Je n'ai pas de vie, donc j'écris. Du coup, je ne sais même pas si vous avez le temps de tout lire et de commenter entre chaque chapitre - dites-moi si vous avez l'impression que je publie trop vite.

Et s'il vous plaît, laissez-moi un commentaire si vous avez aimé le chapitre ! Ceux parmi vous qui écrivent savent à quel point c'est motivant. N'hésitez pas non plus à me dire si vous écrivez une fiction d'aventure sur Naruto, je cherche toujours de quoi lire ^^

Allez, fin du blabla, bonne lecture !


- BRUCE !

- LEE-SENSEI !

- BRUCE !

- LEE-SENSEI !

- BRUCE !

L'élève et le sensei se tombèrent dans les bras, des torrents de larmes coulant le long de leurs joues.

Orika et Mari observaient la scène.

- Cinq cents yen que Lee-sensei va lui proposer de faire cinquante pompes pour fêter ça, dit Orika.

Mari ouvrit la bouche, puis son regard s'égara dans la direction de Konoha et elle la referma. Son coéquipier, trop occupé à admirer le poteau d'entraînement coupé net, ne remarqua rien.

- Tenu, chantonna-t-elle d'un ton satisfait.

Orika tourna la tête vers elle, soudain suspicieux.

- Qu'est-ce que…

- BRUCE ! s'exclamait leur sensei. Pour fêter ça, je te propose…

- Lee !

L'équipe Deux se tourna vers le nouveau venu.

- Gai-sensei !

Orika grogna.

- A ça, fit-il en mimant la largeur d'un cheveu. J'étais à ça de gagner le pari.

Mari lui renvoya un sourire innocent.

- Tu l'as vu arriver, hein ? l'accusa-t-il.

Le sourire innocent de Mari révélait ses dents.

- Tu me dois cinq cents yen.

- Lee, continuait Gai-sensei. Je suis navré d'interrompre ce moment de Jeunesse Printanière entre toi et ton Elève, mais Hokage-sama voudrait te voir !

- Mais, Gai-sensei, Bruce vient juste de réussir à couper un poteau par la seule force de ses poings ! Nous devons célébrer l'éclosion de la Fleur de sa Jeunesse !

- N'aie crainte, mon valeureux disciple ! Pendant que tu répondras à la convocation de notre honorée Hokage-sama, je prendrai en charge l'entraînement de tes vigoureux élèves !

- GAI-SENSEI !

- LEE !

- GAI-SENSEI !

- LEE-SENSEI !

- BRUCE !

- Au revoir, mes chers élèves, s'exclama Lee en saluant le duo assis sur la pelouse. Nous nous reverrons vite !

Et il partit en direction de Konoha à une vitesse trop élevée pour l'œil humain.

- Alors, Bruce, tu as réussi l'Epreuve du Poteau ?

- Oui, Gai-sensei !

- Pour célébrer, nous ferons cinquante pompes !

- Oui, Gai-sensei !

Orika jeta un coup d'œil à Mari.

- ça ne compte pas, précisa sa coéquipière. Ce n'est pas Lee-sensei.

L'ombre de Gai-sensei au-dessus d'eux leur fit relever la tête.

- Allons, mes jeunes amis, ne restez pas assis ! Cette célébration est un événement d'équipe ! Cinquante pompes pour tout le monde !

Orika et Mari ne soupirèrent même pas. Après six mois sous les ordres de Lee-sensei, ils étaient blasés.


Lee était un éclair vert traversant Konoha, invisible pour les civils, à peine perceptible par les Chûnins en patrouille.

Bruce avait coupé le poteau !

Son élève s'entraînait assidûment (comme il convenait à un Génie de l'Effort !) depuis qu'il avait passé le test de l'Académie, et Lee distinguait en lui les germes d'un maître en Taijutsu qui dépasserait même Gai-sensei. Ses trois Genins étaient tous extrêmement prometteurs, bien sûr, mais Bruce serait celui qui transmettrait au monde son héritage en tant que Sensei – la Fleur de la Jeunesse était si forte en lui !

Les larmes de Lee flottèrent dans son sillage. Comme il était heureux en ce beau jour d'été ! Mari se montrait digne de son sang Nara – quelle Perspicacité chez une enfant si jeune ! –, Orika avait véritablement un Don en Ninjutsu, et maintenant Bruce révélait tout le Potentiel que Lee avait senti en lui ! Rien, non, rien ne pourrait rendre ce jour plus beau !

Et pourtant, quand Lee pénétra avec respect dans le bureau de la Princesse Tsunade, il dut admettre qu'il avait eu tort : cette journée pouvait encore s'améliorer.

- Sakura-san !

La Jounin lui sourit avec toute la douceur du Printemps Ensoleillé de Konoha.

- Bonjour, Lee-san.

- Sakura-san ! Quel plaisir de vous revoir enfin ! Konoha n'est plus la même sans la Fleur Printanière que vous êtes !

Elle sourit encore. L'esprit de Lee bloqua le côté forcé de ce sourire pour se concentrer sur la façon dont le rose pâle de ses lèvres rappelait celui de ses cheveux. Vraiment, elle était le Cerisier Fleuri du Village !

- Lee, je t'ai convoqué car Sakura a besoin de documents que tu possèdes… commença Tsunade.

- Je jure de mettre à disposition de Sakura-san tous mes documents, Hokage-sama ! Si je romps ma promesse, je ferai cent tours de Konoha sur les mains en pénitence !

- Oui, oui, c'est ça, grogna la Hokage en se servant un verre de saké. Allez, hors de mon bureau, vous deux.

- Bien, Shishou.

- A vos ordres, Hokage-sama !

Lee remarqua le regard prolongé qu'échangèrent la Sannin et sa disciple, mais il fit mine de n'avoir rien vu. Il remarqua aussi que Sakura-san sortait par la fenêtre et non la porte – une habitude répandue chez les Jounins que Sakura-san n'avait pourtant jamais adoptée. A moins que la Fleur de Cerisier de Konoha ait brusquement décidé de changer ses habitudes, elle devait être très pressée.

Effectivement, leur trajet sur les toits se fit à un rythme soutenu. Lee n'eut aucun problème à suivre, bien entendu : il pouvait atteindre sans utiliser de chakra la même vitesse qu'un shinobi employant le Shunshin (grâce aux Energiques Méthodes d'Entraînement de Gai-sensei !). Il profita des minutes qu'ils passèrent à bondir de maison en maison pour faire la liste des livres qui pourraient intéresser Sakura-san. Dès qu'ils arriveraient, il irait les chercher et laisserait la kunoichi à ses côtés les consulter.

