Star trek, Les vagues du temps. Chapitre 14.

Services de renseignements de Starfleet, San Francisco, Terre :

L'amiral Ioruta tenait son pad d'une main et regardait le lieutenant Gaynes, médusée.

_C'est une plaisanterie ?

_Non, madame. On a reçu ce message il y a quelques minutes à peine…

_Authentification ?

_Confirmée, capitaine Torokh… Nous avons reçu son code personnel. Je pense qu'il a envoyé la missive lui-même.

_Oui, c'est évident…

Gaynes restait droit, presque au garde-à-vous.

_Il n'a pas fait envoyer le message par…

_Il fait mention du sarcophage…

_Oui, madame.

_Mais pas de ce qu'il contient…

_Non, madame…

_Sait-il ? fit l'amiral Ioruta plus pour elle-même que comme une vraie interrogation.

_Pardon, c'est une question ?

_Non… non, je réfléchissais…

_Que devons-nous… que doit-on faire ?

Elle soupira.

_Vous savez depuis combien de temps ce secret est gardé ?

Gaynes fit non de la tête.

_Bien sûr que non… Je suis certaine que vous ne saviez même pas qu'il y avait un secret de ce genre…

Gaynes haussa les épaules.

_Oui… oui, continua Ioruta. Je suis en poste depuis… quoi ? huit ans… et je ne connais ce… pfff, deux ans à peine… Il a fallu que je fasse mes preuves. Les services secrets de Starfleet… il y a des secrets… des secrets dans les secrets, certains secrets ont des secrets… Vous n'imaginez pas.

_Non, madame.

_Ce secret là… il n'y a pas grand monde qui le connaisse… Il n'y a même pas grand monde qui sache simplement qu'il existe…

_Vous êtes responsable du département action…

_C'était inévitable…

_Que faisons-nous ? Nous ignorons le message ?

Elle le fusilla du regard.

_Certainement pas.

_Vous savez ce qu'il y a dans le sarcophage n'est-ce pas ?

_Oh que oui…

_Un danger ? Une arme ?

_Je ne suis pas encline à utiliser un vocabulaire… disons, fleuri. Mais dans ce cas, on peut dire que ce qu'il y a dans le sarcophage, ce sont des… emmerdements.

_Carrément… Alors on est dans la merde…

_On peut dire ça…

_Du coup, je peux m'asseoir ?

Ioruta fit un geste de la main droite désignant l'un des fauteuils devant son bureau.

_Ne vous privez pas…

Gaynes s'assit.

_Bon, vous allez pouvoir me dire de quoi il s'agit.

Ioruta fit le moue.

_Je ne crois pas.

_Il vous faut quelqu'un de confiance.

_Certes, cela n'implique pas pour autant que je doive vous mettre dans le secret.

_Le secret des dieux…

_C'est exact.

_Alors qu'est-ce que je peux savoir ? Le sarcophage ? D'où vient-il ? Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Non, ça je ne peux pas le savoir.

Ioruta resta de marbre.

_Ne répondez pas, poursuivit Gaynes. Peut-être pourrais-je connaître les implications de…

_Où sont-ils ? coupa Ioruta qui commençait à s'ennuyer ferme en écoutant les tergiversations du lieutenant.

_Qui donc ?

Elle le fusilla du regard.

_Oh ! Secteur 51.

_On a qui dans ce secteur ?

Gaynes pianota sur son pad.

_Mmmmh. Dans le secteur… personne.

_Ce n'est pas ce que j'aurais aimé entendre…

_Nous avons bien une mission de recherche scientifique… Ah, non, pardon, ce sont des pèlerins qui font le tour d'une nébuleuse…

Ioruta le fusilla du regard.

_Les vaisseaux les plus proches ?

_Je suis dessus… Ah, voilà ! Ce n'est pas si loin que ça…

_Ne me faites pas languir…

_Oui… euh… alors, nous avons le Yamada, le Bourbaki, et le… une seconde… Oui ! Le Burnham.

