Le noir détient un pouvoir assez étonnant. Couleur funeste pour les uns, beaucoup de personnes mal dans leur peau y ont recours pour paraître plus mince. Certains en ont peur, d'autres le recherchent pour se cacher. Mais personne ou presque, semble-t-il, ne s'est demandé ce que l'obscurité pouvait apporter à la magie – personne, à part moi.

L'occultisme est une branche de la magie que je trouve très intéressante : une fois qu'on la comprend, elle est très simple et, surtout, elle n'offre pas une armée de solutions. On peut donc rapidement en faire le tour (il reste sûrement des choses à découvrir, bien entendu) et c'est ce que je propose dans ce tout premier chapitre. Grâce à mes connaissances, le lecteur pourra apprendre à faire la nuit autour de lui quand il aura besoin de disparaître, il pourra « aveugler » les ennemis qui le cherchent et, surtout, il pourra faire la démonstration d'un savoir qui le placera dans une position bien plus confortable vis-à-vis de ses ennemis, surtout si ceux-ci sont plus nombreux – et mal intentionnés, cela va de soi.

Etant donné que je n'ai aucune garantie que ce journal intime tombera entre les bonnes mains, je me garderai de consigner les quelques sortilèges que j'ai développés au fil de mon apprentissage en occultisme. Si vous avez un bon fond, cependant, et que vous êtes motivé (et Fourchelang), vous trouverez un sortilège ou une potion à chaque fois qu'un nouvel endroit sera découvert (voir les Quêtes de Poudlard).

C'était ainsi que Grinval ouvrait son journal et le premier chapitre, consacré à l'occultisme. Au fil de sa lecture dudit chapitre, Harry avait compris que non seulement Grinval avait été un élève brillant, mais aussi qu'il n'avait rien à envier à certains professeurs que Harry avait lui-même eus. Tout était clair, précis, détaillé avec simplicité, et Brighton se réjouissait que Harry adhère totalement à l'enseignement de Grinval, lui-même ne ratant jamais la plus petite occasion pour en vanter toute la qualité.

Les jours s'enchaînaient et, au grand bonheur de Harry, les potions alchimistes étaient arrivées. Loin d'être des potions comme celles étudiées à Poudlard, elles requéraient énormément de concentration et de précision. Durant tout le cours qui traita d'une potion appelée « la Flèche aveuglante », Brighton resta silencieux pour que Harry se concentre exclusivement sur la méthode de préparation. Il faudrait apparemment deux semaines pour qu'elle soit fin prête, mais Brighton avait promis qu'une fois que Harry aurait acheté ses fournitures scolaires, notamment un nouveau chaudron, ils l'utiliseraient pour préparer une des potions de Grinval. Les autres cours se poursuivaient : ignorant royalement le programme scolaire, Brighton entraînait Harry vers d'autres horizons en métamorphose et en sortilèges, privilégiant tout ce qui lui serait utile pour affronter d'éventuels Assassins introduits dans Poudlard par Farewell. La botanique-potion, puisque les deux cours n'en formaient plus qu'un, dépendait généralement de la plante étudiée, Brighton concentrant notamment ces disciplines sur les antipoison, partageant parfois certaines anecdotes qui permettaient à Harry de visualiser plus ou moins comment la Fraternité fonctionnait.

La samedi suivant, Harry traversa le loch seul. Le Chemin de Traverse étant généralement bondé, Brighton ne souhaitait pas prendre le risque qu'un Frère ou une Sœur l'aperçoive en compagnie de Harry. Moins la Fraternité en saurait sur ce que Harry avait fait pendant le mois d'août, plus celui-ci aurait une chance de la surprendre. Il y avait quand même un risque : il se pouvait très bien que Burrow ait envoyé quelques fidèles Auror pour mettre la main sur Harry afin de le conduire au ministère, mais Brighton avait insisté pour que, Auror ou brigadier, Harry fasse son nécessaire pour ne pas les suivre, quitte à se montrer brutal.

Dès que le bateau atteignit la rive, Harry sauta à terre et concentra toutes ses pensées sur sa destination, puis il tourna les talons et s'enfonça dans l'obscurité du transplanage, comprimé et asphyxié. Charing Cross Road surgit alors, bruyant des innombrables passants qui en arpentaient les trottoirs et des voitures qui y circulaient. Kenneth Jones, le ministre de la Magie, avait eu la bonne idée de créer une zone de transplanage dans une petite ruelle qui débouchait sur Charing Cross Road, et Harry n'eut qu'à en sortir et tourner à droite pour apercevoir la façade du Chaudron baveur devant laquelle les Moldus passaient sans la remarquer.

