Jingle bells , jingle bells !


SABLE D'ISHBAL

- The Theft -


" - Commandant !

- Oui , Reever ?

- Un appel pour vous , cela vient directement du Président Mustang ... lui murmura discrètement l'homme assis devant le téléphone de la ligne officielle de l'armée en lui tendant le combiné .

- Commandant Kimblee , je vous écoute , Président Mustang ."

Après une brève discussion de quelques minutes , elle quitta la tente kaki qui abritait les différents postes de communication entre les membres de l'armée postés à Ishbal et Central City . Malgré quelques grandes avancées , elle ne pouvait pas s'empêcher de remarquer que la situation allait être très longue à se mettre définitivement en place . Même si les plupart des réfugiés étaient revenus sur leurs terres , ils vivaient encore bien souvent sous les tentes que l'armée leur avaient données afin de ne pas être réduits à dormir au-dehors , surtout avec le vent froid d'hiver qui soufflait déjà fort . Depuis le haut de la butte où se trouvait le camp militaire , elle embrassa le paysage désolé du regard : devant elle s'amoncelaient des lignées vert militaire d'où sortaient d'hommes et femmes ishbals de différents âges , allant et venant dans le petit matin ; côtoyant des ruines ce qui avait jadis été leur commerce , leur foyer , leur école . Au loin , d'anciens champs de coton pratiquement à l'abandon décoraient vaguement le paysage désertique sableux . Elle avait bien l'aide de plusieurs Ishbals anciennement cultivateurs de coton et d'orge , mais ceux-ci se rendaient compte qu'ils ne pourraient pas espérer recommencer à vivre de leur production avant au moins l'année prochaine voire la suivante . L'armée avait retourné chaque arpent de terre par leurs canons et bottes , les rendant pratiquement stériles . La seule eau que les Ishbals pouvaient obtenir était l'eau souterraine , venant d'une rivière un peu plus au Nord , qui ne pouvait se dérouler jusqu'ici à cause d'un lointain éboulement des Montagnes Ashva , bloquant ainsi son courant . Alice Kimblee nota mentalement qu'elle devait demander à Mustang des machines afin de permettre de creuser plus aisément le sol afin de permettre l'irrigation des champs et sans doute , l'eau courante . Malgré la Révolution Industrielle du siècle précédent et la modernité grandissante de la société , la culture ishbale restait très attachée à un temps passé et à ses traditions ancestrales . Malgré elle , elle ne pouvait s'empêcher de penser que cela avait été en partie la cause la chute de leur peuple . Les temps étaient durs dans tous les pays et même Xing , pourtant un pays à la culture ancienne et encore présente , commençait à se moderniser et ceci , très rapidement . Cela lui faisait mal au cœur de devoir reconstruire , ou du moins participer à la reconstruction , d'une civilisation qui refusait de se moderniser au nom d'une religion , qui était censée vouloir le bien de ses fidèles .

" Rester fidèle à sa foi et ses principes et une chose , y obéir aveuglément en est une autre ..." grommela-t-elle .

" Jugez-vous ainsi chaque personne croyante ?" entendit-elle demander d'un ton intéressé derrière elle . Dalil , Maître du Monastère de Yohva , se tenait paisiblement debout , contemplant le même spectacle qu'elle , un sourcil relevé en sa direction , attendant sa réponse . Remarquant qu'il était loin d'avoir l'air vexé par ses propos , elle croisa les bras et répondit :

" - Loin de moi l'idée de juger la religion d'autrui et la foi qu'il y porte . Vous pouvez être fiers de votre culture et de votre religion , qui en constitue une grande partie . Cependant , si j'ai bien retenu ce que Madame Shan et Scar ont pu m'en dire , les femmes sont quelque peu mises à l'écart de la vie religieuse , ainsi que l'alchimie et les machines modernes . Mais à rejeter toute idée d'évolution comme le sont l'alchimie et la technologie , vous risquez non seulement d'être une nouvelle fois opprimés par des peuples qui auront utilisé ses techniques pour la force ; et d'attiser une colère interne . Les jeunes Ishbals que j'ai croisés en compagnie de Filiz ont vu la société Amestris , ses mauvais côtés mais aussi ses bons , que la modernité leur a apporté : je ne crois qu'ils supporteront de vivre de manière aussi austère ben longtemps , après avoir vécu des années dans des ghettos ...

- Je comprends votre point de vue , énonça-t-il simplement . Un homme avait compris ce danger bien avant vous , vous le saviez ?

- Slimane , le frère de Scar ... c'est cela ?

- Il vous en a donc parlé , sourit-il sous sa moustache . Ca me réconforte .

