Chapitre 13 : Une petite fée …
« Eky ? » La tête de mon frère apparait dans l'entrebâillement de la porte. Je suis étendue sur mon lit, le visage caché dans mon oreiller, complètement désespérée. Comment puis-je lutter contre une fille comme ça ? « Eky, chérie… est-ce que ça va ? » s'inquiète Will en s'asseyant près de moi tout en caressant mon dos pour m'apaiser.
« A merveille… » je bougonne, une boule dans la gorge. Je m'efforce de ne pas pleurer pour ne pas ruiner mon maquillage. Ruiner mon maquillage… C'est la chose à laquelle je pense. Mon esprit s'emploie, avec force et conviction, à ignorer les faits ; à ignorer cette fille sublime au bras de Nishikado-san ;à ignorer la douleur lancinante qui m'empêche de respirer…
« Erin-chan, » chuchote la voix d'Akira. Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Je ne veux pas qu'il me voit comme ça… A côté de moi, le lit s'affaisse, me signalant que mon ami vient lui aussi de s'assoir près de moi. « Erin-chan, ne te caches pas s'il te plait. Regarde-nous, » me demande-t-il d'une voix douce et apaisante. Comme pour m'encourager à accéder à la requête d'Akira, mon frère m'attrape avec douceur par les épaules et me force à me redresser. Une fois assise face aux deux garçons, je garde la tête basse. Je veux qu'ils s'en aillent, je ne veux pas qu'ils me voient dans cet état : si fragile, si vulnérable… Je déteste ça. Akira me relève la tête et je comprends que ma détresse doit se lire sur mon visage, car son regard se fait douloureux et compatissant, et spontanément, il m'attire à lui et me serre dans ses bras, en me caressant les cheveux. Je me blottis contre son torse, enfouissant ma tête dans son cou, et m'abandonne à cette étreinte, soulagée de partager mon fardeau, ma douleur. A ce moment précis, sa présence, sa chaleur et son affection me sont indispensables, presque vitales. Sans me lâcher, Akira me murmure :
« Allons, Erin-chan, tout va bien. Calme-toi, je t'en prie. » Je suis à deux doigts de fondre en larmes et, comme s'il l'avait deviné ou ressentit, il me serre plus fort dans ses bras en chuchotant des paroles de réconfort, et je m'apaise. A nouveau la porte s'ouvre et se referme. Je n'ai ni la force ni l'envie de me détacher d'Akira et de relever la tête pour voir si c'est Will qui est sorti ou quelqu'un qui est entré. Le son des pas étouffés sur la moquette me parvient, et j'en déduis que quelqu'un s'est joint à notre petite réunion des Désespérés Non-Anonymes ; mais pour autant, je ne quitte pas l'étau protecteur des bras de Mimasaka-san. Je me fous de qui c'est, et de ce qu'il pourra bien penser : je suis bien où je suis, et j'y reste ! Peu à peu la douleur qui oppressait ma poitrine disparait et ma respiration se fait plus posée et régulière.
« Yokoshi-chan… » Rui… Lui aussi est inquiet. Cette constatation me touche profondément. Dans cette pièce les trois garçons ne sont là que parce qu'ils s'inquiètent pour moi, parce qu'ils… m'aiment ? Cette réflexion finit de détruire les dernières traces du désespoir et tout mon corps se détend. Akira a dû le sentir parce qu'il desserre son étreinte et me redresse par les épaules pour me sonder du regard. Mince… j'étais bien là ! Je n'aurais pas dû me détendre peut-être … Attends c'est quoi ça ?! Il m'a pris dans ces bras pour me réconforter et basta ! Fallait bien que ça s'arrête à un moment. … Vraiment ? Cette pensée me fait sourire. Un sourire qui n'échappe pas à mes trois compagnons :
« Ah voilà qui est mieux ! » s'enthousiasme Will en poussant un soupir de soulagement. Je sais que j'ai dû lui causer du souci… Il déteste me voir comme ça…
« Yokoshi-chan, » reprend Rui, « je sais que voir Sojiro arriver avec Ran, t'a surprise et visiblement blessée. » Bravo Rui ! Quel sens de l'observation : tu veux une image ? … Tiens je recommence mes réflexions silencieuses narquoises : je vais mieux ! Je ne serais pas un poil versatile, moi ? « Moi aussi d'ailleurs. Si tu l'ignores encore, jamais Sojiro n'arrive à une soirée avec une femme. Jamais. En général, il repart avec une fille, mais… se présenter à une soirée avec une fille, ça équivaudrait à s'afficher en couple ! »
« Ouais… » souffle Akira en fronçant les sourcils, dubitatif. « Et Sojiro, la simple mention du mot couple le fait fuir comme un *onigiri devant Makino* ! »(*expression originale d'Angie.)