La fenêtre de son salon était grande ouverte. Sakura attendit en silence qu'il ait posé la main sur le sceau qui dirigeait ses pièges et que l'encre ait brillé un bref instant. Ensuite seulement, elle entra.

- Je vais chercher mes documents, Sakura-san ! N'hésitez pas à prendre une chaise !

Et Lee disparut dans un sourire aveuglant de blancheur.

Sakura savoura le calme de la pièce. Elle était allée voir Shishou dès son arrivée à Konoha une heure plus tôt, sans s'arrêter une seule seconde pour profiter de son retour au village. Elle comptait bien mettre à profit les quelques instants que Lee allait prendre pour trier ses livres.

La médic était déjà venue dans l'appartement, mais les circonstances – un Lee ivre mort qu'on avait bourré de calmants pour l'empêcher de détruire un quart du village, et le lit dans lequel il refusait obstinément de se coucher – l'avaient toujours empêchée de prêter attention à son intérieur. Maintenant qu'elle avait quelques secondes pour l'observer, elle pouvait admirer la propreté presque maniaque du lieu. Lee méritait son surnom de fanatique de l'entraînement : la pièce tenait plus du temple à la gloire du Taijutsu que du lieu de vie. Plusieurs mannequins perfectionnés parsemaient les coins ; des poids pendaient aux murs, classés par masse croissante, et Sakura vit dans un panier ce qui ressemblait suspicieusement à des baumes destinés à éviter les courbatures.

Elle réprima un sourire mesquin en se souvenant de ce combat amical entre eux des années plus tôt et, surtout, du lendemain matin. Lee avait gagné, bien sûr – l'élève de Gai-sensei ne perdait tout simplement pas un combat de Taijutsu, c'était presque une loi cosmique –, mais il avait passé la journée d'après à grimacer à chaque mouvement brusque. Sakura, elle, avait pris un certain plaisir à gambader gaiement en remerciant Tsunade-shishou de lui avoir appris cette technique médicale si utile pour se débarrasser des courbatures en un claquement de doigts, vraiment, c'était une technique indispensable et oh, Lee-san, vous avez l'air de souffrir ! Il vous faut de l'aide ?

Sakura secoua la tête, amusée malgré elle. Elle avait quatorze ans, Tsunade venait de la prendre sous son aile, et Lee était l'un des seuls ninjas à croire en elle avec cette foi absolue qui le caractérisait. Depuis, les choses avaient bien changé, mais son amitié avec le ninja demeurait.

- Les voici, Sakura-san ! déclara Lee en réapparaissant, une pile de livres dans chaque main qu'il ne maintenait en équilibre que par des mouvements constants.

- Je vais les consulter, Lee-san. Serait-il possible d'en emmener certains ? Je vous promets de les ramener en bon état.

- Je n'en doute pas, ô Fleur Printanière de la Jeunesse Enflammée !

Le sourire de Sakura se teinta d'une subtile pointe d'agacement. Celui de Lee ne vacilla pas mais le soleil couchant qui jetait ses derniers rayons derrière lui disparut.

Un jour, elle étudierait la question du shinobi incapable de malaxer son chakra et pourtant capable de lancer de petits genjutsu comme celui-ci. Quand la guerre serait finie, par exemple.

Pour l'instant, Sakura avait d'autres priorités.

Rock Lee était connu dans le village caché de la Feuille pour son talent en Taijutsu et la façon dont, malgré son handicap, il était parvenu à se hisser au rang de Jounin spécial et même à se voir attribuer une équipe. Beaucoup moins nombreux étaient ceux qui connaissaient son intérêt pour le chakra et le corps humain. Sakura faisait partie des rares à avoir vu l'étendue de sa collection sur le sujet. Si quelqu'un devait avoir les informations dont elle avait besoin pour comprendre la pathologie d'Uchiha Itachi, ce serait Lee.

Elle mit de côté les livres traitant du Taijutsu et des Portes chakraïques. Des titres comme Le chakra en nous : comment le chakra influence notre développement ou Etude de l'évolution d'un organisme humain face à diverses contraintes chakraïques étaient plus prometteurs. Sakura ouvrit un parchemin de stockage et y fit rentrer les ouvrages. Plusieurs fois, elle dut ouvrir des parchemins craquelés et offrir un peu de chakra à un livre vierge pour que son titre s'affiche, mais avec de la patience, elle vint au bout de la pile.

- J'ai fini, Lee-san.

Avant qu'elle ait pu se préparer, un nouveau sourire l'aveuglait.

- Quelle que soit votre mission, mes vœux de réussite vous accompagnent, Sakura-san ! Quand vous reviendrez au village, il faudra que nous confrontions les Flammes Ardentes de notre Jeunesse !

- Bien sûr, Lee-san. Merci de m'avoir laissée consulter votre collection.

Sakura s'inclina légèrement (suscitant les protestations de Lee et des courbettes encore plus marquées de sa part) et quitta l'appartement.

Si un mot pouvait décrire Lee, c'était sans aucun doute « intense ». Elle se demanda distraitement ce qui se passerait si on l'enfermait dans une pièce avec Uchiha Itachi.
Son instinct lui disait que ça serait probablement hilarant.

En temps normal, son prochain arrêt aurait été Ichiraku, le terrain d'entraînement numéro cinq ou le quartier populaire de Konoha – les trois endroits où l'on avait le plus de chances de trouver Naruto. Puisque le ninja blond était en mission, ce fut dans une petite boutique que Sakura entra ensuite. Elle refit rapidement ses stocks de papier à chakra, d'encre et de savon inodore, et repartit immédiatement sur les toits. Si sa mission n'avait pas été un rang S, elle serait allée trouver Ino – pas longtemps, juste quelques minutes pour s'assurer que sa meilleure amie allait bien et se tenir au courant des derniers ragots du village. En l'état actuel des choses, Sakura avait décidé que ce serait une très mauvaise idée : Ino flairerait le secret défense dès les premières secondes et passerait les minutes suivantes à essayer de lui faire cracher le morceau.

