Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien et que vos vacances commencent/se passent bien ! Pour moi, je me prélasse tranquillement derrière mon ordinateur, ça fait du bien d'avoir du temps pour soi.
Comme d'habitude, j'espère que ce chapitre vous plaira comme les précédents. Ici, les choses avancent doucement et de nouvelles choses surgissent quant à elle. Je vous souhaite donc une bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser une review :3
Réponses aux review :
Kaleimaya : L'entrée en scène de Kouen ? haha surprise ! Tu auras en partie la réponse dans ce chapitre, par ailleurs ;) et pour ce qui concerne le lemon, celui-ci ne devrait plus trop se faire très attendre !
Sous les pétales de cerisiers
Semaine quatorze – Agacement
Avoir des sentiments pour quelqu'un. Tout faire pour que ces derniers soient réciproques. Plaire dans n'importe quelles circonstances et éviter d'avoir honte devant la personne aimée. Ces choses à la fois complexes et si évidentes énervaient plus que tout Judal, surtout en cette période de l'année ; car puisque la fin de l'année approchait de plus en plus de personnes décidaient de se déclarer. Les nouveaux couples se formaient petit à petit et c'était vraiment insupportable.
Le soir-même après qu'Alibaba et Morgiana se soient mis ensembles, Judal avait vu rentrer Hakuryuu avec la joue enflée. Sans que son cousin ne lui en explique la raison, Judal l'avait compris. Alibaba avait dû lui tomber dessus avant ou après s'être déclaré, et l'avait prévenu de ne plus recommencer. Malheureusement, tous ceux qui se déclaraient n'obtenaient pas ce qu'ils souhaitaient. Par ailleurs, cela faisait plusieurs jours que Kougyoku pleurait dans sa chambre. Et bien évidemment, le nom de Sinbad ressortait la plupart du temps.
Sinbad.
En repensant au professeur, Judal pesta et se retourna sur son lit. Ils étaient vendredi soir, Sinbad se trouvait à l'autre bout du couloir mais cette fois-ci Judal avait la ferme intention de ne pas sortir de sa chambre. Sa dernière conversation avec Sinbad l'avait énervé. Ils étaient à deux doigts de pouvoir être enfin ensemble, dans une même chambre et avec l'accord de Ja'far. Cependant, Sinbad restait bloqué. Il n'osait pas passer le cap. Et bien que ça ne dérangeait pas Judal de prendre les devants, il en était fortement agacé.
De l'autre côté du couloir, il entendit Sinbad féliciter Kougyoku pour tous ses efforts fournis. Judal fourra son visage dans son oreiller et s'allongea à plat ventre sur son lit. De l'autre côté de la porte, dans le couloir menant aux chambres, Sinbad fixa avec un certain intérêt la porte de Judal. Pour la première fois depuis qu'il venait ici, le lycéen ne l'avait pas accueilli en lui sautant au cou. Il ne l'avait même pas vu une seule fois.
Commençant à descendre les marches pour quitter le domicile des Ren, Sinbad pensa au fait que Judal avait finalement abandonné l'idée de l'avoir dans son lit. Il allait donc enfin pouvoir être tranquille avec Ja'far. Cependant, et aussi étrange que cela puisse être, Sinbad n'était pas soulagé. Le plus risible était même que cela l'inquiétait. Abandonner, ça ne ressemblait pas à Judal.
« Vous reviendrez demain matin, n'est-ce pas ? » Sourit cette femme assît au milieu du salon, sirotant tranquillement son thé.
Sinbad ne lui porta aucun intérêt, mais acquiesça. Cette fois-ci, personne ne vint le raccompagner jusqu'à la sortie puisque habituellement Judal s'en chargeait. Une fois à l'extérieur et les portes fermées derrière son dos, Sinbad leva son menton en direction de la fenêtre de Judal. Le violacé essayait de voir si Judal ne se serait pas mis là pour l'épier. Seulement, il ne vit personne.
Montant alors dans sa voiture pour rentrer chez lui, Sinbad s'interrogea sur sa propre réaction. Il devrait se trouver soulagé que Judal lâche l'affaire plutôt que d'être inquiet pour ce dernier. Tout en démarrant le moteur de sa voiture garée un peu à l'écart du domicile des Ren, Sinbad soupira longuement. Il n'en était rien. L'affaire n'était certainement pas bouclée. Et en refusant l'évidence, il empêchait le cours de sa vie de reprendre normalement.
