I'll keep you warm,
Dancing in a downpour,
& I will hold your body slowly turning.
The Fray - Rainy Zurich
Il était dans la chambre de Lily Evans.
Il donna à la pièce l'intérêt qu'elle méritait.
James tourna sur lui-même & les photos sur l'étagère attirèrent son attention. Il s'amusa à la vue d'une Lily beaucoup plus jeune que celle qu'il avait connue, ses cheveux roux attachés en couettes et un sourire énorme sur son visage qui faisait écho à celui de sa sœur près d'elle. Il y avait d'autres visages, puis ses parents. Il remercia mentalement un vieil homme qui devait être le grand père de Lily pour les jolies nuances émeraude qu'il lui avait léguées. La couleur n'était pas tout à fait la bonne cependant, le vert était plus vibrant dans les yeux de Lily. Il effleura du regard les souvenirs qui trônaient sur l'étagère, un coquillage, une édition de L'Histoire de Poudlard…
James se dirigea vaguement vers la fenêtre guettant toujours le moindre bruit sourd dans la salle de bain. La neige avait englouti le paysage, l'arbre en face grogna sous les griffes du vent. L'hiver était rude cette année mais ça n'était malheureusement pas seulement du aux caprices du climat. Il aurait préféré que ce fût le cas. James crispa ses mains sur le rebord. Merlin, il était épuisé. Il enchaînait les heures supplémentaires ces derniers temps. C'était plus simple de faire quelque chose plutôt que de se laisser du temps pour penser. Se mordant la lèvre pour ne pas s'assurer oralement de l'état de Lily Evans, James décida de retourner vers le petit fauteuil près du lit en attendant. Il se sentait comme un étranger ici, mais c'était assez exaltant, comme s'il pouvait connaître un peu la petite fille qu'elle était avant de le rencontrer. Bien sûr la pièce avait dû changer au fil des ans mais malgré tout, le peu de temps qu'elle passait ici avait laissé de nombreuses traces. James savait cela. Sa chambre chez ses parents n'avait qu'approximativement suivi les aléas de son adolescence puis il avait emménagé à Londres dans l'appartement du vieil oncle de Sirius. & Lily avait emménagé à Londres avec l'autre crétin fini.
Il grognait mentalement contre Jess Andrews quand ses yeux se posèrent sur la table de chevet et y rencontrèrent son propre visage. Oh. James saisit le cadre avec une sensation de chaleur mêlée à une certaine mélancolie. Il n'avait jamais vu cette photo. Le cadrage n'était pas idéal (Sirius n'avait pas compris qu'on ne pouvait pas vraiment modifier ça sur un dispositif moldu) mais ils avaient l'air heureux. Lily riait et se retenait à lui. Un bras autour de sa taille, amusé lui aussi, il paraissait récolter les parcelles de son hilarité avec une certaine fascination. Il avait toujours aimé la voir rire de toute façon. James reposa le cadre avec précaution et se passa une main sur le visage. Il n'avait pas vu l'insouciance s'afficher aussi librement sur ses propres traits depuis longtemps…
James ne chercha même pas à chasser le sourire léger qu'il arborait. Après tout, elle gardait une photo d'eux sur sa table de chevet. Il allait se murer dans d'autres réflexion quand Lily apparu dans la chambre en clopinant jusqu'au lit. James se leva prêt à l'aider mais elle avait déjà saisi l'édredon et s'était assise sur le bord. Incertain, James promena ses yeux sur sa silhouette cherchant les signes d'inconfort.
"Tu peux te rafraîchir si tu veux, mes parents ne sont pas là ce soir. Je crois qu'il me reste quelques vieux pulls à toi si jamais... Tu en as besoin..."
Les syllabes hésitantes formèrent lentement du sens et James ne put que la fixer alors que tout ce qu'il avait retenu de son discours était le fait qu'elle avait gardé des affaires à lui. Le léger malaise de Lily s'étendit dans le silence qu'il laissait traîner. Nerveux, James acquiesça et se dirigea résolument dans ce qui devait être la salle de bain.