« En gros : un mec libre, » ajoute mon frère. Will a définitivement rayé le mot « couple » de son vocabulaire après s'être fait largué comme une vieille chaussette en cinquième. Elle s'appelait Cassie, portait des couettes avec des petits rubans rose et l'a échangé avec sa copine Julia contre un chewing- gum à la fraise : forcément il l'avait mauvaise …
« Exact, » rétorque Rui avec un sourire amusé et désabusé. « J'ai donc été aussi surpris que toi, Yokoshi-chan. Mais contrairement à toi, j'ai eu tout le temps du trajet pour y réfléchir. Et je pense que c'est bon signe. »
« Huh ? Tu veux bien répéter s'il te plait, Rui-san. Je crois que j'ai mal compris… » Je suis effrayée par ses paroles. Il est en train de devenir fou ! En quoi le fait que le mec de mes rêves se ramène avec une bombe sexuelle à MA soirée est un bon signe pour moi ? Apparemment les deux autres sont aussi incrédules que moi : au moins c'est que je ne suis pas débile… ou on l'est tous les trois !
« En fait, je n'aurais jamais cru que ce soit bon signe, si j'étais sûr que tu nous ais tout dit à propos d'hier … » Arf ! Il est doué ! Il la mérite son image.
« Tu ne leur as rien dit ? » s'étonne Will.
« Parce que lui, il sait ! » s'offusque Akira. Ils me font marrer ! On dirait des collégiennes : « Quoi t'as dit ton secret à elle et pas à moi ?! » Ridicule ! Et dire que ces types sont des tombeurs adulés par tous, Will y compris ! Eh ben mon vieux…
Pour éviter une dispute – inutile et stupide – mon frère leur fait part de ce que je lui ai raconté. Tout le long de l'explication de Will, les deux garçons se jettent de regards surpris, et enfin quand mon frangin arrête de parler, ils plongent leurs yeux dans les miens.
« Quoi ? » je me défends sans avoir été agressée. Pourquoi ils me regardent comme ça ?
« Alors, je suis d'accord avec toi, Rui, » finit enfin par lâcher Akira.
« Oui, je crois qu'en fait… on ne te sert pas en grand-chose, » commente Hanazawa-san. Huh ? Eh non, ne dis pas ça ! Ça veut dire que vous allez m'abandonner ? Mais je n'ai pas envie… Les moments passés avec les deux garçons cette semaine, ont été de vraies bouffées d'oxygène. Même si les séances étaient douloureuses, je me sentais bien : entourée, choyée, protégée… Non, je ne veux pas que ça s'arrête ! Mais qu'est-ce qu'il me prend ?! Je deviens maso, ma parole ! « A la lumière de ces révélations, » reprend solennellement Rui, « je crois pouvoir affirmer sans me tromper, que s'il a amené Ran ce soir, c'est justement à cause de toi ! On dirait bien que tu as fait ton petit effet, Yokoshi-chan. Il s'est montré… faible hier, il veut –se- prouver le contraire : il redevient Nishikado Sojiro aux yeux de tous, et aux tiens particulièrement. » Alors là je suis sur le cul ! C'est pas croyable… « Voilà ce que tu vas faire… »
Et Rui se lance dans l'explication de son plan diabolique, ponctué par les remarques de Will et Akira, tandis que moi, je suis cet échange, incrédule. Je n'en reviens toujours pas : Ran – Dieu que je hais ce nom ! – est son…bouclier ? Talisman ? Amulette ? Contre moi ? Qui l'eût cru !! Après s'être assurés que j'avais bien tout compris – je ne suis pas stupiiiiide Rui !!- les garçons s'éclipsent pour rejoindre le reste de la bande, me laissant seule avec Will, le temps de me rendre à nouveau présentable. Tandis que j'observe mon reflet dans le miroir pour constater les dégâts de mon effondrement, Will –qui m'attend pour descendre- me demande :
« Tu vas mieux ? » Hum, un petit coup de laque sur les cheveux…
« Hum, hum, » je réponds distraitement en remettant une touche de mascara. Rahh, pourquoi il faut toujours qu'on ait la bouche grande ouverte pour mettre du mascara ? C'est con quand même ! Ce qu'on a l'air idiot !