Il avait envie de Judal.
De retour chez lui, Ja'far terminait de préparer le repas du soir. Partant ranger ses affaires dans leur chambre et retirer sa cravate, Sinbad revint dans la pièce de vie simplement vêtu de son pantalon et de sa chemise. Sa musculature ressortait de la sorte et Ja'far ne put s'empêcher de la regarder un court instant avant de se concentrer sur la préparation du repas. Sinbad quant à lui s'assit à sa place autour de la table et alluma la télévision pour la mettre sur les chaînes d'informations.
Pourtant, il n'y porta pas vraiment d'intérêt.
« Est-ce que Judal va essayer de sortir ce soir ? »
Cette question avait envahi son esprit depuis qu'il s'était éloigné de la maison des Ren. Peut-être que Judal n'était même pas dans sa chambre quand il était de passage, pour donner ses cours. Peut-être qu'il était déjà parti en chasse d'homme pour le satisfaire. Le souvenir de Judal dans ce parc, en compagnie d'un autre homme, revint à Sinbad. Celui-ci n'osait pas imaginer le nombre d'hommes qu'avait dû avoir Judal. Son tableau de chasse devait être très conséquent.
Il soupira longuement tout en se passant rapidement une main dans ses cheveux, Ja'far apporta leur repas sur la table au même moment et s'installa à son tour. Assis en face de Sinbad, Ja'far s'interrogea sur l'expression mêlée d'inquiétude et de lassitude sur le visage de son amant. A son tour, il soupira.
« Judal a encore fait quelque chose ? » Posa-t-il tout en les servant.
Les yeux ambrés de Sinbad fixèrent de suite ceux sombres de Ja'far.
« Il n'a rien fait plutôt. Je ne l'ai pas vu ce soir, confia le violacé tout en remerciant pour le repas.
— Et n'est-ce pas une bonne chose ? »
Un nouveau soupir répondit à Ja'far qui fixa avec intérêt le visage de Sinbad.
« Judal en a sûrement eu marre de te courir après. Il a enfin compris que tu n'irais pas dans son sens.
— Sûrement… » Souffla Sinbad peu convaincu cependant.
Serait-ce une nouvelle stratégie de Judal ? Si le garçon cherchait maintenant à se rendre désirable en s'éloignant de lui, il devait avouer que cette méthode ne le laissait pas insensible. Son absence faisait se poser des questions à Sinbad. Et ce dernier détestait cette situation.
Après le repas et quelques épisodes d'une série télévisée, Sinbad décida d'aller se coucher en espérant ainsi stopper le flux de ses pensées. Seulement contre toute attente, Ja'far le suivit et fut celui qui joignit le premier leur lèvre pour un échange bien plus poussé que d'ordinaire. Habituellement, même sous leur toit Ja'far engageait rarement ces moments intimes.
Tout d'abord surpris, Sinbad se laissa alors embrasser par Ja'far qui lui était monté dessus. Allongé sur le torse de Sinbad, Ja'far passa sa main dans les cheveux de son amant tout en plongeant à de nombreuses reprises sur ses lèvres. Cela faisait tellement longtemps qu'ils n'avaient rien fait tous les deux, avant tout à cause de Judal.
Ja'far décida alors de passer outre sa timidité et sa gêne occasionnée par ce genre de moment. Sinbad se montrait être un excellent amant avec lui et jamais il ne lui rendait vraiment l'appareil. Alors Ja'far décida d'innover. Pour une fois, Sinbad ne s'occupera pas de tout. Délaissant ainsi les lèvres de Sinbad, Ja'far commença à descendre tout en passant ses mains sous le haut de son amant qui fronça des sourcils en voyant où se dirigeait le conseiller.
« Ja'far ? L'appela-t-il, surpris.
— Ne dis rien, s'il te plaît. Pour une fois, je vais le faire. »
Le visage rougi de son amant n'eut pourtant aucun impact sur Sinbad qui habituellement, lorsque Ja'far se comportait de la sorte et montrait son envie pour le faire, sautait immédiatement sur lui. Ce soir, Sinbad était simplement surpris. Son pantalon descendit bien vite de ses chevilles, et d'une main hésitante Ja'far se saisit de son membre. Depuis le début de leur relation, Ja'far n'en était pas à sa première fois mais à chaque fois ce dernier se trouvait intimidé par la chose. Aussi, le faisait-il pour des occasions très spéciales comme les anniversaires, les grandes promotions ou autres extravagances.
