Ecrit hors nuit du FoF, sans thème, et en environ 1h30


Will essayait de se distraire en l'absence d'Hannibal, mais il n'y parvenait pas. Ses pas le ramenaient toujours à l'entrée de la caverne, d'où il observait l'extérieur, même s'il faisait noir. Il n'attendait qu'une chose : distinguer la forme rassurante de son compagnon dans la pénombre, mais il n'y avait personne, et tout était silencieux. Will avait peur. Peur qu'il lui arrive quelque chose, à lui et à Abigail, peur de la perdre à cause de sa transformation alors qu'ils commençaient seulement à former une sorte de petit clan, rien que tous les trois, et peur de se retrouver seul.

Il soupira en allant mettre le nez dehors pour la cinquantième fois au moins, et plissa les yeux en apercevant un point lumineux orange au loin. C'était un point minuscule, mais vu la distance, cela devait être un brasier important. Will se mordit la lèvre, terriblement inquiet car il supposait que même les Wendigos étaient sensibles au feu, comme toutes les créatures vivantes. Il détestait être là, sans pouvoir rien faire, et recommença ses allées et venues entre l'entrée et le fond de la grotte pour se calmer. Avant les premières lueurs de l'aube, il aperçu enfin quelque chose qui se dirigeait droit vers lui, à une vitesse impressionnante. C'était Hannibal, sous sa forme de Wendigo, qui courait à la manière d'un animal, et Will dû rationaliser pour ne pas écouter son instinct de survie qui lui hurlait de courir se mettre à l'abri. Hannibal s'arrêta à l'entrée de la grotte, sa transformation en humain déjà en train de s'accomplir, et Will n'attendit pas qu'elle soit terminée pour le prendre dans ses bras, soulagé qu'il soit enfin là.

« Où est Abigail ? »

« Dans sa grotte, elle ne voulait pas venir te voir tout de suite, elle n'est pas encore habituée à sa nouvelle forme, ni à ses instincts de prédatrice. »

« Alors...elle en est un, pour toujours ? »

« Oui. »

« Tu as tué... »

« Quelques personnes qui nous menaçaient. Des hommes mauvais, proches de Mason. Mais lui, je le lui ai laissé, comme elle me l'avait demandé. C'était lui qu'elle tenait pour responsable de la mort des siens...Lorsqu'il est mort, elle n'a plus été capable de redevenir humaine. »

« Et ensuite, vous êtes revenus ici ? Et les hommes de Mason ? »

« Ensuite, nous avons mis le feu à la statue du dieu-porc. Les hommes étaient terrifiés, désorganisés...Ils n'avaient jamais vu de Wendigos, et ils ne s'attendaient pas à la mort de Mason. Beaucoup semblaient soulagés. Je crois qu'ils iront bien, une fois qu'ils se seront choisi un nouveau chef. »

« Vous n'avez pas été blessés ? »

« Seulement moi, mais la blessure est déjà presque refermée. »

« Tu ne devrais pas rester sous ta forme de Wendigo, pour guérir plus vite ? »

« Ça ira. Et je veux te tenir contre moi. »

Will sourit, pris la main de son compagnon et alla se coucher à ses côtés. Il dormit rapidement, épuisé, mais fit quelques cauchemars où Abigail ne le reconnaissait pas, et ou elle et Hannibal étaient tous les deux des Wendigos pour l'éternité, alors que lui demeurait seul, et humain.

Quelques jours passèrent, et Will regardait souvent dans la direction de l'abri d'Abigail. De temps en temps, il l'apercevait au loin, et elle lui faisait un petit signe pour lui montrer qu'elle l'avait vu, et qu'elle ne l'oubliait pas. Elle venait aussi parfois plus près, juste pour les regarder, lui et Hannibal, mais elle n'avait pas encore osé revenir à l'intérieur de leur caverne. Ses instincts de Wendigo étaient neufs, difficiles à gérer, et il lui fallait un temps d'adaptation. La situation rendait Will un peu triste, et nostalgique des instants heureux qu'ils avaient passés ensemble. Il était également inquiet au sujet d'Hannibal.

Si Abigail avait pu vivre un an auprès d'eux avant de finalement choisir sa vengeance, Hannibal le pouvait aussi. Will avait espéré que le temps écoulé apaiserait sa douleur et sa colère, mais il savait que son amant parcourait de longues distance sous sa forme de Wendigo afin de retrouver Grutas, l'homme qui avait tué sa sœur. Will espérait qu'il ne le retrouverait jamais, et d'un autre côté, il espérait le contraire, parce qu'il en avait assez de vivre dans la crainte de le perdre. Il avait déjà essayé d'en discuter avec ce dernier, mais le grand chasseur esquivait autant que possible la discussion. Le jeune homme avait été en colère, pendant un temps, et peiné que son compagnon puisse préférer sa vengeance à une vie à ses côtés, mais son empathie lui permettait de relativiser, et de comprendre que ce n'était pas aussi simple. Hannibal ne préférait pas sa vengeance à lui, il voulait simplement en finir avec cette partie de son passé qui le hantait, et c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour y parvenir.

