Avant-dernier chapitre. Bonne lecture !


Olivia Lynn était inquiète. Il était neuf heures et demie passées et son fils n'était toujours pas réveillé. Jamais il ne se levait aussi tard. Elle tenta de se convaincre qu'il n'était rien arrivé de grave, que Ryder allait bien mais elle n'y arriva pas. Elle grimpait les premières marches de l'escalier quand la voix de son mari l'arrêta.

─ Tu fais quoi ?

─ Je vais voir si notre fils va bien. Il est tard et il n'est pas encore levé. Ce n'est pas normal. Il lui est peut-être arrivé quelque chose. Imagine qu'il soit sorti et que... Ou bien qu'il ait fait une bêtise.

─ Je pense que tu te fais du souci pour rien, rétorqua Tomas. Mais je ne t'en dissuaderai pas n'est-ce pas ?

─ En effet. J'ai besoin de voir de mes propres yeux s'il va bien.

Elle monta donc les dernières marches qui la séparaient de la chambre de Ryder et s'arrêta devant la porte close. Elle appuya doucement sur la poignet et entrouvrit la porte. Elle passa la tête dans l'embrasure pour vérifier que son fils était bien là. La lumière du jour filtrait à travers les rideaux qu'il avait juste tiré. La chambre était légèrement en pagaille, des vêtements jonchaient le sol. Elle constata avec surprise que tout était en double : deux pantalons, deux T-shirt, deux caleçons...Le regard d'Olivia se porta donc sur son fils qui était effectivement dans son lit mais pas seul. Elle distinguait clairement deux corps enlacés à peine recouverts par le drap. Elle ne put retenir un sourire et referma la porte. Malheureusement pour elle, cette dernière grinça faiblement.

Olivia redescendit rapidement, espérant ne pas avoir réveillée les garçons.

─ Alors ? Notre fils est bien là ? demanda Tomas qui l'attendait dans la cuisine.

─ Je confirme. Je pense que tu devrais mettre une assiette de plus pour le petit-déj'.

─ Une … ? On attend quelqu'un ?

─ Nous non. Mais Ryder a invité quelqu'un à dormir.

Elle lui offrit un sourire entendu et la lumière se fit dans l'esprit de son mari.

─ OH ! Tu veux dire que Jake est là ? Dans le lit de notre fils ?

Olivia voyant le visage de Tomas se décomposer, contourna le plan de travail et posa une main sur son bras.

─ Et oui notre fils grandit. Promets-moi de ne pas lui faire la morale quand il descendra.

─ Il aurait pu nous prévenir tout de même.

Sa femme lui donna un coup de coude.

─ Nous étions absents je te rappelle. Alors maintenant tu ranges tes manières de rustre et tu te réjouis pour ton fils.

─ Mmmm.

─ Je suis sérieuse. Déjà que ta relation n'est pas au beau fixe avec Ryder, ne va pas envenimer les choses. Pas de réflexions déplacées d'accord ?

─ Je sais me tenir, riposta Tomas.

… … …

A l'étage, Ryder était réveillé depuis un moment déjà. D'habitude, il se serait levé mais il était trop bien dans les bras de Jake. Ce qu'il n'avait pas prévu c'est que quelqu'un vienne vérifier qu'il dormait. Sa mère à n'en pas douter. Il aurait donné cher pour voir sa tête lorsqu'elle avait découvert qu'il était en charmante compagnie. La porte grinça et il rouvrit les yeux.

Jake dont la main était posée sur son ventre bougea légèrement et colla un peu plus son corps au sien.

─ Salut, murmura le métis encore à moitié endormi.

─ Bien dormi ?

─ Tu es confortable.

Il fallut quelques minutes à Jake pour se réveiller complètement. Minutes pendant lesquelles, il ne lâcha pas Ryder.

─ Tes parents vont le prendre comment de me voir débarquer dans leur cuisine ?

─ Je ne sais pas mais ils sont au courant que je n'ai pas dormi seul. Ma mère est entrée dans la chambre.

Jake s'assit d'un bond sur le lit et Ryder l'imita.