_Le Burnham ?

_Oui, madame… il n'est pas le plus près mais…

_Le Burnham est l'un de nos meilleurs vaisseaux…

_Vous voulez un descriptif ?… classe Dunkelosteus, huit batteries…

_Lieutenant, coupa Ioruta. Vous pensez que je ne connais pas les spécifications de ces…

_Le Yamada, plus rapide, classe Déinonicus… Oh ? Oui, bien évidemment… inutile de faire le descriptif complet…

_Très aimable…

Ioruta, qui d'ordinaire était d'une telle impassibilité qu'on se demandait s'il n'y avait pas quelque gêne vulcain planqué dans le fin fond de son patrimoine génétique, laissa transparaître une pointe d'agacement.

_Toutes mes excuses, madame… euh, Amiral, je veux dire…

_En combien de temps peuvent-ils être sur zone ?

_Le premier sur place serait le Yamada, en… cinq heures, environ. Le suivant serait le Bourbaki, en six heures…

_Le Burnham ?

_Il est plus loin…

_J'avais cru comprendre…

_Douze heures.

_Une demi-journée ? Ce n'est pas… vos estimations se basent sur Warp 10 ?

_Non, Warp 8… on évite de surcharger les moteurs.

_En poussant les moteurs ? Warp 9… voire 10 ?

_Neuf plutôt… disons… environ huit heures…

_Oui… nous n'avons pas vraiment le choix…

_Si vous me disiez…

_Si je vous disais, je devrais très certainement vous tuer…

Gaynes émit un petit rire nerveux, qu'il interrompit immédiatement après avoir constaté que Ioruta n'avait exprimé aucune espèce d'émotion.

_Je leur envoie un message…

_C'est évident. Vous l'enverrez en top priorité 1, pour nos bâtiments. Répondez ceci au Reliant : « Retour sur Terre immédiat – Escorte de soutien en route – sécurisez colis – Starfleet top priorité 1. »

_Autre chose ?

_Non.(Ioruta griffonna quelques ordres sur un petit bout de papier qu'elle donna à Gaynes). Transmettez ceci à nos vaisseaux.

_Bien, madame.

Gaynes se leva, salua et quitta la pièce.

_Espérons que tout se passe bien…, soupira l'amiral qui ne croyait pas un mot de ce qu'elle venait de dire…

Bureau du représentant Curney, Genève, Terre :

_Nous avons de nouvelles informations, monsieur, annonça Zaortk.

Le bureau de Curney était vaste, mais vide. Un bureau blanc, un siège mieux équipé que ceux des commandants de vaisseau spatial, et deux fauteuils en cuir blanc (pour les invités), étaient tout ce qui constituait l'ameublement de la pièce. Même le bureau n'affichait aucune photo, aucun post-it, aucune pile de papier, aucun pot à crayons, pas même un écran de contrôle au design novateur. Pour peu, on aurait pu croire que personne n'occupait l'endroit.

_Ne me faites pas attendre… de quoi s'agit-il ?

_Un vaisseau, le… Reliant, a envoyé un message crypté à Starfleet…

_Et nous l'avons intercepté…

_Évidemment. Le cryptage était simple… enfin, pour nous… Starfleet n'a vraiment pas la moindre idée de…

_Oui, oui, l'interrompit Curney. Que disait le message ?

_Le Reliant a… comment dire cela ? Le Reliant a récupéré deux paquets… oui, deux paquets cadeau.

_Très bien.

_Le premier est un sarcophage. Personne ne sait d'où il vient, ni ce qu'il contient…

Curney fit un geste de dépit.

_Ennuyeux.

_Le second est un certain… euh… une seconde, j'ai le nom là… Un certain capitaine Kirk. James T Kirk.

Curney se figea. Les muscles tendus, crispé comme si le diable venait d'entrer dans le bureau.