Un jour où il était parti à la recherche de Grutas, Will sortit pêcher. Il faisait bon, même un peu chaud avec le soleil qui réchauffait son dos, et il avait déjà fait plusieurs prises quand il leva la tête vers des rochers qui le surplombaient. Abigail s'y tenait accroupie, nue et sauvage, et ses yeux d'un blanc laiteux le fixaient.

« Abigail... » l'appela-t-il doucement, sur ses gardes.

Cette dernière sourit, révélant ses dents pointues, puis approcha lentement jusqu'à s'asseoir à côté de lui.

« Tu...me manques. » dit-elle, sa voix légèrement rauque, car elle ne parlait plus beaucoup.

« Tu me manques aussi, Abi. Tu peux venir quand tu veux, tu sais... » proposa Will.

« Je sais, Hannibal me l'a dit. J'ai seulement peur de...te faire du mal...si je reste trop longtemps. Même si ça va un peu mieux, pour ce qui est de me contrôler. »

« Comment c'est, d'être Wendigo ? Tu es heureuse ? »

« C'est avoir faim, souvent...mais c'est moins terrible que ce que je pensais. C'est sentir l'odeur du sang à des kilomètres...Mais c'est surtout être libre, se sentir fort, ne plus avoir peur, ne plus avoir froid, pouvoir courir plus vite que les cerfs...Et être en connexion avec le Dieu Wendigo. Oui Will, je suis vraiment heureuse. Et je le serai plus encore, quand je me contrôlerai aussi parfaitement qu'Hannibal, et que je pourrais venir plus souvent vous voir. »

Le pêcheur tendit lentement la main et la passa dans les cheveux sombres d'Abigail qui inspira profondément son odeur, puis se releva, lui annonçant qu'elle devait s'en aller. Il hocha la tête, et la regarda bondir sur les rochers et disparaître.

Les jours suivants, elle refit de petites apparitions,jusqu'à ce que ça devienne habituel, ce qui réchauffa le cœur de Will qui se sentait bien seul lorsque son compagnon n'était pas présent. Cependant, Abigail ne lui rendait pas une visite quotidienne, et elle passait pas mal de temps à l'extérieur, à détruire les statues du dieu-porc restantes, et à chasser. Un jour où il était seul, un homme entra dans la caverne alors qu'il terminait de réparer une lance. Il ne se présenta pas, exigeant de la nourriture immédiatement, et prêt à se battre si cela lui était refusé. Will n'aimait pas ses manières, mais il avait connu la faim, et même si le temps était beau, et le gibier abondant, il se disait que peut-être, l'inconnu n'avait pas eu de chance, et était agressif car en détresse. Il lui fit signe de s'asseoir mais resta sur ses gardes, sentant bien que malgré son souhait de voir le bien en tout être humain, l'homme était mauvais.

« Je vais vous donner de la viande, si vous me dites qui vous êtes. Moi, je m'appelle Will. »

« Grutas. » répondit l'homme, et il tendit les mains, montrant son impatience.

Will se figea, puis reprit ses esprits et lui remit de la viande, réfléchissant à toute vitesse pendant qu'il mangeait. L'homme que traquait Hannibal depuis des années se trouvait là, sous son nez. S'il le tuait, Hannibal n'aurait pas l'occasion de se venger, et il resterait un homme. Mais s'il optait pour cette solution, il privait le grand chasseur de faire ses propres choix, et il subsisterait peut-être toujours entre eu du ressentiment.

Ce qu'il lui fallait, c'était du temps, et garder cet homme là où il se trouvait. Il fit mine de s'intéresser à lui, lui demandant d'où il venait, et depuis quand il n'avait plus mangé, mais Grutas lui répondit que cela ne le regardait en rien. Will opta alors pour une autre tactique, jouant le jeune homme seul et apeuré, même si ça et là dans la caverne, il y avait suffisamment d'indices pour deviner qu'il ne l'était pas. Grutas ne semblait pas très observateur, et il était concentré sur la nourriture, alors Will tenta sa chance.

« Je suis un très bon pêcheur...pas un mauvais chasseur...Et je sais où trouver des fruits, et certaines plantes consommables. Je pourrais vous ramener de la nourriture, et vous...vous me protégeriez. »

« Contre quoi ? »

« Contre ce qui pourrait entrer ici...C'est un bon abri, j'ai eu de la chance que personne ne me chasse pour me le prendre. »

« Mmh...ouais. Ça pourrait se faire. Donne-moi du poisson maintenant. »

« Bien sûr... »

Will se leva et alla derrière Grutas. Ce dernier se tourna pour le voir prendre du poisson, puis il reporta son attention sur le reste de sa viande, et Will en profita pour enserrer son cou de ses bras puissants. L'homme était fort et il se débattit, et Will songea qu'il devrait peut-être lui briser la nuque car ça devenait dangereux pour lui, mais finalement, son corps s'affaissa, privé d'oxygène.

Immédiatement, le pêcheur plaça des liens autour des poignets et des chevilles de Grutas, et il le déplaça vers le fond de la grotte, regrettant d'avoir démonté la cage où Hannibal avait retenu Dortlich prisonnier.