Elle n'alla même pas aux funérailles. Au contraire elle profité de l'activité dans l'enceinte de l'école pour s'y introduire et chercher Kwëlane dans la forêt interdite. Ariana trouva la horde en moins d'une heure. À peine eut-elle fait un pas dans la « zone sensible » des centaures que trois jeunes mâles vinrent l'intercepter.
Assez caricaturalement ils bandaient leurs muscles, retroussaient leurs lèvres et exhibaient leurs armes. Leur position se voulait clairement intimidante mais elle laissait Ariana totalement indifférente. Ils transpiraient la masculinité et la dominance comme beaucoup de jeunes centaures. Ariana avait le double avantage d'être une femme et de rester calme, ce qui fut peut-être l'une des seules raisons pour laquelle ils n'attaquèrent pas tout de suite.
Ils la dardaient en s'approchant centimètre après centimètre. Ariana voyait leur dilemme. Ils ne voulaient pas se montrer hostiles les premiers mais s'apprêtaient tout de même à s'insurger de la moindre requête.
- Ariana ! Je croyais ne jamais te revoir ! C'est bon les garçons. Retournez donc aiguiser vos lames et fabriquer de nouvelles pointes de flèches.
- Kwëlane ! Comment vas-tu ?
La centaure galopait gaiement dans sa direction en faisant semblant de ne pas avoir vu le bond qu'avait fait les jeunes lorsqu'elle avait crié derrière eux. Ses traits avaient mûri mais sa silhouette était toujours aussi fine. Il n'avait fallu qu'une seconde à Ariana pour remarquer les plumes bleues prises dans sa tresse et qui se trouvaient aussi marquée sur son épaule équine.
Elle ne savait que trop bien ce qu'elles signifiaient, ou plutôt qui elles représentaient. Ariana avait toujours su que la relation entre Chilpéric et Kwëlane était plus complexe et profonde que ce qu'il y paraissait. Ariana avait évidement deviné les sentiments de Chilpéric pour la centaure mais avait toujours douté quant à leur réciprocité … jusqu'à ce qu'elle la voit pour lui annoncer la disparition de ce dernier.
Cela avait été un moment très dur. Kwëlane s'était effondrée et avait pleuré jusqu'au soir avant de pouvoir aligner un mot. Quand la nuit tomba et que l'obscurité et le froid menaçaient de les envahir, le patronus d'Ariana vint les éclairer et les réchauffer sans que cette dernière n'est rien fait.
La présence de l'aigle scintillant calma la centaure qui se mit à raconter toute son histoire avec Chilpéric, des moments dont Ariana avait été elle-même témoin mais aussi des fois où ils s'étaient vu seuls. Ariana était partagée entre la joie, a posteriori, pour ses amis et un mélange de frustration et de colère contre elle-même de n'avoir rien vu. Peut-être si elle avait su aurait-elle appuyé sur cette corde sensible pour le faire rester. Mais tout cela était loin derrière elles à présent, la douleur comme Chilpéric.
Malgré leur différence de taille, elles s'enlacèrent avec une aisance naturelle. Leur étreinte n'avait rien d'uniquement amicale, elle portait en elle une nécessité dévorante qui les poussaient à chercher le plus de contact possible. Lorsqu'elles se séparèrent enfin, elles remarquèrent au même instant que le patronus d'Ariana volait en cercle autour d'elles. En deux battements d'ailes silencieux il se posa sur l'épaule de la sus-nommée.
- Tu avais peur qu'un détraqueur nous attaque ?
- À vrai dire ce n'est pas du tout moi qui l'ait appelé.
- Il agit souvent de son propre chef ?
- Rarement.
- Je l'aime bien cet aigle, déclara Kwëlane en s'approchant pour effleurer la figure de l'oiseau. Mais dis-moi j'ai eu le temps d'y repenser depuis la dernière fois, ton patronus n'était pas un blaireau ?
- Effectivement. Tu te souviens bien. Il l'est resté jusqu'à mes 22 ans puis il a subitement changé pour un aigle qui n'en fait qu'à sa tête.
Chilpéric occupait, encore une fois, les non-dits. Avec cet aigle, ce lieu elles l'avaient toutes les deux à l'esprit mais aucune ne le mentionna. À quoi non puisqu'elles pensaient à la même chose sans avoir besoin de le dire ? Durant tout le reste de la journée la conversation s'établit sur deux vitesses : ce que l'on déclamait haut et fort et ce que l'on ne disait pas et qui restait aussi plein d'émotions que de vide de sens clair. Mais elles se comprenaient.
Pendant presque 3 ans Ariana vécut dans la région. D'abord elle s'établit à proximité de la horde des centaures pour rester avec Kwëlane. Plusieurs fois dans les bois elle rencontra un petit géant fort sympathique avec qui elle partagea sa vie pendant plusieurs semaines éparses ça et là. Mais lorsque la situation devint trop tendue à Poudlard elle s'en alla plus loin dans le soucis de ne pas rompre la promesse faite à son oncle, qui pesait aussi lourd que des chaînes sur ses épaules, ses bras, tout son corps.
Elle aurait voulu chasser les Carrows et interroger ce nouveau directeur qui malgré les apparences avait la tristesse et le doute chevillées à sa magie. Ariana aurait pu réussir. Elle sentait la résistance au cœur du château qui irriguait d'espoir tout le bâtiment devenu lugubre et méconnaissable.
Mais plus encore que tout cela, Ariana n'avait qu'une parole. Qu'elle ait donné à un homme mourant, à un homme plein de secrets, à une homme mort, ne lui importait pas et son oncle l'avait su. Pas une seconde ne lui vint l'idée de rompre son serment et ce malgré la colère qui bouillait en elle. Ariana s'installa donc dans une ferme plus loin qu'elle transforma rapidement en un terrain où les mangemorts ne venaient pas.