Mais jamais il ne l'avait fait car il en avait envie, et ce soir-là Sinbad le comprit. Cette fois-ci n'en faisait pas exception.
Ainsi, quand Ja'far retira sa main pour la remplacer par sa bouche, une pression sur ses épaules l'en dissuada. Relevant ses yeux écarquillés dans ceux fermes de Sinbad, Ja'far ne pensa à rien. La surprise était trop grande. S'y était-il mal pris ? Ce fut la question qui lui vint à l'esprit lorsque les lèvres de Sinbad commencèrent à s'entrouvrir pour dire quelque chose.
« Ne te sens pas obligé de le faire, lui révéla Sinbad d'un ton bien trop sérieux.
— Je… je ne me force pas ! Tu crois que je serais capable de faire ce genre de chose si je n'en avais pas envie aussi ? »
Ja'far se redressa, se décalant ensuite pour se poser contre le lit et ne plus être sur le torse du violacé. Il était furieux. Pourquoi Sinbad ne voulait pas tout à coup ? Il ne s'était jamais comporté comme ça. D'habitude, à chaque fois qu'il lui faisait comprendre qu'il en avait envie, Sinbad se jetait sur lui et c'était pratiquement explosif par la suite. Quand aussi il voulait prendre les devants comme à l'instant, il arrivait à Sinbad de refuser mais simplement parce que lui voulait le faire et pouvoir profiter de son corps. Mais jamais il n'avait encore refusé pour lui envoyer ensuite cette excuse en pleine figure.
« Si ce soir tu n'as pas envie de le faire, je peux comprendre. Mais ne me sors pas ce genre d'excuses ! »
Sur ce, Ja'far prit son oreiller et quitta le lit afin d'aller dormir dans le salon. Il fut à la fois déçu et surpris de ne pas entendre la voix de Sinbad qui chercherait à le retenir. La porte de la chambre se referma alors sur lui sans que Sinbad n'ait dit quoique ce soit. Passant ensuite sa main sur son front, Sinbad soupira une énième fois. Il savait que ce soir, il venait de faire la plus grosse erreur possible pour son couple.
…
Samedi matin, Sinbad fit le moins de bruit possible afin de ne pas réveiller Ja'far qui avait finalement passé toute sa nuit sur le canapé. Attrapant alors une pomme dans la corbeille de fruits, Sinbad prit les clés de sa voiture ainsi que sa veste et sortit le plus silencieusement possible de son appartement. Pourtant, peu après sa sortie Ja'far entrouvrit ses yeux et se tourna brusquement. Lançant une injure envers le violacé.
En direction de la maison des Ren, Sinbad se demandait si aujourd'hui encore Judal allait rester dans sa chambre. Comme d'habitude après être entré par la porte arrière de la maison, Sinbad trouva la maîtresse de maison dans le salon. Après l'avoir saluée, Sinbad fut escorté jusqu'à la chambre de Kougyoku qui l'attendait avec impatience. Jetant un bref coup d'œil vers la chambre de Judal, la porte de celle-ci était toujours fermée. Etait-il à la maison ou de sortie ?
Prenant place sur un siège qu'avait amené la jeune fille dans sa chambre pour que son professeur ait de quoi s'asseoir, Kougyoku sortit ses devoirs de la dernière fois et montra ses résultats à son professeur particulier. Après avoir noté les erreurs et dit par quels moyens la jeune fille pourrait arriver au résultat bien plus rapidement, Sinbad ouvrit le livre qu'il avait amené exprès et le tendit pour que son élève y fasse les exercices demandés. Le niveau était un peu plus compliqué que l'examen de fin d'année qui allait bientôt arrivée, mais au moins Kougyoku y serait préparée.
« Et dis-moi Kougyoku, tes cousins travaillent-ils sérieusement leur examen ? » Demanda-t-il tout à coup alors que la lycéenne était penchée sur son bureau pour travailler.
Celle-ci se redressa donc, les sourcils froncés.
« Hakuryuu ne sort plus de sa chambre et se plonge dans son travail, surtout qu'il s'est fait rejeter récemment… » Repensa-t-elle d'une voix attristée pour son cousin chéri.
