Yuri on Ice – Roman
Évidemment, comme mon roman suit le parcours de Viktor, c'est un texte très différent de l'épisode (qui s'attarde à Yûri) que j'ai dû composer. S'éloigner un peu permet souvent de faire la part des choses : on réalise qu'on avait tendance à exagérer nos sentiments ou bien, au contraire, qu'ils sont encore plus grands qu'on le croyait. C'est donc un épisode qui s'avère très touchant, même si les personnages ne le vivent pas ensemble… Jusqu'à la finale, tellement émouvante. Myriel
Épisode 9
Viktor à distance
- Ferme ta valise, Viktor, vite!
Viktor obéit, terminant de remonter la fermeture éclair de sa valise. Le manteau à la main, il se dirigea vers la porte, suivi de Yûri. Mais il s'arrêta avant de l'atteindre et se retourna. Il lâcha la valise et s'approcha du patineur pour l'embrasser à pleine bouche. Pendant plusieurs secondes, Yûri répondit. Il y avait quelque chose de désespéré dans ce baiser. Viktor partait en laissant Yûri affronter seul le pire moment de la compétition. Il partait en ne sachant pas s'il allait retrouver son chien en vie. Il partait seul, séparé de Yûri pour la première fois depuis huit mois.
Yûri le repoussa et dit, plus doucement :
- Allez.
Viktor le regarda dans les yeux :
- Je t'aime tant.
Le souffle manqua à Yûri en entendant la sincérité qu'il y avait dans ces quatre mots. Il sourit :
- Je t'aime tout autant.
Et il le poussa vers la porte. Viktor reprit sa valise et ils descendirent dans le hall. Le taxi attendait déjà. Pendant que le chauffeur plaçait la valise dans le coffre, Viktor caressa la joue de Yûri :
- Tout ira bien demain. Demande à Yakov si tu as besoin d'être rassuré, il pourra t'aider. Je suis désolé Yûri, je serai absent, mais je suis toujours avec toi dans mes pensées.
- Mmm.
- Et Yûri… Merci.
- Je sais.
La porte claqua et Viktor arriva à l'aéroport alors que les portes de l'avion allaient se fermer. Ayant payé un billet en première classe, on retarda le départ de quelques minutes pour permettre à ce passager d'embarquer. Il était 17h10 quand le vol en partance de Moscou quittait la Russie vers Tokyo, Japon.
À l'intérieur, confortablement assis sur son siège chèrement payé, Viktor mangea quelques bouchées de son repas, se rabattant ensuite sur son verre de vin. Il était anxieux de laisser Yûri seul. Pour la première fois depuis un mois, il dormirait dans la grande chambre de l'hôtel sans personne à qui confier ses angoisses. Il avait peur que la panique reprenne et que Yûri ne réussisse pas à se reposer.
Les lumières de l'avion descendirent doucement. C'était un vol de nuit, alors on incita les passagers à se reposer. Viktor transforma son siège en lit et s'étendit, seul lui aussi. Il ne réussit pas à dormir, malgré toutes ses tentatives. Il prit son portable pour regarder ses photos.
Ensemble au restaurant de Moscou, fuyant les journalistes.
Yûri à la patinoire, en entraînement, la sueur faisant briller son visage. C'était le lendemain de leur première fois. Il l'avait prise spécifiquement pour se souvenir de cette soirée-là.
Yûri et lui, à l'extérieur, près de la patinoire.
Ah… La nuit après le baiser sur la glace, en Chine. Il avait pris un selfie pendant que Yûri dormait sur lui. Il ne lui avait jamais montré celle-là. Il avait un beau visage apaisé…
Le baiser sur la glace. Il ne l'avait pas pris lui-même, mais l'avait facilement trouvé sur Internet.
Juste après la performance Éros, qui lui avait valu la première place. Yûri, le regard dans les nuages, lui trop content.
La photo super sexy de Phichit au restaurant chinois. Oh oh oh! Il aimait beaucoup ses yeux là-dessus. Très excitant!