- Deux questions alors , je peux ? De un , en quoi ça vous réconforte et , de deux , n'avez-vous rien à répliquer à mon opinion ? s'étonna la jeune femme .

- "Scar" ... N'est pas un homme très expressif , vous avez pu vous en rendre compte . Il n'a pas un mauvais fond , mais il a l'esprit parfois trop rapide voire violent ,ce qui peut l'entraîner sur le mauvais chemin , comme il l'a fait par le passé . Je sais qu'il regrette ses actes à présent . En quoi cela me soulage-t-il ? Il n'a jamais été très expansif , mais il parlait à tout le monde ici ; depuis l'insurrection , il s'est fermé . Sans doute a-t-il peur de réveiller de vieilles blessures par la parole ; il ne les évoque qu'à demi-mot avec moi ; alors je suis heureux qu'il puisse le faire avec quelqu'un d'autre . Et je n'ai pas à réfuter votre opinion , un jugement est toujours subjectif . Le vôtre se tient , et je crois même qu'il est juste .

- Pour un Homme d'Église , n'est-ce pas étonnant ?

- Je suis un homme avant tout ; les événements passés m'ont aussi donné à réfléchir sur la foi et notre implication propre dans notre chute . Ma réflexion finale est analogue à la vôtre .

- Pourquoi est-ce que vous ne quittez pas votre ordre religieux alors , si vous pensez que les règles que vore religion établit peuvent établir de nouveaux dangers ?

- Pour la même façon que vous , Amestris , continuez à innover et inventer : nous avons tous besoin de quelque chose , même d'invisible ou infime , qui puisse nous donner de l'espoir , et l'espoir n'est jamais vain . Sur ce , je dois faire la prière du matin avec mes fidèles , excusez-moi , fit-il en s'inclinant légèrement .

- Je vous en prie, ce fut un plaisir de discuter avec vous , le salua le Commandant . Je dois partir pour deux jours à Central rencontrer le Président Mustang , je préfère vous prévenir .

- Fort bien , j'espère que cette entrevue nous apportera à tous de bonnes choses !"

Regardant une nouvelle fois l'horizon qui se teintait d'or avec le lever timide du soleil , Alice Kimblee se rendit compte que , malgré les destructions et le sang versé sur cette terre , Ishbal était quand même bele à contempler . Souriant à moitié , elle ouvrit un pan de tente , un peu à l'écart des autres ; où Marie et Coralize dormaient encore à poings fermés . Malgré qu'elle leur ait offert , de même que Dalil , de vivre avec elle près du Monastère , celles-ci avaient refusé : " J'ai l'impression de faire camping , je trouve ça plutôt cool , ça me rappelle mes 15 ans !" de la part du Lieutenant et " Si mes hommes peuvent dormir sur ces matelas en carton 'pas de raison pour que j'n'y arrive pas !" pour Marie . Avisant un bloc de papier et un stylo à plume sur la table au fond de l'endroit , elle commençant à écrire un mot avant de tourner les talons et de préparer quelques affaires .


" Pas de souci , je suis à Central sur invitation de Mustang . Reviens vite , d'ici eux jours . PS : Marie , cesse de traumatiser les troupes ."

Ce n'était certainement pas le message le plus virulent qui soit , mais il laissait déjà présager à Coralize Nelson une très mauvaise journée . Non pas qu'elle n'aimait pas sa camarade Marie Grant , mais celle-ci était parfois trop ... empressée à son goût . Pour preuve , elle donnait déjà de la voix sur les hommes debout : l'avertissement d'Alice n'était apparemment pas des plus persuasifs . Grommelant , elle finit de s'habiller et partit rejoindre sa collègue .


Après quatre heures et demie de trajet , Alice Kimblee finit par arriver à Central , harassée par l'inconfort du train , bien que celui-ci ait été plutôt désert en raison de l'heure matinale et l'interdiction stricte donnée aux civils de s'approcher d'Ishbal , après que certains d'entre eux , peu scrupuleux , soient allés piller le champ de bataille . Sortant de sa poche le billet où elle avait noté les instructions de Mustang , elle se dirigea vers le QG de l'armée d'Amestris , non loin de la gare . Avec son costume de militaire d'un rouge plutôt vif , nombreux furent ceux qui se retournèrent sur elle après qu'une voix au haut-parleur eut annoncé le point de départ du train duquel elle venait de sortir ; ajoutée à la stupéfaction visible de personnes plus âgées se rappelant distinctement du visage de l'ex-Alchimiste Ecarlate pour l'avoir vu à la Une des journaux une dizaine d'années plus tôt . Le Commandant finit misérablement à se retrouver à contempler ses mains gantées de cuir noir , et finit tout aussi misérablement à se demander au pourquoi de la chose . Mentir n'est pas dans mes habitudes , pourtant , soupira-t-elle du fond de son coeur .


