Immense cœur sur vous: LenaShioriTomlinson, audelie, Anotherstep, missdimezell, Petitponey!
Bonne lecture!
CH14
« Tu plais aux jeunes »
Remus l'avait fait. Il avait réussit à toucher cette main. Par "inadvertance" aurait-on peut penser, mais non, pas du tout ; si tout était expressément calculé pour que cela paraisse être une erreur, c'était très loin d'en être une. Il avait pris le sel, pour "examiner l'étiquette", l'avait reposé juste à côté de la main de Narcissa, c'est à dire au milieu de la table, puis, une minute plus tard, avait repris le flacon mais en prenant bien soin de la frôler un peu plus longtemps que prévu...
- Je préfère aussi quand on est côte à côte, commenta Narcissa en un souffle.
- Vraiment.
- Dis, il va falloir que je parle à Severus... J'ai un mauvais pressentiment, malgré leur discussion "civilisée". Et je crois qu'il a besoin de moi, là.
-... Tu vas lui dire ?" Remus se mordait la lèvre inférieure.
- Non. Je n'ai certainement pas envie qu'il mette le nez dans nos affaires.
- Je ne dirai rien à Mon problème non plus, affirma Remus. C'est mieux. Il pose trop de questions.
- Ce n'est pas pour rien qu'on les appelle "problèmes", rit Narcissa.
- Enfin, disons-le, entre nous, c'est le tien qui est le pire...
- Alors là non, Remus. C'est le tien ! Ouvre les yeux. Ce cousin est né pour être une catastrophe. C'était son destin. Toi même tu m'as dit qu'il-" Remus venait de lui lancer un regard alarmé. Elle se tut. Quelques instants plus tard, la main de son fils était sur son épaule.
- Mère, ça fait longtemps que je ne vous ai pas vue.
Il la vouvoyait toujours en public. C'était ce que Lucius avait voulu : l'image de la maison.
- Ça fait un jour seulement Drago, n'exagère pas. Tout va bien ?" Elle scrutait ses yeux aussi bleutés que les siens. Son fils était déjà magnifique.
- Je voudrais vous parler de quelque chose." Regard fuyant. C'était important, donc.
- Alors allons-y tout de suite... rien ne me retiens.
Ou l'art de dire une chose pour faire comprendre son contraire.
Elle arriva à lancer un regard désolé à Remus juste avant de partir, mais il avait un sourire tendre au bord des lèvres en les voyant. Remus aimait beaucoup les enfants. Aussi pervers puissent-ils paraître parfois, il ne pensait pas, lui, qu'à un si jeune âge ils puissent déjà être mauvais par intention. Ils se contentent encore de reproduire ce qu'ils ont vu, pensait-il. Il faut les excuser si ils ne montrent pas ce qu'on attend d'eux.
Mais Drago avait presque quinze ans maintenant.
xx
Drago et Narcissa passèrent devant la tablée où se trouvaient Sirius et Severus.
- On se retrouve tout à l'heure ? » Narcissa venait de se pencher vers lui pour lui faire passer discrètement cette question.
Il lui répondit par un regard perçant et un hochement de tête.
Les deux blonds sortirent de la Grande Salle. D'autres personnes les imitaient.
- Alors Drago ? lui fit-elle une fois assez éloignés des autres. Qu'est-ce qu'il t'arrive, encore ?
Il se racla la gorge. "C'est difficile à dire. Tu sais bien que je continue d'envoyer des lettres à Papa, même si tu es là. D'ailleurs il voudrait de tes nouvelles aussi, il m'a dit. Mais ce n'est pas ça que je veux dire." Il fronça les sourcils. "Il m'a surtout demandé avec qui j'irai au Bal de Noël.
- Au Bal de Noël ? déjà ? s'exclama-t-elle. J'avais oublié ça !
- Severus ne t'a pas dit ?" Soulèvement de sourcil malfoyen. "Pourtant, c'est les représentants des Maisons qui nous en ont parlé. Hier.
Hier Severus avait voulu rester seul.
- Il a dû oublier, ce n'est pas si incroyable comme nouvelle après tout. Il y en a tous les ans. Alors ? Tu iras avec qui, du coup ?... Pansy ?
- C'est le problème. J'ai dit à Père que je ne voulais pas y aller avec Pansy." Il eut un sourire embarrassé.
- Et il n'est pas d'accord. C'est ça ?
Il hocha la tête.
- Eh bien, je t'y autorise, Drago. Fais ce que tu veux." Son cœur battait la chamade. Elle et Lucius s'était toujours arrangés pour ne jamais donner des ordres contraires à Drago. "Tu n'as jamais apprécié Pansy de toute façon, ajouta-t-elle en balayant le sujet de la main.
- Vraiment Maman ? Wouaw... merci !
- … Attends. Pourquoi tu es si content ? Avec qui d'autre tu voudrais y aller ? demanda-t-elle, les yeux plissés au maximum.
Il tourna la tête. "On a tous le droit à son petit jardin secret, se justifia-t-il. Par contre, dis moi juste : est-ce que ça ne te dérange pas si j'envoie quelqu'un à l'infirmerie ?" Il avait parlé si calmement. Glaçant.
- Drago, qu'est-ce que tu vas inventer, je peux savoir ?
- Avant de te le dire... Promets-moi de ne rien raconter à Père.
- Très bien." Elle haussa les épaules. Cette part du marché ne serait pas trop difficile à respecter.