Okayama, un selfie avec son nouvel habit de coach. Il était si sûr de lui à ce moment-là… Ce n'était plus aussi vrai maintenant. Depuis cette photo, il avait appris que Yûri et lui étaient davantage des partenaires que simplement un coach et son protégé.
Cet été. Yûri qui danse avec les bâtons lumineux.
Viktor, Yurio et Yûri qui prennent la pose.
Kyoto, avec les crèmes glacées.
Kyoto, l'odeur de Yûri qui l'avait déconcentré, le pont qui traverse la lune derrière eux.
Makkachin qui court à la plage.
Cela le ramena au présent. Son chien était peut-être déjà mort. Cela lui serra le cœur juste d'y penser. Makkachin l'accompagnait depuis tant d'années. Auparavant, quand il avait eu besoin de réconfort, c'était toujours vers son chien qu'il se tournait. Son compagnon, toujours là pour l'accueillir, peu importe son humeur. Makkachin, qui ne posait aucune condition à son amour. Qui lui serait fidèle jusqu'au bout.
Il avait failli ne pas partir le rejoindre, alors qu'il était en danger de mort.
Comment était-ce possible? Qu'est-ce qui s'était passé entre Kyoto, où il réalisait qu'il tombait amoureux de Yûri, et maintenant? Il s'était dit à l'époque que c'était une parenthèse tout ça, qu'il y aurait un avant et un après-Yûri.
La douleur de cette pensée lui fit serrer le poing.
Il ne voulait plus qu'il y ait un après-Yûri. Il ne voulait jamais vivre un après-Yûri.
Son essentiel était resté en Russie, seul, affrontant son stress sans lui. Et il l'avait fait parce qu'il l'aimait assez pour savoir que Makkachin avait une grande importance dans le cœur de Viktor.
Mais ce qu'il ressentait pour cet homme-là était assez puissant pour placer Makkachin au second plan.
La réalisation de cet amour immense qui l'étonnait lui-même et de la réciprocité de ce sentiment dans les yeux de Yûri lui réchauffa tout le corps. Il ferma les yeux une nouvelle fois et il s'endormit.
-xxx-
L'avion se posa à 8h45. Viktor se demanda s'il allait envoyer un message à Yûri. Il était 2h45 du matin à Moscou… Mais il le fit quand même. Si Yûri ne dormait pas, ne pas recevoir de mot de Viktor n'allait pas l'aider à s'endormir.
« L'avion vient de se poser. Je vais prendre mon transfert. Je t'adore, dormeur adorable. »
Aucune réponse. Excellent. Yûri avait réussi à dormir.
Viktor sortit de l'avion en premier et on le guida vers son second avion, celui entre Tokyo et Fukuoka. Quand le deuxième vol fut terminé, il avait reçu une réponse de Yûri :
« J'ai réussi à dormir, blotti dans ton oreiller. Il y a encore ton odeur. Tiens-moi au courant, stp. »
12h25 au Japon, 6h25 à Moscou. Pas si mal.
Il lut un texto envoyé par Mari, puis dans le taxi vers la gare de train, il répondit à Yûri :
« Je suis à Fukuoka. Mari viendra me chercher à la gare de Hasetsu. Makkachin est toujours en vie. »
« Youppi! Embrasse-les pour moi. »
Il sortit, embarqua dans le train. Il en avait pour une heure avant d'arriver à Hasetsu. Il texta :
« J'ai dormi un peu dans l'avion. Mais j'ai surtout pensé à toi. Tu es nerveux? »
« Évidemment. »
Viktor soupira. Évidemment. Un texto de Yûri entra :
« Mais moins qu'en Chine. »
« Tu t'habitues à être dans les meilleurs, ma foi! », lui répondit Viktor, un sourire aux lèvres.
« Jamais! Je ne suis pas Viktor Nikiforov, tout de même! »
Le patineur russe rit doucement.