Laissant là son amertume , elle se dirigea au-dehors .

" - Ça bosse là-haut , Lieutenant Nelson ?

- Ça tente ... Tu sais bien que j'ai le vertige ! s'emporta sa collègue peu rassurée du haut de l'échafaudage du bazar en face du Monastère . Pourquoi tu m'as envoyée escalader ce bâtiment alors que tu sais ma peur ? Et pourquoi je t'obéis d'abord ?

- Parce que je suis ta supérieure avant d'être ta copine ? ironisa Marie Grant avec un sourire un brin sadique . On a pas qu'ça à glander . Non pas qu'Alice bosse des masses sur le chantier , mais bon ...

- Vous trouvez peut-être inutile d'apprendre à connaître les gens chez qui vous travaillez , Commandant Grant , mais avec le respect que vous dois , je pense que c'est un "mal nécessaire" ; lui dit calmement Scar juste derrière elle .

- BORDEL ! s'écria-t-elle sous le coup de la surprise en tressaillant . C'est vous , Scar , constata-t-elle laconiquement . Ça vous prend souvent de venir ...

- Chez moi ? En face du Monastère où je passe le plus clair de mon temps ?

- On peut pas dire que vos bras aient servi d'puis un bout de temps , autrement que pour péter diverses choses et gens , non ? déclara-t-elle franchement .

- Comment font vos hommes et vos collègues pour vous supporter ..? s'interrogea-t-il à haute voix .

- Vous pouvez croire qu'Alice est une espèce de sainte , elle parfois aussi désagréable que moi , ça vaut aussi pour l'autre flippée là-haut , répliqua-t-elle de son franc-parler habituel . Et j'ai bien des raisons d'être désagréable envers vous , la principale étant qu'à cause de vous , j'ai assisté au premier enterrement de ma vie après avoir dû repêcher le cadavre de mon propre grande-père à moitié explosé au fond d'un canal verdâtre à sept heures et demie du matin ! finit-elle par exploser , attirant le regard curieux de divers ouvriers autour d'elle . Je sais bien qu'Grand-Père Comanche n'était pas un saint , mais c'est certainement pas quelque chose que j'ai aimé subir ; mais grâce à vous , j'ai eu cette joie immense ... Sans compter que ma mère a fait une dépression phénoménale ensuite ... reprit-elle moins fort , mais toujours d'un ton aussi sec . Ne vous faites pas d'idées : certes , je ne vous porte pas dans mon cœur , mais je ne vous hais pas non plus . Je crois que je ne suis pas encore prête à comprendre vos actes ; je suis trop entêtée pour cela . C'pas parce que Kimblee a une miséricorde proportionnelle au côté psychopathe de son oncle qu'il faut toutes nous ranger dans l'même panier , ok ?

- C'est compris , répondit-il simplement après avoir gardé le silence . Je ne peux décemment pas vous demander de me pardonner pour mes actes , de même que je ne pouvais pas pardonner à votre grand-père d'avoir participé à l'extermination de mes frères . Maintenant , je me rends compte qu'en tuant aveuglément quiconque m'empêchait de me venger , je n'agissais pas mieux que nos bourreaux . Mais je me demande tout de même ce que vous faites à aider le peuple Ishbal si vous détestez à ce point un de ses ressortissants .

- Je vous ai dit que je ne vous détestais pas . Disons que ... commença-t-elle d'un ton plus doux ; de même que vous , je crois que j'ai besoin de temps avant de comprendre le pourquoi du comment . Et j'ai pensé que venir parmi vous serait une bonne démarche pour savoir ce que vous avez pu tous ressentir ; et , également , comme Alice Kimblee , racheter le mauvais" karma familial" comme elle dit . Mais la principale raison est que je déteste l'injustice dont vous avez été victimes . Personne au monde ne devrait subir de perte ou d'actes aussi violents , même indirectement . Nous savons très bien tous les deux cela , n'est-ce pas ? lui lança-t-elle .

- Effectivement .

- Mmmm ... Bien que ... hésita-t-elle , bien que je vous ai évité - tout de même- pendant un moment , je pense que je devrais vous parler plus souvent . Vous êtes de bonne compagnie , apparemment , malgré tout , souria-t-elle en contemplant Coralize avancer d'un pas vacillant en compagnie d'Edgar , au-dessus d'elle . Je veux dire ... Si Alice vous parle autant , c'est que vous devez avoir des choses intéressantes à dire , et ça tombe bien , moi aussi .