« Bien. Et tu es sûre de vouloir faire ça ? Je ne parle pas du plan de Rui, qui est ingénieux et sera très certainement couronné de succès, » explique-t-il en venant se placer derrière moi, le menton sur le haut de ma tête. Pourquoi faut-il toujours qu'il me rappelle que je suis si petite ? Ou plutôt lui si grand ! Il plonge son regard d'émeraude dans mon reflet et nous nous observons par le biais du miroir. « Mais est-ce vraiment ce que tu souhaites Eky ? »
« Oh tu m'emmerdes !! Tu me l'as déjà demandé tout à l'heure, et je t'ai déjà dit que OUI !! »
« Oui, mais plus encore maintenant, j'en doute ! Tout à l'heure, je n'avais pas encore vu… » Un dernier coup d'œil : une retouche de gloss…
« Will, n'insiste pas ! » Hop, j'allais oublier : mes comprimés ! Mieux vaut prévenir que guérir. Et si je veux être suffisamment détachée et détendue ce soir : un vert.
« Eky, tu es sûre que tu as besoin de prendre ça ? » Je lui jette un regard peu avenant et avale un cachet bleu aussi en entraînant mon frère désapprobateur par la main :
« Bien, allons-y, on nous attend ! »
PoV Nishikado Sojiro.
Vautré dans un fauteuil, un verre à la main, entouré de toutes ces filles qui jacassent et minaudent, j'en ai déjà marre. Elles m'agacent parfois ! Et puis Ran qui me colle comme un chewing gum à une semelle… Elle se comporte comme si je lui appartenais : elle n'a encore rien compris ! Pourtant ce n'est pas faute de lui avoir dit en long, en large et en travers… Et puis, encore une fois, je repense à elle ; à son visage quand je suis entré au bras de Ran. Bon sang, j'ai cru qu'elle allait se mettre à pleurer ! Et puis elle a disparu. Elle est repartie à l'étage, et peu après son frère –William, je crois- l'a suivie, et un autre que je connais bien. Akira… A quoi il joue lui aussi ? Pourquoi il lui court après ? Et ce regard qu'il m'a lancé quand j'ai dit que j'irai à la fête avec Ran. J'ai bien cru qu'il allait me faire une scène ! Il est jaloux ma parole ? Enfin il redescend. Avec Rui ? C'est quoi ce plan ? Pourquoi ils tournent autour de Yokoshi comme ça ? Va falloir mettre les choses au clair ! Je ne veux plus voir personne s'approcher d'elle ! Akira et Rui se dirigent vers moi et je serre les poings pour contenir ma colère. Ou serait-ce de la jalousie ? Sans dire un mot, les garçons s'asseyent à côté de moi en chassant les filles d'un geste de la main comme on chasse une mouche. Et puis, je ne tiens plus :
« Qu'est-ce que vous faisiez là-haut ? » me devance Tsukasa. « Si il y une petite fête privée, pourquoi on n'est pas convié ? »
« Pas de fête privée, Tsukasa, » répond laconiquement Rui. « Je voulais juste parler à Yokoshi-chan. »
Je n'aime pas du tout la façon qu'il a d'appuyer sur le Yokoshi-chan, ni le sourire stupide qui s'étire sur son visage. C'est une blague ? Je n'en supporte pas plus et d'un ton que je voudrais détaché, j'enchaîne :
« Avec Akira ?, » je souligne d'un air équivoque. « Et puis vous lui voulez-quoi à cette fille ? C'est chiant de vous voir toujours graviter autour d'elle ! Y'en a d'autres ! Et des mieux ! » Putain, Sojiro t'emballes pas ! De toute façon, ils peuvent bien se taper qui ils veulent, je m'en fous ! … Mais je préférerais tout de même que ce ne soit pas elle …
« Peut-être, » fait Rui songeur, les yeux dans le vague. Peut-être ?? Comment ça peut-être ?
« Ouais, tu l'as dit, Sojiro ! Ce soir la chasse et ouverte ! » s'exclame Akira fidèle à lui-même. Ah, je retrouve enfin mon pote ; j'ai eu peur qu'elle lui ait tourné la tête à lui aussi… « Même si ça manque de femmes mariées, » regrette-t-il.
« Tu peux toujours aller voir Nana, » lui propose Rui. Nana ? Jamais entendu parler…
« Nana ? » demande Tsukasa. Apparemment je ne suis pas le seul. J'ai l'impression sur Rui et Akira font leurs coups en douce…
« La gouvernante, » répond-il d'un ton égal. « Bien que je ne pense pas qu'elle soit mariée. »
C'est plus fort que moi, je démarre au quart de tour : « Comment tu connais la gouvernante ? » Mon ton est agressif et je le fusille du regard. Mais je déraille complètement ! Rui est mon pote, qu'est-ce qu'il me prend de l'agresser comme ça ?