- Je sais que toi tu t'en fous de ça-" Il s'empressa de corriger sa manière de parler : "Je sais que tu n'y accordes pas une très grande importance... à la pureté du sang. Mais pour Père c'est tout un délire… Je pensais être de son avis, mais les choses ont changé.
- Qu'est-ce que ça vient faire là ? elle tapa du pied. Je n'aime pas trop qu'on tourne autour du pot comme tu le fais !
- Je veux aller au Bal avec une « Sang-de-Bourbe ».
Il lui lança un regard de défi. Elle était estomaquée.
- Et cette fille a déjà un autre cavalier que moi. Ce qui est inadmissible. Tu comprends maintenant ?
- Ouh-là, Drago... est-ce que c'est ce cavalier que tu veux envoyer à l'infirmerie ? articula-t-elle très lentement.
- Quelques jours avant le Bal, histoire qu'il ne puisse pas danser. Alors, c'est oui ? Puisque tu es là, je suis bien obligé de te demander ton autorisation.
Narcissa resta muette un instant.
- C'est oui.
xx
Narcissa venait de quitter son fils qui avait rejoint Blaise et Théodore pour une partie de "Marrons-Gryffons", ce qui voulait désigner ce jeu avec pour seule règle d'assommer au moins un gryffondor à coup de marrons. À ce sport, Narcissa se rappelait avoir fait des ravages quand elle était jeune. De toute façon elle avait toujours fait des ravages partout et en toutes circonstances, avant de se marier. Il était juste qu'elle n'empêche pas son fils d'en faire de même.
Elle se dirigeait vers la chambre de Severus à grands pas. Elle avait hâte de savoir.
Devant elle Remus apparut, il entrait aussi chez lui certainement... Mais il y avait des élèves autour d'eux. Leurs regards s'aimantèrent. Allaient-ils vraiment passer l'un à côté de l'autre, sans rien se dire, juste à cause de quelques morveux ridicules ?... C'était si frustrant. Narcissa fit un pas dans sa direction. Il fit de même. Elle aurait voulu l'embrasser. Il était beau, sacrément, et il le méritait. Oh, Remus méritait tout...
- Monsieur, est-ce que je peux vous parler de mon devoir de la dernière fois ?" Remus baissa les yeux vers le morveux qui s'adressait à lui.
- Oh, Gabriel. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je crois que vous avez oublié un point. Normalement, je devrais avoir un Optimal, mais il me manque ce point.
- Ça aurait pu attendre la fin de la prochaine heure... Mais puisque tu es là... donne moi ta copie qu'on vérifie ça ensemble »
Au moins, Remus avait l'air aussi dépité qu'elle. Ces gosses... Elle comprenait Severus, parfois. Ces gosses avaient quelque chose comme un don pour imposer leur présence où on ne voulait absolument pas qu'elle soit.
xx
- Alors, Severus ! Tu m'ouvres ? » Elle toqua comme une brute. Il fallait bien annoncer la couleur.
Un grognement agacé se fit entendre. « Mais c'est ouvert, imbécile !"
Elle entra joyeusement.
- Bonjour, chantonna-t-elle. Content de me voir j'espère ? Tu t'es décidé à tout me raconter ?
Elle s'assit comme une reine dans un fauteuil en face de lui. Son expression stoïque n'avait pas bougé.
- Non, absolument pas. C'est toi qui voulait me voir. J'en ai déduit que tu allais commencer par me dire ce que tu manigances avec... Tu sais, ce charmant sorcier qui m'a trahit par ta faute... Comment s'appelle-t-il déjà ?... Un nom assez niais, je dois dire... Mmh... attends voir… j'y suis presque… Lupin, c'est bien ça ?
Narcissa haussa les sourcils, faussement stupéfaite. "C'est bas, ça, Severus. Tu veux qu'on en parle, de ton prénom ?
- Par pitié ne tourne pas autour du pot ! » Ça y est, il commençait déjà à perdre patience.
-... Dit celui qui vient de me faire une devinette.
- Narcissa !
Oh, il élevait la voix ? Amusant.
- Allez. Raconte moi d'abord, tu es vraiment... trop nerveux. C'est lassant je dois dire. C'est celui en difficulté qu'on doit écouter d'abord... Moi, je n'ai pas besoin d'aide. Tout va bien, je sais gérer ma vie. » Elle ricana.
- Je sais aussi gérer ma vie ! cingla-t-il. C'est juste... C'est juste que. Comment dire ! Sirius ne me laisse pas tranquille une seule seconde. Il me teste. Tout le temps. Je pense qu'il a compris que je tenais encore à lui et il veut utiliser cette faiblesse-là pour se venger !
- Et qu'est-ce qu'il fait, exactement ? » Narcissa croisa les jambes.
- Par exemple : il drague des adolescentes juste en face de moi, s'indigna-t-il.
- Parler ou draguer ? Tu n'as jamais su bien faire la différence, je te rappelle...
- Mais Narcissa... Sirius parlait avec elle ! Je veux dire, il la regardait... avec les yeux, quoi. Il lui faisait de l'œil, j'en suis sûr !
- Écoute toi parler... » Elle éclata de rire. « Non seulement ça n'a aucun sens, mais en plus ça ne prouve rien. Autre chose qu'il a eu le culot de faire, peut-être ?