Arrivé dans la pièce, il referma la porte derrière lui et une fois dans le noir se senti absolument stupide. Bien, il était dans une maison Moldue, Lily lui avait déjà expliqué comment ils faisaient. Au pire, il avait sa baguette. James murmura un Lumos. Donc. La lumière. Un interrupteur. Un bouton. Victorieux, James trouva finalement le dit bouton sur un petit machin blanc et carré. Il l'observa cinq bonnes secondes avant de se décider à appuyer dessus en priant pour qu'aucun bruit strident ou autre catastrophe n'arrive s'il s'était trompé. L'Auror sourit content de lui quand il vit qu'il n'avait pas provoqué de cataclysme.
Il raconterait ça à Remus. Il serait fier.
James entra dans la cabine de douche et accueillit l'eau chaude avec joie. Rapidement il s'affaira à se laver, pressé de s'arracher aux restes de l'incendie qui lui collaient à la peau. Dans son enquête pour trouver une serviette, James, curieux, observa les autres appareils. L'engin collé contre le mur émettait une agréable chaleur dans la pièce malgré l'hiver et il devait reconnaître que c'était plus pratique qu'une cheminée. En revanche, il y avait un machin blanc relié à un fil qui s'enfonçait dans le mur et posé sur un meuble près du lavabo que James trouvait plutôt louche. Après s'être séché et plus ou moins rhabillé (il avait jeté un sort à son jean pour le nettoyer mais son pull brûlé par endroits était définitivement foutu), James le prit dans sa main avec précaution se gardant bien d'appuyer sur le bouton. Il avait déjà vu un objet qui ressemblait à ça chez les officiers de police Moldu mais il ne voyait franchement pas du tout ce qu'il pouvait bien faire là. C'était sans doute dangereux. Il avisa le fil : ça n'était pas du tout pratique en plus. Avec une moue dubitative, James reposa l'objet et retourna dans la chambre. Il faudrait que Lily lui explique pourquoi elle gardait une arme dans sa salle de bain. Il fut rassuré de voir la rouquine sagement assise sur son lit et préféra brouiller le silence le premier.
"Je me suis débrouillé pour mon jean mais la dernière fois que j'ai essayé la magie sur un pull il a fini de la même taille que le chat. Il était fichu de toute façon."
Lily esquissa un rictus et lui désigna l'endroit.
"Le dernier tiroir de l'armoire."
James ouvrit le dit tiroir et fut plus déstabilisé qu'il ne l'aurait cru en découvrant des choses lui appartenant dans la chambre de Lily. Bien sûr, il n'avait pas présumé qu'elle en aurait fait un feu de joie, mais vu le déroulement de leur rupture, il s'était simplement dit qu'au mieux elles seraient dans un carton oublié au fin fond de sa cave, pas pliées soigneusement dans un tiroir. Lui-même avait encore des choses appartenant à Lily. Il avait encore une écharpe & il la ressortait parfois, juste pour effleurer l'étoffe, stupidement comme s'il pouvait ranimer le souvenir qui s'y rattachait. Cette écharpe, Lily la lui avait enroulée précautionneusement autour du cou devant King's Cross alors qu'angoissé de la voir partir pour les vacances de Noël dans l'atmosphère pesante du début de la guerre, il s'était élancé derrière elle pour lui arracher une dernière étreinte, un baiser. Il n'avait jamais supporté d'être séparé d'elle en la sachant en potentiel danger. Il avait dû s'y faire plus tard. James prit résolument le pull crème qui semblait l'attendre et laissa le cachemire fondre sur sa peau. Il passa une main dans ses cheveux encore humides et revint se poster près de la jeune femme remontant ses yeux vers les siens. Elle devait être choquée après une journée pareille pourtant elle semblait si calme, bien trop calme. Pourtant, James percevait la détresse qui coulait sur son épiderme comme si c'était la sienne. Il les voyait, ces filaments douloureux qui valsaient dans ses prunelles.
