Hello !

Bon, déjà je m'en veux énormément de vous avoir laissés en plan pendant un mois, mais voilà, entre les cours, les partiels et le stage, et ajouté à une inspiration pas terrible, autant dire que le résultat n'est pas mirobolant. Et pour finir, évidemment, le serveur de Fanfiction choisit le moment où je peux (enfin) publier pour planter xD

Et en plus je publie un chapitre tout rikiki, bouhouhou vilaine MairiKeltia qui n'assure vraiment pas.

Donc, j'en profite pour faire un point sur cette fic. Comme je l'ai dit à certains (et comme beaucoup l'ont senti), on approche de la fin. Il y aura encore un ou deux chapitres, plus un épilogue, et je ne pense pas aller plus loin (re-bouhouhou). En sachant que le chapitre suivant sera assez volumineux, et que je pense à le scinder en deux parce que je ne suis pas trop pour les chapitres de 10 000 mots (bon, peut-être pas autant, mais laissez-moi rêver).

Pour ce chapitre et pour la suite, j'ai essayé de faire quelques petites recherches sur Kingston (en Jamaïque) mais bon, quand on quitte sa grande bibliothèque municipale pour une ville moyenne, on en fait les frais. Pour vous dire, même un modeste guide de voyage je n'en ai pas trouvé dans ma nouvelle BM, ou alors c'était un livre de photos sur les Caraïbes ou alors une analyse des facteurs économiques de la Jamaïque (ouya). Et puis, et quand tout espoir semblait perdu (gni-hi), un prof me fait un cours sur Europeana (c'est une plateforme où vous pouvez trouver des archives européennes numérisées), et je tombe sur des gravures de l'époque et même une carte de la ville, j'étais heureuse T_T (et tout de suite, ça aide à réviser).

J'ai mis 2 liens sur mon profil : une jolie peinture pour que vous voyiez à quoi ressemblait la baie de Kingston à l'époque (ça fait joli en fond d'écran, sisi) et même une carte de Kingston, si ça vous amuse (y'a de jolies petites maisons dessus). Pour l'instant il n'y a qu'un lien qui apparaît mais sur la page où je saisis mon profil ça marche bien, alors je ne sais pas, peut-être le serveur de Fanfiction qui buggue toujours...

Pour info (et pour les fans de Pirates des Caraïbes ;) ), Port Royal se trouve également dans la baie, la ville se trouve au bout d'un bras de terre (tombolo) qui la ferme, mais elle a été détruite par un tremblement de terre à la fin du XVIIe siècle et du coup les gens se sont déplacés vers Kingston et vers Spanish Town (un peu plus loin de Kingston).

Je remercie mes revieweuses et je m'excuse de vous avoir brisé le cœur avec le chapitre précédent (mais je ne regrette pas ;D) : Blanche de Nuit, Lafinada Scott, Llala, Angela rx, Danse et Quatre saisons, Elizabeth Mary Holmes, Melticolor, Dephtilopilus, June C, NoodleGleek, Nekonya-Myu, Butterflyellow, Clelia Kerlais, Amelia theFujoshi, Electre 1964, MM's, Mayaholmes et Julindy

Merci à vous vraiment, il y a des commentaires qui me font ultra plaisir ou juste pouffer de rire et dont je ne me remets toujours pas (le Greg alias Mr Mousse ou le Molly alias Mérida ;D)

MM's : bienvenue sur cette fic ! Et oui, Pirates des Caraïbes est une maladie ! D'ailleurs je pense que ce sera la première chose que je ferai quand j'aurai fini cette fic : le regarder.

Guiii je suis très bavarde aujourd'hui, bref, je me tais, bonne lecture à tous ! :)

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Le Bandana et le Fleuret : Chapitre 14

oOo

Paradoxalement, ce fut le calme inhabituel qui réveilla John. Pas de bruits de pas caractéristiques de l'agitation quotidienne sur le pont et, surtout, une houle pratiquement inexistante. Il en déduisit donc qu'ils devaient se trouver dans une baie, à l'abri des courants, et que le bateau devait avoir jeté l'ancre. Mais quelle baie ? Où diable avaient-ils pu...

Oh. Oh.

Ainsi, ils étaient arrivés.

