Changement de décor complet par rapport aux chapitres précédents. Nous sommes à présent dans un pays que j'ai complètement inventé, mais qui ressemble assez fort à une Suisse post-apocalyptique.


III) Où il est question d'un homme en noir.

La vallée de la Plegna est un long couloir et une des principales voies de circulation du Bergenland. En temps de paix, elle était garnie de charmants villages, de vignes et de pâturages. Seulement, la guerre civile a détruit ce beau paysage. Les champs sont à l'abandon et les villages ne sont plus que des amas de ruines. Seule la petite ville de Plegna-Belle-Vue, à l'embranchement de deux autres vallées a su se redresser, en partie grâce à l'intervention du Triple-Hunter Nohime Oda. Cette femme et ses acolytes avaient su la protéger de tous les pilleurs et mafieux avides de ses richesses. Tous les paysans de la région venaient y vendre leurs denrées, sachant que c'était le seul endroit de la région que personne n'oserait venir piller. La petite bourgade qui ne comptait pas plus de cent âmes au siècle dernier était en passe de devenir un des plus grands pôles économiques du pays.

Ce matin, il y avait de l'agitation sur la place du marché. Un convoi de vaches venait d'arriver du massif d'Eeuwig-Sneuw, un des plus imposants du pays. Près de deux-cent superbes bêtes avaient traversé une vallée réputée pour ses passages escarpés et allaient aujourd'hui faire le bonheur de toute la région. Cette prouesse était liée à l'escorte du convoi, une élève et un ami du Triple-Hunter. Plusieurs fois, le troupeau s'était agité et plusieurs vaches avaient failli tomber dans le vide, mais ils avaient su retenir les bêtes et chasser les voleurs. Les villageois faisaient cercle autour des deux héros. Ils connaissaient bien la jeune fille, car elle accompagnait Nohime Oda depuis très longtemps. En revanche, la montagne de muscles qui l'accompagnait leur était complètement inconnue.

- Ils ont tous les deux le même tatouage sur le visage. Est-ce que c'est une marque d'engagement ?

- Cet homme vient de York Shin, la ville où tous les rêves deviennent réalité. Il accompagnait le groupe qui revenait de la vente aux enchères. Le tatouage était plus imposant à l'époque.

- Je trouve qu'il ressemble beaucoup à Oda-Sama. Ils ont la même couleur de cheveux et les mêmes yeux.

- Il parait qu'il a une force titanesque. Il a porté la reine des vaches sur trois kilomètres.

Les discussions allaient bon train. Un petit garçon qui avait aussi fait partie du convoi racontait à qui voulait l'entendre sa version des évènements. Il fut abordé par un homme vêtu de noir. Il l'emmena à une terrasse de restaurant, lui paya du gâteau et un verre de grenadine et se mit à l'interroger. Le petit garçon, très fier d'être aussi intéressant, expliqua :

- Ils sont arrivés il y a deux jours au village. Comme ils allaient dans la même direction que nous, ils nous ont proposé de nous escorter. Le monsieur est de la famille d'Oda-Sama et il est le professeur particulier de mademoiselle Inochi. Il est super fort !

- Est-ce qu'ils t'ont expliqué où ils allaient ?

- Non. Je sais juste qu'ils cherchent à soigner mademoiselle Inochi.

- Elle est malade ? On ne le dirait pas, pourtant.

- Parfois, elle parlait toute seule… Le monsieur a dit qu'elle parlait à un fantôme qui n'arrête pas de l'embêter. Ils voyagent pour se débarrasser du fantôme. En même temps, il lui impose un entrainement terrible. Il lui fait porter des vaches. Il lui lance des rochers qu'elle doit détruire si elle ne veut pas se blesser. Et plus elle est fatiguée, plus il est méchant. Il dit que c'est au moment où on commence à se fatiguer que les ennemis en profitent, alors il faut apprendre à encaisser les coups et à prendre les ennemis à leur propre piège en économisant ses forces. Il racontait plein de super histoires à propos de ses anciens combats. Je rêve d'être aussi fort que lui, un jour.