« Comment te sens-tu ? »
Il lui laissait l'occasion de les lui montrer si elle le voulait. Il pourrait les broyer.
« Je ne sais pas »
James accepta l'excuse, la feinte. Elle prit sa main.
« Je suis contente que tu sois là »
Il pouvait voir la sincérité et il en fut touché.
« Ça n'a pas dû être... Ça ne doit pas être évident de faire ce que tu fais. »
Surpris par la remarque, James resta silencieux puis il dû détourner les yeux. Généralement, il refusait d'admettre ce genre de choses et le sujet n'était jamais abordé. Une guerre était une guerre et, plus que jamais, les Aurors étaient sollicités pour des batailles sordides ou pour compter des victimes. Il avait signé pour ça. Qui était-il pour se plaindre ? Des gens mourraient tous les jours. Pourtant, parfois James se disait qu'à 20 ans il avait fréquenté bien trop de cadavres. Évident ? Ça ne l'était pas, ça ne l'était jamais. La vérité était que James se sentait affreusement impuissant. Certain jours, caché derrière l'environnement faussement normal qu'ils essayaient de préserver pour ne pas céder au chaos il avait envie de hurler. Il lui arrivait fréquemment de laisser la petite voix dans sa tête démolir les discours pleins de conviction qu'il s'acharnait à servir. Il répétait a ses parents que tout irait bien, il répétait aux victimes qu'elles étaient en sécurité qu'on allait s'occuper d'elles. Il demeurait celui qui animait les discussions épiques sur leurs hypothétiques destins après cette guerre. Sirius se joignait allègrement à lui et c'était leur moyen de se rassurer l'un l'autre, leur moyen de résister à toute l'horreur à laquelle ils devaient assister. Mais Lily avait raison, personne n'était en sécurité mais James ne pouvait pas se permettre de l'admettre, encore moins de se plaindre. Il ne pouvait pas parce qu'il était primordial qu'ils gardent espoir même si ce dernier était de plus en plus dur à rencontrer. Mais elle savait, ils savaient tous. Ça n'était pas une question. Pourquoi s'inquiétait-elle de lui maintenant bon sang ? Elle était celle qui était blessée. Méditant sur sa réponse il fixa leurs mains jointes. L'abandon vint bien avant qu'il ait le temps de le retenir, ou peut-être avait-il lâché ses armes il y a longtemps ? Parce que c'était Lily. Parce qu'après un jour comme celui-ci, il était stupide de prétendre. Ils savaient tous les deux. Les craquelures étaient bien là.
« Certains jours ça n'est pas évident. »
Comme vaincu par ses propres pensées, James la laissa l'entourer de ses bras, comme une poupée de chiffon. Il ne savait pas trop ce qu'il devait faire, il savait qu'il n'était pas celui qui devait être consolé.
« Aujourd'hui ça ne l'était pas du tout parce que je savais que tu étais là-dedans. »
Les mots partirent trop vite, peu importait finalement. James respira le parfum de sa peau. Elle aurait pu mourir aujourd'hui. James se demanda si le simple souvenir faisait ressurgir l'angoisse ou si elle n'était tout simplement pas partie. Il ne pouvait plus se taire maintenant.
« J'ai cru… »
Les mots lui déchiraient la gorge.