- Si vous le dites , lui assura Scar en lui serrant la main qu'elle lui tendait .

- Ne m'explosez pas ! s'exclama -t-elle avant de poursuivre : Je vous taquine! ... Désolée si mon humour vous vexe , on s'y habitue . Pourquoi étiez-vous venu au départ , au fait ?

- Je vois , sourit-il imperceptiblement . Je me demandais où était passée votre collègue , expliqua l'Ishbal à la cicatrice tandis que Coralize semblait perdre son équilibre en haut de l'échafaudage .

- Le singe savant là-haut ou Kimblee Blanche-Neige ? marmonna le Commandant Grant en mâchouillant son crayon de bois avec lequel elle légendait le plan du bazar à venir .

- Kimblee , sourcilla le Moine Ishbal .

- Elle est à Central pour quelques jours , elle a été convoquée par Mustang , lui apprit-elle alors que Coralize tombait du premier étage de l'échafaudage pour atterrir sur une bâche au rez-de-chaussée après avoir poussé un bref cri .

- Oui , je voulais savoir où elle avait entreposé les pots de peinture après qu'elle soit venue finir de peindre le couloir avec quelques uns de vos hommes .

- Les pots sont dans la cave de chez elle , la porte est ouverte si vous vous demandez ."


La porte écarlate grinça , brisant ainsi le silence assourdissant du Manoir où elle avait passé sa vie , que tout cela lui paraissait loin à présent : un lourd soupir lui ébranla la poitrine . Alice Kimblee grimpant doucement les marches du grand escalier , petit à petit , avant d'ouvrir la porte de sa chambre et de s'asseoir sur le lit .

" Rendez-vous à 13h30 au café Le Magnolia , rue Gilliam ; juste derrière chez vous . Venez seule , habillée en civil . Ce ne sera pas long ."

Il lui restait donc une demie-heure à tuer avant de rejoindre Mustang . Elle n'avait pas faim , elle n'avait pas eu spécialement faim depuis plusieurs années . Parfois , son penchant psychologue lui disait que c'était sa manière de s'effacer derrière l'ombre de son oncle . Disparaître pour lui donner sa place , voire toute la place , qu'il inondait malgré lui . Ne plus avoir à être confondue avec lui en lui offrant sa propre vie . Malgré elle , elle sortit dans le couloir et ouvrit doucement la deuxième chambre du couloir , à la porte blanche . Rien n'avait bougé depuis la mort de Solf J Kimblee . Ses costumes étaient là . Ses livres aussi . Tout comme dans son bureau , Alice n'avait osé toucher à rien ., pour une raison forte mais inconnue : la peur de l'oublier ? De se confronter à des mémoires contradictoires ? Aucune idée . Ouvrant l'armoire une nouvelle fois , elle se saisit du premier portant qui lui tomba sous la main . D'un geste machinal , elle vêtit un des rares costumes noirs qu'il possédait , refit sa queue-de-cheval et se regarda droit dans le miroir . Ressemblance frappante , ouais , pensa-t-elle tout en voyant ses lèvres s'étirer en demi-sourire . Comme si je pouvais être belle , surtout aux yeux d'un Ishbal . Il ne doit pas avoir les yeux en face des trous , ce pauvre garçon . Au fil de ses pensées , elle croisa son propre regard : contrairement à ce que beaucoup pensaient en la regardant furtivement dans la rue , elle n'avait pas le regard azur de son oncle , mais les yeux turquoise de son père . Personne ne l'a vu , à part ... Elle remarqua la boucle d'oreille orange , or et ... turquoise que lui avait offerte Scar une semaine auparavant , et sourit . " De la même couleur que mes yeux " , hein ?


"- Turquoise , bleu vif , vert , jaune , rouge , orange et blanc ; voici les pots que vous aviez demandés mon Père ! annonça Scar .

- Fort bien , une bonne chose de faite !

- Pourquoi m'avoir envoyé les chercher , alors que nous avons fini de décorer les salles principales ? interrogea l'Ishbal à la cicatrice .

- Je pense que ces jeunes gens , fit Dalil en désignant d'un coup de tête la quinzaine d'adolescents en plein entraînement avec Zaham , un des Moines Ishbals les plus costauds , aimeraient bien avoir leur chambre décorée selon leurs goûts . Il ne faut pas sous-estimer le côté exutoire de l'expression personnelle . De plus , ils risquent d'avoir besoin de trouver un peu de réconfort dans leurs chambres après le travail qu'on leur demandera .