Sinbad se retint de demander directement pour Judal, mais fort heureusement Kougyoku y vint rapidement. En réalité, Sinbad en avait que faire des autres cousins de la jeune fille. Ce qu'il voulait, c'était surtout savoir où se trouvait Judal en ce moment.
« Mais Judal n'a pas changé… il continue de regarder des films avec le son à fond ou bien il sort en utilisant ma fenêtre maintenant, pour sortir de l'autre côté de la maison qui n'est pas surveillé. D'ailleurs, il n'est pas encore rentré depuis hier… »
Normalement, Judal rentrait toujours très tôt le matin afin de ne pas se faire attraper. Depuis ces derniers temps où il utilisait sa fenêtre pour sortir discrètement, ça ne le dérangeait pas de donner de petits coups contre la vitre afin de l'obliger à lui ouvrir. Et cela à pas d'heure. Sauf qu'il ne l'avait toujours pas fait puisqu'elle avait pu dormir sans problème.
« Mais le plus rageant est que je sais qu'il aura son diplôme sans avoir révisé ! Alors que moi je dois vous embêter pour l'avoir, pleurnicha-t-elle.
— Tu ne m'embêtes pas, Kougyoku. C'est avec plaisir que je viens te donner mes cours. »
Passant sa main dans les cheveux de la jeune fille afin de la réconforter, celle-ci se jeta contre son torse et vint pleurer contre lui. Soupirant devant l'attitude de cette fillette, Sinbad ne la rejeta pourtant pas. Un moment cependant, il dut l'obliger à se remettre au travail. La jeune fille se remit alors sur les exercices demandés tandis que Sinbad s'inquiétait pour Judal. S'il n'était pas à la maison, alors qu'il avait l'habitude de rentrer de bonne heure, où se trouvait-il maintenant ? Avait-il des problèmes ? Sinbad repensa bien évidemment à ce jour où les hommes de main de cet homme vu au parc en compagnie de Judal avaient cherché des problèmes au brun.
L'esprit ailleurs, Sinbad ne fut pas concentré pour la suite de son cours particulier. Quand enfin il sortit de la chambre de Kougyoku, il tomba nez à nez avec Hakuryuu qui sortait de sa chambre pour aller remplir son estomac qui criait famine. Descendant alors en compagnie du jeune homme les marches pour revenir dans les pièces communes, ils ne se dirent pourtant pas un mot jusqu'à ce qu'Hakuryuu saute le pas.
« Vous savez, ça faisait longtemps que Judal n'était pas sorti se distraire. Aussi parce que la surveillance s'était développée, mais je suis certain que s'il y avait vraiment réfléchi, il aurait trouvé une solution. La preuve, il l'a fait ce soir.
— Et alors ? Demanda-t-il tout en regardant devant lui afin de ne louper aucune marche, parlant faiblement pour que sa voix ne porte pas jusqu'aux oreilles de Gyokuen, puisque Hakuryuu parlait lui aussi très faiblement.
— Vous intéressiez vraiment Judal. D'habitude, quand il voit qu'il n'aura pas ce qu'il souhaite, il utilise les pires façons pour réussir. Vous, hormis s'en prendre, et encore assez gentiment, à votre couple avec Ja'far, il n'a rien fait. Je ne dis pas qu'il est tombé amoureux de vous, ce serait mal connaître Judal, mais vous l'intéressiez vraiment.
— Et maintenant que je ne l'intéresse plus, il ne se montrera plus ? Répliqua-t-il sarcastiquement.
— Qu'attendez-vous de Judal ? Si jamais vous ne répondez pas à ses attentes, ne vous étonnez pas de ne plus le voir. Il est tout sauf stupide. »
Hakuryuu tourna ensuite à la fin de l'escalier pour rejoindre les cuisines. Et puis de toute façon, ils étaient maintenant trop proches pour poursuivre leur conversation. Toutefois, Sinbad laissa son regard planté sur la silhouette du jeune homme aux yeux vairons. Ce qu'il attendait de Judal ? Qu'entendait-il par là ?
Après qu'un homme l'ait raccompagné jusqu'à la sortie, et après avoir vu Gyokuen énervée à l'encontre de Judal qu'elle avait appris absent, Sinbad se dirigea vers sa voiture avec les paroles d'Hakuryuu jouées en boucle dans son esprit. Il n'attendait pas spécialement quelque chose de Judal, ne parvenait même pas à voir ce que pouvait désigner du doigt Hakuryuu par ses propos.
