14.
Alors que le Deathbird venait d'apparaître en visuel, Albator avait contacté sa commanditaire via son bracelet de métal.
- Le gamin est là, comme tu le voulais, ma Reine !
- Oui, et quel est le souci, mécanique ? jeta la voix rageuse de Nagmandylle.
- Je suis une boîte de conserve, justement, répondit tranquillement le Mécanoïde. Si je pourrai aisément tromper le jeune Humain, il n'en ira pas de même pour les bestioles sans cervelle qui l'accompagnent ! Sans cervelle mais sachant reconnaître un être biologique d'un humanoïde électronique…
- Dans ce cas, fais en sorte qu'ils restent sur le Deathbird. Je ne veux qu'Alguérande, pour ce que nous avons prévu.
- C'est comme si c'était fait, sourit la réplique du capitaine de l'Arcadia.
- Papa, tu sais que tu n'es qu'une tête de mule ? ! jeta Alguérande en mettant les pieds à bord du cuirassé vert aux ailerons touchés de rouge.
- Bienvenue, Algie. Oui, je suis heureux de pouvoir t'accueillir sur mes deux pieds !
- Oui, ça aussi, bien sûr, sourit le jeune homme. Tori-San et Mi-Kun seront fous de joie de te retrouver, ils doivent ronger leur frein sur mon Deathbird alors que j'aurais pu les amener dès maintenant, mais tu n'as pas voulu. Pour en revenir à ma venue, ta fugue est terminée, ce n'est d'ailleurs plus de tes cinquante-sept balais !
- Toujours aimable, toi. Viens, je t'offre un godet de red bourbon !
- Un seul ? pouffa Alguérande en cheminant dans les coursives au côté de son père.
Alguérande reposa son troisième verre.
- Maintenant, tu vas cesser de faire n'importe quoi et rentrer à la maison ! Avec un peu de chance, tu plaideras ta santé chancelante ayant influé sur ton esprit, le général Hurmonde appuiera sûrement en ce sens !
- Je vais bien ! assura le grand Pirate balafré.
Son fils à la crinière fauve fit la grimace.
- Je le constate, mais seul un bilan médical me rassurera. Doc Surlis n'est même pas à bord pour ton suivi ! Tu agis en dépit de tout bon sens.
- Comme d'habitude.
- Non, pire que d'ordinaire, gronda Alguérande en prenant la bouteille des mains de son père pour se resservir. Et si tu te crois bien, je ne te dis pas dans quels états tu as mis tout le reste de la famille !
- J'enverrai un message à ta mère.
- Elle te dira la même chose que moi ! siffla Alguérande, presque véritablement en colère. Ton comportement est insensé et inadmissible ! Attends un peu d'aller mieux, je vais te botter le cul de façon à ce que tu t'en souviennes à jamais !
- Essaye seulement… C'est pour toi que ça bardera, prévint Albator.
- Nous verrons bien le moment venu. Moi, la perspective me plaît ! Et toi, Toshiro, qu'en penses-tu ?
Evidemment, le Grand Ordinateur demeura silencieux.
- Toshy ! Papa, pourquoi il ne réagit pas ?
- Entière révision, il est un peu occupé, répondit Albator.
- Ca ne l'a jamais empêché de faire trente-six mille autres choses en même temps qu'il opérait ses mises à jour ! protesta son fils à la crinière fauve.
En pleine nuit chronologique, mais toujours habillé, ne s'étant même pas départi de sa longue veste d'intérieur, Alguérande s'était rendu à la salle du Grand Ordinateur.
- Toujours à t'auto-réviser, Toshy ? Qu'est-ce qui t'arrive, tu es devenu obsolète ou quoi ? ! tenta-t-il de plaisanter.
Mais à la vue de la colonne totalement éteinte, le jeune homme tressaillit, une sensation désagréable le parcourant tout entier.
- Toshiro, est-ce que tu es là ? murmura-t-il comme s'il redoutait de réveiller des spectres.
Il se dirigea vers la console de contrôle manuelle et activa les dernières données qu'il fit défiler.
- Tu n'as plus aucune énergie, et depuis un moment semble-t-il. Comment aurais-tu donc pu procéder à de quelconques mises à jour ? C'est quoi ce foutoir ! ? maugréa Alguérande. Bon, je vais te reconnecter l'alimentation, tu me raconteras !
Mais avant d'avoir pu poser les doigts sur les commandes, c'était une autre poigne, d'acier – au propre comme au figuré – qui l'avait saisi à la nuque.
- Papa, à quoi tu joues ? chuinta-t-il, sachant qu'il n'y avait personne d'autre à bord.
- J'obéis aux ordres, répondit paisiblement le Mécanoïde, serrant plus encore, jusqu'à ce que le jeune homme perde conscience et s'écroule à ses pieds.