Harry poussa bientôt la porte de la célèbre auberge à l'aspect miteux. Derrière son comptoir, Tom le barman se réjouissait visiblement de la journée des Fournitures, car sans doute pour la première fois depuis l'an dernier, des clients s'arrêtaient pour prendre une collation, tous assis au bar en s'échangeant leurs impressions sur l'actualité.

Traversant la salle commune du Chaudron baveur, Harry sortit dans l'arrière-cour, où des mauvaises herbes se disputaient l'espace avec les bennes à ordures. Il tira sa baguette et tapota une brique précise pour ouvrir l'arcade menant au Chemin de Traverse, littéralement transformé. Des familles, des groupes d'adolescents et des passants sans enfant grouillaient tout le long de la rue pavée et sinueuse, bordée des magasins les plus fantastiques de tout le pays. On s'interpellait gaiement, on s'arrêtait pour discuter, on se regroupait pour s'échanger ses impressions à propos d'une nouveauté mise à l'honneur dans les vitrines, on s'arrêtait à la terrasse des cafés ou du glacier pour s'y rafraîchir… Comme l'avait dit Brighton, le Chemin de Traverse semblait avoir retrouvé toute sa quiétude des temps de paix. On aurait presque pu croire que les Mangemorts étaient un lointain souvenir s'il n'y avait pas eu – Harry les remarqua rapidement – des employés du ministère pour prévenir tout trouble. Ils sillonnaient la longue rue commerçante en longeant les façades, guettant le moindre conflit, le moindre haussement de ton.

Harry s'empressa de rejoindre la foule avant d'être remarqué par les employés de Burrow. Les adolescents qui jalonnèrent son chemin vers Gringotts, la banque des sorciers, le saluèrent parfois en le prenant pour James, mais d'autres écarquillèrent les yeux, frappés de stupéfaction, et se hâtèrent de rejoindre leurs amis pour leur dire qu'il y avait réellement un « Sosie-Potter », comme l'appelait Mulciber, qui préparait son entrée à Poudlard. D'autres, détestant sans nul doute James, le regardèrent passer près d'eux avec un froid étonnement, et il devint manifeste, aux yeux de Harry, qu'il hériterait des ennemis de son « ancien » père.

Atteignant les marches de Gringotts, il les gravit jusqu'à la façade d'une blancheur de neige, où deux gobelins l'arrêtèrent devant le portail de bronze en venant à sa rencontre, armés de cannes d'or. Harry avait essayé d'avoir son or à l'avance, en écrivant à la banque pour qu'elle lui expédie une bourse par hibou, mais ce n'était pas aussi simple : étant donné que Harry venait d'hériter et qu'il ne s'était pas encore présenté à Gringotts, les gobelins lui avaient retourné une réponse négative en précisant que pour bénéficier d'un tel service, il lui faudrait d'abord se faire enregistrer en personne à un guichet. Brighton n'avait pas été surpris mais, ignorant beaucoup de choses sur la politique de sécurité de Gringotts, il avait été incapable d'anticiper en quoi consisterait l'enregistrement.

Les deux gobelins cessèrent de passer les Sondes de Sincérité autour de Harry et s'inclinèrent légèrement pour inviter à Harry à franchir le portail de bronze. Traversant une petite cour, il passa deux lourdes portes d'argent et se retrouva à l'extrémité du grand hall de marbre de la banque, où des gobelins s'activaient derrière les guichets : peser l'or, examiner des pierres précieuses, remplir des registres, authentifier l'argent moldu des clients avant de l'échanger par de l'argent sorcier. Dans les murs, d'innombrables portes s'alignaient, certaines faisant disparaître des personnes conduites par un gobelin jusqu'à leurs coffres, d'autres remontant des sous-sols de la banque avec les poches pleines.

Harry s'avança jusqu'à un guichet où un gobelin, l'air concentré sur son registre, lui jeta un rapide coup d'œil, inscrivit quelque chose puis s'intéressa à lui.

− Que puis-je pour vous ? demanda-t-il.

− Je dois me faire enregistrer, répondit Harry.