« J'ai cru ne pas arriver à temps… Tu ne bougeais plus j'ai… »
Les mots restèrent coincés au fond de sa gorge. Lily fit glisser ses mains contre sa nuque pressant légèrement pour qu'il cale son visage dans le creux de son cou. James ferma les yeux sous la caresse familière, il pouvait sentir son pouls s'affoler, cela le réconforta. Elle était là, bien vivante, contre lui. Les soubresauts lui indiquèrent que les sanglots l'avaient assaillie alors James la serra davantage contre lui. Ça le tuait littéralement de ne pas savoir qui réconfortait l'autre mais il décida que ça n'avait pas d'importance. Ils restèrent longuement enlacés. Il tentait de contenir les sanglots. Elle se battait contre la noirceur de son horizon. Néanmoins lorsqu'elle fit un geste pour s'allonger avec lui James paniqua un peu et eu un léger mouvement de recul. Qu'était-il en train de faire ? Était-ce réellement une bonne idée ? Qu'allait-il faire quand elle déciderait de s'éloigner à nouveau ? Elle le ferait forcément. Elle le ferait & lui…
Lily s'était crispée & le scrutait l'air terrifiée, James ne s'expliqua pas sa réaction mais cela acheva de le pousser à se rallonger. Il savait où était sa place. Si elle le voulait là, ici & maintenant, il y resterait. James repoussa toutes ses hésitations, il improviserait quand les choses se mettraient à voler en éclat. Il n'allait pas reculer, il n'avait jamais fait cela alors pourquoi le faire en cet instant ? James ne voulait pas avoir de regrets et, quoi de plus regrettable que de passer des minutes de son existence loin d'elle si elle le voulait ici ? Si ça faisait de lui quelqu'un de pathétique ou de stupide, très bien, il acceptait cette définition. Il savait la profondeur des sentiments qu'il avait pour elle. C'était une conviction douloureuse & lourde à porter mais il s'y était habitué, il s'était résigné. Elle pouvait bien lui briser le cœur une autre fois. Lentement, James se replaça contre elle et elle noua immédiatement ses bras autour de lui. Glissant ses doigts dans ses mèches désordonnées, Lily embrassa son crâne et ce geste bouleversant de tendresse fit tomber les barrières de papiers qu'il avait tenté vainement de poser. James traça des arabesques contre son dos et se décida à murmurer la surface de ses préoccupations.
« Tu n'as pas trop mal ?
- Mal ?
- Ta jambe, tu étais blessée.
- Ah…Non je ne crois pas.»
Elle ne croyait pas. James s'en contenterait. Il déposa un baiser dans le creux de son cou pour la remercier du mensonge. Elle s'agita soudain alerte.
« Et toi ? Tu n'as pas été blessé au moins?
- Je n'ai rien Lily, ne t'inquiète pas.
- Tant mieux. »
Souriant contre sa peau, il frissonna lorsqu'elle posa une main contre sa joue et qu'elle se détacha sensiblement pour revenir poser son front contre le sien. Elle était si proche. Ses yeux verts se noyaient sans pudeur dans les siens au milieu des taches de rousseur.
« Merci de rester »
James préféra fermer ses paupières pour cacher l'étendue de son trouble. Il bougea légèrement la tête savourant la caresse de son visage contre le sien et cette étreinte bien trop intime pour l'organe dans sa poitrine qui tambourinait furieusement.
« Tu n'as pas à me remercier Lily. Cesse de me remercier.
- Non James, c'est important que je le fasse. »
James rouvrit les yeux ayant toute la peine du monde à ne pas recouvrir ses lèvres des siennes pour la faire taire. Il alla crocheter délicatement sa nuque, honorant les nombreuses boucles qui s'y trouvait. Pendant un long moment, ils ne bougèrent pas. Il n'osait plus bouger de peur que le décor s'effrite et qu'il se réveille seul dans son lit, le pas décidé de Sirius dans le couloir en fond. (Ce gars faisait à lui tout seul plus de bruit qu'un troupeau de centaures, & les bruits de sabots James en savait quelque chose.). La respiration de Lily se fit régulière et James admira longuement son visage détendu. Elle semblait si fragile. Elle était encore pâle & ses cheveux ressortaient scandaleusement sur les draps clairs. James aurait voulu détourner les yeux, la gorge nouée par une émotion qui le prit par surprise mais il n'en fit rien.
Il aurait pu la perdre aujourd'hui. Pour toujours.