_Kirk…, souffla-t-il sans desserrer les dents.

_Vous le connaissez ?

_Si on veut…

_Alors vous ne le connaissez pas…

_Pas personnellement… de… réputation pourrait-on dire.

_C'est un ennui ?

_Un ennui ? Peut-être… une épine dans le pied… je ne sais pas…

_Faut-il le tuer ?

Curney se cala dans son fauteuil et joignit ses doigts devant lui.

_Quelle a été la réponse de Starfleet ?

Zaortk pianota sur son pad.

_Euh… la réponse de… Starfleet…

_Oui, c'était ma question…

_En fait… euh…

_Vous n'avez pas intercepté ces missives ?

_Si ! Si ! Seulement…

_Seulement…

_Nous ne les avons pas décryptés. (Zaortk tentait de garder contenance, mais n'en menait pas large).

_Ah. Vous moquiez la faiblesse de Starfleet…

Zaortk acquiesça.

_Ce n'est qu'une question de temps…

_Je n'en doute pas. Que savez-vous ?

_Ils ont contacté trois vaisseaux…

_Lesquels ?

_Oui… Le Yamada, le Bourbaki et le Burnham…

_Le Burnham ? s'étonna Curney.

_Il est plus loin que les autres, et ne rejoindra la formation qu'en dernier…

_C'est le mieux armé de la flotte…

_Notre plus gros ?

_Non… le mieux armé, répéta Curney pensivement. Cela signifierait que…

_Qu'ils veulent détruire le Reliant… non ?

Curney sourit.

_Intéressant…

_Vraiment ?

_Que dites-vous ?

_Vous croyez qu'ils vont détruire le…

_Oh, non. Je pense qu'ils vont escorter le navire en toute discrétion et…

_Oui ?

Curney se leva et s'approcha de la baie vitrée de son bureau qui donnait sur la ville de Genève. Il n'avait pas une belle vue sur le jet d'eau, mais l'architecture cossue des anciennes bâtisses le satisfaisait… Et puis, s'il voulait une vue, il fallait aller dans l'espace…

_Nous allons donner un coup de pouce au destin…

_Vous voulez que Starfleet abatte le Reliant ?

_Bien sûr que non ! contactez Ioruta. Transmettez un message simple.

_Pas trop sinon ils ne comprendront pas la subtilité…

_Vrai… (Curney se retint d'éclater de rire… mais un rire qui aurait fait froid dans le dos à un vétéran Klingon…).

_Je suis à vos ordres.

_Bien… transmettez ceci : « De Curney, conseiller auprès du président de la Fédération. Il y a des secrets qui ne peuvent être éventés. »

Zaortk pianota sur son pad et enregistra le message.

_Lapidaire, et clair, commenta-t-il.

_Oui. Maintenant, allez. Et venez me rapporter le moindre changement.

Zaortk fit un bref signe de tête, puis s'éclipsa rapidement.

Curney restait à admirer les toits de la ville, songeur.

_Kirk…, murmura-t-il.

Ainsi les rumeurs disaient vraies… Des rumeurs si vieilles… Certains les moquaient, d'autres les ignoraient, et d'autres encore…

Le capitaine James T Kirk, commandant de l'Enterprise. Un vaisseau mythique… un équipage mythique… Officiellement, le vaisseau avait été perdu dans le Nexus… avec son capitaine… Mais Curney connaissait les dossiers classés de Starfleet… et même ceux que Starfleet ne connaissaient pas… Il y avait… il y avait des secrets, et des secrets dans les secrets.

Pas un seul capitaine, depuis des siècles, ne savait que l'Enterprise n'avait pas disparu lors de la rencontre avec le Nexus. Pas même les autres capitaines des autres Enterprise.

Kirk… Ce nom sonnait comme une menace. Il résonnait du fond des âges comme un challenge…

Si Curney voulait changer les choses, manipuler les événements, il lui faudrait affronter cet adversaire inattendu… un adversaire à sa mesure…

Ce n'était pas prévu, et cela le contrariait. Toutefois, en même temps, il sentait une pointe d'excitation aiguiser son esprit.