La kunoichi crut distinguer au loin les cheveux argentés de Kakashi. Elle accéléra, peu désireuse de croiser son ancien professeur ; depuis qu'elle était devenue l'apprentie officielle de Tsunade, leurs relations avaient été tendues. Sakura était fermement convaincue que Kakashi avait été un sensei exécrable pour elle et Kakashi pouvait difficilement prétendre le contraire. Il était un excellent shinobi mais un bien piètre enseignant, incapable de comprendre que son rôle ne se résumait pas à leur lancer des techniques à la tête jusqu'à ce qu'ils les apprennent.

Très vite, elle fut à la frontière du village. Saru apparut à ses côtés quand elle passa sous le couvert des arbres et ils repartirent de concert vers le domaine, comme une mécanique bien huilée.

Sakura se demanda comment la mission de Naruto se déroulait. Le jinchuriki, Nara Shikamaru, Shizune-sempai et Hyûga Neji : c'était l'équivalent de la puissance militaire d'un petit pays que Tsunade-shishou avait détachée. Face à Yakushi Kabuto, Sakura ne pouvait qu'espérer que ça serait suffisant.

Elle ramena ses pensées sur des questions plus médicales et continua à courir.


- Sakura-sama, l'avertit Saru.

Sakura hocha la tête.

- Je l'ai senti aussi.

Ils n'étaient qu'à une demi-heure du domaine et l'air était saturé de chakra.

- Un combat, murmura la kunoichi pour elle-même.

Quelqu'un avait trouvé le repère et vu la quantité d'énergie qui se déployait face à eux, ce n'était pas de simples brigands. Les deux shinobi accélérèrent.

C'est au centre d'un bosquet qu'ils virent se détacher la haute silhouette d'Uchiha Itachi. Un sang épais coulait goutte par goutte de ses cheveux noirs. Entre l'arbre et lui était coincé le corps inerte d'un inconnu masqué, un kunai planté dans la gorge.

Par terre, derrière le déserteur, un autre corps bien mieux connu était étendu.

- Sakana-san, reconnut Saru.

Sakura se précipita.

Quand elle ne fut plus qu'à quelques mètres, deux choses devinrent évidentes : Sakana respirait encore et sans soins immédiats, cela n'allait pas durer.

La médic-nin sentit le chakra vert entourer ses mains, comme une extension de sa volonté. Elle était presque arrivée – fermer les plaies, vérifier la présence d'un poison, donner quatre, non, cinq pilules de croissance sanguine, contrôler les effets néfastes de cinq foutues pilules consommées en une seule fois… - quand une barrière s'interposa entre sa patiente et elle.

Sakura releva la tête pour tomber sur le visage inexpressif d'Uchiha Itachi. Elle ne fit aucun effort pour cacher son agacement et le sentiment d'urgence qui l'envahissait.

- Hors de mon chemin, Uchiha, siffla-t-elle.

- Elle ne survivra pas. Nous devons retourner au domaine et nous assurer qu'il n'y a pas d'autres ennemis.

- Faites ce qui vous chante tant que vous dégagez de mon chemin.

Elle ne survivra pas ? Uchiha était médic, maintenant ?

- Seule Tsunade-sama pourrait la sauver. Nous devons nous mettre en sécurité, répéta Itachi d'une voix trop douce. L'Akatsuki pourrait avoir envoyé d'autres espions.

Sakura vit rouge. Elle planta ses yeux verts dans ceux, rouge Sharingan, du déserteur, et posa une main sur son torse avec la force surhumaine que lui avait transmise son maître.

- Alors montez la garde, lancez un genjutsu, faites ce qui vous chante mais par les Kami, Uchiha, je suis l'apprentie de la Hokage et si vous ne dégagez pas de mon chemin, je jure de vous faire jeter en prison pour obstruction au processus de soin !

Et d'un geste du poignet, elle le força à s'écarter pour aller s'agenouiller près de l'ANBU agonisante.

Sakana respirait faiblement. Son sang se déversait en bouillons cramoisis sur l'herbe qui les entourait, sortant de son épaule et de son estomac. Sakura prit une profonde inspiration et posa une main sur chaque plaie.

Elle devait faire vite. Itachi lui avait déjà fait perdre trop de temps. Estomac, plaie ouverte qui révélait les acides gastrique (avaient-ils contaminé les tissus autour ?), sans poison. Epaule, plaie plus superficielle mais empoisonnée – probablement une variante du curare, vu l'immobilité suspecte des muscles voisins.

- Deux bols d'eau, réclama-t-elle d'une voix claire en commençant à extraire le poison.

Les bols se matérialisèrent à sa gauche. Sakura ne chercha pas à savoir comment : elle déposa le poison dans l'un et reprit de l'eau fraîche dans l'autre. Pendant ce temps, sa main droite suturait les plaies de l'estomac, reformait les vaisseaux chakraïques, éliminait l'acide gastrique qui attaquait les tissus du foie. Jongler entre les deux traitements demandait une intense concentration qui ne laissait la place à rien d'autre.

Quand la voix d'Itachi lui parvint, une pensée fugitive de meurtre sanglant lui traversa l'esprit, puis elle l'élimina pour ne plus s'occuper que de sa patiente sur le fil du rasoir.

Elle eut un moment de frayeur quand le cœur manqua deux battements – le curare ? – mais une petite décharge Raiton le fit redémarrer.

Sakura ferma plusieurs fois les yeux, se fiant uniquement à ce qu'elle sentait sous ses doigts – un os rompu, la moelle contaminée par le poison – des restes alimentaires se répandant dans le corps – le sang trop rouge l'empêcherait de voir correctement si elle ouvrait les yeux…

Comme toujours pendant une opération, Sakura perdit la notion du temps.

Quand les plaies furent enfin fermées – laides, boursouflées, rouge vif, mais fermées –, la kunoichi tira de son sac les pilules de croissance sanguine et les fit avaler à la shinobi inconsciente. Cinq pilules, une par litre de sang à régénérer. Sakana était une femme de haute taille qui devait posséder presque sept litres de sang et en avait perdu la majorité. Itachi n'avait pas tort, quand il prétendait qu'elle ne pouvait pas être sauvée : pour n'importe quel autre médic, l'ANBU aurait été condamnée.

Mais elle n'était pas n'importe quel autre médic. Elle était Haruno Sakura et elle s'était juré que personne ne mourrait sous sa garde.