─ Tu penses qu'elle a vu qu'on …

─ Ne portait rien d'autre qu'un drap ? Oui. Nos habits sont éparpillés sur le sol, elle n'aura pas manqué de le voir.

─ Et je suis censé faire comment pour me faire bien voir de tes parents ?

Ryder se pencha vers Jake et emprisonna ses lèvres tendrement.

─ Tu n'as pas besoin de les amadouer. Je suis sûr qu'ils te seront reconnaissants à vie pour m'avoir soutenu.

─ C'est gênant quand même.

Ryder se leva et enfila son bas de pyjama et un T-shirt puis il tendit un bas et un haut à Jake.

─ On va petit-déjeuner ?

Jake s'habilla à son tour.

─ Ton père est là ?

Ryder ouvrit la porte de sa chambre et écouta avec attention ce qu'il se passait en bas.

─ Oui. Désolé.

─ Ce n'est rien.

Les deux garçons descendirent et gagnèrent la cuisine. Le châtain entra en premier suivi de Jake. Ryder embrassa sa mère et salua son père. Le métis prit la parole.

─ Mme Lynn. Mr Lynn.

─ Bienvenu chez nous Jake, déclara Olivia en lui souriant. Vous avez faim les garçons ? Il y a des pancakes.

Les deux adolescents se mirent à table et commencèrent à manger en silence. Tomas les observait mais n'avait toujours pas décroché un mot. Sa femme l'entraîna dans la pièce à côté.

─ Tu pourrais faire un effort, chuchota-t-elle en jetant un coup d'oeil aux garçons pour voir s'ils ne les entendaient pas.

─ Mon fils ne me parle plus et j'ai attaqué son petit-ami. Je suis censé dire quoi ?

─ Tu sais très bien ce que tu as à faire. Mets ta fierté de côté.

Elle le poussa dans la cuisine et lui fit un signe de tête pour l'encourager. Tomas s'avança vers son fils et son copain.

─ Jake ?

Ce dernier releva la tête pour croiser le regard hésitant du père de Ryder.

─ Je tenais à te présenter mes excuses pour mon comportement à l'hôpital. Je n'aurais jamais dû réagir de la sorte.

─ Vous étiez sous le coup de l'émotion.

Le regard de Ryder passait de Jake à son père comme s'il suivait un match de tennis.

─ Ce n'est pas une excuse. M'en prendre à toi est inadmissible. Je m'en veux parce que je vois bien que tu rends mon fils heureux et c'est ce qui est le plus important à mes yeux.

Jake se leva et tendit la main vers Tomas.

─ Excuses acceptées, annonça le métis.

Le père de Ryder lui serra la main sous le regard effaré de son fils. Jake se rassit à côté de son petit-ami.

─ Je crois que je te dois aussi des excuses Ryder.

─ Oh tu crois ? répliqua le jeune homme en crachant presque ses mots.

Il sentit la main de Jake se poser sur sa cuisse et immédiatement, il se calma.

─ Je suis désolé d'avoir attaqué ton... petit-ami.

─ Tu n'imagines même pas à quel point j'ai été blessé de t'entendre utiliser les mêmes que mes agresseurs. Ça fait un an que Jake et moi on se cache parce que j'avais peur de ta réaction si tu l'apprenais. Et malheureusement, je n'avais pas entièrement tort. Ta réaction était plus que prévisible. Je sais que tu as un passif douloureux mais ça fait vingt cinq ans papa. Il faut vivre dans le présent, avancer. Pour Ian, pour moi, pour maman, pour Eric, pour Ben et surtout, pour toi. Tu verras, le jour où tu admettras que tu es homosexuel et que tu seras capable de le dire à haute voix, tu te sentiras plus léger.

─ Je suis tellement désolé Ryder, si tu savais.

C'était la première fois que le jeune homme voyait son père baisser la garde. Il sentit son cœur se serrer et se demanda s'il n'avait pas été trop loin.

─ Je sais papa.

─ Il faut que tu me pardonnes. J'ai retrouvé un fils, ce n'est pas pour en perdre un autre.

Ryder abandonna sa chaise et vint prendre son père dans ses bras.

─ Je n'oublie pas et il va falloir du temps pour que notre relation retrouve un semblant de normalité.