- Je pense qu'ils sont prêts à subir ce genre de travaux , mon Père ; ils viennent ici en pleine connaissance de cause . Et même , je n'ai jamais eu à me plaindre d'être venu ici étant enfant , je ...

- Et maintenant ? le coupa son maître .

- Et maintenant quoi ? laissa échapper un Scar déboussolé .

- Te plains-tu d'être ici ?

- Non , je me sens ici chez moi , affirma-t-il d'un ton péremptoire . Pourquoi me demandez-vous de telles choses ?

- Je te sens perdu au fond de toi . Comme si tu te mentais à toi-même . Je ne te blâme pas , ni ne t'accuse . Mais si tu n'es pas en accord avec toi-même , ce sera à ce moment-là que tu auras véritablement perdu la foi ."

Sur ces sages paroles le Maître se tut et Zaham ajourna la séance d'entraînement au combat , invitant les disciples à écouter Dalil qui leur expliqua pourquoi les pots de peinture . De son côté , Scar contemplait la fresque immense représentant la naissance et la mort d'Ishbala , décorant la totalité des murs de la salle d'entraînement . De plus en plus de doutes naissaient dans son esprit , les pensées se confondaient .


" - C'est à vous confondre , dites -moi , chère Commandant Kimblee ! Votre oncle vous manque tant que ça ?

- Ce sont les seuls vêtements de civil à peu près adaptés à la température glaciale de Central que j'ai pu trouver , le cingla-t-elle en s'asseyant à la table du salon privé du coquet café Le Magnolia , dont la décoration ton sur ton de rose était des plus écœurantes . Vous n'avez aucun goût pour la décoration ou aucun amour-propre pour oser me rencontrer ici ?

- Je suis à peu près sûr qu'on ne s'attend pas à voir quelqu'un aussi haut placé que moi par ici , même si je dois avouer que cette décoration me donne la curieuse impression d'être coincé au coeur d'un gâteau géant . Vous prendrez bien un café ?

- Si c'est vous qui invitez .

- Bien sûr , je pense pouvoir me le permettre , surtout qu'on m'offre les consommations à présent , lança Mustang avant d'émettre un petit rire satisfait .

- Venons-en au vif du sujet .

- DeS sujetS , vous voulez dire . Voulez-vous un sommaire rapide ou je vous laisse la surprise ?

- Rien que ça . Je crois qu'un menu serait le bienvenu .

- Rapports , congés , nationalistes , demandes . Tout ça dans l'ordre , énonça-t-il à toute vitesse .

- Et bien , lancez-vous donc , j'écoute ! dit-elle en s'asseyant le plus confortablement qu'elle pouvait sur le siège en bois blanc et au satin irisé mauve .

- Chère Lieutenant-Colonel Hawkeye , mon dossier sur Ishbal , je vous prie , demanda-t-il en entrouvrant la porte . Merci beaucoup . Donc ... commença-t-il en feuilletant rapidement l'énorme classeur . Vous ne le savez sans doute pas , mais vous n'êtes pas la seule à m'envoyer des rapports . Il y a aussi Miles - vous serez contente d'apprendre qu'il y a rencontré des amis de son grand-père et que lui et Marcoh sont bien acceptés ; ils ont également réussi à ouvrir une école déjà - et aussi ... Marie Lucie Comanche-Grant .

- Comment ça ? releva-t-elle .

- Non pas que je n'avais pas confiance en vous , mais je préférais avoir des rapports émanant de deux personnalités différentes aux méthodes de travail différentes afin de pouvoir mieux voir ce que vous avez accompli. Et pour l'école , est-ce que la vôtre avance ?

- Coralize dit que les fondations sont bien solides et que le reste de la construction serait rapide ; elle pourrait ouvrir au printemps . C'est elle qui a tenu à s'occuper de chantier en particulier .

- Que construisez-vous ? Vous avez déjà construit des puits , des maisons , le Monastère , quelques commerces ... Pour environ 500 hommes , c'est à dire les miens et ceux de Marie ce n'est pas mal du tout .

- 500 Amestris . Pas mal d'Ishbals nous aident , de bon cœur ou pas , je l'ignore . Nous construisons un bazar qui sert également de halle , l'école donc , et nous continuons à construire des habitations .Revenons-en aux rapports ...

- Oui , tout à fait . Je vous disais que Marie Grant m'envoie des rapports régulièrement . D'après ce que je peux y lire ,je cite , " Alice Kimblee n'est pas toujours présente sur le chantier " ou " J'ai l'impression qu'elle discute plus qu'elle ne fait " . Qu'en pensez -vous ? Pensez-vous , comme elle , que vous n'êtes pas assez présente sur le chantier et qu'apparemment , vous êtes payée pour faire causette ? insinua-t-il , le menton dans la main .