Kirk ne savait pas quel jeu se jouait… et le jeu avait déjà commencé…

Reliant ECCS 227. En route pour la Terre.

_C'est tout ce que Starfleet répond ? s'étonna Kirk.

L'officier de communication haussa les épaules.

_Moi j'ai transmis. C'était en crypté, priorité 1.

Torokh était assis dans son fauteuil, les mains croisées sur son abdomen, l'air songeur. Après avoir décrypté, avec ses codes de sécurité personnels, et lu le message, il avait fait venir Kirk. Non qu'il estimait devoir lui rendre des comptes, mais… il pressentait que quelque chose n'allait pas, et l'ancien capitaine, s'il était de son côté, pourrait s'avérer être un atout important. D'ailleurs des murmures parcouraient déjà tout le vaisseau, et l'on racontait comment il avait tenu tête à ces maraudeurs, allant jusqu'à leur reprendre ce qu'ils avaient volé… On parlait de héros…

_C'est l'aspect lapidaire du message qui vous dérange ? lança Torokh.

_Lapidaire ? C'est le moins qu'on puisse dire… « Escorte en route. Retour Terre immédiat » cita Kirk. Un muet serait plus loquace…

Torokh émit un petit grognement.

_Oui…

_Et puis, qu'est-ce que ça veut dire ?

_Des renforts…

Kirk fit un geste de dépit. Il marchait de long en large dans le bureau de Torokh, analysant la situation.

_Oui, oui des renforts… une escorte… une escorte pour quoi ? Nous protéger, ou nous mettre aux arrêts ?

Torokh lui lança un regard froid. Lui aussi y avait pensé.

_Pourquoi ils nous arrêteraient ? demanda l'officier de communication.

_Je ne sais pas…, répondit Kirk du tac au tac. Peut-être pour nous faire taire ?

_Ils ne savent pas qu'on a ouvert le sarcophage…, rappela Torokh tout en décroisant ses mains et avançant le buste vers son bureau.

_Ils savent qu'on l'a avec nous…, précisa Kirk.

_Ça ne change…

_Ils en savent plus qu'ils ne le disent…

Torokh acquiesça.

_Ou qu'ils ne le laissent paraître… Vous pensez qu'ils savent ce qu'il y a dans le sarcophage ?

Kirk haussa les épaules.

_Et alors ?

_On ne sait même pas qui elle est… D'ailleurs, ne deviez-vous pas vous renseigner à ce sujet ?

Kirk haussa les épaules une nouvelle fois.

_Je vais aller la voir…

_Surtout, pas de…

_De… ?

_Laissez tomber…

_On fait quoi ?

_Je…

_Pour l'escorte.

_J'avais saisi… (Torokh émit une sorte de petit grognement, entre le soupir et le râle…). Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? On ne va tout de même pas affronter deux vaisseaux… si ?

_Trois, monsieur, précisa l'officier communication.

_Trois. (Un autre grognement). Le Burnham… nous ne sommes pas de taille contre celui-là…

_Pas de taille…, souffla Kirk réfléchissant à toute vitesse.

Torokh se leva, fit le tour de son bureau en plexinano et se planta devant Kirk.

_C'est le plus lourdement armé de la flotte… et son commandant…

_Quoi, son commandant ?

Torokh se mordit la lèvre inférieure, visiblement en proie à quelque émotion dérangeante, ce qui, chez un Klingon, n'augurait rien de bon.

_J'ai fais mes classes avec lui…

_Et alors ? C'est votre ami ? Il comprendra si vous lui expliquez la…

_Non.

_Non ?

_C'est un homme… Il croit en Starfleet, la mission… Ce n'est pas un mauvais homme… juste un peu trop…

_À cheval sur les règlements… je connais ça, souffla Kirk.