« Je préfère nettement que tu sois Yûri Katsuki. »
Le ton du prochain message de Yûri était redevenu sérieux :
« Tout est différent sans toi. »
Viktor répondit :
« Tout est différent pour moi aussi, depuis toi. »
« Tant de choses ont changé… Comme si tu m'avais ouvert la porte de ma propre vie. »
« Belle image. Je t'ouvre, mais ce sont tes propres forces qui t'ont fait marcher vers tes rêves. »
La réponse prit plus de temps à venir. Viktor en profita pour regarder la mer si bleue qu'il voyait de la fenêtre du train. Le portable vibra.
« Oui. Mais certains rêves sont trop grands pour être portés tout seul. »
Yûri était un poète quand il était à distance. Cet éloignement lui aura au moins permis de découvrir cela. Il tapa :
« Ensemble, nous porterons tes rêves. »
La réponse entra très vite : « Et les tiens. »
Puis : « Je dois te laisser. Yakov est là. »
« Ok! Bon échauffement. Je t'adore. »
« XXX »
La gare de Hasetsu fut annoncée peu de temps après. Il était 15h maintenant, 11h à Moscou. Le programme libre de Yûri ne serait qu'en soirée. Ils pourraient se reparler avant.
Viktor, valise à la main, chercha Mari des yeux. Mais elle le vit avant :
- Viktor!
Il se dirigea vers elle.
- Merci d'être venu me chercher. Comment va Makkachin?
- Son état est stable. La vétérinaire croit que si tout va bien jusqu'à ce soir, il sera hors de danger.
- Ah! Quel soulagement!
- Oui.
Ils entrèrent dans la voiture. Mari démarra. Sur la route, elle dit :
- Tout le monde est vraiment désolé, Viktor. On n'a pas été assez vigilants avec Makkachin…
Viktor leva la main pour l'arrêter :
- Non, non, je ne veux pas d'excuse. Vous prenez soin de mon chien pendant que je suis à l'extérieur, il est comme chez lui à l'auberge depuis huit mois… S'il avait voulu manger des manju avant, il l'aurait fait. C'est un accident, c'est tout. Vous n'êtes pas responsables.
Mari inclina la tête, puis elle remarqua :
- Et tout cela te fait revenir ici… Comment Yûri tient le coup?
- C'est Yûri qui a insisté…
- Je sais, j'étais au téléphone avec lui.
- Je ne suis pas sûr que c'était la meilleure solution.
Mais la grande sœur sourit en hochant la tête :
- Yûri ne t'aurait jamais laissé rester, Viktor. Il peut être très têtu quand il veut, mon petit frère.
Elle lui jeta un coup d'œil et poursuivit :
- Et puis, avoue que tu voulais venir aussi. Yûri te connaît très bien, Viktor.
- Oui, je sais, reconnut Viktor, sans sourire.
Elle sourit, se retenant de lui dire que lui aussi connaissait maintenant Yûri bien au-delà de ce que sa famille savait de lui. Parce que Yûri était devenu pleinement lui-même grâce à cet homme, grâce au regard de Viktor. Et ce Yûri-là était étonnamment solide, capable de croire en ses rêves. Elle était très fière de l'adulte que Yûri était devenu.
Elle stationna la voiture près de la clinique et ils retrouvèrent la mère de Yûri près de Makkachin intubé. La vétérinaire s'approcha.
- Bonjour. Je suis Viktor Nikiforov, le propriétaire de ce chien. Merci d'avoir pris soin de Makkachin.
- Enchantée. Toute la ville connaît votre nom et celui de Yûri. Je suis désolée de vous avoir forcé à venir, en pleine compétition. J'espère que Yûri se classera…
- Ne vous inquiétez pas pour lui. Le programme court d'hier lui a donné beaucoup de points, il a de bonnes chances de réussir à faire les finales maintenant.
- Les risques pour votre chien étaient sérieux, voilà pourquoi j'ai jugé bon que vous soyez prévenu.
- Merci de l'avoir fait. Comment va-t-il?
- Il a subi une chirurgie hier soir. La pâte de riz était fraîche, donc très gluante. Il étouffait littéralement. Votre famille l'a amené juste à temps.