Merlin il aimait cette femme. Elle avait brouillé les instants d'éternité qu'ils avaient partagés. Elle les avait enfouis dans une parure de mensonge le jour où elle l'avait quitté… et dans ses heures les plus sombres, James se battait avec l'idée que ces instants, aussi beaux qu'ils puissent avoir été, étaient illégitimes. Il les avait volés. Mais rien n'était parvenu à lui faire regretter la moindre seconde pourtant. S'il était un criminel, il ne se repentirait jamais du crime. S'il était un criminel, ils l'étaient tous les deux. Elle lui avait volé quelque chose également, et il avait bien peur qu'elle ne puisse jamais lui rendre. Il ne voulait pas qu'elle le lui rende de toute façon.
Avec précaution il replaça la couette correctement sur son corps puis chercha l'interrupteur sur la table de chevet où son propre sourire le narguait. Dans le noir, sans ses lunettes, James ne distinguait plus clairement Lily alors il déposa délicatement ses doigts sur les siens chassant du mieux possible la vision de son corps léché par les flammes. Il cala sa respiration sur la sienne et le sommeil le trouva apaisé pour la première fois depuis trop longtemps.
James courrait, il fonçait dans une succession de couleurs et de formes plus ou moins distinctes. Il savait simplement qu'il devait continuer de couvrir la distance, regarder par-dessus son épaule était complètement inutile, le danger pouvait venir de n'importe où à ce stade. Les formes autour de lui ressemblaient vaguement à des silhouettes mais lorsqu'il tentait de regarder mieux elles se dissolvaient comme de la fumée. Immatérielles. Il évitait de trop s'y attarder mais quelque chose n'allait pas. Il était étrange d'être dans cette foule éphémère et d'avoir l'impression d'être le seul fantôme. James n'avait pas peur, pas vraiment. L'adrénaline dévorait les réflexions. Elle les transformait en un vague brouillard. Il ne pouvait qu'avancer dans les limbes, partagé entre l'envie réconfortante de voir apparaître un visage familier et l'espoir de n'en voir aucun. Le sol se mit à trembler furieusement et James chuta puis lutta pour se relever. Le sol n'était pas normal. Il s'y enfonçait.
« Rosalie. Non ! Lâchez-moi ! »
La voix perça faiblement. Alarmé, James releva la tête déterminé à trouver sa provenance, à apporter son aide. Il avait envie d'articuler les syllabes qui s'y rattachaient mais sa voix ne lui obéissait plus. Il ne voulait pas trouver Lily dans ces enfers. Quelque chose percuta ses jambes, son épaule, son bras. James était la proie d'un agresseur invisible. Il ne pouvait pas aller trouver Lily. Il ne pouvait rien faire. L'impuissance finit de l'engloutir.
James se réveilla et chercha sa baguette par réflexe. La terre continuait de frémir sensiblement et encore englué dans l'inconscience il crut à une attaque. Ce n'est qu'en entendant son prénom dans des accents déchirants que James replaça le décor, la situation. Lily. Il paniqua avant de comprendre qu'elle était aux prises avec un mauvais rêve. Les contours étaient flous mais James pouvait distinguer les crispations, la terreur lorsqu'il se pencha sur elle en murmurant des paroles rassurantes. Il chercha à atteindre son visage mais elle se débattit furieusement ses bras et ses jambes percutant plus souvent son corps que l'air autour de lui. Elle articulait son nom, celui de Snape entrecoupés de plaintes, de supplications qui lui mirent les nerfs à rude épreuve. L'urgence ne se prêtait pas à un réveil en douceur et James, après avoir rejeté l'idée plusieurs fois par soucis de l'effrayer davantage, finit par l'agripper et la secouer fermement la délivrant temporairement de l'horreur qui se jouait derrière ses paupières.
« Lily ! Réveille toi, ce n'est qu'un cauchemar. »
Il reçut un regard distillé de confusion. Soulagé, James caressa les poignets qu'il tenait dans ses mains avec ses pouces et relâcha lentement la légère pression.
« C'est fini. Ce n'était qu'un mauvais rêve. Calme-toi, tout va bien. »
Sans qu'il ait le temps de faire quoique ce soit Lily noua ses paumes à son visage. Les yeux enfouis dans les siens elle semblait chercher des traces de batailles et James ne put que la fixer, déstabilisé.
