18.

De Râ-Metal, Albator n'avait voulu se souvenir que du moment où il avait reçu son cosmogun et son gravity saber, à deux pas d'une forge insensée qui ne produisait que quelques armes par millénaire !

Mais là, il se tenait dans une sorte de laboratoire monstrueux, entre bocaux démesurés contenant des embryons autant mécaniques que de créatures de bien des mondes.

- Maetel, je croyais que tu allais juste le mécaniser.

- Comme si tu aurais jamais supporté cela, remarqua doucement Maetel. Non, j'ai autre chose pour Alvernon.

La blonde Voyageuse Eternelle s'arrêta soudain au milieu d'un interminable couloir.

- Je n'aurais jamais proposé mon option si je n'avais pensé qu'elle pourrait rentrer dans ta conception de la vie et de l'honneur. Je crains que tu ne me prennes pour une vieille sorcière pour avoir approché ton unique rejeton en vie, et que tu exécrais.

- Je n'ai aucune idée de la façon dont le considérer, avoua Albator. Quelles que soient les plus folles rumeurs, je ne peux que le considérer comme le chouchou de Feydar Zon et de sa Générale !

- Mais tu veux quand même le sauver ? glissa Maetel. Pourquoi ?

Albator marqua un long moment de silence, figé dans le couloir.

- J'avais une femme, trois enfants. Et il ne me reste qu'Alvernon. Alors, quoi qu'il soit, je ne peux que tout faire pour qu'il s'en tire!

- Pour le tuer toi-même ?

- Peut-être. Mais là je souhaite juste vive !

- Je ne voulais que t'entendre dire cela. Ton fils va renaître.

- Cela dépendra si tu veux le laisser humain… C'est un traître à tout ce qu'il existe de respectable dans ces univers. Et oui, rends-lui la vie pour que je puisse arrêter sa quête de massacre !


L'œil d'Albator s'écarquilla au possible.

- Mais c'est quoi ça ? !

Face à un énième caisson, le grand Pirate balafré s'était figé. Face à une réplique grandeur nature et adulte de son fils pourtant lui sur un lit d'hôpital et agonisant.

- Qu'as-tu fait, Maetel ! ? s'affola-t-il bien qu'il demeure raide et digne autant que possible.

La jeune femme blonde frémit, troublée, ce qui lui était totalement non coutumier.

- Je te dois la vérité. Je sais tout, depuis toujours, pour le passé, et pour l'avenir.

- Parle ! ordonna-t-il.

- Bien. Je ne peux plus rien te cacher. Mon œuvre pour l'avenir, elle est devant toi !

- Alvernon, poupée inhumaine dans ton tube médical ?

- C'est plus compliqué que cela…

Maetel ôta sa toque, faisant face à Albator.

- Quand Alvernon est venu au monde, je lui ai prélevé un peu d'ADN. Cette machine a amené sa copie à l'état d'adulte.

- Tu l'as recréé à partir de quelques cellules ! Mais, pourquoi ?

- J'en ai eu le pressentiment, à l'époque. Ce corps est intact, il a juste besoin d'un esprit.

- Toi tu as le rôle malsain d'une doctoresse dans un mauvais film !

- Pardon ?

- Tu veux transférer l'esprit d'Alvernon dans cette enveloppe ?

- Oui.

- Mais…


Venu entre deux civières, Albator ne savait que faire, situation dans laquelle il s'était trop peu souvent retrouvé.

- Lequel est Alvernon ? Je suis incapable de me résoudre à envoyer un corps à l'incinération et à chérir l'autre… Et que le corps inutile soit combusté me révulse ! Je ne peux pas faire plus de mal à mon fils…

- Ton fils, j'adore t'entendre l'appeler ainsi, depuis quelques jours ! tenta de sourire Maetel.

- Je l'ai toujours considéré ainsi, même si mon intention initiale avait toujours été de le trucider !

- Alvernon est bien le Patron. Il a repris ton flambeau, à sa manière. Il n'avait pas vraiment le choix. Et il a choisi l'option la plus risquée, mais qui lui donnait aussi une place exceptionnelle, à la source de l'information !

- Je le comprends maintenant. Mais s'il m'a accusé d'être un massacreur, il a bien du sang sur les mains. Tous ces Résistants qu'il a trahis…

- … et en réalité envoyé sur une planète en sécurité ! Il n'a tué que si les Illumidas le surveillaient de trop près et qu'il ne pouvait les soustraire. Bref, c'est compliqué. Le petit a joué un jeu périlleux au possible. Mais il le voulait. Il ne souhaitait qu'être digne de toi, quitte à ce que tu le haïsses.

- Il a parfaitement réussi, sur le second point, se désola Albator. Opère le transfert, Maetel. Je récupèrerai ce que tu me rendras. Ce sera tout ce qu'il me restera…

Sans attendre de réponse ou la suite des événements, Albator tourna les talons dans le claquement de ses éperons.