_C'est l'un de nos meilleurs… le capitaine Daniell Hilling n'a jamais perdu un seul combat, et…

_Et ?

_C'est le seul à avoir réussi le test du Kobayachi Maru…

Kirk bomba le torse.

_Non ce n'est pas le seul…

Torokh éclata de rire et donna une claque amicale sur l'épaule de Kirk.

_Si, c'est le seul ! Vous, vous avez triché…

_J'ai redéfini les conditions du test pour que…

_Ah ! (Torokh retourna s'asseoir derrière son bureau). Vous avez triché… lui, non.

Kirk inspira profondément, tentant de réprimer une soudaine bouffée de colère, teintée de crainte.

_C'est impossible, le test n'est pas conçu pour…

_Peu importe, le coupa Torokh. Nous sommes seuls contre trois vaisseaux, nous sommes moins bien armés, et nous affronterions Hilling… il est très malin… il trouve toujours… peu importe !

_Dans ce cas, préparons un piège…

_Alors ? À quel point sommes-nous dans… comment dit-on en argot… dans la panade ?

Kirk avait rejoint le labo médical 2, où on avait conduit, avec forces politesses, la jeune inconnue (ou… pas si jeune que cela…) tout droit sortie du sarcophage.

Elle était assise sur une chaise haute, utilisée d'ordinaire par les techniciens du labo pour observer les microscopes quantiques… Elle était droite mais pas raide. Ses longs cheveux ébènes lui tombaient sur les épaules, et son visage oblong ne marquait aucune émotion.

Kirk se tenait debout devant le sas d'accès. Il y avait aussi le professeur et son assistante, ainsi qu'un médecin virtuel, un HMU 4.6.

_Franchement, je ne saurais le dire…, soupira Kirk.

La jeune inconnue replaça une mèche de cheveux derrière son oreille pointue en un geste mesuré.

_Par quoi commençons-nous ?

_Bonne question. Médicalement…

_Toutes les analyses effectuées, biochimiques et anatomo-physiologiques, n'ont révélé aucune anomalie, coupa le HMU, froidement.

_Parfait… ça en dit long, lança Kirk, non sans une pointe d'exaspération.

_Cependant, reprit le HMU faisant fi de la remarque de Kirk, les analyses génétiques et cellu…

_Oui, oui… nous attendons vos résultats avec impatience.

_Et si on commençait par le nom ? suggéra le professeur qui craignait de voir dégénérer l'échange entre Kirk et le HMU en pugilat.

_Mon nom ? demanda la jeune inconnue.

_Pourquoi pas…, accorda Kirk.

_Oui, votre nom…, répéta le professeur.

_Si vous voulez. On me nomme Issaa.

_Voilà ! Nous avançons…, jubila le professeur. Issaa, quel nom élégant ! Et d'où venez-vous ma chère ?

_Si vous me laissez à mes secrets, je préfère, pour l'instant, garder le silence sur cela, répondit-elle, sans ciller.

_D'accord, d'accord… nous ne voulons pas vous brusquer, ma chère. Toutefois, vous vous doutez bien que notre curiosité n'est nullement satisfaite avec un simple nom… Vous pourriez peut-être nous dire de quelle façon vous connaissez cet homme (le professeur désigna Kirk qui ne broncha pas) ? Sachant que, de toute évidence, lui ne vous connaît pas.

_Il est célèbre…

_Ah. (Le professeur se tourna vers Kirk). Votre réputation vous précède… jusqu'aux confins de l'univers…

_C'était il y a longtemps… de l'eau a passé sous les ponts.

_Certes. Il n'en reste pas moins que la légende du capitaine James T. Kirk et de son vaisseau, l'Enterprise perdure…

Kirk haussa les épaules, comme s'il ne se sentait pas concerné par les on-dits.