Sinbad cessa pourtant d'avancer lorsqu'il remarqua, appuyé contre sa voiture et piteusement assis sur le sol, Judal à peine vêtu. Par les hématomes, visibles même de loin, et de son mutisme, lui qui était normalement si bruyant, Sinbad n'attendit pas plus longtemps et rejoignit le lycéen en s'accroupissant ensuite en face de lui. En remarquant enfin la présence de Sinbad, Judal ricana mais grimaça aussitôt. Ses côtes fêlées lui faisaient un mal de chien.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé, bon sang ? S'écria Sinbad.
— Mauvaises rencontres. » Répondit simplement l'adolescent.
Jurant contre l'état déplorable de Judal ; sa chemise partant en lambeaux et dévoilant ainsi les multiples éraflures et entailles apparentes sur son corps, de son pantalon par endroit déchirés ou troués, il ne l'avait encore jamais vu dans un pareil état. Aidant ensuite Judal à monter dans sa voiture puisqu'il ne pouvait vraiment pas rentrer chez lui, Sinbad lui attacha sa ceinture avant de démarrer le moteur de sa voiture.
« Je t'emmène chez Yamuraiha, sois poli envers elle.
— Pourquoi chez cette traînée ? Répliqua tout de suite Judal, se valant alors le regard mauvais de Sinbad qui venait tout juste de lui demander d'être poli.
— Elle m'a soigné à plusieurs reprises après de mauvaises rencontres. Alors tu te fais le plus petit possible et tu te laisses faire. »
Sinbad traversa le quartier avant de tourner à droite lors d'un carrefour. Il savait où habitait la jeune femme à partir d'ici et se dépêcha alors de rejoindre le domicile de cette dernière, espérant simplement qu'elle soit chez elle. Durant le trajet, Judal ne l'ouvrit pas. Par sa respiration bruyante et irrégulière, Sinbad réalisa un peu plus que la veille n'avait pas dû être très distrayante pour Judal. Mais qui avait pu le mettre dans un état pareil ?
Se garant en face de la maison de son amie pour éviter à Judal de trop de déplacer, Sinbad partit devant pour rejoindre la porte d'entrée de son amie. Judal était resté dans la voiture, essayant de retrouver une respiration régulière. Il ne s'était pas appuyé sur la voiture de Sinbad afin de lui demander son aide, mais simplement dans un premier temps pour reposer son corps et ainsi être caché. Cependant son corps avait été incapable de le relever après s'être assis sur ce trottoir.
Yamuraiha apparut derrière la porte, s'avançant pour rejoindre Sinbad. A travers la fenêtre, Judal parvenait à voir la jeune femme agiter vivement les bras tout en tournant autour de son ami. Elle ne semblait pas prête à coopérer pour cette fois-là. Jetant un coup d'œil dans sa direction, Judal n'eut même pas la force de la provoquer. Les yeux de cette femme restèrent un long moment à le regarder et finalement, elle hocha la tête avec réticence. Judal vit alors Sinbad la prendre par les épaules affectueusement, sûrement pour la remercier, et il vint le rejoindre.
« N'oublie pas de la remercier après, et ne dis rien qui pourrait la fâcher. D'accord ? Le prévint Sinbad.
— Dommage… ça aurait pu être drôle de critiquer sa maison. »
Sinbad l'aida ensuite à sortir de la voiture et voulut l'aider à marcher, mais Judal le repoussa. Il savait encore marcher et ne voulait pas apparaître pitoyable. Toutefois, il avança lentement et à plusieurs reprises sa jambe droite se déroba. Judal arriva pourtant en face de Yamuraiha qui le regarda de la tête aux pieds avec sérieux, ses bras croisés sous sa poitrine. Elle l'invita ensuite à le suivre dans le salon et lui tira une chaise où s'asseoir. Durant un court instant elle s'absenta afin d'aller chercher sa trousse de premier secours et demanda à Sinbad d'aller chercher de quoi boire, puisque ce dernier savait où tout se trouvait dans cette maison au vue du nombre de ses passages ; lorsqu'à l'époque Sinbad était volage et où les problèmes lui retombaient souvent dessus.
Ainsi pendant que les deux adultes s'activaient, Judal regarda autour de lui. La maison était simplement meublée et tout à fait acceptable. Des bibelots envahissaient certaines étagères, sûrement achetés pendant les voyages de la jeune femme puisque des photos la représentaient dans des pays étrangers. Les tons chaleureux des murs et des décorations rendaient le tout plutôt confortable. Cela changeait radicalement de l'endroit glacé il vivait.