- Narcissa je connais Sirius. Il manie très bien les limites... Il sait les frôler sans jamais être dans le rouge. Et je sais très bien quel regard il a quand il essaye de séduire les gens ! Et que ça se passe devant moi n'est pas un hasard ! J'étais à deux doigts de... Bref. » Il tenta de se calmer en regardant ailleurs. « Autre exemple, alors : il me manipule pour me forcer à manger.
- ... Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que c'est la première fois que j'éprouve le besoin de le féliciter, c'est ça ?
Il lui lança un regard complètement scandalisé. « Mais Narcissa tu ne comprends vraiment rien aujourd'hui. C'est pour me provoquer qu'il fait ça. C'est pour me montrer qu'il a la capacité de me contrôler encore. C'est une mise en garde !...
- Tu exagères tout.
- Non ! Et pire : il me touche pendant les repas. Si tu savais comment ça a fini, une fois... » Il grimaça et se frotta les yeux.
- Encore une fois, je ne trouve pas que ça soit un mauvais signe.
Il lui offrit son regard le plus noir. « Je te demande juste de me croire sur parole. Évidemment, avec lui, il est impossible d'avoir des preuves formelles. Mais moi je sais qu'il fait tout pour me rendre fou et il faut me croire !
- Très bien, je te crois, je te crois. Et donc ? » Elle haussa un sourcil. « Ton vrai problème, en fait, c'est juste qu'il réussit à te faire perdre complètement la tête. Tu serais prêt à tout lui dire pour qu'il arrête... je me trompe ?
- ... Si ça l'intéressait, il serait déjà venu me demander des explications.
- Sauf qu'il a Remus à protéger, tu oublies ? Théoriquement, venir te parler du procès met directement Remus dans la pétrin, et il est au courant de ça, c'est certain. Non, vraiment... Je pense que le problème ici c'est toi. Tu as peur, n'est-ce pas ? l'accusa-t-elle en croisant les bras.
Il fixait le sol : "Non" grogna-t-il de mauvaise foi.
- Tu es effrayé à l'idée qu'il te rejette et qu'il utilise cette information pour te blesser en retour... Car c'est exactement ce que tu lui as fait, il y a des années, tu l'as rejeté, et quoi que fussent tes raisons, tu sais bien qu'il serait possible qu'il fasse de même aujourd'hui.
Elle le vit inspirer longuement.
- Je rajouterai au diagnostic que tu as honte. Aimer quelqu'un après tout ce temps, c'est ça sûrement qui te fait honte. Ça prouverait à tout le monde quelle personne sensible tu es, à quel point tu es quelqu'un de différent de ce qu'on s'imagine en te voyant. Ce décalage te fait tellement honte... et je peux le comprendre... surtout que Sirius a fini par intérioriser aussi, lui, cette image de connard arrogant. » Silence du serpentard. « Mais Severus il faut que tu ailles tout lui dire. Tout ça ne peut plus durer, est-ce que tu le sens ? Il faut que tu laisses tomber le masque une bonne fois pour toutes. À la fin, il n'y a que soi qu'on blesse en s'interdisant de montrer qui on est. Sirius te repoussera peut-être sur le coup, mais imagine le remord que tu aurais en continuant à cacher tes sentiments et que tu découvres un beau jour qu'il en avait aussi encore pour toi ?... C'est niais ce que je vais te dire, mais la vie est courte. Tout pourrait s'arrêter demain et que tu trouves ça invraisemblable ne rend pas ça moins impossible.
Il ne répondait pas. Ne la regardait même pas.
- Et sache que je ne vais pas supporter de savoir ça encore longtemps. Si tu ne te décides pas très bientôt à prendre les choses en main... C'est à tes risques et périls.
Il leva la tête. « Non ! Je t'interdis de t'en mêler, c'est bien clair ? » Sa voix était grave et menaçante, son ton sans appel.
- Et moi, je t'interdis de me donner des ordres, répondit-elle calmement en soutenant son regard. « Ce serait de la non-assistance à personne en danger que de ne rien faire... Tu ne trouves pas ?
- Narcissa, tu-» Il se leva, légèrement paniqué. « S'il te plaît, tu ne vas pas me trahir.
Elle se leva à son tour. « Trahir quoi ? répondit-elle, légèrement dédaigneuse. Te trahir toi, ou trahir cette part de toi qui voudrait se cacher derrière les jupons de ta mère ?... Il y a une différence, je crois. Et tu sais bien que je fais tout ça pour ton bien.
- Non. Je refuse. Ce sont mes sentiments, mes affaires, ma vie… Toi, tu n'as rien à perdre ! Moi, c'est tout. Tout ! Je te signale d'ailleurs que si tu ne m'avais pas demandé de surveiller Lucius-
- Drago n'existerait peut-être plus en ce moment. C'est ça ton argument ? Si tu ne voulais pas m'aider, il fallait y réfléchir avant ! Arrête de revenir sans cesse avec ça !
Elle traversa la pièce, prête à s'en aller.
- Attends.
Son expression venait de changer du tout au tout.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce n'est pas ça que je regrette, ce que je regrette c'est d'avoir abandonné Sirius, c'est de l'avoir laissé tout seul, tout seul là-bas avec l'idée que je ne voulais plus de lui. C'est la seule chose que je regrette, mais quand j'en vois les conséquences j'ai l'impression qu'elle prend toute la place... » Sa voix s'était fragmentée.