Les pilules agirent immédiatement. Sakura serra les dents et envoya son chakra en un flot constant dans le corps de l'autre femme. Cinq pilules d'un coup, c'était de la folie, mais une folie dont elle se savait capable. Ce ne serait pas la première fois. Ça épuiserait presque complètement son chakra et elle serait entièrement dépendante de la protection de la Racine pendant une bonne semaine, mais ça valait le coup.

Les pilules dévorèrent goulûment le chakra bleu qu'elle leur transmit. Sakura caressa la peau de Sakana – la bouche, le front, puis la gorge, les poumons, les bras, les jambes, éliminant les produits des millions de réactions qui se produisaient dans le corps de la jeune ANBU. Les acides créés par la consommation d'une seule pilule étaient supportables pour le corps : le foie les décomposait comme il le faisait avec l'alcool. Mais, comme pour l'alcool, on pouvait excéder cette limite, et les toxines se répandaient alors dans le corps.

- Bol, demanda-t-elle d'une voix rauque.

Cinq pilules. Assez de sous-produits pour tuer un bœuf. Le corps de Sakana était trop faible pour les traiter lui-même : Sakura devait tout extraire.

Et c'est ce qu'elle fit, péniblement, membre par membre, organe par organe, sentant sous ses doigts le pouls de plus en plus puissant, jusqu'à ce qu'elle ne trouve plus rien.

Elle releva la tête, repoussant une mèche collée par la sueur.

- Saru-san, appela-t-elle. Combien de temps ?...

- Trente-cinq minutes, Sakura-sama.

Sakura se mit debout, vacillante.

- Il faut transporter Sakana au domaine. Uchiha-san formera l'arrière-garde. Je ne suis pas en… en état de combattre. Quand nous arriverons…

Son mollet fut pris d'un spasme. Elle l'ignora.

- … Vous prendrez le commandement jusqu'à ce que je sois réveillée. Quoi qu'il arrive, ne laissez pas Uchiha Itachi partir. Renforcez les… les tours de garde.

- Oui, Sakura-sama.

Saru récupéra le corps inerte de sa collègue et Itachi apparut au milieu du bosquet. Il fixa le corps réparé de Sakana pendant plusieurs secondes – une éternité – puis ses yeux rouges se tournèrent vers Sakura. Elle soutint son regard sans faillir. L'épuisement intensifiait le sentiment d'humiliation que sa surprise provoquait en elle. Il ne s'attendait pas à ce que je réussisse.

Elle se détourna et croqua une pilule du soldat.


Quand ils arrivèrent au domaine, Sakura s'autorisa deux heures de sommeil, le temps que ses doigts arrêtent de trembler. Quand elle se réveilla, Uma avait les deux mains au-dessus de son estomac pour vérifier ses niveaux de chakra.

- ça ira, Uma-kun. Sakana-san se porte bien ?

- Son état s'améliore, Sakura-sama.

- C'est bien. Tu peux y aller.

Le Chûnin salua et sortit.

Sakura s'extirpa péniblement du lit, son chakra dangereusement bas.

Elle n'aimait pas ce qu'elle allait devoir faire. Hélas, les circonstances ne lui laissaient pas le choix. Itachi avait parlé de l'Akatsuki : l'homme qu'il avait tué, celui qui avait mortellement blessé une ANBU aussi compétente que Sakana, avait été envoyé par l'organisation. Ils avaient des doutes.

Le prétexte d'Itachi ne suffisait plus.

Elle devait envoyer quelqu'un à Konoha et les informer de ce nouveau développement. En attendant, ils resteraient au domaine – elle ne pouvait pas exactement revenir au village en traînant dans ses bagages le plus célèbre déserteur de la Feuille, Madara exclu.

Mais si la Lune Rouge rôdait, Sakura ne pouvait pas non plus être réduite aux niveaux de chakra d'une civile.

Le diamant bleu apparut sur son front. Elle n'avait pas envie de recourir à cette méthode. Son sceau était là en cas d'urgence, elle ne possédait pas encore le contrôle suffisant pour n'en tirer que la quantité de chakra nécessaire…

- Kai, dit-elle malgré tout en composant le signe de la chèvre.

Le chakra pénétra dans son système comme un raz-de-marée. Sakura serra les dents – une partie, je n'ai besoin que d'une partie, stop, stop, STOP !

Quand elle réussit à refermer le Sceau de Création, ses réserves étaient pleines à craquer et elle estimait avoir perdu un dixième du chakra qu'elle avait patiemment accumulé pendant trois ans. C'était une quantité ahurissante, l'équivalent d'un soleil qu'on regardait en face pour des shinobi entraînés.

Effectivement, une poignée de secondes plus tard, Itachi entrait dans la pièce, Sharingan activé, prêt pour le combat.

- Désactivez ça, lança sèchement Sakura. Il n'y a pas d'alerte.

- Le sceau de Senju Tsunade, dit-il, ses yeux fixés sur son front.

- Si vous savez que c'est, vous savez aussi qu'il n'y a pas à s'inquiéter. Je reconstituais mes réserves.

Itachi hocha la tête, ses iris retrouvant leur noir habituel. Derrière lui, Nousagi venait d'arriver. Sakura l'appela.

- Prenez Inu et Tokage avec vous et retournez à Konoha. Dites à Tsunade-shishou que l'Akatsuki a des soupçons et qu'ils ont envoyé un agent ici. Demandez-lui la permission de revenir au village avec Uchiha Itachi.

- Oui, Sakura-sama.

- Rompez.

L'homme se volatilisa.

Itachi se tenait toujours dans l'encadrement de la porte.

- Sakura-san, appela-t-il soudain.

Sakura se tourna vers lui, masquant difficilement sa surprise. C'était la première fois qu'il l'appelait par son nom depuis… depuis qu'il l'avait remerciée pour avoir soigné Mikoto.

- Nous devons parler.


Sakura avait envie de combattre. Elle voulait s'entraîner, tester ses techniques de ninjutsu, renforcer les muscles de ses jambes – le chakra bourdonnait dans son organisme comme une nuée d'abeilles.

Au lieu de ça, elle était assise dans la pièce principale du bâtiment médical, un stylo en main, Itachi en face d'elle.

- J'aimerais m'excuser pour mon comportement des dernières semaines, commença-t-il calmement.

Sakura faillit s'étouffer avec sa propre salive. Quoi ? Il voulait s'excuser ?

Donc il est conscient d'avoir été plus qu'impoli, remarqua la partie la plus mesquine de son cerveau. Sakura la fit taire.