« Bon… comment tu t'es fait ça ? Demanda subitement Yamuraiha après avoir fait claquer sa trousse de secours contre la table à ses côtés.
— Je suis tombé dans les escaliers, répliqua-t-il ironiquement.
— Judal. » Rappela Sinbad en apportant les verres.
Bien sûr, Judal eut le droit à de l'eau. Le liquide transparent fit alors faiblement sourire Judal tandis que les deux autres avaient dans leur verre de l'alcool.
En face de lui, Yamuraiha tira une chaise et s'assit dessus. Elle sortit ensuite de sa trousse un coton qu'elle coinça dans une pince avant de l'imbiber de désinfectant.
« Enlève ton haut, je présume que tu en as partout. »
Le regard sanglant de Judal se dirigea dans ceux ambrés de Sinbad, et tout en apportant ses mains à sa chemise en lambeaux, Judal commença à la déboutonner avant de la jeter par terre. Maintenant torse nu, tout le monde pouvait voir la fine musculature de Judal qui contrastait avec son jeune âge. Ses abdominaux étaient déjà bien formés bien que dorénavant ces derniers étaient peu mis en valeur par le nombre de blessures les recouvrant. Poussant un soupir affligé devant ce spectacle, Yamuraiha fit rencontrer le coton sur les blessures les plus apparentes de Judal qui grimaça en sentant les piqûres causées par le désinfectant.
Le tout dura une bonne heure, devant parfois enrouler des bandages autour du ventre de Judal. Ce dernier avait par ailleurs plaisanté sur le harcèlement sexuel, alors Yamuraiha avait frappé une zone mise à vif et il s'était recroquevillé sur lui-même. Les coups avaient davantage d'impact sur lui dans cet état. Sinbad avait bien sûr élevé le ton contre les deux d'entre eux, mais autant Yamuraiha que Judal se défendirent. Yamuraiha soigna aussi bien évidemment les genoux ensanglantés de Judal et lui proposa d'enfiler un haut laissé par l'un de ses ex.
Une fois rhabillé, Judal murmura un très faible merci devant le regard exigeant de Sinbad et du faux sourire de Yamuraiha prête à le frapper jusqu'à ce qu'il le dise. Satisfaite, elle se remit sur ses pieds et ferma sa boîte de secours. Demandant à Sinbad de jeter tous les cotons utilisés et le haut déchiré de Judal. Tous s'éloignèrent alors de l'adolescent qui resta assis à sa place.
Rejoignant ensuite Sinbad dans la cuisine où il avait trouvé une poubelle, Yamuraiha le questionna.
« Tu es sûr de ce que tu fais ? Commença-t-elle.
— De quoi tu parles ?
— T'occuper de Judal… il pourrait mal l'interpréter.
— Tu aurais préféré que j'ignore son état ? Répliqua-t-il alors, étonné par les propos de son amie.
— Non… bien sûr que non ! Mais je veux dire, n'est-ce pas mauvais pour toi-même ? »
A cette question, Sinbad passa sa main dans ses longs cheveux. En effet ce serait mieux pour lui de passer le moins de temps possible avec Judal jusqu'à ce que ce dernier finisse son année au lycée et s'en aille. Cependant, il n'y pouvait rien. Aujourd'hui, il n'aurait pu abandonner Judal à son sort.
Par son manque de réponse, Yamuraiha s'inquiéta davantage pour son ami.
« Peut-on parler de ça une prochaine fois ? Judal est juste à côté, chuchota-t-il ensuite.
— Oh, il s'est endormi sur la table. Il n'a pas dû dormir de la nuit. »
Par les yeux étonnés de Sinbad, Yamuraiha lui demanda de la suivre par un geste de main. Elle l'emmena ainsi dans le salon où se trouvait bien Judal, les bras croisés sur la table et son visage posé par-dessus. Un sourire se forma ensuite sur les lèvres de Sinbad qui se tourna vers son amie.
« Désolée, mais il ne peut pas dormir ici. Je dois recevoir de la famille au cours de l'après-midi, alors si elle voit un lycéen chez moi elle pourrait s'imaginer des choses. » L'avertit-elle.