« Votre famille ». Cette vétérinaire savait donc aussi qu'il était en couple avec Yûri et elle jugeait que la chose était assez sérieuse pour faire de la famille de Yûri la sienne. Viktor en fut ému.
- Nous avons libéré sa gorge, fait des lavages d'estomac. Ce soir, nous saurons si le manque d'oxygène lui a laissé des séquelles.
Viktor s'inclina profondément.
- Je vous remercie.
- On se revoit tout à l'heure, lui dit-elle en souriant.
Viktor s'approcha de Makkachin et flatta doucement son poil. Il caressa sa tête et dit à son oreille, en russe : « Je suis là, mon beau. Mais qu'est-ce que tu as pensé, gros gourmand? Le Japon te rend complètement fou, toi aussi? Repose-toi, on se voit tout à l'heure. »
Mari le reconduisit à l'auberge, le temps pour lui de se laver et de manger un peu avant de retourner en taxi auprès de Makkachin. Le chien avait été transféré dans une cage, reposant sur un coussin. La vétérinaire lui avait dit qu'il se réveillerait bientôt. Il prit une photo qu'il envoya à Yûri. Le patineur avait sans doute le téléphone à la main, car il répondit tout de suite :
« Oh! Il a l'air si bien! »
« Et toi, tu es aussi bien? »
« Pas du tout! »
Et la suite : « Mais ton coach est tellement intimidant que je n'ose pas trop angoisser, j'ai peur de le payer très cher. »
Viktor se mit à rire, assis sur une chaise près de Makkachin endormi.
« C'est en effet possible! Yakov n'est pas aussi gentil que moi! »
Yûri lui répondit : « Ni aussi beau. Ni super sexy. Ce qui est une bonne chose pour la concentration. »
Viktor tapa : « La prochaine fois, je porterai des grosses lunettes et je me ferai pousser la moustache. Promis. »
« Il n'y a rien à faire, Viktor. Assume. Tu seras toujours irrésistible. »
« À tes yeux? »
« Pour moi! Et pour le monde entier… »
Viktor sourit tendrement. L'humour ne marchait peut-être pas toujours pour distraire Yûri de son stress, mais l'amour semblait efficace. Ça tombait bien, il en avait à lui donner.
Makkachin ouvrit les yeux à ce moment-là et Viktor tapa : « Je te laisse. Makkachin se réveille. »
« Ok! »
- Makkachin!
Viktor ouvrit la cage et s'accroupit devant son chien pour le caresser. La bête se mit à le lécher, se levant un peu plus lentement qu'à l'ordinaire pour sortir et le rejoindre. Makkachin posa ses pattes sur ses genoux, léchant son visage. Et il jappa pour montrer toute sa joie.
La vétérinaire les rejoignit bientôt et ils passèrent en salle d'examen.
- Eh bien, il est en pleine forme. Tout est bien qui finit bien!
- Un grand merci, docteure!
- Ce n'est rien. Je souhaite toutes les chances à Yûri!
- Je lui transmettrai.
Viktor retourna à la maison avec Makkachin. Dans le taxi, il envoya la nouvelle à Yûri, mais il ne reçut aucune réponse. Le patineur devait être en train de s'entraîner. Il reçut une réponse alors qu'il terminait son bol de katsudon, confortablement assis sur les tatamis, Makkachin contre lui.
« Je suis content pour Makkachin. Tellement content. »
« Et moi donc! »
Il prit une bouchée avant de recevoir la suite.
« Là je suis vraiment hyper stressé. »
« Normal. Respire, isole-toi et pense à moi. »
« Le dernier point n'est pas utile à mentionner. »
« Ah oui? J'en suis enchanté. »
« Je te reviens tantôt. »
« Ok. »
Bon. Yûri ne pouvait pas toujours être sur son portable non plus. Et il avait demandé à Yakov de bien l'encadrer…
-xxx-
Avec les parents de Yûri et Mari, ils allaient bientôt s'installer devant l'ordinateur pour regarder les premiers patineurs. Il était plus d'une heure du matin au Japon, mais 19h30 en Russie. Yûri serait l'avant-dernier à patiner, étant donné qu'il s'était classé deuxième la veille.