- Autant être sincère : oui . Mais je ne pense pas que nous autres , militaires , pouvons nous contenter de planter nos tentes , reconstruire et repartir sans mot dire avec les Ishbals . Humainement , ce serait catastrophique . D'ailleurs , Marie s'entend bien avec les ouvriers ishbals et Coralize avec les femmes et enfants , répondit-elle alors qu'une jeune serveuse discrète leur servait deux cafés noirs , dans des tasses peintes de roses , évidemment .

- Apparemment , votre cible , ce serait plutôt les Moines balafrés , vous, non ? dit-il tout de go , provoquant chez Alice une quinte de toux intense .

- Je peux savoir ce qui vous permet d'avancer ça ? s'emporta-t-elle .

- Les rapports du Commandant Grant ... Je n'en dirai pas plus . Je peux donc déjà vous annoncer que pour ne pas vous être conformé parfaitement à votre mission de "chef de chantier" , si on peut dire , d'Ishbal au nom d'Amestris , vous avez une suspension de trois semaines de travail ainsi que de salaire . Néanmoins , si j'en juge par vos propres rapports , " Marie Grant se plait à haranguer les ouvriers sous ses ordres" , ce qui n'est pas des plus polis ni des plus humains . Je suppose que trois semaines de suspension de travail et de gel de salaire la calmeront un peu . Et tant que nous sommes aux suspensions de travail , je vous annonce que vos hommes ont droit à trois semaines de congé pour la fin d'année , depuis avril , ils ont eu chacun à en tout trois à quatre semaines de congé . Ceux qui désireront rester sur le chantier le pourront . Est-ce clair ?

- On ne peut plus clair , Monsieur , l'approuva-t-elle en avalant une gorgée de café .

- Que pouvez-vous me dire des Lieutenants Rikk et Sally ?

- Si je ne savais pas qu'ils étaient à Ishbal , je ne l'aurais jamais deviné . De vrais fantômes . Pourquoi les avoir envoyés ? Je ne sais même pas ce qu'ils font de leurs journées , et , ça , ce n'est pas de la mauvaise volonté , je les cherche et ne les trouve jamais , même aux dîners .

- C'est normal que vous les voyiez rarement , ils sont à la frontière entre vous et la zone occupée par le Major Miles , ils doivent principalement reconstruire les routes et la zone d'échange avec Xing . Ils ne doivent pas rester bien longtemps , expliqua l'ancien Alchimiste de Flamme .

- Ça ne répond pas à ma question : pourquoi les avoir envoyés ?

- J'ai quelques soupçons à leur sujet ... Le genre de soupçon malheureusement illustré par quelques preuves . On aurait vu les Lieutenants Rikk et Sally sortir d'un café de "fils à papa" qui aurait la réputation d'accueillir des réunions de nationalistes . Si vous voulez une preuve , voici une photographie , fit-il en lui montrant une image sépia montrant les deux hommes sortir d'un café d'un air attentif , comme pour vérifier s'ils n'étaient pas surveillés . De plus , leurs pères étaient très proches du Président Bradley et avaient totalement approuvé le Commandant 3066 ; et je pense que cet exemple a été suivi ...

- Et si c'est bien le cas , pourquoi les avoir envoyés ? C'est faire entrer les loups dans la bergerie .

- C'est un test , s'il l'on veut . Leurs rapports sont également étrangement neutres , ils ne me font part d'aucune friction avec les quelques Ishbals proches d'eux , ni même d'aucune conversation ; ce qui rajoute à mes soupçons . Si je les ai envoyés , c'est pour en avoir le cœur net le plus rapidement possible .

- Vous voulez une autre bataille à Ishbal ? s'exclama-t-elle . Mais vous êtes irresponsable ou quoi , vous pensez que ces gens n'ont pas assez souffert ?

- Je sais Commandant ! rugit-il . Si je vous ai également envoyée là-bas , c'est parce que je sais que vous avez suffisamment d'esprit tactique et d'intelligence pour éviter un bain de sang ! Avertissez les Ishbals chez vous , et ceux chez Miles . Au moindre mouvement suspect chez eux , stoppez-les par tous les moyens ( NDA : ainsi aurait pensé Montesquieu ! *réminiscence de partiels*)

- Comment voulez-vous qu'ils puissent nous attaquer sans armes ?

- L'ennemi peut tirer ses armes de n'importe où . C'est à ce moment à que nous pourrons dérouler la pelote de ce complot . Je compte sur vous , conclut-il en finissant son café . Depuis que je suis arrivé au pouvoir , j'ai l'impression de les entendre comploter constamment derrière mon dos ..."


