs, ces recettes peuvent devenir létales. C'est pourquoi je ne veux pas que tu expérimentes quoi que ce soit en dehors de ces cours, Emilie. Je suis sérieux, ajouta-t-il en se penchant vers elle, les coudes appuyés sur le bord du bureau.

-Tu pourrais le faire, avança Emilie.

-Oui, mais j'ai d'autres choses plus pressantes à accomplir plutôt que de corriger des manuels mal conçus. De toutes façons, si j'avais le choix, je choisirais une toute autre approche que celle qui a été retenue pour ces deux séries, répondit Snape en haussant les épaules.

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Les jambes bien au chaud sous ses couvertures, le dos calé par son oreiller plié en deux, Emilie promenait sa baguette éclairée par un petit sortilège de Lumos le long des pages du vieux manuel.

Heureusement qu'elle aimait les Potions, parce que cette année menaçait d'être celle des triples Potions. Snape lui avait répété qu'il désirait qu'elle suive le programme qu'il avait rédigé à son intention avant la rentrée. Pour le commun des mortels, quand Severus Snape désirait quelque chose, cela signifiait que les leçons devaient être lues plusieurs fois et sues pour le samedi soir. Il vérifierait qu'elle avait compris ce qu'elle avait appris, ferait les corrections nécessaires, lui demanderait de faire l'une des potions de la leçon et, comme elle savait qu'il y avait des erreurs, il avait bien l'intention qu'elle réfléchisse avant de faire quoi que ce soit. Il lui donnerait ensuite une version correcte des recettes, qu'elle devrait apprendre pour la semaine suivante, avec la nouvelle leçon. Après le repas, tous deux reviendraient à leurs vieilles habitudes du cours de Potions avancé.

Son père avait dû passer un temps fou sur ces pages, si elle en jugeait par les bouts de phrases qui dépassaient du cache qu'il avait mis en place. S'était-il rendu compte tout seul des erreurs du livre ? Les éléments que lui avait livré le Maître des Potions laissaient entendre qu'il n'avait aucune estime pour Slughorn, mais que ce dernier ne l'appréciait pas non plus et était susceptible d'étendre ce manque d'égard à la fille de son ancien élève. Y avait-il un club de théâtre à Poudlard ? se demanda-t-elle. Emilie pouvait mentir à l'occasion de façon à peu près convaincante, mais jouer la comédie à longueur de journée excédait probablement ses compétences.


Note de l'auteur : de nouveau un petit chapitre en avance, car je pars en déplacement tout le reste de la semaine. A bientôt !

Fishina : et oui, Pomfresh a plusieurs facettes, ce que découvre Alessandro un peu malgré lui. Nott aime bien savoir ce qui se passe, la connaissance c'est toujours un avantage, même quand c'est les affaires de cœur des autres = B.A BA de la philo Slytherin. Emilie va peut-être de son côté se débarrasser de ses préjugés anti-Hermione, non ?

Hello, Dream-your-world ! Bonne installation à Grenoble ! Pas de soucis, tu lis comme tu veux, à ton rythme. A bientôt !