Viktor parcourut les réseaux sociaux pour faire passer le temps. Un article russe relayé par son fan-club officiel attira son attention : « L'homme qui a ensorcelé Viktor Nikiforov »
Il cliqua sur le lien pour lire le texte.
« Mais qu'est-il arrivé à Viktor, auparavant séducteur effréné des dames, pour qu'il s'amourache d'un patineur japonais sans avenir? Yûri Katsuki, l'homme derrière la nouvelle passion de Viktor, a, semble-t-il, d'autres talents. Comme il l'a démontré juste avant son programme court lors de la Coupe de Russie, le Japonais tient Viktor bien en laisse, l'entraînant dans sa déviance. Jusqu'à ce que Yûri Katsuki disparaisse de la vie de Viktor, il sera probablement impossible pour lui de revenir à son état normal : celle d'un homme amoureux des femmes. En attendant ce jour béni, Viktor réussit encore à faire battre les cœurs, malgré sa maladie passagère. »
Le principal concerné avait serré les dents. Ainsi, il était malade? Et le problème venait de Yûri bien sûr, non de lui? Furieux, il envoya un texto à la responsable de son fan-club.
« Tanya, si l'horreur que je viens de lire sur le fil du fan-club n'est pas retirée dans les prochaines minutes, je ne t'accorde plus jamais d'entrevue. »
Peu de temps après, son téléphone vibra avec la réponse :
« C'est fait, Viktor! Toutes mes excuses. L'une des modératrices a laissé passer ça… Mais il n'est pas facile en ce moment de gérer le flot de commentaires, très cher. Le geste de ton compagnon, hier, a déchaîné les passions. »
« La mienne aussi d'ailleurs. » Il était revenu à son ton habituel. Il n'en voulait pas à Tanya.
« Je n'en doute pas! Quand je l'ai vu t'agripper ainsi, j'ai eu chaud moi aussi. Si je n'étais pas si amoureuse de toi, Viktor, je crois que je tomberais amoureuse de ton Yûri. »
« Ce qui n'est pas le cas de tous, d'après ce que je comprends. »
« Non, les haters sont nombreux. Et comme ils ne peuvent se résoudre à te détester, c'est sur Yûri que se déverse la haine. »
Évidemment. Il ne savait pas trop quoi répondre à cela. Mais Tanya poursuivit :
« Tu sembles beaucoup l'aimer. »
« Je ne pensais jamais que je pouvais autant aimer, Tanya. »
« Oh! C'est beau… Vous êtes magnifiques ensemble. »
« Et ce n'est pas pour les fans que je dis ça. Tu gardes ma réponse entre nous. »
« Je sais bien! Et comment va Makkachin? »
« Il dort à côté de moi en ce moment. Tout va bien, il s'en est sorti. »
« Je peux transférer cela aux fans? »
« Absolument. »
« Bisous Viktor, prend soin de toi et de Yûri. Et de Makkachin. »
« Merci pour tout, Tanya. »
La mère de Yûri entra avec un grand bol de choses à grignoter, alors que le papa apportait des verres et la bière. Excellent! Il était temps d'oublier les trolls du Net et d'être tout en pensée avec Yûri. Les premiers patineurs débutaient quand il reçut les derniers textos de Yûri.
« Je vais mourir. »
« Non, non, pas tout de suite. Il faut que tu montres tout ton amour à la Russie, avant. »
« Tu as raison. »
Viktor écrivit :
« N'oublie pas que je t'appartiens. »
« Leur champion national est à moi! C'est très provocant. »
« C'était ça, le message hier, non? »
Il devina que Yûri rougissait à l'autre bout du monde.