Elle sourit tristement, s'approcha et lui tapota les épaules. « Tu vois, c'est exactement ce qu'il faudrait lui dire... »
xx
On entra dans la chambre de Remus sans frapper. Le loup-garou avait eu ce battement de cœur si caractéristique... Mais non. C'était "juste" Sirius. Si son ami avait pu lire dans ses pensées à ce moment précis, il l'aurait vraisemblablement tué pour ressentir de la déception en le voyant.
- Moooony.
- Sssssssssssssssssi-" Le concerné se boucha les oreilles. "...rius.
- Tu as toujours eu ce don pour dire mon prénom de manière désagréable ! » Il éclata de rire. « L'imitation "serpent" est la pire je crois.
- C'est pour ça que je l'ai créé, déclara Remus avec un aplomb exagéré.
- Ça me rappelle... ma cousine. Elle était à serpentard, tu le savais ? demanda-t-il beaucoup trop innocemment en se jetant sur le lit de Remus, où il était déjà allongé.
Remus hocha la tête, faisant semblant d'avoir pris ses propos au premier degré alors que cette question était la plus stupide qui existe.
- Alors dis moi, qu'est-ce que tu as fait ce matin, avec elle ? reprit Sirius.
Merlin... Remus avait chaud, tout d'un coup.
- Rien. » Il l'avait dit avec un peu trop de conviction.
-... C'était bien ?
Remus fronça les sourcils, se donnant un air désolé : « De quoi tu parles ?
- Tu le sais. Sinon, tu ne rougirais pas...
Pourquoi avait-il un ami aussi perspicace ? C'était tellement plus facile d'avouer la vérité à Sirius que de se donner la peine de mentir... Il faisait toujours comme si rien ne le choquait jamais, qu'il pouvait tout entendre...
- Je ne sais pas de quoi tu parles. Vraiment. » Remus détourna la tête.
- Fais attention, c'est tout. Cette femme est un poison.
Remus serra les draps sous ses doigts. Il ne fallait pas qu'il craque.
-... Si tu le dis, lâcha-t-il avec indifférence.
- Je me souviens d'elle, à dix ans... C'était Miss Perfection. A toutes les réunions de famille, elle avait ce grand sourire faux... faisait tout pour plaire à tout le monde... je voyais bien qu'elle avait une capacité extraordinaire à retourner sa veste. À ma grande tante, elle critiquait le travail des elfes, disait qu'ils étaient des bons à rien... à mon oncle, elle disait être contre l'esclavage des elfes de maison. Ça a été pareil avec la pureté du sang. À un tel, elle vantait la supériorité des grandes familles... et quelques années plus tard, elle traînait avec Severus. Et tu sais, je crois que je déteste ce genre de personnes encore plus que le reste de ma famille. Ce n'est juste pas honnête comme attitude, tu ne trouves pas, toi ?
- Non, ce n'est pas honnête. » Remus avait les yeux braqués au plafond.
- Je suis content que tu admettes qu'elle n'a aucun principe, déclara Sirius.
- Ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit.
Sirius se tourna vers lui. « Et qu'est-ce que tu en dis, alors ?
- Que tu me décris son comportement à ses dix ans... que le fait de ne pas être honnête ne signifie pas n'avoir aucun principe... que rien ne dit qu'il faut être honnête avec tout le monde et en toutes circonstances.
- Oh Merlin ! Est-ce que tu l'ai-
- Si j'avais voulu avoir cette discussion c'est moi l'aurais commencée. Voilà ce que je dis, le coupa-t-il vivement.
Sirius eut une moue résignée. « Désolé »
- Et si on allait faire quelque chose ? proposa Remus.
- Quoi comme chose ? On est dimanche.
-... C'est dingue, on ne s'ennuyait pas, quand on était jeunes, à Poudlard. Qu'est-ce qu'on faisait ? » Remus avait les sourcils froncés.
- Des conneries, Remus. Des conneries. Ça fait sacrément passer le temps. Mais maintenant que tu es prof... Laisse moi te dire que ce serait légèrement déplacé de commencer à saccager le Château.
Remus rit. « Je dois te rappeler ce que tu as fait, toi, encore récemment ?
Sirius eut un sourire machiavélique. « C'est vrai Moony... tu as raison. On arrête pas le progrès.
- C'était du génie. Ta meilleure idée. » Ils eurent un sourire complice.
- Je ne comprends pas que Dumbledore n'ait encore rien remarqué. Qu'il se retrouve à côté de Minerva à chaque fois me tue de rire !
- Et il y en a plein d'autres, s'émerveilla Remus. J'ai l'impression qu'on est les seuls à pouvoir comprendre ce qui se passe !
- D'ailleurs, Remus... Ce n'est pas pour relancer la conversation, mais si tu es à côté de Narcissa à chaque fois... ça veut dire que l'un de vous a des sentiments pour l'autre. » Remus l'écouta douloureusement finir sa phrase. « C'est bien pour ça que j'insiste tellement sur le sujet. C'est toi, hein ?
- Ce serait si idiot de te mentir...
Il le regarda avec peine.
- Vraiment Remus ?
- Vraiment. Du genre vraiment vraiment vraiment... » Il se cacha le visage.
Sirius se massa le front. "Ce n'est pas si grave... je suppose.
- Écoute n'en parlons pas. Je pourrais te faire remarquer la même chose pour Rogue et toi.
