Chapitre 13 : Un frère et deux sœurs

Le brouhaha des étudiants m'enveloppe dans un cocon, me protégeant de mes pensées. Lucian a eu raison de décréter qu'un bain de foule me ferait du bien, même si ce n'est pas encore suffisant pour me changer les idées. Je n'ai plus remis les pieds à l'université depuis un moment et il est dur de reprendre d'anciennes habitudes quand on a des préoccupations plus importantes que quelques cours. J'envie tous ces autres qui se racontent leurs vacances, qui évoquent des anecdotes en riant ou qui se souhaitent une bonne année. Ils vivent dans leur monde, là où les affaires criminelles ne concernent que la police, là où Vampires et Lycans ne sont que des légendes. Là où Mégara est morte et enterrée.

Mes doigts se resserrent sur mon stylo alors que je m'oblige à réfléchir à autre chose. Si je continue de songer à ma jumelle, venir ici n'aura servi à rien. Pourtant, je ne peux m'empêcher de repasser dans ma tête cette discussion affreuse avec Sabas et Xristo. Non seulement ils ont pris le risque de se faire voir en déterrant un cercueil, mais ils ont aussi décidé de l'ouvrir, sans même avoir l'autorisation de Lucian. Profaner une tombe n'est pas un acte anodin, le gérant du cimetière ne manquera pas de se rendre compte qu'il y a eu des intrus et il y a fort à parier qu'il contactera mes parents. S'ils apprennent que la dernière demeure de ma sœur a été ouverte sans raison, je n'ose imaginer quelle pourrait être leur réaction.

L'arrivée du professeur est comme une libération, je n'écoute plus que sa voix et je note, sans m'arrêter. Je ne saisis pas toutes les nuances de ses paroles, j'ai perdu trop de semaines pour être capable de comprendre son cours en entier. Certains mots m'échappent un peu mais les questions que je me pose alors sont si banales que j'ai l'impression de redevenir celle que j'étais, l'espace de quelques heures. Quelques chuchotements se font parfois entendre, ainsi que des rires lorsque l'enseignant laisse échapper un peu d'humour à travers ses explications. Je me surprends à sourire légèrement à une nouvelle plaisanterie, me détendant peu à peu. Être au milieu des humains est une sensation presque agréable après tous les désagréments des autres jours.

Lorsque le cours se termine, je range rapidement mes affaires, préférant quitter les lieux avant de croiser mes amis. Je ne tiens pas à avoir un débat interminable avec eux alors que nous ne nous sommes pas vus depuis un bon moment. Je choisis de filer au plus vite, m'excusant en bousculant un ou deux étudiants qui s'attardent au niveau des portes. Je sais que j'agis avec lâcheté mais je n'ai plus rien en commun avec Lucy et Damien, un énorme fossé nous sépare. Sans doute pourrions-nous le combler si je prenais le temps de m'expliquer avec eux, de leur dire que certains événements se sont déroulés contre ma volonté, me forçant à mettre de la distance entre nous. Mais ce ne serait qu'un mensonge de plus, parfaitement inutile.

Je franchis les portes de l'université avec un peu de soulagement. Même si les cours doivent être comme une échappatoire, je n'ai pas repris l'habitude de côtoyer autant de mes semblables. Ici, il n'y a pas de hurlements bestiaux et pas de courants d'air trop froids à cause d'une isolation inexistante. Tout me paraît trop normal, sans la moindre menace vampirique, sans cette tension constante qui me noue le ventre lorsque je croise les regards méprisants des Lycans. Je ne suis toujours pas la bienvenue au sein du repaire, nombreux sont ceux qui voudraient me mettre dehors. Heureusement que Lucian a l'obéissance de ses hommes ou je serais actuellement la proie des Lycans et des Vampires en même temps.

C'est Sabas qui m'attend, à l'écart de la foule, sur le trottoir opposé. Il s'est remis de ses blessures assez vite mais il a été blessé dans sa fierté, faisant naître en lui une haine viscérale contre la meute de Farkas. Xristo a tenté de le raisonner en lui rappelant que lancer les hostilités ne serait pas une décision très intelligente mais Sabas n'est pas prêt à renoncer. Il est le plus discret parmi les Lycans, le plus calme aussi. Il expose toujours son avis de manière civilisée et ne s'emporte pratiquement pas. C'est justement pour cette raison que je devine qu'il haït Farkas plus que les autres, parce qu'il ne chercherait pas les conflits si ce n'était qu'un problème d'opposition entre deux meutes de Lycans.

