Et hop ! La suite :)
Merci à xQuelqu'une, qui commente cette fanfiction très régulièrement, et aux autres aussi (au passage, n'hésitez pas à me laisser une review vous aussi !).
Bonne lecture !
Chapitre 13
– Hotch, je refuse d'aller à l'hôpital, protesta Reid en ajustant la couverture chauffante autour de ses épaules.
Il avait cessé de grelotter. Ses joues s'étaient à nouveau colorées – elles s'empourpraient même, sous l'effet de la colère.
– Reid, trancha Hotchner d'une voix ferme. C'est un ordre.
– Et moi, c'est un conseil que je vous donne. Si Petersen et Andrew voient cette ambulance s'éloigner à toute vitesse, avec sirène et gyrophares, vous pouvez parier qu'ils comprendront que je ne suis pas mort !
Une demi-heure à peine s'était écoulée depuis que Reid avait repris conscience. Seul son patron était au courant – son jeune collègue l'avait instamment prié de ne mettre personne dans la confidence, malgré sa culpabilité à l'idée de laisser tous les autres dans l'ignorance.
Les vêtements de Reid étaient irrécupérables. Encroûtés de sang, déchirés, découpés, empestant la sueur et la solution alcoolique. Le jeune homme se faisait l'effet d'un mendiant qui aurait déniché ses nippes dans une poubelle d'hôpital. Une grimace de dégoût étira son visage quand un nouvel effluve puissant remonta jusqu'à ses narines. Il eut un violent haut-le-corps. La nausée, accompagnée de la douleur cuisante à l'épaule et à la jambe, lui arrachèrent un gémissement. Hotchner eut juste le temps d'attraper un haricot en inox, de ces épais récipients de fer blanc prévus pour les cas de ce genre, et Reid, dans un hoquet brûlant, rendit tout le contenu de son estomac. Soupe et bonbons remontèrent dans sa gorge dans un remugle infect. Hotchner laissa faire, sans sourciller, une main tenant le haricot, l'autre posée sur la nuque de son collègue, en un geste apaisant. Il attendit patiemment que les derniers spasmes eurent secoué le corps de Reid. Hotchner avisa une bouteille en plastique sur une étagère et l'ouvrit, puis la tendit à son collègue. Reid but quelques gorgées avec reconnaissance. L'eau fraîche atténua un peu l'immonde goût âcre dans sa bouche et sa gorge.
– Tu as perdu beaucoup de sang, reprit enfin Hotchner d'une voix plus conciliante, et tu es au bord de l'hypothermie. Tu risques à tout moment de faire un malaise.
– Ça va aller, Hotch. Je peux tenir encore quelques heures.
Son patron le jaugea pendant ce qu'il lui semblait être un long, très long moment – Reid soutint son regard sans fléchir. Hotchner esquissa un sourire puis finit par lui tendre une seconde couverture chauffante.
– Couvre-toi. Je fais venir un infirmier.
– D'accord, concéda Reid avec un soulagement visible – tout en se promettant intérieurement de refuser toute substance susceptible d'inhiber sa douleur et de l'empêcher de réfléchir.
Hotchner ramassa son téléphone et le lui glissa dans les mains.
– Appelle Garcia et tiens-la informée. Tu devrais aussi la rassurer sur ton état de santé.
Il s'apprêtait à ouvrir la porte de l'ambulance sans ajouter un mot de plus mais se ravisa au dernier instant.
– Content de te retrouver en vie, Reid, fit-il en lui jetant un dernier coup d'œil.
Et il sortit dans la nuit noire, laissant son coéquipier seul.
Hotchner apprécia la fraîcheur glacée sur sa peau, après l'atmosphère confinée et étouffante de l'ambulance. Tout en se dirigeant vers ses coéquipiers, il décida de ne rien leur dire tout de suite. Reid avait raison ; Petersen et Andrew devaient continuer à ignorer qu'il leur avait joué un joli tour de passe-passe. S'ils apercevaient ne serait-ce qu'une once de soulagement sur les visages de Prentiss, J.J. ou Rossi, alors…
C'est pourquoi il hocha la tête en signe de déni lorsqu'il vit ses trois équipiers, qui l'interrogeaient du regard.