Le gobelin repoussa son registre sur un coin de son bureau et passa une main aux doigts effilés sous le guichet. Il y récupéra un parchemin et le déroula pour le consulter rapidement.

− Mr Harry Potter ? interrogea-t-il.

− C'est ça.

− Avez-vous la lettre confirmant votre inscription à Gringotts, Mr Potter ?

Harry plongea la main dans la vieille besace que Brighton lui avait prêtée pour la journée et tendit ladite lettre au gobelin.

− Ah oui, l'héritier des Grinval, commenta le gobelin pour lui-même. Veuillez patienter, s'il vous plaît.

Et le gobelin descendit de son haut tabouret pour s'éloigner. Harry s'inquiéta légèrement, mais il crut entendre la voix de Brighton s'élever dans son esprit en martelant : « Un Tout-puissant ne s'inquiète pas ! Il évalue toutes les menaces potentielles de son environnement et décide, alors, s'il est temps pour lui de déguerpir ou non ! » Le vieil homme tenait autant, voire davantage, que Harry à ce que son élève devienne un « Tout-puissant », mais les automatismes énoncés par Grinval n'étaient guère faciles à apprendre par cœur et à appliquer naturellement pour Harry.

Cependant, il ravala son appréhension et observa attentivement son environnement. Les gobelins s'occupaient, dans leur grande majorité, des clients qui affluaient, tandis que les autres sillonnaient le hall de la banque comme les employés du ministère le faisaient à l'extérieur. Aucune menace, semblait-il. Il croisa néanmoins le regard de l'un de ses futurs camarades : un jeune homme au teint mat, le visage séduisant, ses cheveux mi-longs aussi noirs que ses yeux. Il affichait un petit air supérieur tout en fixant Harry, mais celui-ci sut immédiatement qu'il n'avait pas affaire à John Haustin, le dernier Serpentard. Cet adolescent appartenait sans nul doute à une autre maison.

Le gobelin revint, détournant l'attention de Harry du jeune homme résigné à ne pas être celui qui romprait leur contact visuel, et posa sur le guichet une petite boîte en carton. Il l'ouvrit et en sortit un parchemin, une bourse et un petit sac de velours.

− Ce parchemin, reprit le gobelin, scellera votre inscription en tant qu'héritier de la famille Grinval. Vous avez simplement à indiquer la composition de votre baguette magique et signer en bas. Voici une plume. Bien que nos services aient refusé l'envoi de votre commande, elle a été préparée : voici donc l'or que vous aviez demandé.

Harry indiqua rapidement la composition de sa vraie baguette magique puis signa au bas du document.

− Très bien, dit le gobelin en récupérant le parchemin. Dans ce sac, vous trouverez vos pièces d'identité, c'est-à-dire le sceau des Grinval qu'il vous faudra présenter à chacune de vos venues, et le tampon qui authentifiera la moindre commande postale. Vous êtes bien évidemment libre de changer vos armoiries quand bon vous semble, Mr Potter, mais nous n'accepterons ces modifications qu'une seule fois.

− Je vais y réfléchir, dit Harry.

− Très bien, répéta le gobelin. Je vous souhaite donc la bienvenue à Gringotts et une bonne journée, Mr Potter.

− Merci et bonne journée.

Glissant le sac en velours et la bourse pleine à craquer dans sa besace, Harry s'éloigna du guichet et retrouva le brouhaha du Chemin de Traverse, où la foule paraissait encore plus dense qu'à son arrivée. Maintenant, il restait à bien calculer : quand il avait onze ans, Hagrid l'avait accompagné et porté la majorité des fournitures, mais pas cette fois-ci. Il fallait donc que Harry s'organise convenablement s'il ne voulait pas se retrouver encombré avant même d'avoir acheté la moitié des choses réclamées par Poudlard.