Je lui souris en parvenant à sa hauteur, le remerciant d'être là. Il hoche la tête avant de se mettre en route, sans un mot. La neige n'a pas cessé de tomber depuis Noël, les sols en sont recouverts, amusant les enfants, un peu moins les parents. Raze n'aime pas ce temps, il m'a dit que l'hiver irrite de plus en plus les Lycans, comme si les températures avaient une influence sur leurs émotions. Lucian n'est pas d'accord avec lui mais comme il n'a pas de temps à perdre dans des débats stériles sur les saisons, il ne rétorque rien. Je suis presque convaincue que c'est une façon détournée de ne pas avouer son véritable avis. Il déteste admettre que les Lycans sont pareils aux animaux, préférant se dire que leur forme bestiale n'est rien qu'une apparence et qu'elle n'agit pas sur eux.

Je respecte le silence de Sabas tout le long du chemin, lui jetant parfois des coups d'œil en remarquant qu'il est trop sérieux et surtout très tendu. Il y a quelque chose en lui, aujourd'hui, que je ne parviens pas à définir, comme un détail que je verrais sans être toutefois en état de le comprendre. Il n'a pas prononcé le moindre mot depuis que nous avons quitté la faculté et je m'en inquiète un peu. Il n'est pas aussi bavard que Xristo mais ce calme froid ne lui ressemble pas. La dernière fois qu'il s'est comporté de cette manière, nous étions face à des Vampires sur le point d'attaquer et, avec la lumière du jour, cette hypothèse est à écarter.

J'attends d'être arrivée au repaire pour mener mes recherches. Je croise Raze en pleine discussion avec Singe, le scientifique des Lycans. Ce dernier me met toujours mal à l'aise, il m'observe comme si je pouvais devenir un cobaye très intéressant pour des expériences glauques et particulières. Un coin spécial lui est réservé dans une partie des sous-sols mais je n'ai jamais osé y mettre les pieds, parce que je crains de voir des choses trop macabres. Moins j'en saurai sur ses agissements et mieux je me porterai, n'ayant pas besoin de connaître tous les secrets obscurs des Lycans.

- Déjà rentrée ? me demande Raze de sa voix grave.

- Les cours sont finis, réponds-je en haussant les épaules. Est-ce que l'un de vous pourrait me dire où est Xristo ?

- Il est sorti il y a quelques minutes, m'informe Singe. Vous devriez peut-être attendre qu'il revienne, les alentours ne sont pas sûrs ces temps-ci.

- Arrête de l'effrayer, intervient Lucian.

Il jette un regard sévère à son scientifique qui esquisse un sourire amusé avant de s'excuser en prétextant avoir quelque chose à finir. Il s'éloigne et Raze le suit, reprenant leur conversation, alors que leur chef soupire longuement avant de reporter son attention sur moi.

- Pardonnez-le, Eden, mais il a un humour bien à lui.

- Oh, ce n'est rien, remarqué-je calmement. Certains humains ne sont pas plus doués que lui pour faire rire les autres. J'imagine que je peux aller rejoindre tranquillement Xristo, maintenant ?

- Il ne rentrera pas tout de suite, m'avoue Lucian. Je l'ai chargé d'une mission de reconnaissance, pour savoir précisément où se trouve votre sœur.

Je baisse les yeux, considérant d'un coup que le sol est une meilleure source d'inspiration que le Lycan. Depuis qu'il est devenu évident que ma jumelle cause de sérieux ennuis à chacune des deux espèces en se faisant passer pour une version vampirique de moi-même, Lucian est déterminé à lui mettre la main dessus. Il m'a promis de ne pas lui faire de mal et de la ramener vivante ici mais je sens bien qu'il se retient de dire exactement ce qu'il pense sur ce sujet, pour ne pas me blesser. Il a déjà dû convaincre Kraven de se tenir tranquille face à cette Vampire qui débarque soudainement, et ça n'a pas du tout été simple de l'obliger à faire comme si Mégara n'existait pas.

Kraven n'est pas un idiot, il a bien vite fait le lien entre ma sœur et ma moi, ce qui a renforcé son ressentiment à mon égard. Il a accepté de ne pas tuer Meg, parce que Lucian a insisté, mais il m'a aussi dit que si ma jumelle risquait de compromettre l'alliance entre les Lycans et les Vampires, il n'hésiterait pas un seul instant à s'en débarrasser. J'ai répété à qui voulait bien l'entendre que ma sœur n'est pas un monstre et qu'elle ne perturbera pas le plan de rébellion des deux espèces, je n'y crois pas. Ce n'est pas un manque de confiance envers Mégara, seulement une certitude profonde. Peu de temps avant sa mort supposée, ma jumelle n'était déjà plus la même et je redoute de voir qu'elle a changé encore plus.

- Si vous la retrouvez, pourrai-je la voir ?

- Il ne vaut mieux pas, rétorque Lucian.

- C'est ma sœur, j'ai quand même le droit de savoir pourquoi elle m'a menti !

- Cette femme n'est sûrement plus celle que vous connaissiez, Eden. La transformation modifie le comportement et, même s'ils ont encore conscience de qui ils étaient avant, ils changent. Votre sœur n'a pas cherché à vous retrouver pendant toutes ces années et je pense qu'à votre place, je me poserais des questions.