Immédiatement, une vague de lassitude s'abattit sur l'officier et anéantit tout réflexe de militaire lève-tôt. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti l'ombre d'une fainéantise, pas même depuis qu'il avait été reclus dans cette cabine – le bandit avait une bibliothèque assez fournie et il avait trouvé dommage de ne pas en profiter, ce qui avait tué de longues d'heures d'ennui. Aussi, s'il était si peu prompt à se lever pour ce jour spécial, devait-il considérer qu'il n'avait tout simplement pas envie d'être libéré ?

Un bruit métallique rompit le silence et il ouvrit les yeux pour voir Sherlock Holmes s'essuyer le menton avec un morceau de tissu, fraîchement rasé. Il n'était pas encore vêtu, et John en profita pour assister au long spectacle de son habillement. Il y eut d'abord les allers-retours de son corps souple et musclé pour rassembler les vêtements éparpillés dans la fièvre de la veille, l'anneau de son téton qui étincelait dans la lumière claire du matin, ses fesses quand il se penchait. Lesquelles disparurent sous sa chemise à froufrous, sous ses pantalons marron foncé, et sous un long gilet d'une teinte plus claire, avant qu'une ceinture épaisse vînt sangler le tout. L'officier ne manqua pas de remarquer que ses gestes étaient encore plus secs et efficaces que d'habitude. Puis le bandit retourna s'asseoir devant son miroir miniature pour se farder et peigner ses boucles noires.

- La paresse ne te sied nullement, John Watson, dit-il soudain d'un ton neutre. À moins bien sûr que tu ne préfères la chaleur de mon lit à l'hypocrisie de ton Roi et de sa cour.

John se sentit stupide de l'avoir épié dans l'illusion que bandit n'eût pu s'en douter, comme un vulgaire adolescent.

- Mon Roi hypocrite, comme vous le dites, a néanmoins eu la décence de m'arracher de vos griffes qui en possèdent nettement moins.

- Mais pas de te donner le choix, railla le bandit.

Ce fut la dernière chose qu'ils dirent avant un moment. Les deux hommes se préparèrent dans un silence lourd de sens, pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait rien à dire. L'otage John Watson allait être rendu à l'Angleterre grâce à l'avance pécuniaire des notables de Kingston, l'affaire serait conclue, l'argent versé. Ils n'auraient plus rien à se dire ensuite. John reprendrait son service, Holmes repartirait écumer les sept mers à la recherche de gloire et richesses, et ils agiraient comme s'i l'un et l'autre n'avaient jamais existé. Fin de l'histoire.

Lorsque le pirate fut fin prêt – il avait mis un temps inhabituellement long à arranger ses boucles déjà soignées et son couvre-chef avait mystérieusement disparu pour réapparaître encore plus énigmatiquement dix bonnes minutes plus tard –, le futur ex-otage décida de prendre les devants et se dirigea vers la porte.

- John...

L'interpellé se retourna, intrigué par la faiblesse du ton qui ne correspondait pas du tout au personnage.

- Embrasse-moi une dernière fois, s'il te plaît.

John dut se pincer pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Sherlock Holmes, le pirate sans pitié qui faisait chanter les rois et les puissants, qui baragouinait presque, les yeux rivés au sol, comme honteux. Dire simplement s'il te plaît. John se pinça deux fois, incapable de faire autre chose. Il n'aurait jamais pensé assister à ça de son vivant.

Et pourtant.

C'était devant lui que le fier pirate quémandait. Devant lui, certes un capitaine de la Marine Royale, mais pas un commodore, encore moins un baron ou un prince. Devant lui que le pirate avait vaincu et se targuait d'avoir capturé et rançonné, lui qui constituait un argument de poids contre l'Angleterre et qui avait fait flancher le royaume, instrumentalisé dans les mains du bandit. Lui pour qui le pirate était prêt à renoncer à tout cela, à son orgueil et à ses richesses, simplement pour le garder à ses côtés...

Lui, John Watson.

N'y tenant plus, l'officier traversa la pièce d'un trait et se fit une joie – non, un devoir – d'honorer sa requête. Il embrassa fougueusement le pirate qui s'accrocha à lui et qui approfondit le baiser en éclair, soupirant et gémissant d'avidité. Il plaqua une main sur l'élégant manteau noir, enfouit l'autre dans les boucles d'ébène en-dessous du chapeau à plume, tandis que Holmes s'enhardissait et pressait son corps enserré dans l'uniforme impeccable contre lui. L'officier sentait le pirate lui en demander plus, toujours plus, avec une autorité qui s'apparentait à du désespoir, mais cela ne se pouvait. Quand il en eut l'occasion, il détacha ses lèvres des siennes, tenant toujours son visage entre ses mains. Il pouvait sentir leurs haleines se mélanger, et il dut se faire violence pour ne pas s'y fondre à nouveau. Holmes devait prendre sur lui-même aussi, puisqu'il était tendu et avait le regard voilé, oscillant en avant, prêt à repartir s'il le pouvait. L'officier recula légèrement puis, une idée lui venant à l'esprit, il dénoua de son cou le précieux foulard de sa sœur.