« Oui, un peu. »
« Quand tu as fait ça, j'ai regretté de t'avoir dit qu'on attendrait APRÈS la compétition. J'étais prêt à visiter une pharmacie russe le soir même. »
Viktor s'était éloigné un peu pour écrire son message, ne voulant pas que des yeux mal avisés ne le lise. Yûri répondit :
« Pas mal… Tu viens de réussir à me faire sourire. »
« Ah oui? C'est bien, mais ce n'était pas tout à fait le but… »
« Viktor! »
Il pouvait presque l'entendre tellement il connaissait le ton de ce Yûri-là. Viktor s'était levé et il souriait en regardant leur conversation.
« N'oublie pas que je t'aime. Patine pour moi, patine parce que tu aimes. »
« Oui. Merci, Viktor. »
C'était la performance de Yurio qui débutait. Ce fut absolument magnifique. Le jeune patineur voulait gagner : il fit six sauts dans la deuxième moitié de son programme et il les réussit. Sans aucun doute que Yûri le vit aussi. Il fallait qu'il garde sa concentration.
Yûri embarqua sur la patinoire. Il manqua la première combinaison. Il était trop préoccupé, il faisait toujours cela quand il pensait à autre chose. Le deuxième atterrissage fut plus ou moins réussi aussi… Yûri, Yûri! Vas-y! Je crois en toi!, pensa Viktor, serrant très fort son portable dans sa main. Et tout à tout, la performance de Yûri redevint belle… Ah Yûri! Tu as compris! Tu simplifies les sauts pour réussir à montrer toute ta force à incarner la musique! C'est beau, c'est très beau! C'est cela que j'aime dans ton patinage!
La musique s'éteignit et Yûri s'écroula sur la glace, complètement épuisé par l'effort. Il le vit ensuite attendre les résultats avec Yakov, buvant un jus. Yakov se mit à lui parler… Avec ce visage-là, Viktor devinait fort bien que ce que le coach disait à Yûri n'était pas des compliments… Yûri l'écoutait, sans réagir. Lui aussi faisait cela en attendant les résultats : il décortiquait les erreurs du programme pour Yûri. Il avait appris de Yakov après tout.
Le score s'afficha : 172.87
Yûri serrait Yakov dans ses bras, très fort. C'était suffisant pour le placer en 3e place, pour l'instant. Avec JJ qui restait à patiner, Yûri aurait probablement la 4e place. Il se rendrait en finale du Grand Prix. L'aventure pourrait se poursuivre. C'était ce que Yûri avait cherché à faire en simplifiant le programme : se concentrer sur l'exécution et ce qu'il réussissait à coup sûr, juste assez pour se rendre un peu plus loin.
Viktor se rendit compte qu'il avait oublié de respirer. Il n'y avait pas beaucoup pensé, mais si Yûri avait été éliminé, son travail de coach aurait été terminé. Il se serait terminé ainsi, à distance : lui au Japon, son patineur en Russie. Qu'aurait-il fait ensuite? Comment aurait-il justifié sa présence auprès de Yûri? Aurait-il poursuivi pour la prochaine saison?
Jean-Jacques prit possession de la glace. Littéralement. En le voyant réaliser ses quadruples avec tant de facilité, Viktor le détesta encore plus. Il se prenait pour un roi, ce patineur… Il serra les dents en le voyant réussir tous les sauts… Terminant avec un quadruple boucle piquée sous les cris de la foule. Ah… S'il retournait au patin, il allait lui faire ravaler sa fierté à ce blanc-bec qui croyait prendre sa place…, se dit Viktor.
C'était confirmé : Yûri était 4e et il se rendrait en finale. Viktor lui écrivit :
« Tu as fait le bon choix. C'était un beau programme, techniquement plus simple, mais avec toutes tes forces. À Barcelone, on leur montrera ce dont tu es capable. Et cette fois, je serai avec toi. »
Mais il reçut un message de Yurio bien avant la réponse de Yûri :
« Ton amoureux est complètement fou, Viktor! Quand tu n'es pas là, il enlace tout le monde! Tous les patineurs y sont passés! Et si tu lui avais vu les yeux vides et creux… Je te conseille ne plus jamais l'abandonner, idiot! »
Yûri répondit beaucoup plus tard :
« Je vais gagner l'or avec toi à la finale, Viktor… Mais je crois que je suis un peu fatigué maintenant que le stress est tombé. »
Viktor aussi était épuisé. Il n'avait pas beaucoup dormi dans l'avion et la nuit était maintenant bien avancée au Japon. Il était déjà dans son lit quand il appela Yûri sur son portable.