Même si la raison me pousse à accepter ses paroles, une partie de moi veut défendre ce lien que j'entretenais avec ma jumelle. On n'oublie pas sa famille ainsi, du jour au lendemain, sans avoir quelque chose derrière la tête. Si Mégara n'est pas venue me voir, c'est qu'elle ne le pouvait pas, tout simplement.

- Meg n'est pas égoïste, elle a ses raisons.

- Vous êtes aveuglée parce qu'il s'agit d'un membre de votre famille, s'agace le Lycan.

- Vous ne savez rien d'elle. Votre haine envers les Vampires vous fait voir des ennemis à chaque coin de rue.

- Je ne connais peut-être pas votre sœur, Eden, mais j'ai assez d'expérience pour comprendre comment tout ceci va se terminer.

Il passe une main sur ses yeux puis se calme, me regardant avec un air désolé. Je ne suis pas comme eux, à m'habituer à un univers où les familles se déchirent parce que des espèces différentes ne peuvent pas se côtoyer sans faire la guerre. Pour les Lycans, je suis quelqu'un de trop sensible, beaucoup trop humaine dans un monde où les sentiments n'ont pas leur place. Chaque jour, Lucian se bat pour garder ses hommes unis et ne pas voir le chaos envahir chacun d'eux. Mes états d'âme de mortelle ne sont que des défauts face à des bêtes qui n'ont plus la moindre notion de famille. Raze, Xristo, Sabas et tous les autres forment peut-être un groupe contre leurs adversaires mais ils n'ont plus la crainte de perdre un proche. Lucian lui-même a laissé l'indifférence le saisir parce qu'il a vu mourir la seule personne qu'il aimait.

Aucun de nous deux ne reprend la conversation, sans doute pour éviter une nouvelle dispute qui ne conduirait à rien. Lucian me propose de l'accompagner dehors, pour prendre un peu l'air. Il sait que je viens juste de rentrer de mes cours et que je n'ai pas manqué de m'aérer mais je devine à son expression qu'il y a autre chose. Je vais déposer mes affaires et récupère un manteau plus chaud, considérant que tomber malade dans un repaire de Lycans n'est pas une expérience à tenter. Je n'ose pas imaginer de quelle façon Singe peut soigner les siens quand il y a des problèmes, si jamais les Lycans sont capables d'attraper un virus humain. Je le verrais plus ouvrir des cadavres que s'occuper des vivants.

Alors que nous marchons tranquillement, je demande à Lucian s'il regrette parfois son passé. Je suppose que ce n'est pas le genre de question que l'on pose à un homme ayant connu l'esclavage mais, au lieu de me faire comprendre que mon interrogation est dénuée d'intérêt, il me répond. Je ne suis pas surprise d'apprendre que Sonja lui manque, le temps ne lui a jamais fait oublier son premier amour. J'aimerais lui dire que vivre avec un fantôme n'est pas une bonne chose, qu'il faut aller de l'avant pour pouvoir se sentir libre d'exister mais je retiens mes paroles. On m'a donné tous ces conseils après la mort de ma jumelle et je n'ai pas pu me résoudre à ne pas penser à elle tous les jours. Alors proposer à un Lycan vieux de plusieurs siècles de tourner la page n'est pas une solution envisageable.

Avec douceur, Lucian évoque les années pendant lesquelles il a appris à devenir forgeron. Il a apprécié travailler le métal, sauf quand il avait de l'argent à fondre pour combattre les Loups-Garous et qu'on l'obligeait à le faire. Je crois percevoir un peu de nostalgie dans sa voix alors qu'il me parle des clairs de lune qui nimbaient le château d'une lumière spectrale. Ses mots sont poétiques, ils déclenchent en moi des émotions tendres. Le Lycan continue de se confier et je vois que ça lui fait du bien alors j'écoute tout le long du chemin, priant pour que cet instant ne prenne pas fin. Nous sommes hors du temps, dans son passé de larmes et de sang, avec ses souvenirs comme compagnons de route.

Lorsqu'il reprend sa respiration, je cligne des paupières, remarquant seulement maintenant que les lampadaires sont allumés. Je n'ai pas vu la nuit tomber, perdue dans ses paroles, mais je distingue maintenant les ténèbres qui succèdent à la lumière. Je reconnais le coin où nous sommes, fronçant les sourcils en ne comprenant pas pourquoi Lucian a tenu à m'emmener jusqu'ici. L'hôpital se dresse devant nous dans toute sa splendeur, comme un point de repère immobile, et l'édifice me rappelle cette famille que je délaisse. Jared est quelque part dans l'une de ces chambres, allongé dans son lit, plongé dans un coma dont il peine à sortir malgré les efforts des médecins. Et moi, sa sœur, je suis là dehors, sans même lui rendre visite.