- Gardez-le, dit-il en le lui mettant dans la main. Vous sembliez y tenir, après tout.

Le pirate ne protesta pas, fierté oblige. Mais l'officier pouvait voir une lueur de reconnaissance dans ses yeux derrière le sombre tourment.

Il hésita un instant, mais décréta qu'il ne pouvait quitter Sherlock Holmes ainsi. Il méprisait peut-être les individus de son espèce, toutes les abominations qu'il avait perpétrées simplement par fierté et par avidité, mais il ne pouvait mettre dans le même panier les sentiments du bandit pour lui. Le bon John Watson ne pouvait faire si peu de cas de quelque chose d'aussi pur. Il enveloppa le visage du forban et posa un ultime baiser sur ses lèvres, long, chaste, intense.

Ce serait le dernier et il ne laisserait ni Holmes, ni ses propres pulsions qui le vrillaient de l'intérieur, l'en persuader du contraire.

- Bien, dit-il.

Mais le pirate ne bougeait pas. Il se contentait de le regarder. Sa lèvre inférieure tremblait légèrement et il semblait hésiter, comme s'il voulait dire quelque chose.

Le sang de John se glaça soudain. Non. Non. Il ne fallait pas qu'il dise quoi que ce soit. Autrement il serait incapable de passer cette porte, au-delà de laquelle ils n'auraient plus rien à se dire, et surtout pas avant que...

- Il est temps, dit finalement le pirate.

Son visage s'était durci, sa voix aussi. Il se redressa, arrangea son chapeau à panache et dépassa John d'un pas vif. Il était redevenu Sherlock Holmes le pirate redouté des sept mers.

Malgré ses efforts, John ne parvint pas à se sentir soulagé. Peut-être qu'en fin de compte, il aurait bien voulu qu'il le lui dise, ce qu'il avait à dire.

oOo

Tandis que Holmes allait chercher ses armes, Greg ligota les mains de John derrière son dos et attendit que le capitaine les eut rejoint pour pousser son prisonnier en direction du pont. John marcha donc vers la lumière, vers ce monde différent qu'il n'était plus sûr de bien connaître, dénué de Sherlock Holmes et de chambre close aux parfums exotiques. Parce que Sherlock Holmes, c'était l'exotisme, avec ses innombrables boucles d'oreille, son fard, ses rastas, son tatouage tapageur, son parfum épicé, son anneau d'or au téton et ses curieuses façons de faire l'amour. Et puis, c'était ce bateau aussi qui voguait sans fin, comme s'il se trouvait au milieu de nulle part, se dirigeant vers un lieu encore moins connu. À présent était venue la fin du voyage, et le moment de se réveiller de ce rêve étrange.

Lorsque John parut au grand jour, une vision familière s'imposa à lui. Kingston. Là, au fond de la baie, au-delà de Port Royal et du tombolo qui fermait l'espace naturel de la petite mer. Là où il avait passé six mois de garnison, alors qu'il n'était qu'un simple soldat. Il en connaissait chaque recoin, chaque adresse, des tavernes glauques où il passait ses fins de journée avec ses camarades, aux maisons luxueuses de colons vivant de la traite de nègres. Des souvenirs bien lointains, à présent.

Si loin, et si proches.

Alors, un profond malaise s'empara de lui.

Ils étaient là, il le savait. Cachés, ils devaient avoir attendu que l'agneau se jette de lui-même dans la gueule du loup. Ils n'avaient alors plus qu'à refermer leurs filets sur l'innocente bête, qu'ils conduiraient eux-mêmes à l'abattoir.