Il prit la direction de l'apothicaire, estimant que les ingrédients pour les cours de potions comptaient parmi les fournitures les plus légères. Comme toujours, il y régnait une étrange odeur d'œuf pourri et de choux, mais Harry en apprécia singulièrement la fraîcheur. Un père de famille et sa fille attendaient déjà derrière le comptoir et il se plaça derrière eux, son regard parcourant les tonneaux et les étagères aux contenus les plus divers et variés : œufs de toutes sortes d'animaux, yeux de créatures magiques, scarabées morts, racines, fleurs, feuilles, écailles, peaux, crochets, ailes… Harry se demanda si le vendeur avait des racines de Touffe-la-mort en stock, mais il se souvint presque aussitôt de son premier cours d'alchimie : Brighton lui avait dit que très peu de personnes connaissaient les propriétés des racines de cette plante, très difficile à trouver. Les botanistes les cultivaient pour protéger leurs autres plants des insectes, mais c'était la Fraternité qui avait découvert le pouvoir immatériel des secrétions de la racine de Touffe-la-mort. Il renonça par conséquent à poser sa question quand le père et sa fille partirent et tendit simplement sa liste de fournitures, que le gérant emmena avec lui dans l'arrière-boutique.

− Tiens, tiens, tiens, dit une voix nonchalante.

L'espace d'une fraction de seconde, Harry crut entendre Drago Malefoy, ce qui lui parut aussitôt étrange. Mais en tournant la tête vers le propriétaire de la voix, il se retrouva à regarder un jeune homme à peine plus petit que lui, le nez constellé de taches de son, ses cheveux blond-roux noués en une courte queue-de-cheval et vêtu d'une somptueuse robe de sorcier vert menthe aux ourlets argentés. Sur ses épaules, un serpent somnolait paisiblement, et Harry réprima à grand-peine un sourire.

− Tu dois être Haustin, dit-il d'un ton indifférent.

− Ah, mais c'est que Darius n'exagérait rien, remarqua le jeune homme. Tu sembles en savoir beaucoup sur de futurs camarades, Sosie-Potter. C'est à se demander si tu ne nous as pas espionnés…

− Si je devais espionner quelqu'un, il faudrait d'abord que je m'assure qu'il en vaille la peine, répondit Harry, désinvolte.

− Oui, Darius m'a dit que tu ne te prenais pas pour n'importe qui, dit Haustin avec sourire narquois. Ne te fais pas de souci, Sosie-Potter, ça va très vite changer.

Harry sourit.

− Pour le bien de Tom, je lui souhaite de vous apprendre l'humilité, dit-il.

− Qui est Tom ?

Le sourire de Harry s'élargit, réaction qui sembla déplaire à Haustin dont le regard se froidit immédiatement.

− Fais gaffe, Sosie-Potter, murmura Haustin en plissant les yeux. Ton arrogance pourrait te coûter très cher au cours de l'année !

− J'en prends note, répliqua Harry avec une suprême indifférence. La question est : savez-vous seulement quel prix vous paierez pour votre propre arrogance ? Moi, je n'aurai qu'à demander à mes camarades de me parler de vous pour avoir une certaine idée du genre d'étudiants que vous êtes…

− Parce que tu crois que tu es une énigme ? ricana Haustin. A l'évidence, tu ne connais pas Aaron Webster. Le jour de la rentrée, on saura presque tout de toi, tout ce que tu as dit à la commission qui t'a rencontré.

Harry eut un sourire goguenard et reporta son attention sur le vendeur qui émergeait de l'arrière-salle. Il n'était pas inquiet, pour le coup : même si cet Aaron Webster, apparemment indiscret, racontait tout ce que Harry s'était autorisé à dire à Amelia Bones, Clocker et O'connor, les Serpentard ne seraient renseignés sur la « menace » que leur futur camarade pourrait présenter.

Payant ses articles, il sortit de l'apothicaire sans daigner répondre au regard malveillant de Haustin qu'il ignora complètement, comme si le Serpentard avait été un objet du décor. Ses ingrédients acquis, il passa à la papeterie, essayant tant bien que mal de ne pas prêter attention aux murmures des élèves, puis il alla acheter ses accessoires pour les cours de botanique. En approchant de la terrasse de Florian Fortarôme, étonnamment jeune, Harry prit le chemin de la caisse pour commander une glace et profiter qu'il n'y ait pas trop de clients.