Continuant de me surprendre, Lucian prend ma main et m'entraîne à sa suite. Nous entrons dans l'hôpital et parcourons plusieurs couloirs. J'ai l'impression que nous ne sommes pas au bon étage, la couleur des murs n'est pas celle dont je me souviens. Comme Lucian semble savoir où il va, je ne parle pas, adaptant simplement mon rythme au sien. S'arrêtant devant une porte, il se tourne brièvement vers moi, une lueur de gentillesse dans les yeux, avant de toquer et d'ouvrir le battant. Le spectacle qui s'offre à moi est si inattendu que je ne bouge pas pendant un long moment, ne sachant pas si je dois sourire, rire ou pleurer de joie.

Devant moi, Jared est assis sur son lit. Son teint est encore très pâle mais, au moins, il est réveillé. Les questions se bousculent dans ma tête, si nombreuses que j'ai la sensation d'être un ordinateur en surchauffe. Je me demande de quelle manière Lucian a pu apprendre le réveil de mon frère, depuis combien de temps Jared est sorti de son coma, et surtout, pourquoi mon frère ne réagit pas face à ce Lycan qu'il ne connaît pas du tout. La main de Lucian fait pression sur la mienne, comme pour me ramener à l'instant présent, pour me rappeler que je suis débout dans l'encadrement de la porte de la chambre.

D'un coup, je ne me focalise que sur Jared. J'oublie momentanément les ennuis des derniers jours, les conflits entre deux espèces qui ne devraient pas exister et le retour à la vie de Mégara. Je lâche la main du Lycan pour aller serre mon frère dans mes bras, sans retenir mes larmes, heureuse de constater qu'il n'est plus cette silhouette pâle et immobile qui m'angoissait tant. Il répond à mon étreinte en me murmurant qu'il est désolé de m'avoir causé autant de soucis et de ne pas avoir cru en ma version des faits. Cette dernière remarque m'oblige à reculer, je plonge mon regard dans le sien en fronçant les sourcils. Je suis déjà surprise de le voir bouger et de l'entendre parler mais je m'attendais à d'autres mots pour nos retrouvailles.

- Que veux-tu dire ?

- Les Lycans. Je suis au courant maintenant, Tim m'a tout raconté.

Mon sang se glace tandis que je recule, incapable de répondre à cette nouvelle qui ne me plaît guère. J'ai fait une erreur en essayant d'expliquer à Jared ce que je vivais, j'ai fini par en prendre conscience. Et voilà qu'aujourd'hui, il m'avoue tout savoir, à cause d'un ami en qui j'avais assez confiance. Je ne comprends pas pourquoi Tim lui a révélé cette partie cachée du monde alors qu'il n'a pas cessé de me répéter de faire comme si rien n'existait. Je n'arrive pas à admettre ce changement soudain, ce n'est pas habituel chez lui, encore moins pour un sujet aussi grave et important.

Je sens la main de Lucian se poser sur mon épaule et je lui jette un regard suppliant, cherchant des explications. Le Lycan me souffle de me calmer et de ne pas paniquer puis il porte son attention sur mon frère. Jared l'observe aussi, les bras croisés, une expression de dégoût se dessinant peu à peu sur son visage. Je devine alors que ce n'est pas la première fois qu'ils se croisent et je retiens mes questions pour ne pas briser nos retrouvailles. Mais ma volonté vole en éclat lorsque quelqu'un d'autre entre dans la chambre en lançant un « bonjour » sonore sur un ton un peu trop joyeux. Tim passe à côté de nous, nous saluant d'un signe de tête, avant d'aller s'asseoir tranquillement près de la fenêtre, un sourire aux lèvres, comme si cette situation était particulièrement normale. La poigne de Lucian se fait plus forte sur mon épaule avant de disparaître. Lorsque je me retourne pour tenter de lui parler, je le vois sortir en fermant la porte derrière lui, me laissant seule avec mon frère et mon ami.

Ce dernier arbore désormais un visage plus sérieux et il se lève pour me rejoindre. Je remarque l'arme qu'il porte à sa ceinture, un pistolet qui est sûrement à l'origine du départ du Lycan. J'aurais préféré que Lucian puisse rester avec nous, parce que c'est grâce à lui que je suis ici pour le moment, mais je pense que la situation aurait vite dégénéré. Je connais le point de vue de Tim sur les créatures qui peuplent ce monde et son envie de rétablir un certain équilibre. Quand nous étions sur le bateau de Lorenz, j'ai vu assez d'armes pour comprendre que les hommes de main de l'immortel ne se chargent pas uniquement des cadavres. Récupérer des corps pour un grand nettoyage ne nécessite pas de porter avec soi des pistolets, grenades et autres objets du même genre. D'après Tim, c'est une sorte de prévention, parce qu'ils ne savent jamais s'ils vont tomber sur des Lycans ou des Vampires vivants mais je doute de plus en plus de cette version des faits.

- Alors comme ça, tu as décidé que parler valait mieux que se taire ? invectivé-je Tim. Je croyais que tout ceci devait rester un secret.

