Deux semaines après leur grande victoire, Ron Weasley faisait discrètement une grande découverte sur lui-même. C'était étrange après toutes ces péripéties, après les aventures partagées et la fin des préjugés d'enfance, mais quand même, il devait se l'avouer : se réveiller chaque matin en bénissant le monde pour l'existence de Neville Londubat était bizarre.
Et pourtant, sans lui, ils seraient bien plus mal lotis.
Ron se sentait quelque peu fautif pour sa surprise continuelle : après tout, il aimait bien Neville, l'avait toujours aimé, avait toujours pensé qu'il y avait plus dans le gros garçon que de la maladresse et des balbutiements.
C'était juste pas du tout la même chose de voir ce quelque chose tous les jours et de pouvoir compter sur lui. Avec une générosité qu'ils n'avaient surement pas méritée, Neville mettait maintenant les bouchées doubles pour les aider à résoudre leurs problèmes. Et même là, Ron ne devrait pas être surpris : depuis qu'ils avaient formé le Cercle, est-ce que Neville n'était pas une source infinie de réponses et de solutions ?
Mais apparemment, les idées reçues avaient la vie dure.
C'est pourquoi ils étaient tombés des nues cet après-midi là et n'en finissaient pas de s'étonner de la tournure que les choses avaient prises.
.
.
Bien sûr, Harry n'avait pas pu tenir longtemps sans rien faire. Hermione et lui s'y attendaient. Ils s'estimaient déjà bien chanceux d'avoir pu avoir une semaine complète de repos, le temps que leur ami puisse dormir un peu et recharger ses batteries. Le stress, comme d'habitude, avait prélevé un gros tribut sur lui.
Mais une fois reposé, eh bien… Harry avait de nouveau été frustré et ça n'était pas bon pour son moral. Ron lui avait rappelé, gentiment, que ça n'étaient pas les problèmes qui manquaient et que maintenant que Dumbledore n'était plus là et que McGonnagal leur faisait la gueule… ben personne ne pouvait l'empêcher de s'occuper de ses affaires, hein ?
Ils avaient donc réuni le Cercle, et devant Ginny, Neville et Luna, ils avaient déposé la liste – faite par Hermione, bien sûr – de tout ce qu'il fallait résoudre.
Harry avait été un peu écrasé devant l'énormité de la tâche qu'ils avaient devant eux, mais c'est Hermione qui lui avait fait remarquer, d'un ton sans répliques, qu'ils n'auraient jamais cru apprendre l'occlumencie par eux-mêmes ou faire la paix avec ombrage, et qu'ils avaient déjà résolu pas mal de choses !
Il avait ri et reconnu que c'était vrai.
Ils avaient donc commencé à discuter de ce qu'ils pouvaient faire, mais en vérité, Harry n'était pas le seul à être impressionné par l'ampleur du défi qu'ils voulaient relevé. Ils n'avançaient pas vraiment quand Neville avait toussoté nerveusement et annoncé d'une voix un peu cassée :
- Heu… je crois que je peux aider avec le courrier… je pense.
Ils s'étaient tous tourné vers lui et il avait rougi, mais il était resté ferme et avait fixé Harry dans les yeux.
- Même si ma grand-mère ne me trouve pas à la hauteur de mon père, elle m'a quand même fait donner une éducation traditionnelle. Je ne suis peut-être pas bon en face à face, mais j'ai envoyé une lettre d'anniversaire à Malfoy chaque année, et je sais quels sont ses chocolats préférés, parce que c'est comme ça que ça marche. Je sais à qui m'adresser dans quelle maison pour dire quoi, et comment t'excuser pour n'avoir répondu a aucune lettre en dix ans. Il y a un modèle de lettre pour chaque circonstance, une tournure de phrase pour chaque situation, et je les connais toutes.
Ils étaient restés muets, abasourdis par l'étendue des capacités de leur ami, jusqu'à ce que Ginny craque et sorte la question qu'ils se posaient tous :
- Mais alors, pourquoi tu t'en sors si mal ici ?
Ils avaient tous grogné devant le manque de tact, mais n'avaient pas prétendu n'être pas curieux de la réponse.
Neville avait rougi encore plus fort et avait marmonné, les yeux baissés :
- Poudlard est plutôt informel, vous savez… c'est le seul endroit où on n'ait pas a suivre les règles…
Evidemment, s'étaient-ils dit en une remarque intérieure plus ou moins synchronisée. Sa grand-mère lui fait apprendre les règles d'un monde et le jette dans un autre. Comme c'est charmant.
- C'est super, lui avait assuré Harry. C'est exactement ce dont on à besoin…
- Harry, l'avait coupé Neville d'une voix plus ferme que d'habitude.
- …oui ?
- Harry, avait repris Neville plus doucement, mais sans détourner le regard. Je ne peux pas régler ce problème pour toi, ou ça ne voudrait rien dire.
Silence.
- Je veux dire, continua maladroitement leur ami, je ne peux pas répondre à tes lettre pour toi ou être sincèrement désolé pour toi… ou bien tu es la personne derrière l'action, ou bien autant laisser Dumbledore répondre a ta place, d'accord ?