Assis à une table, il sortit de sa besace le vieux journal intime de Toma Grinval. Selon les conseils de Brighton quand Harry lui avait dit en avoir commencé la lecture, il était préférable qu'il lise d'abord une première fois les différents chapitres de la partie « Magies avancées » puis qu'il revienne sur ceux qui l'intéressaient vraiment une fois qu'il aurait fini sa formation avec le vieil homme. L'occultisme, très court, ne pourrait de toute façon pas lui permettre d'apprendre quoi que ce soit, puisque les sortilèges et les potions créées par Grinval étaient dissimulés à Poudlard. Aussi s'intéressa-t-il au chapitre suivant :

L'Elémentarisme m'a toujours fasciné car, aussi loin que remonte la mémoire humaine, il y a toujours eu des récits faisant référence à des sorciers et des sorcières capables d'enchanter la nature comme personne. Il n'y est pas question de lancer un sortilège sur du lierre pour qu'il intercepte tout voleur essayant d'escalader un mur – non, nous parlons ici d'une forme de magie nécessitant des compétences assez extraordinaires en enchantements et en étude des runes.

Je me suis intéressé assez tardivement à l'Elémentarisme, qui me paraissait être la discipline la plus difficile à aborder. La Fureur de Gaia, dans la partie « Sortilèges avancés », est le seul sort que j'ai daigné décrire dans ce journal intime, mais vous trouverez Le Bras de Poséidon dans le Sanctuaire. Attention quand même : si jamais il vous faut utiliser l'un de ces sortilèges, ne l'employez qu'en ultime recours et seulement si vous êtes encerclé par un trop grand nombre d'ennemis.

Pour appréhender au mieux l'Elémentarisme, je recommande la lecture des Runes pré-antiques. Il s'agit d'un parchemin écrit à l'origine par Milan Porgat (1308-1372) et que j'ai dû recopier, car très détérioré. J'ai déposé le parchemin dans la Salle des objets cachés, il vous suffira de suivre le regard du troll empaillé pour le trouver.

Lorsque vous aurez mis la main sur Runes pré-antiques, il est deux règles qu'il faudra absolument respecter si jamais vous prévoyez de faire des expériences. La première, c'est que votre enchantement devra obligatoirement inclure la rune de Cœur : sans elle, votre expérience ne vous protègera pas. La seconde, c'est que vous ne devez en aucune manière mélanger deux runes d'une même famille : interdisez-vous donc d'associer un enchantement et à une rune de Pierre, et à une rune d'Eau, par exemple. Dernière recommandation, si jamais l'Elémentarisme vous intéresse, attendez d'avoir atteint le sanctuaire pour vous lancer dedans, car vous aurez besoin d'un guide que j'y ai laissé.

Franchement plus appréciable que le manuel de potions du Prince de Sang-Mêlé, Grinval prenait toujours soin à prévenir son lecteur des dangers que certains sortilèges pouvaient représenter, aussi bien pour le lanceur que la cible. Satisfait, Harry se promit de récupérer le parchemin de Milan Porgat dès la semaine de la rentrée. Même si les runes lui étaient complètement étrangères, s'intéresser à celles définies par Porgat ne lui ferait pas de mal – et surtout, elles lui serviraient peut-être à mieux appréhender La Fureur de Gaia.

Rangeant le journal intime, il engloutit la dernière bouchée de glace puis repartit à la recherche des fournitures manquantes. Madame Guipure, prêt-à-porter pour sorciers, faisant face à la terrasse de Florian Fortarôme, il opta naturellement pour ce magasin, d'autant qu'il ne lui resterait alors plus qu'à acheter les choses les plus lourdes, à savoir le chaudron en étain et les livres. A son entrée, il se demanda si ses seuls futurs camarades à être venus sur le Chemin de Traverse aujourd'hui étaient les Serpentard – mais surtout, il comprit enfin pourquoi les Deadheart étaient réputés pour leur beauté, et pris alors conscience de l'ampleur du pouvoir du Marcheur de Mort.

Perchées sur des tabourets à l'autre bout du magasin, trois jeunes femmes étaient aux bons soins des vendeuses chargées de préparer les uniformes. Il les identifia sans peine, notamment grâce à Callista Gamp, plongée dans la lecture d'un ouvrage faisant référence aux créatures magiques tropicales – sans doute aspirait-elle déjà à devenir exploratrice, songea Harry.

Gamp était une haute fille à la coiffure carrée, ses cheveux blonds tombant raides de chaque côté de son visage pâle au nez pointu. A côté d'elle, petite de taille mais impressionnante par sa stature, Ava aurait sûrement été très séduisante si elle n'avait eu l'air convaincue de sa propre supériorité. Ses yeux d'un bleu givré se posèrent sur lui et le scrutèrent comme s'il avait été quelque chose d'insignifiant, mais Harry ne s'en soucia guère. Car Lysandra Deadheart, sur le troisième tabouret, attira rapidement son attention. De mémoire, jamais il n'avait vu une beauté aussi époustouflante – même Fleur aurait pu paraître banale, en comparaison. Elle était même si belle, en réalité, que c'en était presque surnaturel. Son épaisse tignasse noire et brillante ondulait pour disparaître dans son dos, et son visage, comme dessiné par un sculpteur de génie, parvenait à émerveiller malgré son arrogance glaciale.