« Je suis déjà venu ici. Plusieurs fois. » Cette fois, il me défie ouvertement du regard et je sens les autres se tendre. Akira s'est rapproché de moi ; Shizuka dévisage Rui, surprise ; le regard de Makino incrédule, passe de Rui à moi à plusieurs reprises ; même Tsukasa l'insensible s'est redressé attentif. Je m'apprête à répliquer mais des murmures admiratifs s'élèvent de la masse des invités. Je suis leurs regards qui convergent vers l'escalier et j'ai le souffle coupé. Yokoshi-san - ma Yokoshi-chan – descend les escaliers au bras de son frère. Ils ont beaux. Tout simplement beaux. Lui, un sourire fier et charmeur, une prestance folle et des yeux verts pétillants. Les mêmes yeux qu'elle… Elle, telle une petite fée, légère, presqu'aérienne, radieuse et incroyablement belle. Ses boucles brunes qui tressautent et frôlent ses épaules – comme j'envie alors ces boucles et leur liberté de mouvement - son sourire éblouissant, qui illumine ses yeux d'émeraude translucides. Cette vision gonfle mon cœur à tel point que j'ai peur qu'il explose. J'en oublie Ran, si fade à côté d'elle ; Rui qui n'a pas plus d'importance alors qu'un vulgaire moucheron ; et tous les autres sont invisibles. Je voudrais qu'ils partent tous, maintenant. L'avoir rien que pour moi, la dévorer des yeux. Revenir en arrière, à hier soir, et ne pas fuir comme un lâche. Je fais un effort surhumain pour ne pas me précipiter vers elle et la prendre dans mes bras.
Arrivés en bas des escaliers, les deux Donnelly s'égayent parmi la foule des invités, pour accomplir leur devoir d'hôtes. Elle valse d'un groupe à l'autre, une flûte de champagne à la main, en parfaite hôtesse. Un mot pour chacun, des sourires aimables et des gestes attentionnés pour tous, et je suis incapable de la quitter des yeux. On dirait un lutin, ma petite fée : elle volète, sautille de groupe en groupe, légère et heureuse, tellement touchante que s'en est douloureux. D'autant plus douloureux qu'elle semble m'ignorer royalement. A-t-elle déjà oublié ce qui c'est passé hier soir ? Ou n'en a-t-elle simplement rien à faire ?
Une bonne heure passe avant qu'elle ne daigne venir nous saluer. Eh quoi ! On est le F4 tout de même ! Nous aurions dû avoir la priorité !
« Oh Tsukushi-chan, tu es venue ! » s'exclame Yokoshi en étreignant Makino.
De manière plus réservée, William nous salue en nous serrant la main. Un mot de bienvenue pour nous, un compliment pour ces demoiselles : il est parfait dans son rôle. Rui présente Shizuka à Yokoshi et, à en juger par les francs sourires et les mots qu'elles échangent, entre elles le courant semble passer immédiatement. Etrange… Elles devraient plutôt être en concurrence. A moins que… Rui ait définitivement renoncé à l'amour de Shizuka. Ils sont bons amis et si Rui et Yokoshi sont ensemble, il est normal que… OK STOP !! Arrête de penser à ça ! Tu n'as aucune certitude à ce sujet. Après quelques échanges ; polis avec Tsukasa ; chaleureux avec Makino et Shizuka ; complices avec Akira et Rui ; elle se tourne enfin vers moi :
« Nishikado-san, tu manques à tous tes devoirs, » me dit-elle avec un sourire frondeur. « Tu ne m'as pas présenté ta charmante compagne. » Elle se fout de ma poire là ?! Et puis sans attendre ma réponse, elle se tourne vers Ran avec un grand sourire et lui tend la main : « Donnelly Yokoshi, ravie de faire ta connaissance. »
« Kimura Ran. » Soudain, Ran me semble terriblement empotée et inutile. Et cette pensée me dégoute, je me dégoute de penser comme ça. Au fond Ran ne mérite pas ça…
Puis prenant la place qu'Akira lui cède, elle s'installe avec nous et enjouée elle assure la conversation. Je n'écoute rien de ce qui se raconte, je me contente de la dévorer des yeux : ses petits pieds qui s'agitent comme s'ils avaient envie de sautiller et danser, chaussés dans des ballerines bleues nuit satinées ; ses jambes fines et halées qui se croisent et se décroisent tout aussi impatientes que les pieds, laissant glisser un peu plus à chaque fois le voile de sa robe, découvrant toujours plus de sa peau dorée au dessus du genou. Ok, passe tout de suite à autre chose ou ça va mal finir ! Sa taille fine marquée par le bustier moulant ; ses mains qui jouent nerveusement avec sa flûte vide ; je passe succinctement sur sa poitrine de peur de m'enflammer à nouveau ; et mes yeux s'égarent sur ses épaules nues avant de passer à son visage : ses traits réguliers ; ses yeux verts hypnotiques ; des petites et très légères tâches de rousseur que je n'avais pas encore remarqué et qui lui donne un air frais et candide ; ses lèvres vermeilles en perpétuel mouvement… Quel goût ont-elles ? Est-ce que … Wow ! Sojiro, merde relax ! Trouver quelque chose pour détourner mon attention, vite !! Sa flute est vide, je lui tends la mienne et elle l'accepte avec un sourire désarmant. Oh ça ne s'arrange pas ! Et je me lève pour aller en chercher une autre. J'attrape un serveur au passage, m'envoie une coupe cul-sec et en prends une seconde, tout en me dirigeant vers l'entrée : j'ai besoin de prendre l'air !