- Ca… seul l'avenir peut le dire. C'est la première fois que je vois des amis de la fameuse Oda. C'est vrai, ce qu'on dit ? Si la ville de Plegna-belle-vue est si prospère, c'est parce qu'on sait que le village caché d'Oda n'est pas loin ?

- Tout le monde prétend que le village caché est près de chez eux. Moi, d'ailleurs, je suis sûr qu'il est plus près de mon village que cette ville, sinon, ils n'auraient pas proposé de faire un bout de chemin avec nous.

- Tu as tout à fait raison. Tu es rusé pour un garçon de sept ans.

- J'en aurai huit le mois prochain, protesta le petit.

- Et ces deux là, tu crois qu'ils sont heureux d'aider les autres ? Tu ne crois pas que ça doit les fatiguer de toujours poursuivre les méchants ? Tu parlais de leur entrainement. Leur vie ne doit pas être très facile.

- Ben… mademoiselle Inochi est très fatiguée par l'entraînement, mais le monsieur, il est très content. Il crie beaucoup, il fait peur, mais il rigole beaucoup aussi. A la fête qu'on a faite hier soir, il a dit qu'il n'avait jamais fait de fêtes de ce genre et qu'il avait envie d'en faire tous les jours.

- Je vois… est-ce qu'ils t'ont dit s'ils comptaient rester en ville ?

- Non, même si Mademoiselle Inochi est fatiguée, elle ne veut pas traîner. Ils savent où ils veulent aller, même s'ils n'en parlent à personne. Ils ont parlé d'acheter des vivres pour une semaine et de repartir après avoir mangé.

- Une dernière chose. Tout le monde parle du tatouage sur leur visage. Est-ce que tu leur as demandé de quoi il s'agissait ?

- Mademoiselle Inochi a dit que c'était les traces d'un sort. Tant que le dessin ne sera pas parti, il ne faut pas qu'ils se séparent. Mais il va bientôt se dissiper.

- Comment ça ?

- Quand ils se sont présentés au village, le dessin descendait jusque sous les bras. Et maintenant, il ne va que jusqu'au menton. S'il s'efface à cette vitesse, il sera parti dans trois jours.

- Trois jours… je vais devoir les suivre de loin pendant trois jours. Au fait, est-ce que tu es déjà venu ici ? Est-ce que tu sais me dire ce que c'est que cette grande construction en pierre ? dit-il en désignant une vieille forteresse un peu plus en hauteur. Le petit garçon se retourna pour voir ce dont voulait parler le monsieur. Il ne le vit pas glisser une poudre dans sa grenadine.

- Ca, je l'ai déjà vu une fois l'année dernière. C'est un ancien poste militaire du temps des rois. Maintenant, c'est l'entrepôt principal de la ville. Je crois qu'on peut le visiter tous les dimanches.

Et il but quelques gorgées de son verre. Quelques secondes plus tard, il s'endormait dans son assiette.

Une vielle serveuse vint s'enquérir de l'état du garçon.

- Oh, il vient d'arriver avec le convoi de bétail. Ses parents m'ont demandé de le garder pendant qu'ils réglaient les formalités. Je crois que le voyage l'a épuisé. Est-ce que cela vous dérange si je le laisse dormir un peu chez vous ? Il faut absolument que j'aille acheter quelque chose.

- Pas de problème, mais il faudrait peut-être mieux l'allonger sur la banquette, alors.

L'homme acquiesça, déplaça le garçon, régla la nourriture et partit.

- Ce gamin dormira jusqu'au matin et ne se souviendra pas de notre conversation. Je suis tranquille de ce côté-là. Il va falloir que je me dépêche de préparer mon sac et que je tienne les deux autres à l'œil. Il ne faudrait pas que je rate leur départ.