Toutefois, si Harry dut admettre que la réputation de Deadheart n'était pas exagérée, ce furent ses yeux qui lui firent la plus grande impression. L'un était d'un vert glacé aussi froid que la glace que Harry avait mangée sur la terrasse, mais l'autre, d'une couleur lilas givré, étincelait d'une lueur changeante, comme si seul cet œil était apte à exprimer les émotions inspirant Deadheart. La somptueuse Serpentard, cependant, regarda Harry avec un total, profond, sincère désintérêt, avant que celui-ci ne porte son attention sur la vendeuse qui venait à sa rencontre.

Elle l'entraîna en direction des trois jeunes femmes et le fit monter sur un tabouret. La sorcière s'éloigna pour aller chercher tout le matériel dont elle aurait besoin, notamment l'uniforme à ajuster.

− Choupinette va être déçue, commenta Ava d'un ton narquois.

Harry songea que Drago Malefoy aurait eu énormément de leçons à recevoir d'Ava, en matière d'arrogance et de goguenardise, car jamais son vieil ennemi n'aurait pu égaler la puissance de l'intonation de la jeune femme.

− Alors, Sosie-Potter, on s'attire des ennuis avant même d'intégrer Poudlard ? poursuivit-elle.

− Des ennuis ? répéta Harry.

− Contrarier Darius n'est pas l'idée la plus brillante du siècle, dit Ava.

− Ah, et tu appelles ça « des ennuis » ? s'étonna Harry d'un ton léger.

− Aussi arrogant que Darius le disait, remarqua Ava.

Harry eut un sourire en coin, tandis que la vendeuse revenait, les bras encombrés.

− C'est vrai que tu es le propriétaire du Manoir Grinval ? interrogea brusquement Gamp, comme si elle venait tout juste de remarquer la présence de Harry.

− Oui.

− T'as réussi à franchir le portail ?

− Oui.

− Comment tu as fait ?

− Secret professionnel, répondit Harry.

− Et pourquoi tu n'as pas encore emménagé ?

Harry haussa les sourcils, surpris qu'elle connaisse ce détail.

− J'ai des choses plus importantes à faire, dit-il. Pourquoi ?

− Mes parents sont venus sonner chez toi à quatre reprises, mais tu n'as jamais répondu et le manoir ne semble toujours pas habité, expliqua Gamp en haussant les épaules.

− Ah… et qu'est-ce qu'ils me voulaient ?

− Te souhaiter la bienvenue, et vérifier que tu ne serais pas une source de problèmes…

− C'est mal barré, lança Ava d'un ton goguenard.

Les vendeuses en finirent avec les trois jeunes femmes quelques instants plus tard.

− A plus, Sosie-Potter ! dit Ava.

Aussi arrogante fût-elle, elle paraissait la plus bavarde, car à peine avait-elle obtenu les réponses aux questions qu'elle se posait que Gamp s'était réfugiée dans son livre. Quant à Lysandra Deadheart, elle ne parut même plus se souvenir que Harry était présent dans le magasin.

Lorsqu'il ressortit, le sac contenant ses uniformes venant davantage encombrer ses bras, un adolescent parvint à s'extraire de la masse des passants et s'avança vers lui d'un pas conquérant. Il s'arrêta devant lui et amorça une poignée de main mais, constatant que Harry était déjà chargé, il renonça sans se laisser démonter.

− Marvin Huddle ! s'annonça-t-il en s'inclinant légèrement.

− Harry Potter, répondit Harry, non sans une certaine méfiance.

− Ah ? s'étonna Huddle. Alors, tu t'appelles vraiment Potter ?! Tout le monde te surnomme Sosie-Potter parce que tu ressembles à Potter, mais je ne pensais pas que tu avais le même nom que lui… Enfin bref, comme tout le monde parle de toi sans vraiment chercher à faire ta connaissance, je me suis dit que j'allais endosser ce rôle ! Tu as presque tout acheté, apparemment, on peut aller à la librairie ensemble ?