" - J'en ai plein l'dos ! Et , encore , je reste polie ! Tu n'es qu'une esclavagiste , Marie Grant , voilà ce que tu es !" vociféra Coralize Nelson à la collègue .

Le chantier du bazar avait bien avancé depuis les quelques semaines qu'il avait commencé , il ne restait plus que le toit et les finitions intérieures à faire . Malheureusement , les pluies hivernales qui s'abattaient sur le désert ishbal n'aidaient pas particulièrement à la tâche . Voyant des nuages sombres arriver et sentant une goutte de pluie lui tomber sur le nez , le Commandant soupira .

" On remballe pour aujourd'hui ; avec cette pluie , on va tous se choper une crève de tous les diables !" finit-elle par lancer à la cantonade.

Un murmure d'approbation se fit entendre et tout fut très rapidement et proprement rangé , avant que les ouvriers Amestris ne se dirigent vers la tente des repas , prendre un café chaud . Les suivant un bref moment , leurs deux supérieures se séparèrent au bout de quelques mètres, en silence . Coralize partit vers la gauche , là où se trouvaient la plupart des habitations ishbales , tandis que Marie continuait sa route vers le campement , l'air préoccupé .


" - Tu sembles préoccupé , mon Fils ."

S'arrachant soudainement à la contemplation du paysage qu'il regardait depuis le toit du Monastère , Scar fixa Dalil , debout à ses côtés . Remarquant le trouble qu'il tentait de cacher tant bien que mal , il continua :

" - A quoi penses-tu donc ?

- Beaucoup de choses ... éructa son disciple.

- A la reconstruction , entre autres , je me trompe ? continua le Moine en désignant le paysage morcelé d'un mouvement de tête .

- Oui . Est-ce que tous nos camarades ont accepté la venue des militaires , comme vous l'avez fait ? Et , d'ailleurs , pourquoi l'avoir fait aussi facilement , mon Père ?

- Je ne pardonne pas à leurs pères ou frères , mais je ne peux blâmer des gens extérieures à notre chute . Il ne faut pas pardonner nos bourreaux , mais ne pas rejeter la faute sur toute leur race et leurs familles . Ce n'est pas parce qu'une branche est pourrie qu'il faut couper l'arbre entier , explique Dalil calmement . Mais il y a encore beaucoup de détracteurs parmi les nôtres , je dois te l'avouer . J'ai entendu plusieurs hommes dire des Commandants qu'elles n'étaient que ... Mmm , " de mauvaises gens au sang souillé par leurs parents destructeurs" pour reformuler plus poliment , conclut-il. Par contre , je me demandais , pourquoi , toi , tu as fini par accepter leur venue sur notre terre sacrée ? Si je me souviens , tu as commencé à être plus ouvert aux propositions du Commandant Kimblee après que tu sois allé à Central City avec elle , n'est-ce pas ? Tu ne m'as jamais dit ce qui s'y était passé ...

- Pour tout vous dire , dit Scar après un moment de réflexion , je ne m'attendais certainement à pas ce qu'un membre de cette famille nous aider . J'ai cru à une mauvaise blague voire un complot de leur part . Le fait qu'elle lui ressemble physiquement ne m'a pas aidé à faire le deuil de mes mauvais souvenirs ; ainsi je l'ai évitée , de peur de voir mes soupçons se confirmer . Malgré tout , j'entendais ces hommes et certains des nôtres en dire beaucoup de bien . Quant à savoir si cela m'a poussé à commencer à l'accepter parmi nous , je ne sais pas . J'ai très mal pris le fait que vous m'ayez forcé à aller à Central en sa compagnie , la pour " dissiper le malaise constant" comme vous l'aviez alors dit . Cependant , malgré ma froideur envers elle pendant ces mois , elle ne m'a pas rejeté , même si elle a montré qu'elle m'en voulait de l'éviter . Elle m'a accueilli et protégé .

- Comment ça " protégé" ? interrogea Dalil en fronçant les sourcils .

- Nous avons été attaqués par des nationalistes . Nous avons réussir à nous échapper chez des amis à elle , des gens assez étranges au demeurant . Des espèces d'artistes de cirque . Pas du tout le genre de gens avec lesquels je l'imaginais liée ; ils m'ont dit de me méfier des apparences et de son nom de famille . Peut-être est-ce là que tout a commencé .

- Rien d'autre ?

- Vous êtes bien curieux mon Père , releva l'Ishbal à la cicatrice .