Une fois dehors, je fais le vide dans ma tête en sirotant mon champagne, quand Shizuka me rejoint :
« Oh Sojiro, je me demandais où tu étais passé ! »
« Il faisait trop chaud, j'avais besoin d'air frais, » je réponds sincère. Pour faire chaud, il fait très chaud !
« Tout comme moi ! Tu passes une bonne soirée, Sojiro ? Tu me sembles… effacé ce soir. Quelque-chose ne va pas ? » s'inquiète mon amie. Si tu savais… Je bouillonne !!
« Non tout va bien Shizuka, ne t'inquiètes pas. » Bah bien sur, tout va bien ! C'est pas comme si j'avais eu envie de casser la gueule à l'un de mes meilleurs potes ! « C'est juste qu'avec cette pipelette de Yokoshi-san, il est impossible de placer un mot ! » J'arrive même à croire à ma propre excuse : évidemment, c'est la seule raison qui puisse expliquer mon mutisme. Evidemment…
« C'est parce que tu ne fais pas d'effort ! » me reproche Shizuka en riant. « Elle est vraiment intéressante, et charmante… Allons Sojiro, toi le spécialiste, tu n'a pas pu passer à côté : elle est craquante ! » Je marmonne pour ne pas hurler que oui, je craque complètement, et Shizuka reprend : « Et toi tu en penses quoi ? »
« Huh ? »
« Yokoshi-chan et Rui ? » A la seule mention de cette association et tous les sous-entendus qui l'accompagne, je serre les dents et maudit Rui sur trois générations. Allez, disons 5 pour voir large ! Je me sens d'humeur généreuse aujourd'hui. « Tu crois qu'il y a quelque chose ? » Il ne lui a rien dit ? Alors c'est juste le charisme de Yoko qui a charmé Shizuka. Et donc, il est possible que…
« J'en sais rien en fait, ils semblent proches mais pas assez pour des amants, non ? » Je t'en prie Shizuka dis-moi que j'ai raison !!
« Hum … Je crois que sur ce point, tu as raison, » Amen !, « ils n'en sont probablement pas à ce stade là » Huh ? Quel stade ? Il n'y a RIEN entre eux ! « Mais Rui est vraiment très protecteur avec elle, ça ne m'étonnerais pas qu'il y ait quelque chose. » Je vois rouge, je ne supporte pas l'idée que Rui et moi nous opposions sur ce terrain. Je perdrais : il est sensible, compréhensif et sympa, le mec qui fait craquer les filles sans qu'elles s'en rendent compte.
« Non. Elle n'est pas faite pour Rui. » Je tente de m'auto-persuader, si j'ignore encore ce que je ressens vraiment pour cette fille, je sais que je ne VEUX PAS la voir avec Rui, ni aucun autre d'ailleurs. « Ni Rui pour elle. Ils sont trop différents. Et puis Rui est fait pour toi, non ? » Voilà qui simplifierait la donne…
« Non Sojiro, et Rui a enfin compris que nous sommes des amis, seulement des amis… » Bah bien sur, et la marmotte … « Allez rentrons, il fait froid ! » décrète Shizuka en grelottant
Une fois rentré, j'ai un besoin à satisfaire et je fausse compagnie à Shizuka : « Je te rejoins, je vais me laver les mains. » Comme on dit, je suis une princesse – enfin un prince, quoi - je ne fais ni pipi ni caca, du coup je dis des trucs comme : je vais me laver les mains … Que ne ferait-on pas pour rester un fantasme ! Pitoyable !
Un peu perdu, je longe un long corridor quand : « Je vais bien, » hurle la voix de ma fée derrière une porte fermée. Puis ladite porte s'ouvre en grand laissant le passage à une Yokoshi fulminante.