- Ouais... il souffla. J'étais si... peut-être content, j'avoue, quand je l'ai vu la première fois, quasiment en face de moi. Et puis j'étais tellement bouleversé par ça que je me suis rendu compte que finalement c'était sûrement moi le con...
Remus souffla un éclat de rire par le nez, ironique. « Tu sais, ça peut vouloir dire aussi que tous les deux vous...
- Ouais. Ça peut littéralement tout vouloir dire.
- Le plus drôle... c'est les élèves quand même, tu ne trouves pas ?
- Oh Remus ! il s'esclaffa. Il y aurait tellement de choses à dire !... Le mieux : Ron, toujours à côté de Blaise. Qui des deux est le blaireau, tu crois ? T'imagines si c'est Ron... exactement le genre de gars qui ne se gêne pas pour faire des commentaires sur la chute de rein de Delacour. Au fond, j'ai toujours su que c'était trop exagéré pour être vrai.
Remus éclata de rire et lui donna une légère tape sur le bras. "Mais oui c'est ça... Je parie que tu n'en savais rien du tout, Sirius. Moi ce qui me fascine aussi c'est Fleur en face de toi, le premier jour !
- Très étrange, approuva Sirius. Je ne m'y attendais absolument pas. Mais bon, ça m'a permis d'essayer de voir la réaction de Severus, au moins.
- Tu plais aux jeunes.
- C'est mon air mâture... J'ai l'air d'un père de famille veuf mais à l'écoute, plaisanta-t-il.
- Alors là ! » Remus ne put retenir un éclat de rire. « C'est n'importe quoi ! Tu as plutôt l'air de... d'un... Je ne sais pas de quoi tu as l'air, vu de l'extérieur. Tu es certainement cet adulte cool qu'on voudrait pour parrain... ou ce père avec qui on rêve d'avoir des relations incestueuses.
- Remus ! aboya-t-il en gloussant. Toi, tu veux que je te dise ? » Hochement de tête amusé en face. « Tu ressembles... pas à un homme couchant avec une femme mariée en secret.
Un coussin arriva directement dans la tête de Sirius.
- Bon, d'accord ! s'exclama Remus, n'y tenant plus. Je vais mettre les choses au clair : quand j'étais jeune je l'aimais, et bien avant qu'elle se marie. Depuis qu'elle est revenue je ne pense plus qu'à elle. Ce que tu dois et ce que tu peux savoir doit s'arrêter là. D'accord Sirius ?
- Désolé… c'était peut-être indiscret.
- Plutôt, bougonna-t-il.
- Et tu ne m'en as jamais parlé… » Une note indignée ressortait, vibrante, de ce constat. « Remus… tu es tellement cachottier ! c'est indigne ! n'ose plus jamais prononcer le mot « amitié » devant moi !
- Tu aurais pu le deviner, mais tu étais aveugle au reste du monde lorsque tu étais avec Severus.
Sirius tourna vivement la tête, mimant le choc le plus intense, la main sur le cœur : « Est-ce que c'est une critique ? Remus, est-ce que c'est une critique ?
Il alla ramasser le coussin à terre et lui relança dessus. « Voilà de quoi te faire regretter ton audace ! jura-t-il en même temps.
Remus accueilli le coussin avec amusement. « De toute façon, sans t'offenser, je gère bien mieux ces choses seul. » Il pouffa. « Attends... et si... » Il venait tout d'un coup d'avoir une idée brillante, ça se voyait. « Et si on faisait des paris ?
- Des paris ? » Sirius se releva, emballé par l'idée. « Des paris sur les élèves ?
Sourire malicieux. « On va voir si les duos qu'on retrouve à table seront les mêmes au Bal !
- Tu es génial Remus...
Ils se levèrent et prirent chacun un bout de parchemin.
- Chacun parie sur dix personnes. Le gagnant sera celui qui aura prophétisé juste sur le plus de gens, déclara Sirius.
- Parfait. Je parie sur Harry et Ginny, annonça solennellement Remus.
- Je parie sur Ron et Blaise, fit Sirius sur le même ton.
- Je parie sur Hermione et Drago.
Ricanement. « T'es fou ? Elle y va avec Krum... Mais si ça t'arrange de perdre, très bien. Pour ma part, je parie sur Albus et Minerva.
Remus tiqua. « Albus est de l'autre bord... C'est pas raisonnable.
- Euh Remus... On parle d'un Bal là, pas d'un rapport sexuel...
- Dans ce cas, je parie sur toi et Fleur.
- Quoi ? s'indigna Sirius. Tu as décidément perdu d'avance. Elle ne viendra jamais me demander une telle chose ! Non, vraiment… » Enième ricanement machiavélique. « Si tu veux jouer à ça... Alors je parie sur toi et ma cousine.
Remus eut un ton faussement désolé. « Oh, comme c'est dommage. Les professeurs et les adultes "invités" ne sont pas obligés de se trouver un ou une cavalière... C'est bête, hein ? On dirait que tu es en train de perdre... Pas comme moi, qui parie sur Luna et Pansy.
- Ah, oui, j'aurais du y penser... Elles sont si adorables ensemble » Sirius eut un sourire rêveur. « Elles me rappellent un peu...
- Ouais, mais c'est pas tant leurs caractères. Plutôt ce genre de complicité, compléta Remus.
Petit silence.