- J'avoue que je me demande depuis plusieurs semaines ce qui t'a poussé à l'accepter . Pardonne-moi si je t'ennuie .

- Pas du tout ! En vérité , je me suis rendu compte que j'arrivais à la comprendre , malgré nos différences de milieu et la haine que j'ai encore envers son oncle . Elle m'a expliqué son histoire et , inconsciemment , je me suis rendu compte que son nom pouvait lui peser bien plus lourd qu'il ne me semblait . Qu'elle n'en était pas forcément fière , mais que , malgré tout , elle gardait et était venue à Ishbal de sa propre intiative .

- Si tu arrives à comprendre des gens à priori aussi différents de toi , c'est que tu es sur la bonne voie de la sagesse .

- Je ne suis plus aussi entêté dans ma vengeance qu'auparavant , mon Père , souffla Scar . J'ai réalisé il y déjà assez longtemps que ce n'était pas la solution ni l'image que je voulais que ce pays ait d'Ishbal .

- Je suis fier de toi , sourit Dalil en posant sa main sur son épaule . Tu es digne d'être un des futurs dirigeant d'Ishbal , mon Fils . Tout comme ton Père l'était .

- Je ne pense pas ; j'ai encore beaucoup de chemin à parcourir .

- Il te faut être patient , mon Fils . Tout vient de là : la patience ..."


" - Attendez donc ! Donc , si je résume bien , il vous faut de nouveaux outils et des machines afin de faciliter l'irrigation des champs d'Ishbal ? Il n'y a pas une rivière dans le coin , pourtant ?

- Elle est très loin d'Ishbal , de plus ,celle-ci est bouchée : lors de l'insurrection , un tir de canon a provoqué un éboulement dans la montagne qui la surplombe , ajoutée à de précédents éboulements dus à l'érosion . La rivière va à présent directement dans les nappes souterraines . C'est pour cela que nous devons construire des puits et des canaux d'irrigation .

- Vous devez déjà vous douter que cela nous coûte déjà très cher ...

- Vous voulez laisser ces gens mourir de soif et ne pas avoir leurs propres cultures ? sourcilla-t-elle .

- Vous mettez toujours dans le mille . Il n'y a aucune possibilité pour que la rivière puisse retraverser l'Est du pays ?

- A moins que vous n'y mettiez les moyens , et les plus gros , non . De plus , je crois qu'il ont encore besoin de temps pour s'adapter à leur retour sur leurs terres . C'est un projet à long terme , je ne suis même pas sûre d'en voir la fin . Mon contrat à Ishbal est de combien d'années , rappelez-le moi ?

- Deux ans minimum , renouvelables si vous le souhaitez . Cependant , soupira-t-il , j'espère que tout continuera à bien se passer pour vous . Et pour nous tous , d'ailleurs . Mais je ne peux pas me permettre d'investir tout l'argent de l'armée dans les projets d'irrigation . Je crois qu'il y a d'autres priorités .

- Ne les sous-estimez pas . Ce sont des gens du désert , ils savent combien y vivre . Cela fait des siècles qu'ils ont leur foyers et familles .Et ils savent aussi que tout reconstruire prendra du temps ... Vous ne devez pas rentrer à votre bureau présidentiel ? demanda-t-elle , notant que l'heure approchait des 14h30 .

- Autant pour moi , il commence à se faire tard ! s'exclama Roy Mustang , soudain alarmé . Si je ne me dépêche pas , je vais encore passer une nuit blanche ! Mon assistance ne me lâchera pas ... Chère Commandant Kimblee , j'attends de vous de bonnes nouvelles !

- Je n'y manquerai pas , Monsieur , bon courage ..." le salua-t-elle alors qu'il s'esquivait discrètement par une porte latérale au salon Contemplant une dernière fois la décoration écœurante , elle décida qu'il était temps de repartir .


Coin - courbaturé - de l'auteur :

Bonjooour les gens ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes , toussa toussa . Bon , voilà le nouveau chapitre , en trois intrigues distinctes , pour changer un peu . Autant avouer que je me suis inspirée - voire carrément plagié , j'ai l'impression - l'idée de la rivière à l'auteur de " Sons of the desert " , Cap'n'Hoozits. Mea Culpa . I'm sorry . Mais en même temps , je me demandais aussi d'où venait l'eau nécessaire à leurs champs de coton , et cette idée me semblait probable . Et même , mon histoire n'est pas du tout tournée comme " Sons of the desert" que devriez ab-so-lu-ment lire , parce qu'elle déchire et qu'en plus , vous allez vous marrer & vous améliorer en anglais !

Et la chanson de ce chapitre est signée Atreyu !