Sinbad acquiesça tout en se dirigeant vers Judal toujours endormi. Passant ses bras sous le corps du garçon, Sinbad le ramena contre son torse. La tête de Judal appuya alors contre son épaule droite et tout en se mettant en direction de la porte d'entrée, Yamuraiha lui ouvrit et lui souhaita bon courage. Sinbad ouvrit ensuite du mieux qu'il put la portière de sa voiture et posa délicatement Judal sur le siège passager. Tout en bouclant la ceinture, la tête de Judal basculant par moment, Sinbad ne put s'empêcher de ricaner. Il était tenté de prendre une photo avec son téléphone portable pour la montrer prochainement à l'adolescent.
Cependant, Sinbad désenchanta rapidement lorsqu'un prénom traversa les lèvres de Judal. Et ce nom n'était pas le sien.
« Kouen… »
Observant avec une grande attention le visage de Judal, Sinbad se demanda bien évidemment qui pouvait être ce Kouen en question. Ses suppositions en vinrent à se dire que ça devait être une personne chère à Judal. Ce nom sonnant comme celui d'un homme et sachant que Judal n'aimait pas les femmes, peut-être même que cette personne était celle dont Judal était amoureux.
Judal, amoureux ?
Sinbad fit claquer sa portière à cette pensée, mettant ensuite le contact sur sa voiture qui démarra. Il se sentait énervé. Pourquoi Judal chercherait-il ailleurs et surtout vers lui s'il aimait déjà quelqu'un ? Pestant tout en appuyant sur l'accélérateur, Sinbad se dirigea vers un hôtel bon marché pour payer une chambre à Judal. Mais au lieu de laisser là l'adolescent et de repartir pour chez lui, Sinbad appela en premier Sharrkan pour se servir de lui comme alibi et lui demander de la sorte un service. Il appela ensuite Ja'far pour le prévenir qu'après avoir croisé en chemin Sharrkan, il passerait la journée avec lui.
Etant convenu que dans l'après-midi, Sharrkan appellerait Ja'far pour lui faire croire qu'ils étaient bien éméchés et que donc Sinbad viendrait dormir chez lui. Ainsi, le violacé avait sa journée.
Allongeant Judal dans le lit de l'hôtel, Sinbad alla ensuite s'asseoir sur la chaise disposée dans la chambre. Que devait-il faire maintenant ? Personne ne pouvait les observer, il n'avait pas dit les raisons de son service à Sharrkan et seule Yamuraiha pourrait le dénoncer. Cependant, Sinbad avait confiance en son amie. Alors dans cette chambre d'hôtel payée, que ferait-t-il au réveil de Judal ?
Se disant ensuite que ce se serait bien de prévenir au moins Hakuryuu, Sinbad se permit de passer ses mains sous la couverture pour chercher le portable de Judal. Le trouvant dans son pantalon, Sinbad retourna sur la chaise et parcouru la liste de contact pour rapidement trouvé le numéro du brun. Judal avait très peu de contact sur son téléphone. Une fois Hakuryuu prévenu et le portable de Judal entre ses mains, des idées parvinrent à l'esprit de Sinbad. Il était descendu dans le répertoire du brun et avait vu le nom Kouen d'affiché. Il pouvait appeler cet homme et lui parler. Il pouvait l'interroger ou même lui donner rendez-vous.
Avec ce numéro, il pourrait faire tellement de choses.
Pourtant, entre ses mains, le portable de Judal s'éteignit. Sinbad ne voulait pas passer par ses moyens. Il n'aurait qu'à attendre le réveil de Judal, et puis de toute façon qu'est-ce que cela importait ? Tant mieux si le brun aimait quelqu'un, il remontait même un peu dans son estime. Il y avait quelqu'un dans ce monde qui pouvait se faire aimer de Judal. Tout le monde avait donc bien quelqu'un à chérir. Et lui après tout, cette personne, c'était Ja'far.
« Je suis dans la merde… »
Prenant son front entre ses mains, Sinbad resta dans cette position un bon bout de l'après-midi. Il pourrait partir, quitter cette chambre d'hôtel et laisser Judal se reposer, mais ses jambes ne voulaient pas suivre les ordres envoyés par son cerveau. Il resta ainsi de bonnes heures dans cette chambre, à quelques mètres à peine d'un Judal plongé dans le sommeil.
En voyant le visage endormi de l'adolescent si bruyant en temps normal, Sinbad ne put s'empêcher de ricaner. Comme ça, Judal serait presque mignon.