- C'était le bon vieux temps, lâcha ensuite Sirius. Tout ça me semble si loin. Tu vois, si tu ne venais pas de m'en parler, je peinerais presque à réaliser que cette époque là ait bien pu exister. Merlin… »
Il souffla longuement. La bonne ambiance était en train de retomber.
- Arrête d'être comme ça. Tu me donnes envie de modifier mon pari pour toi et Rogue !
- Vas-y, ça me donnera l'impression que tu as l'impression qu'il y a un espoir encore.
- Très bien. Je parie sur toi et Fleur ET sur toi et Severus.
- Mais si un se réalise l'autre est perdu, c'est bien ça ? puisque ça ne peut pas arriver en même temps…
- Ouais.
Remus haussa les épaules.
- C'est idiot ce que tu fais. » Il détourna les yeux.
- Si ça peut te redonner confiance, je suis partant pour perdre un stupide pari.
- Oh, ne l'appelle pas "stupide" trop vite Remus ! On a pas encore fixé le prix qui sera remis au gagnant...
xx
Le cauchemar se répétait. Quand Severus alla s'asseoir à la droite de Sirius, il fut persuadé d'être la victime d'une malédiction. Il se sentait pris entre les griffes d'une puissance extérieure et impérieuse, puissance qui de toute évidence ne pensait pas à sa tranquillité d'esprit. Peut-être que bien avant sa naissance, dans des temps immémoriaux, quelqu'un avait maudit un de ses ancêtres pour une raison ou pour une autre, pour un vol de pommes, un enfant tué, la naissance d'une fille plutôt que celle d'un garçon... Et le résultat aujourd'hui, c'était Sirius en face de Delacour à table. De nouveau. Il serra les dents.
- Vous avez appris la nouvelle ? » D'ici, c'était terrible, il pouvait voir bien précisément en quoi consistait le sourire charmeur de Fleur. Une vélane... en face de Sirius.
Ce que Severus ne vit pas, en revanche, c'était la légère gêne de Sirius.
- Il se passe un tas de choses tous les jours, ici. De quoi tu parles exactement ? répondit poliment le gryffondor.
- Apparemment Hermione Granger, la cavalière de Viktor Krum, hésiterait à aller au Bal de Noël avec quelqu'un d'autre que lui ! Un des champions du monde de Quidditch... Vous ne trouvez pas ça étonnant, vous, Sirius ?
Parler du Bal l'angoissait depuis sa discussion avec Remus. Il pensait au pari de son ami... insensé, peut-être, sauf qu'à ce moment rien n'empêchait théoriquement une catastrophe du genre de se produire.
- Ça m'a l'air de n'être qu'une rumeur, après tout. Mais je sais que Hermione n'est pas très impressionnée par les titres et ce genre de choses... Donc non, il n'y a pas réellement de quoi s'étonner. » Sourire poli. Presque cassant.
- Tout le monde se demande qui pourrait voler la cavalière de Krum. D'ailleurs, hmm, je peux vous tutoyer aussi, Sirius ?
Gênant. Il jeta un coup d'œil à Severus... qui ne mangeait pas. Il avait même renoncé à faire semblant, ses bras n'étaient même pas sur la table, il ne tenait aucun couvert. Le regard ailleurs.
- Oui, bien sûr. À mon avis c'est un peu fort de parler de vol, la corrigea-t-il. Elle a peut-être juste trouvé quelqu'un qu'elle connaissait mieux que Viktor, avec qui elle est plus à l'aise. Et je pense qu'il n'aura pas de mal à trouver une autre cavalière !
Sirius sentit le banc vibrer. Severus avait eu un tic nerveux. Normal, aussi, s'il ne buvait jamais rien... Les crampes arrivent rapidement lorsqu'on est sous-alimentation.
- C'est vrai, Viktor a reçu énormément de demandes. De manière générale, nous, les Quatre sorciers, nous sommes des cibles de choix ! » Elle eut un sourire prédateur, toutes ses dents découvertes. Qui était la proie, exactement ? Il semblait y avoir une confusion...
- Sauf Harry. » Sirius pouffa en pensant à son filleul, que Cho avait gentiment remballé. « Mais c'est parce que c'est le plus jeune de vous quatre, certainement.
- C'est possible. Et toi, tu n'as reçu aucune proposition ?
Il vit Severus attraper brusquement son verre et le vider intégralement.
- Non... avança lentement Sirius. Tu veux que je te réserve, Rogue ? fit-il en attrapant de toute urgence la cruche à côté de lui, espérant ainsi essouffler un instant cette conversation insensée.
Il savait ce que le regard de Severus disait. Quelque chose comme "et qui c'est maintenant l'hypocrite qui revient à l'utilisation des noms de famille ?" avec en plus de ça un sourcil levé, qui voulait dire "qu'est-ce qui te prend, au juste ?", puis les yeux légèrement plissés, qui eux criaient "tu n'as pas honte ?"... Mais ses lèvres se contentèrent d'articuler : "Oui, pourquoi pas."
- Aucune proposition ? Je crois que c'est encore plus étonnant que le fait qu'Hermione change de cavalier ! s'extasia Fleur.
- Ah bon... tu crois ?
Il sourit avec crispation. Génial. Comment était-il censé se sortir de cette situation ? Il était très maladroit socialement depuis qu'il était revenu d'Azkaban. Il avait perdu énormément de réflexes… et avait surtout du mal à faire semblant.