- Bonsoir Yûri.
- Allô.
- J'ai hâte de te revoir.
- Moi aussi. Tellement, Viktor.
- Je t'attendrai à l'aéroport de Fukuoka après-demain matin.
- Ok. La journée sera tellement longue demain.
- Tellement. Dors bien maintenant.
- Toi aussi.
Il raccrocha, le cœur serré. Makkachin sentit sa détresse et vint se blottir contre lui. Mais son lit, sans la présence de Yûri, ce n'était plus la même chose.
-xxx-
Le soleil n'était pas encore debout quand Viktor se rendit à l'aéroport de Fukuoka. Il attendit longtemps, étant arrivé trop tôt. L'avion de Yûri se posa. Il garda les yeux fixés sur les vitres transparentes où les passagers commençaient à marcher. Mais c'est Makkachin qui le vit en premier et qui jappa, courant vers la fenêtre.
Ce qui envahit Viktor, à ce moment-là, dépassa toute logique. Ne détachant pas ses yeux du Japonais, il se leva et se mit à courir vers les portes coulissantes, suivi par Yûri qui faisait de même de l'autre côté. Ils durent patienter – oh! une éternité! – le temps que la porte s'ouvre. Viktor ouvrit les bras, alors que Yûri reprenait sa course, s'élançant contre lui, l'enlaçant très fort.
Les regards des gens étaient sur eux, mais ils n'en firent aucun cas. Yûri était là, à sa place, celle qui était la sienne depuis tant de mois : dans les bras de Viktor.
L'homme blond se pencha au-dessus de son épaule, respirant l'odeur retrouvée de Yûri.
- Yûri. J'ai beaucoup réfléchi à la façon dont je pourrais être ton coach à partir de maintenant.
- Moi aussi, j'y ai pensé, répondit Yûri contre son épaule.
Yûri le repoussa pour le regarder en face et lui dire, très sérieux :
- Jusqu'à ce que je quitte la compétition, sois mon coach, je t'en prie, Viktor!
Les deux bras de Yûri le tenaient et ses yeux étaient graves. Viktor sourit en recevant la demande et prit la main gauche de Yûri, la portant à sa bouche pour l'embrasser. Ses yeux étaient très doux quand il remarqua :
- On dirait une demande en mariage.
Yûri eut l'air un peu surpris, puis il lui sourit comme si l'idée ne lui déplaisait pas. Il reprit Viktor dans ses bras. Viktor lui murmura :
- J'espère que tu n'arrêteras jamais la compétition.
Il entendit plus qu'il ne vit la réaction de Yûri. Le patineur le serra très fort, les larmes coulant sur ses joues, blottissant son visage au creux de son épaule. Makkachin vint les rejoindre pour les réconforter.
- Allons gagner l'or ensemble à la finale du Grand Prix, dit Yûri dans ses larmes.
- Oui.
Ils restèrent longtemps ainsi, l'un contre l'autre, incapables de se séparer, de mettre de la distance entre eux. Et quand ils finirent par se mettre en marche, Yûri tenait très fort la main de Viktor. Le patineur s'endormit contre son épaule dans le train, les doigts toujours mêlés aux siens. Ce soir-là, ils rejoignirent leur lit en oubliant tout de leur fatigue, des inquiétudes des derniers jours et des projets d'avenir. Ils n'étaient plus rien d'autre que deux amoureux, enfin réunis, de plus en plus conscients de ce qui les unissait.
-xxx-
Le travail avance bien et je pourrai publier un épisode à chaque jour maintenant. Vous pourrez lire la fin bientôt… Ah… Ils vont me faire pleurer ces deux-là!
Myriel