Lentement, John Watson se retourna pour faire face à Sherlock Holmes. Le temps, alors, suspendit momentanément sa course, ce qui ne l'en tortura que davantage. Il vit l'étonnement sur le visage de Holmes face à son masque qui tombait, ses propres traits qui devaient se décomposer de manière effrayante et qui ne nieraient pas la terrible évidence. Il était trop honnête pour ça. Alors, encore plus lentement, l'étonnement se mua en stupeur, et la stupeur en consternation, alors que le pirate comprenait peu à peu que quelque chose clochait, qu'il calculait pour conclure que le pire était désormais envisageable.

À juste titre.

- Capitaine ! ...

oOo

Deux semaines plus tôt.

- Tu détestes Sherlock Holmes ?

- Je ferais n'importe quoi pour voir cette pourriture se balancer au bout d'une corde.

- Parfait. Je crois qu'on va s'entendre tous les trois.

Le plan était simple. Molly et Jacky devraient se rendre à terre sur le champ pour ébruiter la nouvelle que Sherlock Holmes serait à Kingston le 21 ou 22 août prochain. Non, s'ils trouvaient une patrouille, ce serait mieux, Holmes étant susceptible de modifier ses plans si jamais le bruit parvenait à ses oreilles. Alors il leur faudrait un argument qui pût avoir raison du scepticisme des gardes... Un des boutons de la redingote de John ferait l'affaire, ceux-ci étaient recouverts d'or et portaient les initiales de l'officier à côté de l'ancre de marine réglementaire, l'artisan londonien étant une bonne connaissance de celui-ci. Il joindrait aussi un mot personnel, avec sa signature, ce qui montrerait qu'il ne s'agirait pas d'un canular monté par des individus illettrés. La perspective de voir leur solde gonflée par la capture de Sherlock Holmes et la crainte de manquer à leur devoir en la laissant passer feraient le reste.

L'adolescent et la jeune femme devraient se faire aussi discrets que possible et s'ils croisaient par inadvertance un membre de l'équipage, ce serait John Watson qui avait envoyé Jacky trouver un médecin, et que Louis devait l'accompagner parce que sa blessure avait empiré et que son état n'était pas stable. Il prendrait l'entière responsabilité de ce qui suivrait puisque ce serait de sa faute si le mousse mourrait des suites de la mutilation. Le fait que l'adolescent soit assez apprécié à bord – il était de bonne compagnie et épargnait à l'équipage les plus basses corvées telles qu'éplucher les patates ou récurer les lieux d'aisance (ou les dortoirs, ce qui revenait au même) –, ainsi que l'indulgence de l'officier joueraient sans aucun doute en leur faveur. John comptait sur Jacky pour prendre un air désespéré et simuler les pires souffrances si cela arrivait.

Si l'adolescent semblait à présent monté sur des ressors dans l'expectative des événements, Molly faisait preuve d'un peu moins d'enthousiasme.

- Pourquoi vous faites ça ? aboya-t-elle. Vous pouvez pas attendre sagement que Sherlock Holmes vous délivre ? Non, vous préférez vous faire trouer la peau avec nous ?

John la considéra en silence. Il ne pouvait pas leur dire que Sherlock Holmes était sur le point d'assiéger Londres, la perspective d'un tel butin ayant de quoi les faire réfléchir.

- Par principe, je ne fais pas confiance à un pirate, répondit-il lacunairement.

- C'est faux ! s'excita-t-elle. Il s'est engagé à le faire, il a pas cessé d'envoyer des pigeons pour vous négocier. Et il reviendrait sur sa décision ? Comme ça ? Et puis même, qu'est-ce que vous voulez qu'il fasse de vous sinon ?

- Je préfère ne pas le savoir, répliqua le blond.

- Dites, vous êtes complètement idiot ou vous le faites exprès ? Vous voyez pas qu'il rampe littéralement à vos pieds ?

Jacky tourna la tête vers elle, surpris, et John ne put s'empêcher de faire de même. Mais pas pour la même raison.

C'était un cri venant du cœur. Les traits de la jeune femme étaient déformés par une rage inconnue et sa bouche, qui aurait pu paraître jolie dans d'autres circonstances, se tordait pour révéler ses dents jaunes.

- Mais non, bien sûr que non, vous le faites exprès, dit-elle, sa voix se radoucissant, mais pour aller crescendo. C'est moi qui suis idiote. Vous le savez très bien, ça vous amuse même de le voir réduit à vous supplier, vous, le petit capitaine bouffi d'ambition et d'orgueil, seulement ça vous dégoûte d'aimer ce que vous haïssez le plus !