- Oh, oui ! J'entends beaucoup de filles parler de toi.
- De moi ? J'ai quasiment le double de votre âge." Il rit nerveusement.
- Mais tu fais jeune. Et l'âge ne compte pas, sourit-elle.
-... Je préfère les hommes.
Merlin... Venait-il réellement de dire ça à une inconnue, alors qu'il esquivait systématiquement le sujet avec son filleul ?... Et Fleur allait raconter ça à tout le Château ! C'était certain ! Il tourna légèrement la tête vers Severus, tentant de capter sa réaction : ses yeux reprenaient une taille normale, ce qui voulait dire qu'ils s'étaient arrondis l'espace d'une demi seconde.
- Oh ! s'exclama-t-elle. C'est dommage, j'aurais peut-être tenté ma chance, sinon. » Clin d'œil. « Mais ce n'est pas une si mauvaise nouvelle que ça ! J'ai aussi entendu des garçons parler de toi... en bien, évidemment.
Sirius eut quelques palpitations. Il commençait à perdre son sang froid. Pourquoi cherchait-on à tout prix à le caser ce soir ?
Il haussa les épaules avec le plus de nonchalance possible : « Je dois surveiller ce Bal, je ne compte pas y aller avec quelqu'un. Et à mon avis, Dumbledore préfère que les élèves ne se mélangent pas au personnel.
- Si tu me permets d'intervenir » La voix de Severus surprit tout le monde autour d'eux. « ...Dumbledore a même été très clair sur le sujet. Les professeurs et le personnel n'ont pas à sortir avec des élèves le jour du Bal... Ce serait déplacé.
Sirius sentit une vague de soulagement l'envahir. C'était faux, en plus : Dumbledore n'avait rien dit de ce genre.
- Ah, tout à fait Severus, je m'en rappelle maintenant ! le remercia-t-il presque chaleureusement.
Fleur les regardait maintenant avec curiosité, passa de l'un à l'autre avec un sourire grandissant. Sirius sentit la question malaisante arriver, et cela ne loupa pas : « Si ce n'est pas trop indiscret, vous vous connaissez ? les interrogea-t-elle avec une trop grande politesse. Il y a beaucoup de gens qui se le demandent ici...
Alors là, Sirius ne savait absolument pas quoi dire. Il avait fait déjà une immense gaffe en révélant son orientation sexuelle, et cette discussion commençait à le dépasser, tout simplement... De sa main droite, il alla donner un petit coup à Severus, le suppliant d'intervenir. Ce qu'il fit.
- Oui Mademoiselle." Ça devait être cette voix que Severus utilisait en cours pour faire un tel effet sur Neville. Un ton tranchant comme une épée, sans appel, grave... qui était une invitation à se taire à jamais ou aller s'enterrer : au choix. Sirius souriait vaguement.
- De l'eau ? demanda-t-il encore une fois à Severus.
Celui-ci hocha la tête.
- Du coup... tenta tout de même Fleur, tu penses y aller seul, à ce Bal ? C'est triste...
- Oh non, tu sais, j'en ai fait des Bals, quand j'avais ton âge. Ce genre de fêtes ne m'emballent plus tellement maintenant.
- Ah bon ? Mais tu as quelqu'un dans ta vie, si je peux me permettre ?
Le cerveau de Sirius tournant affreusement vite.
- Oui, déclara-t-il avec aplomb. Mais c'est personnel, je suis désolé.
Merde... Son propre bras agrippa en urgence celui de Severus. Pourquoi ressentait-il tellement le besoin d'aller démentir immédiatement ce qu'il venait de dire...? Il sentit la main de Severus enserrer la sienne pour la détacher doucement de son bras... Merlin... Et pourquoi avait-il l'impression qu'il était en train de royalement se moquer du fait qu'il soit totalement paniqué ? ... C'était comme si un sourire incontrôlable tentait d'assaillir la bouche du serpentard. Et ces marques d'hilarité-là avaient toujours été si contagieuses...
Il vit Severus attraper la cruche d'eau pour se servir et servir Sirius et Fleur également.
xx
A quelques dizaines de mètres plus loin, Narcissa venait de devenir gauchère à l'occasion de ce dîner. Ça devait bien être la première fois de sa vie qu'elle utilisait sa main gauche pour tenir sa fourchette, mais l'adaptation faisait partie intégrante de son mode de vie. Seuls les plus aptes survivent en milieu hostile. Seuls les plus polyvalents ont le plaisir de manger tout en tenant la main de Remus, à sa droite. Heureusement, tout ce qui se passait sous la nappe était inaccessible aux curieux, et de plus, ils n'avaient que le mur derrière leurs dos pour les observer. Narcissa bénissait ce sort de répartition foireux qui les plaçait toujours aux meilleures places.
Remus posa ses deux couverts. Sa deuxième main glissa sous la nappe. Il avait fini de manger et attendait visiblement que les premières personnes se lèvent. Elle sentit son pouce commencer à faire des spirales sur le dos de sa main.
- J'ai l'impression que Nos problèmes s'entendent de mieux en mieux, constata-t-il distraitement.
Narcissa ne répondait pas, elle avait même arrêté de mâcher. Il tourna la tête, un petit sourire flottant sur les lèvres, devinant que c'était ses gestes qui l'avaient rendu soudainement muette.
- Ça va ?