Elle se fit assez insignifiante et assez pouilleuse pour qu'ils perdent tout intérêt à ses activités. Elle gardait un grand champ pour élever toutes sortes de bêtes paissant. Au fond du-dit champ il y avait une vieille cabane en pierre abandonnée. Tous les soirs Ariana renouvelait un lit de paille et y laissait une couverture et un peu de nourriture. Tous les matins les victuailles avaient disparu et le lit de paille était plus ou moins bien refait. Elle n'avait jamais cherché à savoir qui venait dormir et manger là, de même qu'elle n'avait jamais rien fait d'autre pour la cause.
Un soir de mai 1998 elle s'installa sur le toit de sa maison et regarda au loin un point lumineux. Il se passait quelque chose à Poudlard. La magie qui se déployait là-bas la faisait frissonner et couvrait sa peau de chair de poule. Elle avait tant affûté sa sensibilité à la magie qu'elle entendit claire comme un murmure la voix susurrante du Seigneur des ténèbres.
Foutu Voldemort. Comment pouvait-il imposer un tel choix à des enfants ? Ariana savait bien qu'il les avait sous-estimé mais serait-ce assez pour gagner ? Tout dépendait d'un seul être : Harry Potter. Comme tous sorciers, Ariana connaissait l'histoire du garçon-qui-a-survécu mais son destin avait-il été assez prenant pour lui forger un caractère à sauver le monde ?
Ce fut une des nuits les plus longues de la vie d'Ariana. Elle se sentait impuissante au possible mais sentait presque sur son bras la poigne d'Albus qui la retenait. Il avait eu une confiance totale dans leur capacité à vaincre le mal mais une bataille restait une bataille.
Au petit matin tout se tut. Ariana avait senti le changement dans l'air, soudain plus léger, plus respirable. La bataille était terminée. Voldemort avait été vaincu. Harry Potter avait triomphé.
Une larme roula le long de la joue d'Ariana. Elle descendit de son toit, chargea un chariot de tout ce que sa maison contenait qui pourrait aider puis elle siffla très fort, très longtemps. Elle attendait à peine 5 minutes pour qu'un sombral arrive. Bien qu'elle n'est jamais pu voir ces créatures elle les sentait avec une précision proche de celle de la vision.
Elle harnacha le cheval et ils décollèrent sans délai pour le château. Ariana serrait les cuisses autour de ce corps invisible. Elle en sentait l'odeur et pouvait caresser son poil ras. Quoi que pour l'instant son attention était plutôt concentrée dans la direction dans laquelle Poudlard ne tarderait pas à apparaître.
Le vent du matin s'engouffrait dans ses cheveux. Ariana en profitait pour respirer à pleins poumons. Ce lui l'attendait là-bas n'allait sûrement pas être une partie de plaisir. Et en effet plus la silhouette du château grandissait, plus Ariana constatait les dégâts. Des murs écroulés, des couloirs explosés, des trous béants, du feu, des corps de sorciers ou d'animaux …
Poudlard portait là une blessure qui ne cicatriserait jamais. Au dehors tout semblait figée, seules la fumée et les flammes animaient les ruines. Ariana fit d'abord un tour en rase motte des alentours pour éteindre les incendies qui menaçaient de se propager puis atterrit dans la cour. Elle relâcha le sombral qui l'accompagna jusqu'à l'entrée du château avant de reprendre son envol. La porte gisait à terre en plusieurs morceaux.
Ariana ne s'arrêta pas avant d'entrer dans la grande salle. Elle faillit pleurer face au spectacle qui s'offrait à elle. Les morts d'un côté, recouverts de draps qui ne faisaient que souligner encore leur présence. Les blessés et survivants de l'autre côté, pleurant, poussiéreux, déphasés.
Son arrivée fit tourner plusieurs têtes. Malgré son aspect elle dénotait totalement avec ces gens marqués par la tragédie. Outre le sang qui maculait parfois leur vêtement ou leur cheveux ils avaient quelque chose au fond des yeux, quelque chose de brisé.
- Ariana !
Au moment où cette dernière leva les yeux pour voir qui l'appelait, elle eut du mal à reconnaître son propre père. Il était sur elle avant qu'elle ait fait un geste, la serrant dans ses bras comme si elle était celle dont la vie avait été mise en danger toute la nuit durant. Son exclamation, comme sa réaction soudaine, attirèrent l'attention.
- Je suis désolée. Albus m'avait fait promettre de ne me mêler de rien. Mais je suis là maintenant.
- Pour une fois ce vieux fou a eu raison, lui répondit son père en le serrant un peu plus fort.
Face à la situation Ableforth n'eut pas besoin de beaucoup d'arguments pour convaincre les rares personnes qui restaient de la bonne fois de sa fille. Elle lisait dans leurs yeux un respect pour ses cheveux blancs et ses pupilles bleues. Un respect pour les Dumbledores. Un respect qu'elle ne méritait pas donc.
Cela ne l'empêcha pas de faire ce pourquoi elle était venue. Ce pourquoi son oncle l'avait gardé hors du combat. Elle aida d'abord à soigner les blessés surtout ceux qui n'étaient pas humains, puis aida à reconstruire et à réparer. Elle était arrivée après la tragédie mais resta pendant des semaines et des mois, se donnant tous les jours à fond pour que Poudlard se remette de ses blessures. Le monde des sorciers avec lui.
Ariana ne le savait pas encore mais à partir de ce moment, elle ne quitterait plus le château.
Et voici donc l'avant dernier chapitre. Comme toujours n'hésitez pas à laisser une review et à la semaine prochaine pour le dernier chapitre !