Uchiha Itachi s'excusait. Ce jour était à marquer d'une pierre blanche.

Uchiha Itachi s'excusait.

Uchiha Itachi s'excusait.

C'était le genre d'hypothèses sur lesquelles Tsunade, la Légendaire Perdante, pariait.

Mais l'homme n'avait pas fini.

- Le seul moyen de ne pas perdre la vue en utilisant le Mangekyô Sharingan est de prendre celui d'un autre Uchiha.

Quoi ?

Sakura restreignit fermement son envie d'encastrer la tête d'Itachi dans le mur le plus proche. Des semaines de traitement, et il ne lui expliquait ça que maintenant ?

Mais elle ne voulait pas l'effaroucher. L'information était une offrande de paix et elle allait l'accepter.

- Y a-t-il des cas connus ? demanda-t-elle.

- Madara.

Evidemment. Ce serait trop simple si l'ennemi juré de Konoha perdait la vue à force d'utiliser sa pupille héréditaire.

- Y a-t-il une raison connue ?

- Non.

- Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que Cha Yun est la mère de Mikoto ?

Itachi ne répondit pas.

- Uchiha-san, soupira Sakura en comprenant soudain l'attrait de Tsunade pour le saké, pour une médic, ces informations sont importantes. Il n'y a pas de petits secrets, de détails qu'on peut éviter de révéler – parce que le plus souvent, ce sont ces détails qui permettent de découvrir un traitement. Le problème de Mikoto venait d'un mélange entre le Sharingan et un dôjutsu latent chez sa mère. Comprenez-vous pourquoi j'aurais voulu connaître son lien avec Cha Yun ?

- Je le conçois.

Que cet homme et son éducation aristocratique soient damnés.

- Me fournirez-vous toutes les informations que vous possédez sur votre œil – et quand je dis toutes, ça signifie toutes, pas seulement celles que vous jugerez pertinentes ?

Itachi hocha la tête, lentement, comme s'il venait de décider qu'il allait sauter un fossé et ne parvenait pas tout à fait à y croire.

- Allez-y, dit-elle.

Les minutes qui suivirent ne furent remplies que de la voix grave d'Itachi et du bruit du stylo sur le papier. Sakura en apprit plus sur le Sharingan et, par extension, sur le clan Uchiha qu'elle n'aurait cru possible.

- Le Sharingan est donc un trait récessif ? confirma-t-elle après avoir écouté plusieurs récits ancestraux des Uchiha.

- Oui.

C'était ironique, quand on connaissait l'orgueil du clan, de se dire que leur précieux œil serait désactivé par la moindre trace de dôjutsu chez l'autre parent. Maintenant, elle comprenait mieux pourquoi les Uchiha avaient été réputés pour ne se marier qu'entre eux : la consanguinité était le prix à payer pour préserver le Sharingan.

Plus elle en apprenait sur cet œil, plus Sakura se demandait s'il en valait vraiment la peine.

Seule une poignée d'Uchiha au cours de leur histoire avait activé le Mangekyô – Madara le premier. Son frère Izuna lui avait offert son propre Mangekyô et Madara avait ainsi découvert que les yeux greffés, non seulement prenaient une forme nouvelle, mais en plus ne se dégradaient plus.

- Ce fut le dernier sacrifice d'Izuna : protéger à tout jamais son frère des ténèbres, termina Itachi.

La formulation solennelle du texte faisait penser aux contes de tradition orale qui se transmettaient dans certaines familles ; l'homme en face d'elle avait dû le retenir à force de l'entendre et le récitait à présent mot pour mot.

« Protéger son frère des ténèbres », hein ? Sakura se demanda si Izuna aurait fait la même chose, s'il avait su que Madara utiliserait le pouvoir du Mangekyô pour démarrer une guerre et réunir les Bijuus dans un but inconnu. Il aurait peut-être mieux fallu laisser l'ancêtre des Uchiha perdre la vue, comme Itachi, comme Sasuke…

Itachi. Sasuke. Protéger son frère des ténèbres.

Sakura fixa son patient, les yeux écarquillés. Elle savait qu'Itachi avait prévu de mourir de la main de Sasuke. Elle se rappelait confusément des termes qu'il avait employés – je laisserai Sasuke prendre l'œil qui me reste – mais elle avait cru alors qu'il s'agissait d'une tradition Uchiha, ou peut-être d'un cadeau macabre de l'aîné au cadet. A la lumière de ses nouvelles connaissances, la phrase prenait une tournure bien différente.
Il comptait être l'Izuna de Sasuke. Il avait prévu de lui offrir son œil pour que Sasuke bénéficie du Mangekyô éternel.

La suspicion naquit immédiatement en elle : et si les plans d'Itachi n'avaient pas changé ? Si elle réussissait à soigner son œil aveugle, resterait-il du côté de Konoha ?

Ou irait-il trouver son frère pour lui donner, non plus un, mais deux Mangekyô parfaitement fonctionnels ?

Elle ne pouvait pas prendre ce risque. La loyauté de Sasuke ne penchait pas du côté de Konoha.

- Uchiha-san, Sasuke n'est plus lui-même.

Itachi la fixa.

- Il est manipulé par Madara. Il ne contrôle plus ses actes, il a massacré un clan entier sans raison valable. Vous ne pouvez pas lui donner le Mangekyô.

- Telle n'était pas mon intention.

- Vraiment ? N'était-ce pas ce que vous comptiez faire ?

Fait rare, Itachi détourna les yeux. Son regard se fit pensif, comme s'il fixait un rêve – ou, plus probablement, un souvenir.

- Le massacre du clan Heshiboka m'a forcé à reconsidérer ce plan, admit-il finalement.

Alors il en avait bien eu l'intention, autrefois.

- Vous ne partirez pas lui offrir vos yeux si je parviens à vous soigner ?

- Non, Sakura-san. Quand vous m'aurez soigné, je resterai aux ordres de Tsunade-hime.

Sakura ne put retenir un soupir de soulagement. Aussi désagréable cela soit-il, si Itachi avait voulu partir retrouver son cadet, elle n'aurait jamais pu l'en empêcher. Il était de ces shinobi qu'on préfère infiniment avoir de son côté.

Ce ne fut que quelques secondes plus tard que la formulation de l'Uchiha la frappa.