Harry fut tenté de trouver un prétexte pour ne pas rester en présence de Huddle plus longtemps, mais il sembla presque aussitôt entendre la voix de Brighton lui faire des remontrances pour avoir laissé échapper l'occasion de se renseigner sur Poudlard, l'atmosphère générale, les élèves, etc.

− Pourquoi pas, répondit-il finalement, résigné.

− Je suis à Poufsouffle, au fait, indiqua Huddle. Tu sais déjà dans quelle maison tu penses atterrir ?

− Gryffondor.

− Ah, ça explique que tu aies réussi à mettre Mulciber en rogne, alors, dit Huddle. Gryffondor et Serpentard, la dualité éternelle ! Toutes les maisons sont rivales, bien sûr, mais les guéguerres qui opposent parfois Gryffondor à Serdaigle ou à Poufsouffle ne sont rien, comparées à celle contre Serpentard. Mais bon, il faut nous estimer très chanceux, car l'époque de mon frère aîné était complètement différente de la nôtre.

− Comment ça ?

− Mon frère m'a dit que les Serpentard de son époque étaient bien plus redoutables que les nôtres, dit Huddle, mais je crois plutôt que ses anciens camarades n'avaient simplement pas d'adversaire digne de ce nom. C'est très différent dans notre année : la bande à Potter se méfie des Serpentard, qui se méfient de la bande à Potter, et c'est un peu pareil pour les autres groupes. A Serdaigle, Webster est le seul qui réussisse à dissuader toute attaque sur ses amis, car si tu cherches les ennuis avec Webster, tu cherches les ennuis avec le ministère de la Magie.

− C'est-à-dire ? demanda Harry, intrigué.

− Le père de Webster est l'un des conseillers les plus proches du ministre, répondit Huddle. C'est aussi le petit protégé d'Altimor Pearce, la légende vivante du ministère. Si tu cherches les ennuis avec Webster, il trouvera un prétexte pour que son père recommande au département de la Justice magique de s'intéresser un peu à toi, ou de surveiller le travail d'un parent qui serait employé au ministère. Ca peut paraître prétentieux quand il te fait toute la liste des menaces qu'il réserve à ses ennemis, mais il ne plaisante pas. Pendant notre quatrième année, il paraît qu'il a fait emprisonner le père d'un élève plus vieux que nous et chez qui on avait découvert des objets de magie noire, tout ça parce que cet élève s'était moqué de l'incapacité du ministère à attraper les Mangemorts. Bon, bien sûr, il y en a à qui ça ne fait pas du tout peur, mais Webster est loin d'être un sorcier médiocre. Il tient même tête à Mulciber quand ils se retrouvent face à face au club de duel.

Ils entrèrent dans la librairie bondée et se mêlèrent à la longue file d'attente.

− Donc, si je comprends bien, tout le monde se neutralise plus ou moins, dit Harry.

− Ouais, approuva Huddle. Il y a des exceptions, bien évidemment : Potter et Rogue s'en mettent plein la tête à longueur d'année, par exemple, et il vaut mieux se tenir à distance quand Deadheart et McDowell s'affrontent au club de duel. Pour le moment, elles sont à égalité : Deadheart a gagné une fois, McDowell aussi et il y a un nul.

− Ah ? C'est possible d'avoir un match nul en duel ?

− C'est quand un professeur met fin au duel, précisa Huddle. Tout le monde espère que Dumbledore autorisera un tournoi, mais le ministère et le conseil d'administration s'y sont toujours opposés jusqu'à présent. Ils ont peur que les rivalités entre les maisons empirent et, bien sûr, ils ne tiennent pas à ce que les futurs Mangemorts soient capables de tenir tête aux futurs Aurors…

− Je vois, dit Harry. Ils croient quoi ? Que les Mangemorts apprennent la magie noire à Poudlard ? Qu'ils sont recrutés en fonction de leurs connaissances ?

− Sais pas, avoua Huddle en haussant les épaules, mais ils n'ont pas totalement tort pour les rivalités. Il y a des risques non négligeables pour que les perdants cherchent à se venger, ça s'est d'ailleurs déjà vu… En tout cas, ça fait plaisir d'avoir une nouvelle tête, ça va peut-être nous apporter du neuf !

Et c'était exactement ce sur quoi Brighton et Harry travaillaient.