14.
- Oshryn !
- Tu me fais mal, Skemdel…
- Désolé de te secouer comme un prunier, mais tu m'as inquiété, tu ne te réveillais pas et tu étais le dernier de la passerelle à n'avoir pas recouvré tes sens !
- Que s'est-il passé ? Ou plutôt, c'était bien des grenades incapacitantes comme le disait Beebop ?
- Selon toute évidence. Elles nous ont instantanément paralysés et ont au passage désactivé notre Beebop.
Le regard d'Oshryn fit le tour de la passerelle où membres de leurs propres Commandos tentaient d'opérer des relevés et où des infirmiers dispensaient quelques premiers soins à ceux encore trop sonnés par la décharge paralysante libérée par les grenades.
- On ne les a pas vu venir, ils n'ont pas été détectés ces intrus. On aurait dit des Caméléons, comme Kropion !
Le second blond tressaillit, réalisant qu'une personne de la passerelle manquait à l'appel.
- Où est Alérian ? Il a été plus sérieusement touché ?
- Alérian a disparu. Ce commando de Caméléons a dû l'enlever !
- Mais pourquoi ? se récria Skemdel.
- Je ne vois pas d'autre conclusion possible, amour, murmura le blond second du Firestarter, vu que notre Amiral n'est plus à bord, selon toute évidence, et qu'il n'avait pu que s'écrouler au sol juste à côté de ma console suite à ces grenades incapacitantes… Mais qui, et pourquoi, aurait-on kidnappé Alie. Si ce sont des entités des Abysses, c'est idiot puisque nous venions vers ces coordonnées !
- Un ennemi du passé, ou d'ailleurs, souhaitant qu'il ne soit jamais un adversaire pour eux ? hasarda l'Officier Scientifique du Firestarter.
- Possible. Nous avons eu tant d'expériences tordues par le passé, gronda Oshryn en se levant, encore un peu pris de vertiges, mais l'esprit à nouveau clair. Il faut retrouver notre Amiral !
- Alors qu'on ne sait pas par qui et comment il a été enlevé, et donc emmené ? remarqua Skemdel.
- On a déjà eu plus maigres comme infos… avoua Oshryn, dépité et angoissé quant au sort de son ami.
- Je peux aider ?
Les portes de la passerelle du Firestarter s'ouvrirent sur un colosse tatoué : Kropion.
- C'est un peu tard, garde du corps, ton client a été enlevé ! aboya Oshryn.
- Je sais. J'avais ouï rumeur que les miens projetaient un plan en ce genre, sans y croire. Je ne pouvais pas non plus les trahir. Si j'avais été à bord, j'aurais été soupçonné de complicité, sans peut-être pouvoir me défendre, et je n'aurais eu aucune excuse… Maintenant, je peux agir, contre les miens, et pour mon ami.
- Comment as-tu pu arriver… ? s'étrangla Skemdel.
- Skem, je suis sûr que Kropion a toujours été à bord ! intervint Oshryn. Nous avons à nous expliquer, tous. Réunion !
- Et pour notre Amiral ? insista Skemdel.
- Nous saurons quoi faire, quand nous comprendrons, décréta son blond mari.
Sonné, en proie à une effroyable migraine, Alérian reprit péniblement conscience, son environnement immédiat flou et cotonneux encore, ses oreilles ne captant aucun son.
Tentant de bouger, il réalisa qu'il était menotté – pieds et poings – sur une sorte d'autel, la position incroyablement inconfortable, l'atmosphère glacée au possible.
- Génial, je ne sais même pas qui et pourquoi on m'a enlevé de ma passerelle, mais je n'ai pas l'impression que ce soit pour partager une tasse de thé… Qui que vous soyez, il suffisait d'attendre que les Juges me fassent mon affaire !
Alérian s'agita encore, réagissant en animal capturé et pris au piège.
- Montrez-vous ! hurla le jeune homme. Vous avez investi ma passerelle, invisibles, vous êtes des lâches ! A quoi je vais bien pouvoir vous servir ? Abusez de moi, qu'on en parle plus, et renvoyez-moi à mon Destroyer !
- Ce n'est pas aussi simple que cela, jeta une voix curieusement aigrelette.
- Ah, un interlocuteur !
- Une interlocutrice, rectifia une créature diaphane, presque entièrement de cristal. Je suis Erya. Et nous avons effectivement envoyé notre commando de Caméléons pour te cueillir. Tu es sur notre autel du sacrifice, nous allons utiliser ton énergie surnaturelle pour nos propres projets.
- J'ai besoin de mes forces, pour d'autres combats ! Libérez-moi !
- Non, ce n'est pas à l'ordre du jour. Pour le moment, fiche-nous la paix, nous ne sommes pas encore prêtes !
- De quoi ? ! glapit Alérian, avant qu'un coup violent porté à la tête ne replonge dans l'inconscience.