Quand vous m'aurez soigné, avait-il dit. Pas si vous me soignez. Quand. Elle leva un regard plein d'espoir – et n'était-ce pas ridicule, de chercher à être reconnue par un ninja sans aucune formation médicale ? – vers son patient.

- Vous pensez que j'en suis capable, souffla-t-elle.

- Votre… gestion de Sakana-san m'a prouvé que j'avais sous-estimé vos compétences.

Il la croyait. Il la croyait. Sakura eut envie de lui proposer un combat sur-le-champ, comme elle l'avait fait quand Shizune-sempai lui avait dit « Bon travail » pour la première fois – elle se sentait extatique, vibrante de chakra et d'énergie. Les longues heures à affronter fatigue et frustration pour comprendre le Sharingan en avaient valu la peine.

Uchiha Itachi pensait qu'elle pouvait le soigner. Les Kami eux-mêmes auraient pu descendre du ciel et lui offrir leur bénédiction que Sakura n'aurait pas été plus heureuse.

L'un des ninjas les plus puissants au monde, qualifié parfois de shinobi le plus accompli jamais né, lui faisait confiance pour soigner sa maladie et restaurer l'une des pupilles les plus précieuses qui soient à son état original. A elle, la fille d'un vendeur de kunai, la petite civile au grand front.

- Merci, lâcha-t-elle avant de pouvoir s'en empêcher.

Elle se sentit immédiatement gênée : il y avait beaucoup trop d'émotion dans ce simple mot. Devait-elle vraiment agir comme une fillette en manque d'affection à chaque fois qu'une figure d'autorité lui offrait sa confiance ?

Mais Itachi, loin de la mépriser ou de s'éloigner en soupirant avec ennui comme Sasuke l'aurait fait, se contenta de la fixer de ses yeux noirs hypnotisants, avant de hocher la tête.

Pour la première fois, Sakura songea que les silences d'Uchiha Itachi contenaient plus que de longs discours.


- Sakura-sama.

Sakura releva la tête.

- Qu'y a-t-il, Uma-kun ?

- Nousagi-san est de retour. Une seconde équipe l'accompagne.

- Je vais aller les voir. Tu peux retourner t'occuper de Sakana-san.

La médic-nin laissa le chakra vert autour de ses mains s'évanouir.

- Nous reprendrons tout à l'heure, si cela vous convient, Uchiha-san.

Son patient hocha la tête.

- J'aurais bientôt fini l'ouvrage que vous m'avez confié, Sakura-san. Pourrons-nous en discuter ?

- Vous avez des théories ?

- Quelques-unes.

Sakura ôta sa blouse.

- Nous en parlerons après votre examen. Voulez-vous accueillir l'autre équipe avec moi ?

- Je vais plutôt rester ici.

Elle hocha la tête, laissa ses cheveux roses retomber sur son dos et sortit de la salle.

Cela faisait maintenant quatre jours qu'elle avait envoyé Nousagi à Konoha. Il fallait moins que ça pour faire un aller-retour du village au domaine, mais Sakura ne s'était pas inquiétée. Au contraire, ce retard lui semblait bon présage : cela voulait dire que Tsunade-shishou avait eu le temps de mettre au point un plan.

Quant à Itachi…

Tant qu'il était resté muré dans son silence de condamné, Sakura avait pu affecter un vernis d'indifférence. Maintenant qu'il s'investissait dans son traitement, la force de son génie la frappait avec autant de délicatesse qu'un mur de briques. Si Lee était intense, Itachi était à couper le souffle. Il assimilait tout à une vitesse effrayante, sa concentration ne vacillant jamais, et la douceur de sa voix était démentie par l'éclat fiévreux dans ses yeux noirs quand il suggérait des théories auxquelles elle n'était parvenue qu'après des jours de réflexion, des idées médicalement impossibles mais tout simplement brillantes pour quelqu'un qui n'avait jamais reçu de formation, des expériences au premier abord farfelues qui se révélaient pourtant géniales – le tout expliqué d'un ton calme, presque froid, comme s'il avait peur de lâcher la bride aux émotions qui motivaient sa réflexion.

Sakura devait l'admettre : une part d'elle était définitivement, irrémédiablement jalouse. L'homme était un génie comme elle n'en avait jamais vus. Tsunade le dépassait dans le cadre strictement médical – elle-même le dépassait dans ce domaine – mais Itachi n'était justement pas un médic. Sakura suspectait que le déserteur se montrerait aussi talentueux dans tous les domaines qu'elle lui suggérerait.

Le ninja le plus accompli jamais né, effectivement.

Quand ils discutaient de procédures médicales, elle ressentait le même vertige que celui qui la prenait quand Shikamaru lui exposait une stratégie de go : la sensation d'être face à une intelligence si développée qu'elle réfléchissait plusieurs niveaux au-dessus des simples mortels.

Et pourtant ce shinobi si talentueux qu'il en devenait terrifiant croyait en elle. Il lui faisait confiance pour le soigner. Il écoutait ce qu'elle disait, calmement, tranquillement, avec une attention aussi pointue que les senbon qu'elle gardait dans sa manche, et il la regardait comme une égale. C'était une sensation enivrante. Sakura avait envie de faire de son mieux juste pour conserver son estime, pour que ce regard noir ne se teinte pas de déception.

En cela, Itachi lui rappelait Tsunade : elle voulait l'impressionner. C'était une réaction très enfantine, mais Sakura était une kunoichi – si cela l'aidait à accomplir les objectifs de sa mission, elle autoriserait la partie d'elle qui restait une petite civile maltraitée à refaire surface.

Quand elle sortit du bâtiment, les arrivants attendaient dans la cour, entre les bonsais survitaminés et le bosquet de rhododendrons bleus.

- Sakura-san !

- Gai-sensei ! s'exclama Sakura en voyant le maître de Lee.

- Salut, Haruno.

Mitarashi Anko lui offrit un sourire désinvolte. A ses côtés, Sakura reconnut Yamashiro Aoba, un autre Tokubetsu Jonin.

Pendant qu'elle leur offrait les salutations habituelles et s'informait des conditions de leur voyage, les rouages tournaient à toute vitesse dans sa tête.

Sa Shishou ne lui avait pas envoyé des membres de la Racine ou une équipe d'ANBU cachés sous leur masque. Les trois shinobi devant elle étaient des figures connues à Konoha, pas toujours appréciés – apprécier Mitarashi Anko requerrait de passer du temps avec elle, ce que la plupart des gens évitaient – mais respectés au sein de la Feuille. Et ils savaient. Tsunade-shishou leur avait forcément révélé la vérité sur le massacre Uchiha avant de les envoyer au domaine.