- Je n'ai pas vraiment eu le choix, Eden, répond mon ami. Nous avons découvert qu'une femme Vampire sévissait dans les parages et quand nous avons su son identité, j'ai alors pris la meilleure décision.

- En informant Jared de l'existence des Vampires et des Lycans ?

- Exactement, s'agace Tim. Parce que j'ai considéré que c'était mieux pour lui d'en entendre parler un peu avant de croiser sa Vampire de sœur.

Non seulement mon frère est au courant pour les créatures censées être légendaires, mais en plus il sait que Mégara est toujours vivante. Je serre les poings en pestant intérieurement contre ma jumelle, me demandant à quoi elle joue en se faisant surprendre ainsi par tout le monde.

- Tu l'ignores sûrement, continue mon ami, mais tes précieux Lycans n'ont pas prévu d'être tendres avec ta sœur. S'ils ont l'occasion de se débarrasser d'elle rapidement, ils le feront. Et pour camoufler les cadavres, ils sont très doués.

- Autant que toi et tes amis, on dirait. Parce qu'il me semble que c'est exactement ce que vous faites quand vous rendez service à Lorenz. Vous passez votre temps à dissimuler des corps alors tu devrais éviter de faire la morale.

- Lorenz a raison à ton sujet, Eden. Tu crois tout comprendre du monde dans lequel on vit mais tu n'as qu'un regard biaisé sur toute cette situation. Parce que tu cohabites avec des Lycans, tu penses que ce sont de gentils chiens bien dressés qui ne commettront aucun impair mais tu te trompes lourdement. Ils laissent des cadavres derrière eux, assez régulièrement, et leurs plans de révoltes n'impliquent sans doute pas de protéger l'espèce humaine. Si tu es si persuadée que tout ira pour le mieux quand les deux espèces auront fini de se battre alors ça veut dire que tu es déjà perdue.

Il reprend son souffle en me fixant d'un regard presque désolé, comme s'il venait de m'annoncer que je porte en moi une maladie incurable. Mon comportement vis-à-vis des Lycans l'exaspère, il tient absolument à me garder loin d'eux le plus longtemps possible, mais j'ai plongé dans les ennuis à l'instant même où j'ai voulu aider Charlie. Il est trop tard pour me faire changer d'avis, pas alors que j'ai un combat personnel à mener contre ma jumelle. S'il imagine que me parler ainsi des Lycans m'effraie, c'est qu'il ne sait plus rien sur moi. Je ne suis pas désespérée au point de croire que ce sont des hommes pacifiques, mais j'ai vu de mes propres yeux leur humanité. Les Vampires ne sont pas comme ça, c'est une évidence, mais les Lycans continuent de porter en eux des sentiments, même s'ils ne les suivent plus.

- Tu juges les Lycans, Tim, mais tu ne les connais pas. Tu te bases sur les critiques d'un homme qui reste dans l'ombre sans agir, sans mettre fin à des conflits alors qu'il le pourrait. Je vis avec des Lycans, je les vois évoluer jour après jour et ce ne sont pas les monstres que tu décris.

- Arrête de les défendre ! N'est-ce donc pas un Lycan qui a tué ton ami Jordan ? Le même qui a essayé de te faire du mal ? Tu t'attaches à des êtres pour qui tu n'es rien ! Ils étaient là avant ta naissance et ils le seront toujours après ta mort. À leurs yeux, tu n'es qu'une humaine pathétique sans intérêt, comme nous le sommes tous.

Ses mots sont blessants parce qu'ils trouvent un écho au fond de moi. Plusieurs fois, Kraven m'a dit la même chose, me rappelant que les Lycans ont des siècles d'existence derrière eux et que ce n'est pas une mortelle qui va faire changer leur façon d'appréhender le monde. Peut-être que Lorenz a raison quand il prétend que je suis trop naïve, que c'est idiot de ma part de supposer ne serait-ce que quelques secondes que je suis capable de les rendre plus humains.

La porte s'ouvre brusquement derrière nous, révélant Xristo. Je suis sur le point de lui dire que je suis heureuse de le revoir lorsque je me souviens qu'il était en mission pour surveiller ma sœur. Aussitôt, un mauvais pressentiment me gagne, plus encore quand il va vers la fenêtre pour jeter un coup d'œil au-dehors. Lucian entre à sa suite, une expression soucieuse dans son regard. Tim porte la main à sa ceinture, enlevant la sécurité de son arme, attirant sur lui l'attention des deux Lycans. Xristo grogne légèrement mais Lucian lui ordonne d'un signe de tête de ne pas bouger. L'ambiance, déjà tendue auparavant par ma discussion houleuse avec Tim, s'alourdit plus encore. Jared se redresse un peu plus sur ses oreillers tandis que je me rapproche imperceptiblement du chef des Lycans, m'éloignant ainsi de mon ami et de son pistolet. J'ignore si ses balles font des dégâts sur les humains et je n'ai pas prévu de le savoir maintenant.