─ Je sais. Je vais tout faire pour me racheter.

Ryder se recula et Olivia rejoignit les garçons. Elle fit un bref câlin à son fils puis quelque chose lui attira l'oeil. Elle passa ses doigts dans le cou de Ryder.

─ Ô mon Dieu ! C'est quoi ces bleus que tu as là ?

Elle se tourna vers Jake qui parut surpris. Il leva les mains en l'air.

─ Je vous jure que je n'y suis pour rien Mme Lynn.

─ Mais bien sûr, fit la jeune femme sceptique. Vous allez vraiment me faire croire que ce ne sont pas des suçons ?

─ Maman !

─ Quoi ? J'ai été jeune moi aussi.

─ Oui et bien regarde mieux au lieu de tirer des conclusions hâtives. Il s'est passé quelque chose hier. Un gars du lycée a voulu m'étrangler pour venger son frère. C'était un de mes agresseurs. Jake l'a neutralisé.

─ Pourquoi n'avons-nous pas été prévenus ? demanda Tomas.

─ Je n'ai pas voulu vous inquiéter. Il a été arrêté et renvoyé. Je vais bien, je vous le promets. Maintenant, si vous voulez bien, on va aller se doucher.

─ Tu passes la journée avec nous Jake ? demanda Olivia.

Le jeune métis regarda son petit-ami qui lui sourit.

─ Si vous n'y voyiez pas d'inconvénients ?

─ Aucun. Appelle-moi juste Olivia.

─ Merci Olivia.

Les deux garçons montèrent à l'étage et s'enfermèrent dans la chambre de Ryder. Le châtain se laissa choir sur son lit en poussant un soupir de soulagement.

─ Ça c'est plutôt bien passé, fit remarquer Jake en s'asseyant à côté de son petit-ami.

─ Oui.

─ Pourtant, ça n'a pas l'air d'aller.

─ Si c'est juste que je n'ai pas l'habitude de voir mon père comme ça. C'est la première fois que je le vois touché par la situation. Habituellement, il ne laisse rien paraître. Ça m'a fait bizarre, c'est tout.

─ Ça prouve juste qu'il est humain.

Ryder se mit debout et enleva son polo dans le but d'aller prendre sa douche. Jake se leva à son tour et vint faire courir ses doigts le longs des différents hématomes du jeune homme. Il les avait vu hier mais à la lumière du jour, le rendu était différent.

─ Je crois que tu as un bleu de plus par rapport à hier, fit le métis.

─ Ah oui ? Tu les as comptés ?

─ Non. Mais je peux dire que si ta mère avait vu celui-là j'aurais été obligé de plaider coupable.

Ryder se précipita dans la salle de bain et se tordit dans tous les sens devant le miroir pour voir de quoi son ami parler.

─ Qu'est-ce que tu as fait ? Je ne vois rien.

Jake plaça son pouce juste entre l'omoplate et l'épaule et commença un tracer un cercle.

─ Il semblerait que je me sois laissé aller. J'ai marqué mon territoire si tu préfères.

Ryder fit volte-face.

─ T'es intenable. Et possessif.

Toutefois, il ne put s'empêcher de l'embrasser. Il mit fin au baiser avant que ce dernier ne devienne trop intense et qu'ils perdent le contrôle.

─ On devrait vraiment se doucher, chuchota-t-il entre deux baisers.

Jake se détacha du châtain et tourna les talons. La main de Ryder lui agrippa le poignet.

─ Tu vas où comme ça ?

─ Et bien, je te laisse te laver.

─ On pourrait peut-être allier l'utile à l'agréable, fit d'une voix malicieuse le jeune homme.

─ Avec tes parents au rez-de-chaussée ?

─ Tout de suite, l'esprit mal tourné. Nous deux sous la douche sans forcément faire des choses compromettantes te semble impossible ?

─ Difficilement envisageable en effet. Tu joues avec ma patience depuis qu'on est monté.

Ryder le lâcha et prit un air offusqué.

─ Moi ? Tant pis. Mais si tu changes d'avis, la porte ne sera pas fermée.