Elle avait crié la dernière phrase avec une telle conviction qu'il vint à l'esprit de John que, Molly étant une femme après tout, elle en pinçait peut-être aussi pour Sherlock Holmes.

Ce n'était pas de la trempe de John Watson de se montrer cruel envers une femme, surtout pas si elle était désespérée et au bord des larmes devant lui. Et encore moins si elle lui jetait la vérité à la figure avec une telle perspicacité. Mais il n'avait pas le choix.

- Faites ce que je vous dis, dit-il en la saisissant par le col, ou vous vous en mordrez les doigts.

Il resta un moment à la fixer d'un air menaçant, puis la lâcha.

- Ah, et j'oubliais, ajouta-t-il soudain. Dites-leur de se méfier des oiseaux.

oOo

- Capitaine ! Navire en vue ! Un vaisseau de la Marine anglaise !

Holmes ne se retourna même pas pour vérifier les dires de l'homme de vigie. Il ne se mit pas non plus à pester et à arguer que c'était impossible, parce que ses volatiles ne le trahissaient jamais tout comme ses hommes qu'il envoyait dans des canots de reconnaissance. Non. Parce que le John Watson dévasté en face de lui ne faisait que lui hurler silencieusement la vérité.

- Capitaine !

L'officier avait imaginé mille fois cet instant, mais à aucun moment il n'aurait pensé qu'il serait aussi amer. Il avait trahi Sherlock Holmes et tout, tout dans sa physionomie ne le lui rappelait que trop bien, depuis son maintien presque voûté, sa main tremblante, sa bouche entr'ouverte de surprise, jusqu'à la lueur blessée et atrocement accusatrice dans ses yeux. Il n'avait pas prévu qu'un pieu de glace viendrait écorcher son cœur et qu'il serait tenté de hurler à Sherlock Holmes de le descendre sur le champ ou tout simplement de laisser les boulets de sa patrie le démembrer, juste pour effacer l'acte abominable qu'il venait de commettre, ou pour simplement se soustraire à ce regard trop juste. Il ne pouvait pas prévoir ses choses-là. Tout simplement parce qu'il n'y avait pas été préparé. Rien ne le prédestinait à ça, pas même le fait d'avoir jadis « écarté » une vague connaissance amoureuse. Rien n'aurait pu le préparer à mener à l'échafaud l'homme qu'il estimait le plus en ce bas monde.

- Il y en a un autre, capitaine ! Là-bas !

Il avait gagné la partie, en fin de compte. Il avait trouvé la faille dans l'esprit génial de Sherlock Holmes, et il y avait injecté son poison. D'aucuns l'auraient payé une coquette somme pour le voir mettre en œuvre ce procédé habile et louable d'ingéniosité, et ce n'était pas les ennemis de Sherlock Holmes qui manquaient ; mais lui n'y voyait que noirceur et infamie.

- Et... un troisième ! Un quatrième ! On est coincés dans la baie, capitaine !

Il ne s'excusa pas, parce qu'il ne regrettait pas sa décision et qu'il savait et que ses rémissions n'auraient aucune valeur aux yeux de Sherlock Holmes. Soudain, le premier impact eut lieu, et tout s'accéléra. Holmes et la moitié de l'équipage à terre furent projetés à terre, ce qui eut pour mérite d'arracher enfin le pirate de sa léthargie. S'ensuivit une énorme confusion. John lui-même se cogna au bastingage et mit de longues secondes à retrouver ses esprits, juste assez pour s'apercevoir que quelqu'un était en train de scier ses liens.

C'était Greg.

- Que... qu'est-ce que... balbutia-t-il.

- Ça servira à rien que vous creviez comme ça ! s'écria le quinquagénaire à travers le brouhaha. Allez ! » Il le releva d'une main puissante.

John n'eut pas le temps de se poser plus de question, le deuxième impact arriva, faisant voler hommes et éclats de bois, et il retomba à terre. Miraculeusement, il ne fut pas blessé, et put se relever de nouveau. Il resta ainsi un instant, cherchant une dernière fois Sherlock Holmes des yeux, pour le trouver en train d'arpenter furieusement le pont et d'aboyer des ordres, ne faisant absolument plus attention à lui. Puis il plongea.

Sa chute dans l'eau attira vraisemblablement l'attention, puisqu'une balle ne tarda pas à siffler à ses oreilles, suivie des invectives de Holmes hurlant de ne pas le viser.

Il nagea en direction de Kingston, ravalant sa honte et ses larmes.