_Essayons une autre question, poursuivit le professeur en reportant son attention sur la jeune Issaa. Que faisiez-vous dans ce sarcophage ?… le… caisson cryogénique… vous étiez en stase…

Elle regarda le vieil homme, sans afficher aucune émotion.

_Je ne sais pas.

_Vous ne savez pas ? s'étonna Kirk.

Le professeur lui intima l'ordre de se taire en agitant négligemment sa main droite.

_Dans ce cas, quel est votre dernier souvenir ?

_C'est vrai, parlons des soirées lū´au sur la plage, ça fera avancer…

_N'écoutez pas le grinçant monsieur Kirk… De quoi vous rappelez-vous ?

_C'est… nébuleux, répondit-elle laconiquement.

_Essayez, insista le professeur.

Elle ferma les yeux, tentant de rassembler ses pensées.

_C'est… je vois une… ombre…

_Oui, une ombre. Continuez.

_Elle bouge… il fait froid… l'ombre grandit… je… je ne vois rien…

_C'est bien, c'est bien… c'est un bon début.

_Oui, là on avance bien…, gronda Kirk.

_Pfff… Ne l'écoutez pas… Dites-en plus sur cette ombre… est-ce quelqu'un… quelqu'un que vous connaissez ?

Issaa acquiesça.

_C'est une ombre… noire…

_Une ombre noire…, souffla Kirk avec force gestes expressifs.

Le professeur leva les yeux au ciel.

_Ombre…, continua Issaa…, un phaseur. Il y a un phaseur… un XT41.7 à modulation de phase…

_Ouah ! C'est carrément… Je ne sais pas ce qui est le plus impressionnant, la mention du phaseur ou qu'elle sache exactement… Je ne sais même pas ce que c'est un XT41.7 à modulation de phase ! Vous savez, vous, professeur ?

_Monsieur Kirk s'emballe un peu… essayons de nous concentrer… Ma chère, laissez-vous porter par vos sensations…

Elle se concentra.

_Tout est froid… l'ombre grandit, puis rien…

_Vous étiez où ? À bord d'un vaisseau ? Sur une planète ? intervint Kirk qui se prêtait au jeu.

_Je… je ne sais pas… un vaisseau ? Ou peut-être un avant-poste… non…

_Attendez. Revenez au phaseur, proposa le professeur. Vous le voyez nettement.

_En fait, c'est une image… nette, oui, elle est nette… elle surgit comme ça, sans aucune continuité avec…

_D'accord, d'accord… Comment savez-vous que c'est un… ZT41 ?

_XT41.7 à modulation de phase.

_Voilà ! Comment… ?

_Je ne sais pas…

Kirk secoua la tête.

_On ne va pas loin…

_Il faut lui laisser du temps, rétorqua le professeur, avant de reporter son attention sur Issaa. Vous savez, la mémoire est étonnante… En réalité on ne peut pas l'effacer, ni en totalité, ni en partie… Et, lorsque l'on croit qu'un morceau s'en est allé, d'autres sont disponibles… Par exemple, vous ne vous souvenez plus de ce qui s'est passé avant… mais vous vous rappeler votre nom. Vous savez encore qui vous êtes…

Issaa opina du chef.

_Bien sûr. Les différents types de mémoire…

_Peut-être cela aiderait-il si vous nous disiez d'où vous venez, où vous avez grandi, et toutes ces choses… ?

Soudain, l'intercom de l'infirmerie 2 sonna.

_Une communication de la passerelle, annonça le HMU.

_On écoute, fit Kirk.

_Monsieur Kirk ? fit la voix du commandant Torokh.

_Nous sommes tous là, capitaine, répondit le concerné.

_Des résultats tangibles ?

_Je ne dirais pas ça…

_C'est ennuyeux. Messieurs… et… mesdames… Nous sommes maintenant accompagnés de deux vaisseaux de la Fédération…

_Formidable…, grommela Kirk.