- Que se passe-t-il ? demande mon frère.

- Elle est à quelques mètres d'ici, répond Xristo sur un ton défaitiste.

Elle. Ma sœur. Ce n'est pas une nouvelle très réjouissante, parce qu'elle n'est plus la Mégara de notre enfance. Elle est devenue Vampire, sans que nous sachions précisément pourquoi ni comment, et ce n'est sans doute plus une personne fêtarde un peu têtue.

- Que vient-elle faire ici ? continue Jared.

- Peut-être une petite visite familiale, ironise Tim.

- Je ne sais pas ce qui la motive, réplique Xristo. Dès que la nuit est tombée, je l'ai vue sortir de chez elle pour venir jusqu'à l'hôpital.

- Sortir de chez elle ? répété-je en fronçant les sourcils. Tu sais où elle vit ?

Xristo me lance un regard où se mêlent la gêne et la compassion. Il ne m'a pas dit une seule fois que Mégara a un endroit où elle habite tranquillement et j'admets ne pas y avoir pensé. À mes yeux, elle devait se cacher, comme les Lycans, et non vivre quelque part. D'autant plus qu'officiellement, elle est morte et enterrée, ce qui signifie qu'elle n'a pas hésité un seul instant à utiliser une fausse identité. Tout ceci commence à ressembler de plus en plus à un mauvais film et je sens que le résultat ne va pas du tout me plaire. Notre famille a traversé le deuil avec de nombreuses difficultés mais là, c'est quelque chose d'un peu plus complexe et de complètement improbable. À une époque, nous étions trois membres d'une fratrie, insouciants et loin des dangers du monde. Aujourd'hui, nous sommes plongés dans une lutte où les clans se divisent et où nous n'avons pas les mêmes idéaux.

- Le plus urgent est de vous faire sortir d'ici, intervient Lucian. Votre sœur ne pourra pas vous suivre tous les deux en même temps, autant vous séparer.

- J'emmène Jared avec moi, déclare Tim. J'ai les armes nécessaires pour la retenir si elle décide de s'en prendre à nous.

- Dans ce cas, Xristo vient avec vous, rétorqué-je. Avoir un Lycan avec soi pour combattre un Vampire est toujours plus sûr que de croire pouvoir vaincre une créature avec de simples balles.

- Eden a raison, confirme le chef des Lycans. Vous partirez tous les trois vers le centre-ville, en voiture, tandis que nous ferons le tour du quartier.

Il ne précise pas notre moyen de locomotion mais j'ai compris qu'il compte marcher normalement. Tout cela est trop soudain mais je lui fais confiance et je hoche la tête. Xristo ne dit rien, cependant son regard exprime son assentiment alors que Tim pince les lèvres. Mon ami n'apprécie pas de devoir faire équipe avec un Lycan mais je tiens trop à mon frère pour le laisser partir uniquement avec quelqu'un d'aussi mortel que nous. Même si c'est Mégara et que nous avions autrefois un lien de parenté très fort, rien ne nous garantit qu'elle soit seule.

Avec un soupir, Tim donne un coup de main à Jared. Il lui retire sa perfusion sans prendre le temps d'appeler une infirmière, déchirant ensuite un morceau de drap pour entourer la main de mon frère. Ce dernier est pâle, ses jambes ne le portent pas et il vacille dangereusement. Xristo les rejoint pour servir de soutien à Jared, lui permettant ainsi de tenir debout. Je reste silencieuse pendant que Lucian vérifie l'absence de personnel dans le couloir. Ce n'est certes pas un infirmier ou une infirmière qui pourrait empêcher deux Lycans de sortir d'un hôpital mais il vaut mieux partir aussi discrètement que possible d'ici. Tim récupère les affaires de mon frère qu'il entrepose dans un sac pendant que Jared se change rapidement dans la salle de bain. Je jette un coup d'œil au-dehors, inquiète, ne sachant pas quoi penser de cette situation de plus en plus étrange, craignant de voir ma jumelle déjà à l'extérieur.

Le vibreur du téléphone de Xristo résonne dans le silence de la chambre et il regarde son message avant de pester. Il nous informe que Mégara est déjà dans l'enceinte de l'hôpital, ce qui rend la suite du plan beaucoup plus compliquée à réaliser. Lucian ne perd pas ses moyens pour autant, il ouvre l'une des fenêtres de la pièce et estime la hauteur avant de se retourner vers le second Lycan. Ils n'échangent aucun mot, se comprenant parfaitement, et je serre les dents en devinant à mon tour ce que Lucian a en tête. Si ma jumelle est à l'intérieur du bâtiment, c'est à nous d'en sortir par un autre moyen. Sauf que passer par la fenêtre est une idée extrêmement dangereuse, d'autant plus que seuls les deux Lycans sont capables de sauter d'un tel étage sans subir de dégâts physiques.