" J'ai cru que... Ils les avaient tous attaqué. Et toi... Tu ne bougeais plus... Tu ne ... "
Les fêlures dans sa voix mêlées aux significations furent suffisantes pour le bouleverser entièrement. James saisi sa taille, sa nuque et l'attira vivement contre lui. Elle noua ses bras à son cou dans un spasme et s'abandonna aux sanglots. Chacune des plaintes le déchirait en deux et il ne pouvait que serrer son enveloppe tremblante, attendant la fin du séisme.
« Je suis là.
- Je…je ne veux plus revivre ça.
- Je sais...calme toi chérie. Je suis là. Calme-toi.
- Je n'ai pas réussi à sauver qui que ce soit... Et si je n'arrivais pas à te sauver, toi ? »
Il n'y avait aucune armistice pour les blessures de l'esprit. James ne le savait que trop bien. Il trouvait un écho dérangeant à l'état de la jeune femme dans ses propres hantises et il en avait été victime il y avait à peine quelques heures. Plus que tout, il aurait voulu être en position de la protéger définitivement contre l'adversité, contre les mauvais songes. Il enfouit ses doigts dans ses cheveux avec tendresse.
« Je ferais en sorte que tu n'aies pas à le faire.
- Ça ne me suffit pas.
- Lily je t'en prie, cesse de penser à des choses pareilles »
La détermination transperçait sa voix mais James savait combien il était difficile d'endormir de telles appréhensions. Il la pressa davantage contre lui. Fermant les yeux il ne chercha pas à distinguer la compassion du parjure. Il fallait qu'elle entende, qu'elle comprenne. Ça n'était qu'un semi-mensonge mais il était prêt à assumer la partie nébuleuse, à l'éviter du mieux possible. James Potter tenait toujours ses promesses.
« Je suis là Lily, je serais toujours là et si tu dois me sauver tu le feras. Je le sais. »
L'étreinte menaçait de lui faire perdre tout sens.
« Je ne veux pas te perdre. »
La voix de Lily était noyée quelque part dans son affliction. James embrassa la courbure de son cou. Il faudrait d'abord que le destin le réduise en miettes. L'Auror apprêtât ses mots des vérités absolues qui palpitaient dans sa poitrine chaque fois qu'il pensait à la femme près de lui.
« Tu ne me perdras pas Lily. Je serais toujours là. Toujours. »
Les sanglots s'étaient presque calmés. James ne comprit pas immédiatement ce qu'il se passait. Il n'aperçut entre les rayons lunaires qu'un océan vert brouillé par le désarroi avant d'être aspiré. Elle détacha son corps du sien puis empoigna sa nuque pour presser ses lèvres contre les siennes avec une urgence et un abandon qui lui donnèrent le tournis. Revenant sensiblement à lui, James lui rendit le baiser glissant ses mains contre ses joues avec douceur, effaçant les restes de larmes jusqu'à ce qu'elle soit apaisée. Ils se rallongèrent et James, encore égaré, la laissa se blottir contre lui à son aise. Elle ne tarda pas à se rendormir mais lui resta éveillé un moment conscient du poids de son corps et de la saveur inédite de leur étreinte, bien que déplorant son goût salé. Il réfléchirait plus tard à tout cela. D'une main il effleura tendrement le dos de Lily et de l'autre il saisit sa baguette. La lumière argentée illumina la pièce et il eut un instant peur que cela réveille la rouquine. Son Patronus le toisa et battit le sol de son sabot droit impatiemment comme pour lui demander ses instructions, et James sourit, un peu amusé, avant d'articuler d'un murmure un message bref pour rassurer Sirius. Ils étaient en guerre, il ne souhaitait pas qu'on s'inquiète inutilement pour lui.
Le cerf bondit vers la fenêtre et forma une petite boule de lumière qui s'envola dans la nuit.