_Et… étant donné leur attitude, plutôt… distante… je doute qu'ils soient là pour nous protéger…

_C'était prévisible… Vous les avez contactés ? s'enquit Kirk.

_Oui. Réponse laconique et péremptoire… nous devons les suivre…

_Ont-ils…

_Oui, monsieur Kirk, ils ont activé leurs boucliers et armés leurs phaseurs…

_Alors c'est clair…

_J'attends, d'un moment à l'autre, l'ordre de me soumettre à une inspection… autant dire un abordage… Donc, la situation est désormais entre vos mains…

_Et si on leur faisait le coup des maraudeurs ? proposa Kirk.

Le HMU afficha un air perplexe de circonstance, ne sachant pas de quoi il s'agissait, tandis que le professeur était ostensiblement inquiet.

_Je réfléchis à la proposition, répondit Torokh avant de couper.

_Fin de la communication, nota le HMU.

_Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda le professeur.

Kirk réfléchissait à toute vitesse. Ils ne pourraient pas combattre de front, c'était une certitude. Mais peut-être pouvaient-ils ruser ? Jouer au jeu du chat et de la souris jusqu'à obtenir plus d'informations… parce que, pour l'heure, Kirk pataugeait dans la mélasse. Plus il découvrait de choses et moins il comprenait. À croire qu'il s'enfonçait dans la plus grande obscurité comme on s'enfonce peu à peu dans les fonds abyssaux des océans. Et lui qui d'ordinaire prenait le parti de l'action, se demandait si… s'il ne valait pas mieux…

_Peut-être qu'on devrait faire profil bas…, gronda-t-il.

_Profil bas ?

_Oui… faire le mort… jusqu'à ce que…

_Si Starfleet s'en mêle… ils vont emmener Issaa, et…

_Je sais, se crispa Kirk. Je sais…

_Vous pensez qu'ils savent quoi ?

Kirk se laissa lourdement tomber sur un brancard d'examen.

_Ils savent… ils savent… Qu'est-ce que ça peut faire qu'ils sachent ? S'ils savaient tout, ils… (Kirk s'arrêta net).

_Qu'y a-t-il ?

_Que savent-ils au juste ?

_Que savent-il ? répéta le professeur. Je n'en ai pas la moindre idée…

_C'est ça !

Kirk se leva brusquement.

_Vous avez perdu la boule ? s'enquit le professeur, bouche bée.

_Contactez le commandant, fit Kirk au HMU.

_Je ne crois pas que cela soit judicieux de déranger le commandant en pareille situation, rétorqua celui-ci sur un ton neutre.

_C'est prioritaire, insista Kirk, plus déterminé que jamais.

_À votre guise, accorda le HMU.

Kirk s'approcha du professeur, lui lança un regard espiègle, puis sourit, avant de jeter le même regard à Issaa.

_Je ne perds pas la boule…

_Franchement, ça ne me rassure pas… On ne va tout de même pas se battre contre eux, si ?

_Non.

_On ne va pas fuir avec… à bord d'une navette ?

_Non.

_Alors quoi ? On contacte les maraudeurs pour leur demander de l'aide ?

Kirk souriait.

_Non.

_Je ne vois pas…

_On va leur donner exactement ce qu'ils veulent, répondit l'ancien capitaine de l'Enterprise.

Torokh avait vu juste. On lui avait gentiment, mais fermement, signifié qu'une équipe de sécurité se téléporterait à bord pour une inspection classée priorité 1. Les ordres venaient du haut commandement de Starfleet directement. Peut-être même des pontes des services secrets… qu'est-ce que cela changeait ?

Toujours avec la plus grande courtoisie, froide et autoritaire, on avait également souligné le fait que le Burnham serait de la fête dans peu de temps. Une façon polie de dire que s'il n'obéissait pas, son vaisseau serait réduit en poussière…

Torokh avait serré les dents. Et obtempéré.