Il se retourna de sorte à ce que Jake ne voit pas son sourire amusé et enleva son pantalon pour se glisser sous la douche. Chose qu'il fit sans adresser un regard au métis. Ce dernier n'avait pas loupé une seconde du spectacle offert par Ryder. Il se dirigea vers la porte et la ferma à clé ce qui ne fit qu'accentuer le sourire de son ami.

Il se déshabilla et pénétra à son tour dans la cabine de douche. Ryder fit mine de ne pas l'avoir remarqué et continua de se savonner. Jake pressa son corps contre le sien et bien que Ryder fit son maximum pour ne pas réagir, son corps se tendit à ce contact. Le jeune métis enroula ses bras autour de la sa taille et ses mains se posèrent juste sous son nombril. Il commença par embrasser son épaule puis remonta lentement jusque derrière son oreille. Ryder se sentit perdre pied et ne put retenir un gémissement.

─ Je te déteste. Je te rappelle que mes parents sont en-bas.

─ Mmmm, je sais. Tu n'avais qu'à pas insister pour que je te rejoigne.

─ On va ressortir tous les deux frustrés de cette douche.

─ Tu me mets au défi ?

Ryder ne put répondre car déjà la main de Jake s'aventurait plus bas.

─ S'il te plaît...

Il était en train de le supplier sans trop savoir si c'était pour qu'il arrête ou au contraire pour qu'il continue. Tout se mélangeait dans sa tête. Il attrapa les poignets de Jake pour l'immobiliser puis se retourna. Il le plaqua contre le mur et commença à l'embrasser avec passion. Ils furent toutefois stoppés dans leur élan.

─ Aaaah ! C'est glacé ! s'écria Ryder en s'écartant de Jake.

L'eau qui coulait sur leur corps avait brusquement changé de température. Le métis s'éloigna du mur et les deux garçons réalisèrent que dans leur fougue, ils avaient accroché le robinet. Ryder s'empressa de corriger leur bêtise. Puis les deux amoureux partirent dans un fou rire incontrôlable.

─ Je crois que c'est un signe, déclara Jake.

─ Une punition plutôt, rectifia Ryder en frissonnant.

C'était lui qui avait pris de plein fouet le jet d'eau glacé. Les deux adolescents profitèrent encore de longues minutes sans tenter le diable à nouveau. Ils finirent par sortir et s'habiller avant de s'installer confortablement sur le lit de Ryder. Ce dernier alluma son ordinateur et commença à faire des recherches pour le concert à venir. Avec les conseils de Jake, ils sélectionnèrent quelques chansons.

─ Tu sais, j'ai eu une idée pour rendre ton projet encore plus intéressant.

─ Vraiment ? Et à quel moment cette idée a-t-elle germé ? Pendant qu'on faisait la pizza, que tu prenais soin de moi ou sous la douche ?

─ Et après c'est moi qui suis intenable. Tu veux savoir ou pas ?

─ Oui. Vas-y.

─ On pourrait passer des extraits de films sur chaque chanson. Je suis sûr qu'Artie nous fera ça très bien.

─Ton idée est excellente. Mais je demanderai aux enfants de l'hôpital si parmi eux il y en a un qui serait capable de le faire.

Les garçons restèrent enfermés dans la chambre de Ryder toute la journée. Les heures s'écoulèrent bien trop vite à leur goût et il fut bientôt l'heure pour Jake de partir. Les deux garçons se rendirent sous le porche, leurs doigts entrelacés.

─ J'ai passé une super journée, déclara le jeune métis.

Puis il se pencha vers Ryder.

─ Et une nuit encore meilleure, chuchota-t-il.

Il put voir le jeune homme rougir et l'embrassa amoureusement.

─ Moi aussi j'ai passé un bon moment. Et si je m'écoutais je ne laisserais pas partir.

Ils s'enlacèrent encore quelques instants puis Jake s'en alla. A peine Ryder avait-il rejoint sa chambre que son téléphone vibrait.

De Jake : Je t'aime.

Je t'aime. Tu me manques déjà. A lundi.

De Jake : Moi ou mon corps ?

Pervers ! Les deux...


J'espère que ce chapitre vous a plu. Le prochain (et dernier) se portera sur le concert. A mercredi.