Dans un mouvement qui paraît contrôlé, Xristo attrape mon frère, le met sur son épaule et prend un peu d'élan avant de traverser la pièce pour atterrir dehors. Je me penche aussitôt par la fenêtre, remarquant les tremblements de Jared, consciente du fait que ce n'est pas ainsi qu'il aurait dû quitter les lieux. Tim peste contre les Lycans, prenant un appareil dans sa poche qu'il accroche au bord de l'encadrement de la fenêtre. Comme dans un film d'espionnage, il est rattaché à un câble et il se laisse alors glisser jusqu'au sol avant de nous faire signe de suivre. Lucian enlève le morceau de métal qu'il balance à l'extérieur avant de saisir ma main pour m'entraîner dans le reste de l'hôpital, insensible aux protestations de Tim et de Jared. C'est le plan de base pourtant, nous diviser pour mieux berner Mégara.

J'ai l'impression d'être dans un rêve, déconnectée de la réalité, avec seulement la paume de Lucian qui me maintient dans notre monde. Les marches des escaliers défilent sous mes yeux, je ne réfléchis pas pendant que nous descendons, veillant simplement à ne pas tomber. Lorsque nous arrivons enfin au rez-de-chaussée, le Lycan s'arrête, poussant doucement la porte de la cage d'escalier pour vérifier que ma jumelle n'est pas là. Sans briser le contact physique que nous avons, il s'aventure tranquillement dans le hall, aux aguets. Mon cœur bat la chamade, j'ai la sensation d'être suivie à chaque pas que nous faisons. Il ne semble n'y avoir personne ici, ce qui est plutôt perturbant, comme si l'endroit tout entier venait de sombrer dans un sommeil digne de celui de la Belle au bois dormant. Sauf qu'il n'y a pas de fées pour endormir tout ce petit monde et le silence pesant qui règne ici me glace le sang.

- Ma chère Eden. Tu croyais pouvoir me fuir ?

Je serre fortement la main de Lucian, refusant d'accepter la triste vérité. Même si son cercueil est vide et que certains prétendent avoir vu une femme Vampire me ressemblant, j'avais encore l'espoir que ce soit un mensonge, quelque chose de tordu pour me faire peur. Mais cette voix est celle de ma sœur, bien distincte, presque inchangée. Elle se tient à quelques mètres de nous, son regard bleu électrique posé sur moi, ses lèvres étirées en un sourire ironique qui s'accorde à merveille avec le ton qu'elle vient d'employer. Physiquement, elle est à la fois la même et une étrangère. Elle ne présente plus les cernes qu'elle avait toujours suite à ses soirées arrosées, son teint est pur, lumineux dans la pénombre du hall. Ses vêtements sont trempés par la neige, des flocons brillent encore dans ses cheveux, et elle porte à la ceinture de son pantalon une arme pointue.

- Je ne te fuis pas, Meg. J'ignorais que tu étais vivante, je …

- Ne commence pas tes mensonges, me coupe-t-elle en s'avançant d'un pas. Je sais que ces bêtes sont au courant, ce qui signifie que tu l'es aussi.

Le terme qu'elle emploie pour parler des Lycans ne me surprend qu'à moitié. Je connais bien l'opposition entre les deux espèces, désormais, mais je ne comprends pas ce dégoût dans sa voix. Si elle est seule de son côté, comment expliquer ce ressentiment vis-à-vis d'êtres qu'elle ne côtoie pas ?

- Pourquoi as-tu décidé de te cacher ? demandé-je pour gagner du temps. Nous avons passé des mois à te pleurer, j'ai cru que notre famille ne survivrait jamais à ce drame.

- Que de belles paroles, persiffle ma jumelle. Tu penses pouvoir me faire avaler toutes ces belles histoires ? Et que dois-je imaginer ? Nos parents en larmes autour d'une table, brisés par la perte de leur fille alcoolique ? J'étais la honte de la famille, Eden, et ma disparition a permis de couper la branche infectée.

Je suis frappée par ses paroles, il y a tellement de haine dans ses mots. De son vivant, en tant qu'humaine, elle n'a jamais été aussi brutale envers nos parents. Ils ont eu des disputes, c'est un fait, mais pas au point de l'entendre dire que sa mort a été comme une libération pour nous.

- Tu fais fausse route, Meg.

- Et toi, tu ne vois pas le monde tel qu'il est. À tes yeux, une famille est forcément unie, prête à affronter tous les dangers, mais ce n'était pas le cas. J'ai entendu les parents se plaindre à de nombreuses reprises, en prétextant que je n'étais pas la bonne fille qu'ils auraient voulu avoir. Ils n'avaient d'attention que pour toi, Eden. Toi et tes réussites, toi et ta bonne conduite, toi et tes amis soudés. Pendant que je faisais la fête, tu révisais tranquillement à la maison. Tu ne sortais jamais tard le soir, sauf pour des projets scolaires, alors que je rentrais à des heures indécentes.