Les choses étaient allées si vite… D'une mission de routine, escorte de scientifiques sur une lointaine planète, le Reliant se retrouvait plongé dans… dans quoi au juste ? Ces scientifiques avaient trouvé l'Enterprise, et Kirk… le vaisseau le plus célèbre… le capitaine le plus célèbre… Qu'est-ce que cela allait changer ? Starfleet allait s'en mêler, c'était certain…

Il y avait aussi ce caisson d'hibernation… D'où venait-il ? Et la jeune fille, désormais réveillée, qui était-elle ? D'où venait-elle ? Que voulait-elle ? Était-elle une princesse d'un royaume lointain ? Un agent secret infiltré ? Romulien peut-être ? Ou une militaire, black ops, d'une civilisation inconnue ?

Tellement d'inconnues…

Le Reliant n'était pas de taille… Torokh pressentait que la succession d'événements essentiels qui avait été initiée par la découverte de l'Enterprise n'allait pas s'arrêter là… Mais jusqu'où cela allait aller ? Et… non, le Reliant ne serait pas de taille… parce que quelque chose se préparait. Quelque chose de grand… de très grand…

Le premier groupe de sécurité fut téléporté depuis le Yamada. Torokh avait ordonné à son propre chef de la sécurité de réunir une équipe et d'escorter les nouveaux venus. Évidemment, cela ne leur plut guère. Alors il reçut une communication du Yamada, immédiatement suivie d'une communication classée top secret de Starfleet.

Pas de discussion possible. Même pas un mot de politesse.

Obéir aux ordres…

Se soumettre…

Puis, le Burnham arriva. Il était deux fois plus gros que le plus gros des trois bâtiments déjà présents, et pourtant il n'était pas le plus imposant de la flotte…

Il émergea de l'hyperespace et flotta doucement vers le groupe de vaisseaux tel un dogue menaçant. Il y avait une sorte de puissance sourde, quelque chose de dangereux qui se dégageait de cette masse oblongue aux formes épurées, curvilignes. Il y avait du mystère… une sorte de monolithe bardé d'armes laser et photoniques…

L'équipe de sécurité du Burnham fut téléportée à bord du Reliant. Une fois de plus, Torokh ne put que subir… il ne pouvait pas engager le combat…

Une vingtaine de molosses aux mines patibulaires, phaseurs levés, parcoururent les coursives et fouillèrent le vaisseau, sans escorte… Rapidement, ils atteignirent la soute 3 du pont 4. Elle était presque entièrement vide… mais ils ne s'intéressaient pas aux réserves de dilythium, ni aux pièces de rechange, ni aux tubes de jefferies… non.

Ils trouvèrent exactement ce qu'ils cherchaient.

Les molosses du Burnham n'eurent pas à montrer les dents. Ils se saisirent de Kirk qui n'opposa aucune résistance, et emportèrent le sarcophage, scellé, opérationnel. En quelques minutes, on les téléporta à bord du Burnham, et les mit sous haute surveillance.

Était-ce Ioruta ? Ou Curney ? Cela ne faisait aucune différence pour les capitaines de Starfleet, qui obéissaient eux-aussi aux ordres, sans savoir ce qui se tramait dans l'ombre.

Torokh, installé dans son bureau, près de la passerelle, reçu une communication du Burnham. On lui signifiait que Kirk était mis aux arrêts et transféré immédiatement sous l'autorité de Ioruta… et donc des services secrets. Quand au Reliant, il serait escorté sur Terre, puis immobilisé pour enquête…

Calé dans son fauteuil, tourné vers le hublot, mirant les profondeurs de l'espace, d'un noir d'encre, et songeant à l'avenir, il dégusta un verre de Warnog.

Cela faisait si longtemps qu'il ne s'était laissé allé à un petit plaisir alcoolisé… Il aurait bien volontiers pris une bière romulienne, mais la dernière bouteille avait été égarée… Il sourit. La bière romulienne était si appréciée.

Torokh soupira.

Une enquête… tu parles !