- Mmh." Elle le regarda. "Tes mains... Tu fais quelque chose de spécial pour qu'elles soient... comme ça ? chuchota-t-elle.
- Comme quoi ? répondit-il, amusé.
- Tu ne fais presque rien mais je-...
- Tu ?" Il ouvrit la paume de Narcissa et commença à lui faire un massage.
Il la sentit se coller un peu plus à lui. "Je trouve que tu es quelqu'un de très agréable, lâcha-t-elle en un sourire.
Il ne put retenir un sourire franc de fendre soudainement son visage. Quelques têtes étonnées se tournèrent vers lui.
- Ne dis pas des choses comme ça ici... souffla-t-il une fois leur attention ailleurs. Je sais très mal faire semblant »
Elle mourrait intérieurement de tendresse pour lui.
xx
Dans les bras de Remus. En se levant ce matin elle aurait difficilement pu prévoir que la journée finirait ici. Elle se sentait si légère contre lui, la tête sur son torse, et les bras de Remus caressant son dos, lentement.
- Narcissa...
- Mmmh ? fit-elle.
- Demain soir… C'est la pleine lune demain, annonça-t-il avec regret.
Elle souleva sa tête pour apercevoir mieux ses yeux. "Tu n'as pas l'air très enthousiaste... commenta-t-elle. Je me souviens que tu étais toujours très fatigué, par moments, avant.
- Ca va mieux depuis que Severus me fabrique la potion Tue-Loup. C'est juste comme si j'avais passé une nuit blanche… mais je peux me lever.
Elle le serra un peu plus fort contre elle. "Et avant cette Potion c'était comment exactement ?
- Pas très évident. Il me fallait au moins une journée de récupération… c'est pour ça que tu me trouvais souvent endormi n'importe où, mais le pire, c'était justifier les blessures avec lesquelles je revenais, que je m'étais faite la nuit. Depuis que je suis un simple..."
Il avait une réticence toujours à dire le mot pour de vrai. Et si Narcissa prenait subitement peur ? Si elle avait mal compris ce qu'il était, jusqu'à présent ?
- Oui, quand tu es un simple loup...? elle l'aida. Tu ne te blesses pas autant ?
- Ouais." Il expira longuement. "Mais c'est incroyable que ça ne te fasses rien. Tu n'as pas peur ?
- Peur ! elle rit. Absolument pas ! Etre un loup une fois par mois, tu vois, je trouve ça... élégant. Et puis, tu ne réponds pas de tes actes sous cette forme-là.
Sa voix devint plus sombre. « C'est ce qu'on dit parfois. Mais j'ai tué des animaux sous cette forme-là, et… des personnes aussi.
- Tu as des souvenirs ? » Elle fronça les sourcils.
- Non. Mais c'est évident, je veux dire... Je le sais. Dès que ça arrive, je le sais tout de suite, le lendemain. Et je me sens tellement... » Il souffla de dépit. « C'est peut-être le loup qui commet ces crimes, mais c'est moi qui dois me débrouiller avec ce que ça veut dire. C'est bien cette partie-là qui fait de moi un monstre. Ca fait longtemps que ce n'est plus arrivé, mais il y aura toujours un truc qui cloche, je culpabilise. Et tu dis que je suis gentil, mais parfois je me demande si je ne suis pas comme ça juste pour compenser mes crimes et me donner meilleure conscience... J'ai l'impression que tout ce que je fais n'est jamais désintéressé, que je fais tout pour moi... que mes bonnes actions sont des pardons anticipés, tu sais, pour si jamais je tue ces mêmes personnes plus tard. » Il lui lança un regard embarrassé. « Si te dis tout ça, c'est que je veux être honnête avec toi... Les gens n'ont pas complètement tord de nous haïr. C'est mieux pour toi que tu le saches.
Elle resta silencieuse, un instant, pour le regarder. De là où elle était, sur son torse, elle pouvait voir chaque poil brun clair de sa barbe en train de repousser. Ses lèvres pleines, aussi, elle les voyait différemment d'ici... mais comme à chaque fois, les scruter trop longtemps lui donnait cette irrésistible envie d'aller sceller leurs bouches ensemble. Elle s'appuya sur le matelas pour se redresser, le voir de face. Un marron orangé plein de doutes, de questions silencieuses ; un marron orangé en attente d'un verdict. Et un azur serein et inébranlable, sans remouds, que les révélations précédentes n'avaient pas réussi à ébranler.
Il fallait énoncer l'évidence avant d'avoir le droit de l'embrasser, alors Narcissa ouvrit la bouche : « Remus... tu devrais le savoir, les mauvaises personnes ne se posent pas ce genre de questions... » Elle s'approcha pour sentir sa respiration tout contre ses lèvres. « N'essaye pas de me décourager... En fait, tu risques juste de produire l'effet inverse. » Elle l'embrassa directement après ces mots, fermant les yeux à demi en sentant les lèvres de Remus épouser les siennes. Elle recula pour reprendre la parole : « J'ai comme l'impression que j'ai de la chance, souffla-t-elle en contemplant son visage.
Elle l'embrassa encore, mais il voulait parler aussi. « Narcissa... » Il se redressa, prit son visage en coupe. « Je veux juste te dire : merci d'être là... même si ce n'est qu'aujourd'hui, même si ça ne dure pas... » Il réunit une fois de plus leurs lèvres, et le baiser s'appondit rapidement, la hâte s'additionnant à la tendresse.