C'était… inattendu. La jeune femme continua à réfléchir.

Cependant, même si leurs visages étaient familiers pour les habitants de Konoha, aucun d'eux n'appartenait à un Clan. Elle commença à voir où sa Shishou voulait en venir.

Premièrement, Tsunade voulait préserver le secret – à raison. Même si ça lui arrachait la bouche de l'admettre, Sakura savait que Danzô avait eu raison, quand il avait fait du massacre Uchiha un secret de rang S : Konoha comptait trop sur ses Clans pour leur rappeler de façon aussi brutale qu'ils restaient soumis à l'autorité du village. Si les Yamanaka, les Aburame, les Akimichi prenaient peur et commençaient à comploter, la Feuille perdrait de sa puissance. A l'aube d'une guerre, on ne pouvait se le permettre.
Et c'était sans considérer les Hyûga. Depuis que Naruto criait sur tous les toits que dès son accession au poste de Hokage, il abolirait le sceau de soumission de la Bunke, les relations de l'autorité centrale avec le Clan au Byakugan s'étaient considérablement refroidies. Si on apprenait à Hyûga Hiashi qu'une décennie plus tôt, un Clan refermé sur lui-même et préservant obsessivement les secrets de sa pupille héréditaire avait été annihilé par l'un des leurs pour le bien du village, comment réagirait-il ?

Commencerait-il à regarder l'ANBU Hyûga Neji avec suspicion ?

Deuxièmement, sa Shishou prévoyait de laisser Uchiha Itachi revenir officiellement à Konoha. Sakura était un peu moins sûre de cette déduction mais elle l'estimait probable malgré tout. Si Tsunade avait prévu de loger son apprentie, le déserteur et leur escorte dans un refuge de la Racine sous Konoha, où ils pourraient continuer leur mission en toute discrétion, pourquoi leur envoyer des ninjas qui agissaient dans la lumière – Gai, Anko, Aoba ? Pourquoi ne pas leur fournir une équipe de shinobi inconnus de tous qui ne travaillaient que dans l'ombre ?

L'équipe qui se tenait devant elle était un message, et Sakura l'avait reçu. Tsunade prévoyait de mentir pour justifier le retour d'Itachi. Le peindre en martyr resté fidèle à Konoha envers et contre tout, peut-être.

La kunoichi se demanda ce qu'Itachi lui-même en penserait. Il avait implicitement juré fidélité à la Cinquième en lui disait qu'après sa guérison, il se mettrait « aux ordres de Tsunade-hime », mais on lui demandait de revenir dans le village qui l'avait haï pendant plus de dix ans et qu'il était fermement convaincu de ne jamais revoir.

- Venez, dit-elle aux trois shinobi. Ma chambre est sûre.

Quelques instants plus tard, ils étaient dans la pièce et Sakura activait les sceaux de protection. Quand elle se tourna vers ses collègues, leurs expressions étaient sérieuses, presque dures.

- Quelle est la version officielle ? demanda-t-elle à Gai.

- Le clan Uchiha a été massacré par Uchiha Madara, resté en vie par des moyens obscurs, peut-être similaires à ceux employés par le Sannin Orochimaru.

Sakura hocha la tête, approbatrice. Orochimaru était l'un des grands méchants loups de Konoha ; appuyer sur les similarités du Sannin et de Madara était un bon moyen de renforcer ce dernier dans sa position d'ennemi ultime de la Feuille.

- Uchiha Itachi n'est resté en vie que parce que Madara a vu son immense talent. Désireux de protéger son petit frère, Sasuke, il a accepté de suivre Madara contre la vie de celui-ci.

Les meilleurs mensonges contenaient toujours une part de vérité. En remplaçant « Madara » par « Danzô » et « le suivre » par « lui obéir inconditionnellement », on s'approchait dangereusement de la réalité.

- Mais Itachi est toujours resté fidèle à Konoha et a longtemps agi dans l'ombre pour retarder la montée en puissance de l'Akatsuki. Hokage-sama, que les Kami combattent avec elle, n'a appris la vérité que récemment, et a décidé que nul ne pouvait blâmer un adolescent qui a tout fait pour défendre le dernier membre restant de son Clan. Pour le remercier des précieux services qu'il nous a rendus, et en hommage à l'un des Clans les plus respectés de Konoha, il est donc réintégré dans les rangs du village en tant que Jounin.

Sakura intégra les informations avec une admiration mal dissimulée. Sa Shishou changeait le massacre d'un Clan rebelle en une histoire à faire pleurer dans les chaumières qui transformait Itachi en héros de tragédie – ce que, en toute honnêteté, il était – et Tsunade en une dirigeante magnanime. Mais surtout, avec cette nouvelle vérité, on aurait l'impression que le village se sentait redevable envers le Clan Uchiha, qu'il était prêt à accorder sa confiance à Itachi en souvenir des Uchiha. Madara devenait l'homme qui avait massacré un Clan entier, et Konoha le village qui se dressait contre cet homme.

Un secret susceptible de faire voler en éclats le système des Clans devenait une garantie de la loyauté de Konoha envers ses Clans. C'était brillant. C'était Tsunade quand on la tenait éloignée du saké pendant plus d'une journée, avec une saine dose de conseils de la part de Shizune.

- Combien de temps lui faudra-t-il pour faire accepter cette version dans le village ?

- Une vingtaine de jours, Sakura-san.

- Je vois. Une fois revenus au village, savez-vous où nous logerons ?

- Hokage-sama a pensé au domaine Uchiha. Elle sait que l'idée ne plaira pas à Itachi-san, mais cela aiderait le village à le voir comme le dernier représentant de son Clan.

Madara ne pouvait évidemment pas être considéré comme un Uchiha acceptable par Konoha, mais Sakura ne put s'empêcher de noter qu'on ne mentionnait pas Sasuke.

Puis-je blâmer Shishou d'exclure d'office un homme qui a massacré un clan entier ? Sasuke-kun n'avait pas de raison de faire ça. Les Heshiboka n'avaient jamais menacé personne.

Mieux valait de ne pas penser à ça maintenant. Elle avait d'autres soucis.

- Les membres de la Racine resteront-ils avec nous ?