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Garcia fixait intensément son téléphone, à côté d'elle. Sans ciller, sans essuyer les larmes de fatigue et de désespoir qui coulaient, traçant des sillons de mascara bleu électrique sur ses joues. Les dents serrées, elle priait intérieurement.
Elle se sentait à la fois désemparée, folle d'espoir, d'inquiétude et de chagrin. Et si Hotchner la rappelait pour lui annoncer la mort de Reid ? Avait-elle réagi à temps ? L'antipoison avait-il été administré trop tard ? Et s'il n'avait pas fonctionné… ?
Toutefois, la sonnerie stridente la fit bondir. Elle attendit, interdite, bouche bée, ne sachant quoi faire. Elle décrocha presque trop tard. Sa main tremblait.
– Pénélope Garcia, dit-elle d'une toute petite voix chevrotante.
– Bah alors, j'ai pas le droit à un de tes fameux « Salut » spécial petit génie ?
La seule réponse qu'obtint Reid fut un gigantesque sanglot de soulagement.
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Petersen, en partie planqué dans un angle de mur, observait la rue à travers deux lames de stores – sa paranoïa ne lui faisait pas oublier les snipers, tout autour. La tête des agents du FBI lui plaisait bien ; le grand type sec – sûrement Hotchner – avait le visage fermé, insondable. Il semblait annoncer une nouvelle bien regrettable à ses collègues. La jolie blonde pleurait tout ce qu'elle pouvait, la brune et le barbu se regardaient sans rien dire, interloqués. Petersen laissa retomber le store, satisfait. Franny avait bien caché son jeu, finalement.
Il poussa un soupir – le voilà qui commençait à regretter qu'Andrew ait choisi une fille aussi dégourdie pour son initiation.
Il avisa son débile d'apprenti, prostré dans un coin du hall comme un piquet.
– Andrew…
– J'y crois pas, l'interrompit le jeune homme. J'y crois pas, c'est tout.
– Quoi encore ? soupira Petersen.
– Elle a pas pu le tuer, dit-il d'une voix incertaine.
Quelque chose flottait dans son regard, que Petersen ne sut définir – de la haine ? de la fièvre ? du dégoût ? de l'amour ? Une part de lui eut pitié du gamin, déboussolé, jaloux, rageur – et l'autre le contempla avec mépris.
– Crétin, grinça-t-il finalement en secouant la tête.
Petersen regarda sa montre. Il était plus d'une heure du matin.
– Andrew, emmène Fran dans le bureau de Lee. On va y enfermer Morgan aussi.
– Pourquoi à l'étage ?
– Ça t'arrive jamais de réfléchir ? Ils entreront pas par les fenêtres s'ils donnent l'assaut. On pourra riposter facilement, il n'y aura qu'une façon de monter. Et on garde nos otages sous le coude.
Le visage du garçon s'illumina. Petersen fut encore plus dépité de voir avec quelle facilité il se faisait manipuler. Il doutait qu'il réussisse son initiation. Andrew n'était pas fichu de prendre des initiatives et avait la fâcheuse tendance à le vénérer comme un dieu. Le garçon avalait ses paroles comme s'il s'agissait de pain bénit – remarquez, cela lui facilitait grandement les choses, vue la situation. Peut-être parviendrait-il à s'en sortir, s'il parvenait à tourner les choses à son avantage. Petersen se promit d'y réfléchir. En attendant, il suivit des yeux Andrew qui saisissait Fran par le coude et la conduisait à l'étage. La jeune femme semblait éreintée, perdue, vidée. Elle laissa faire Andrew sans protester, à tel point qu'elle trébucha dans l'escalier. Elle serait tombée durement sur les marches si le garçon ne l'avait pas fermement retenue par le bras. Les doigts d'Andrew s'enfoncèrent si fort dans la chair de sa prisonnière qu'ils y imprimeraient des hématomes bleuâtres.
Petersen les regarda monter l'escalier. Ils lui faisaient penser à un couple de jeunes mariés, mais il avait dans l'idée que la chère et tendre épouse était plutôt réticente à gagner la chambre nuptiale. Puis Petersen se rendit dans le bureau de Janis et, sans un mot, simplement sous la menace de son arme, il fit comprendre à Morgan qu'il était temps de déménager. Un peu de repos ne leur ferait pas de mal, une fois qu'ils seraient barricadés à l'étage.
L'agent du FBI n'avait qu'une envie ; effacer ce sourire de putois à coups de poings.
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