Elle déverse tout ce qu'elle a sur le cœur, m'accusant de plus en plus. Pour elle, je suis celle qui a tout gâché, l'exemple parfait à suivre pour nos parents, celle qui a créé un contraste entre nous. Je n'étais pas comme elle quand elle vivait encore avec nous, parce que je n'aimais pas les habitudes des autres. L'alcool, la drogue, les cigarettes, rien ne me tentait. J'étais la plus sage de nous deux mais je n'avais pas pour but de faire ça pour plaire à nos parents, simplement pour ne pas être comme tous ceux qui finissent par enchaîner les dérapages. Je n'ai pas imaginé une seule seconde que mon comportement aurait autant d'influence sur celui de Mégara, croyant qu'elle suivait ses camarades pour s'intégrer à des groupes particuliers. Mais dans sa voix qui tremble de plus en plus, j'entends cette impuissance que je n'ai pas vu venir, ce sentiment d'injustice.

Alors que les remords me serrent le cœur, une colère inconnue surgit brutalement. Ma jumelle me reproche d'être la responsable, celle qui aurait pu se rendre compte de sa déchéance, mais elle oublie que j'étais là pour rattraper ses erreurs à chaque fois. Je n'ai jamais cessé de la défendre face à nos parents, leur promettant que tout était temporaire, que je pouvais réussir à la raisonner. Quand elle a été emmenée dans cette ambulance, peu de temps avant sa mort, j'étais là, à lui tenir la main, à la rassurer. Que voulait-elle que je fasse d'autre ? Je ne suis pas diplômée en miracles, j'ai agi comme n'importe quelle sœur le ferait. Je ne prétends pas être la meilleure de nous deux, mes décisions récentes ont prouvé que je commets aussi des erreurs, mais je ne me cloître pas dans des pensées macabres en rejetant la faute sur les autres. J'ai connu les moqueries parce que je n'étais pas comme Meg, j'ai subi les remarques de ceux qui ont cru que nous étions identiques. Pourtant, je n'ai jamais cherché à faire d'elle la coupable idéale.

- J'ai passé des jours à réfléchir à ce que j'allais te faire, déclare soudainement ma jumelle. Je perçois le monde autrement, désormais, et j'ai eu tout le temps de songer à une vengeance.

- Une vengeance ? répété-je en haussant les sourcils. C'est un peu excessif, non ?

J'ai dû parler trop vite car Mégara me montre ses canines en sifflant. Deux silhouettes surgissent derrière elle et je me raidis en remarquant que ce sont eux-aussi des Vampires. Lucian lâche ma main et se place devant moi, me conseillant de fuir dès que j'en aurai l'occasion, mais je refuse de le laisser affronter trois adversaires sans aucune aide. D'autant plus que ma jumelle est là pour moi, pas pour combattre les autres. Ma sœur fixe le chef des Lycans d'un œil mauvais et débute les hostilités en se jetant sur lui, me tirant un cri de surprise. Je trébuche en reculant, finissant par terre alors que Meg et Lucian luttent l'un contre l'autre. Les deux autres Vampires prennent part au combat, immobilisant le Lycan qui ne parvient pas à se transformer. L'un des Vampires sourit d'un air malsain avant de planter un poignard en argent dans le torse de son adversaire, à l'emplacement des côtes.

- Lucian ! hurlé-je.

Je me remets debout, impuissante, voyant son sang couler de sa blessure. La porte du hall s'ouvre avec fracas sur Xristo et Tim, le premier se mettant aussitôt à muter tandis que le second fait feu sur l'un des Vampires. Ce dernier grogne en se tenant l'épaule et il prend mon ami pour cible. Le second Vampire n'a pas le temps de réagir que Xristo est sur lui, prêt à le détruire. Lucian est en train de retirer la lame de sa chair pendant que ma jumelle décide de reporter son attention sur moi, m'observant avec une expression hautaine qui ne lui sied guère.

- Tu es trop faible, Eden. Je perds mon temps avec toi, te tuer maintenant serait bien trop facile.

Mégara me toise un instant avant de faire signe à ses deux acolytes de la suivre. Celui qui s'en est pris à Tim obéit aussitôt, repoussant mon ami, alors que le Vampire qui combat avec Xristo reste incapable de se défaire de son emprise. Ma jumelle quitte les lieux à la vitesse de l'éclair alors que je rejoins Lucian, m'agenouillant auprès de lui.

- Est-ce que ça va aller ?

- J'ai connu pire, ne vous en faites pas.

Sa tentative d'humour ne m'atteint pas, je me sens responsable de son état. Pour ne pas arranger les choses, la tête du dernier Vampire vient rouler non loin de nous, preuve flagrante de l'attaque de Meg. Celle qui était ma sœur a disparu, c'est un monstre qui a pris sa place.