- Oui, mais ils seront contraints de porter leurs masques d'ANBU tant qu'ils n'auront pas des identités officielles au sein du village. Hokage-sama m'a également demandé de vous transmettre ceci.

Il lui tendit un parchemin que Sakura mit dans sa poche.

- Resterez-vous avec nous une fois que nous serons à Konoha ? poursuivit-elle.

- Besoin d'une babysitter, Haruno ? L'Uchiha est un trop gros morceau ?

Sakura sourit à Anko et frotta machinalement ses phalanges. L'air moqueur de la Tokubetsu Jounin ne disparut pas.

- Je désire simplement avoir toutes les informations nécessaires, Anko-san. C'est un réflexe naturel lorsque l'on dirige une mission.

Le regard d'Anko se fit plus acéré. Elle n'était jamais chef de mission – le sceau implanté par Orochimaru la rendait instable quand il s'activait et un chef de mission devait être capable de garder la tête froide en toute circonstance. Sakura venait de lui rappeler que malgré leur différence d'âge, c'était bien la plus jeune qui commandait. C'était un coup bas mais la médic n'en avait cure : ses rapports avec Anko n'étaient faits que de ça. En fait, elle doutait qu'Anko soit capable d'interagir autrement qu'à coup de remarques perfides. Le seul moyen de gagner son respect était de répondre de la même manière.

- En attendant, mon équipe et moi avons été chargés de vous aider à renforcer la protection du domaine, reprit Gai. Si l'Akatsuki réussit à pénétrer dans notre enceinte, je jure d'abattre dix arbres sans utiliser d'armes ni de chakra !

Sakura se massa la tempe. Certaines choses ne changeaient jamais.


Evidemment, ce fut à elle d'annoncer les nouvelles à Itachi. Anko lui envoya un petit sourire narquois en la voyant marcher vers le bâtiment médical avec autant d'enthousiasme qu'une condamnée allant à l'échafaud.

Evidemment, Itachi protesta. Autant qu'Uchiha Itachi pouvait protester, en tout cas : par un regard inexpressif et un « Non » trop calme.

- Pourtant, vous-même devez admettre que c'est une bonne idée, argua-t-elle. Où logeriez-vous, sinon sur les terres de vos ancêtres ?

- Dans un appartement plus proche de l'hôpital.

- Le symbole ne serait pas aussi fort.

Il resta silencieux.

Le problème du logement n'était que le moindre de leurs soucis. Devoir retourner au village alors que son frère était toujours marqué comme déserteur, voilà l'écueil qu'elle devait dépasser. Itachi n'avait jamais prévu ça – lui-même devait mourir honni de tous alors que Sasuke retournait à Konoha auréolé de gloire pour avoir assassiné un traître. On lui demandait de jeter des années de préparation aux orties et de reprendre une place qu'il avait abandonnée alors qu'il n'avait que treize ans.

On attendait de lui qu'il redevienne l'héritier Uchiha, et Itachi ne le comprenait que trop bien. Sakura le regarda, inquiète.

- Uchiha-san, dit-elle avec une tranquillité qu'elle n'éprouvait pas, nous avons besoin de symboles. Konoha a besoin de savoir que l'Akatsuki n'est pas invincible, qu'on peut la tromper comme vous l'avez fait. Elle a besoin de se dire qu'elle ne se bat pas contre le Clan Uchiha mais contre des rebelles. Vous pouvez incarner ça. S'il vous plaît, ne nous abandonnez pas.

- Il est inutile de recourir à la manipulation émotionnelle, Sakura-san.

Il n'y avait pas de reproche dans son ton. Sakura, d'ailleurs, ne se sentait pas coupable. Elle ne faisait que son devoir.

- Il va falloir que je cache mieux mon jeu, admit-elle avec un sourire dépréciatif.

Itachi ne souriait jamais, mais la ligne rigide de ses épaules se détendit un peu.

- J'accepte de revenir à Konoha et de me plier à la charade de Tsunade-hime, déclara-t-il finalement.

- Mais ? soupira Sakura.

- Mais je ne m'installerai pas sur le domaine Uchiha. Il ne sera pas difficile de tourner cette décision à l'avantage du village.

Il n'avait pas tort. On pourrait mentionner le traumatisme qu'Itachi éprouvait encore – avoir vu sa famille être massacrée à cet endroit, quelle horreur ! – ou son besoin d'être au cœur du village qui lui avait tant manqué. Oui, il a été très touché par son exil volontaire, il ressent le besoin de sentir le pouls de Konoha battre dans ses rues – c'est un homme humble, il veut juste être parmi les siens – il maintient qu'il n'est qu'un ninja comme les autres avant d'être l'héritier Uchiha – il reprendra la place qui est la sienne après avoir vengé son clan, il l'a juré à ses parents décédés…

C'était le sommet de l'hypocrisie, mais ils étaient des ninjas, pas des samouraïs. L'honneur n'était qu'une notion secondaire pour eux.

- Merci, Uchiha-san.

Sakura inspira et décida de passer à autre chose avant qu'il ne change d'avis.

- Je vais finir votre examen, puis nous pourrons parler du livre que je vous ai prêté.

En dépit de toutes les considérations politico-militaires, il restait son patient.


ILS SE PARLENT SANS QUE SAKURA AIT ENVIE DE L'EGORGER ! Quand on songe qu'il y a sept ou huit chapitres, elle aurait joyeusement fait des tresses avec ses boyaux, on voit tout le chemin parcouru depuis.

Blague à part, écrire les discussions d'Itachi et Sakura est étonnamment agréable. Il y a une estime mutuelle entre eux, à ce stade, chacun reconnaît l'intelligence et les compétences de l'autre. Je trouve ça plus réaliste que l'attirance physique qu'on retrouve dans pas mal d'ItaSaku, où Sakura est perturbée par son torse nu (alors que, soyons honnêtes, des torses sculptés, elle doit en voir souvent dans son métier) et Itachi par... je ne sais pas. Elle n'est pas supposée être d'une immense beauté, donc je ne vois pas.

Est-ce que vous trouvez l'évolution de leur relation crédible ? J'ai un peu peur que Sakura semble changer d'opinion trop brutalement.

Sinon, vous aimez l'équipe de Lee ? Le nom de Bruce vient évidemment de Bruce Lee (qui a inspiré le personnage de Rock Lee, d'ailleurs, j'ai découvert ça hier).

On se retrouve bientôt pour le chapitre 13 !