Ils en étaient restés sidérés. Mais ne sachent pas quoi dire, ils étaient restés silencieux, attendant la réplique de Harry.
Au bout d'un moment, celui-ci avait articulé prudemment.
- Je ne comprends pas bien ce que tu veux me dire, Neville.
Celui-ci avait repris, sans fléchir :
- Je peux t'apprendre mon langage, celui des sangs pur. Je peux te montrer comment les faire te connaitre toi, et pas l'image qu'on leur a donné de toi. Mais en échange, il faudra essayer de les connaître eux, et pas l'image qu'on t'a donné d'eux.
Harry le regardait comme s'il ne l'avait jamais vu.
Ce qui, se dit Ron, devait être leur cas à tous.
- Si on fait ça, Harry, je voudrais que tu ailles jusqu'au bout. Que tu apprennes, pas seulement comment écrire à une famille traditionnelle, mais aussi comment leur parler, comment les comprendre. Parce qu'enfin, ce que tu as en face de toi, ce sont des gens, c'est le monde auquel tu prétends que tu veux appartenir. Ces gens, ce sont les tines si tu reste. Ce que tu as là, ça n'est pas seulement un tracé vers ta liberté, c'est une ligne de communication qui n'aurait jamais du être fermée. Avec tes pairs.
- Je ne considère pas vraiment Malfoy comme mon pair, avait commencé Harry, soupçonneux.
- Pas plus que ton cousin Dudley, avait coupé Neville. Mais tu le traite en égal, non ? C'est son monde, il a le droit d'y vivre, il n'a pas besoin d'être sympathique.
- Ben, non, avait fait Harry désarçonné, mais qu'est-ce que…
- C'est ça que vous faites a Malfoy depuis le début : vous le traitez comme s'il n'avait pas le droit de vivre dans ce monde parce qu'il n'est pas sympathique. Mais ça n'est pas votre monde ni votre droit de vendre des billets !
Le gros garçon était un peu essoufflé.
Mais il poursuivait, indigné, libérant ce qu'il avait sur le cœur.
- Je vous entends toujours parler de qualités, de bonnes personnes, mais curieusement, la tolérance ne semble jamais faire partie du lot !
A ce point, ils regardaient tous leurs chaussures.
Ginny tenta une faible défense.
- On était des enfants, Neville…
- Malfoy a exactement le même âge que nous !
Ouch.
Neville respira bruyamment, essayant de reprendre son calme.
- Tout ce que j'essaie de dire, c'est que vous avez tous décidé que ce monde serait le vôtre mais ça veut dire que vous devez y appartenir, pas qu'il vous appartient.
Ils s'enfonçaient de plus en plus dans leurs coussins.
- Et je suis désolé, Hermione, mais quand tu parle de mon monde et que ton premier reflexe c'est de le changer pour qu'il ressemble plus a celui que tu as laissé derrière toi, j'ai envie de te dire : rentre chez toi si ça te manque tellement !
Hermione avait pâli puis rougi.
- Neville…
Mais rien ne pouvait plus arrêter le garçon.
- Parce que si tu me dis, Neville, j'y ai bien réfléchi, je me suis renseignée sur pourquoi les choses sont comme ça et je crois que j'ai trouvé mieux, qu'est-ce que tu en penses ?, je te dirais, montre-moi vite, on peut toujours trouver mieux. Mais si tout ce que tu as à me dire c'est, oh dans le monde moldu nous faisons ci, et dans le monde moldu nous faisons ça, je me demande franchement pourquoi tu l'as quitté !
Silence.
Silence.
Silence.
Ils étaient tous un peu écrasés, pour tout dire.
Par la passion que montrait Neville, qui ne criait jamais.
Par la façon dont il avait fait taire Hermione, ce qui était un exploit rare.
Mais surtout…
Parce qu'il avait raison.
Parce. Qu'il. Avait. Raison.
Sur toute la ligne.
Et ils ne savaient plus quoi dire. Après ça… eh bien, après ça, Harry avait capitulé avec armes et bagages. Parce qu'après tout, c'était vraiment ce qu'il avait voulu faire depuis le début : s'intégrer, trouver une maison et un endroit auquel appartenir. Ils avaient donc agrée que lui et Neville s'occuperaient du problème du courrier en retard. La réunion aurait été un peu tendue quand même après ça si Luna n'avait pas ramené la détente en demandant tout naturellement :
- Bon, et maintenant ? Qui prend quel problème ?
Ils avaient ri mais avaient suivi l'exemple de Neville et rapidement, la masse énorme de choses à résoudre avait diminué.
Ginny se chargeait, comme elle l'avait dit quelques jours plus tôt, de préparer l'évacuation des première et deuxième années en cas de catastrophes. Ça et trouver un endroit et un moyen de s'entrainer au combat.
Hermione voulait se pencher à la fois sur les lois du monde magique, en ce qui concernait les mineurs et les testaments par exemple, et en apprendre plus sur les soins mentaux dans le monde magique.
Personne ne le lui avait chicané.
Ron devait contacter Bill et le tâter discrètement pour voir s'il accepterait de tester les protections de Privet Drive pour voir ce qu'elles faisaient exactement. Ils auraient aussi bien aime savoir si celle de Poudlard fonctionnaient, parce que le doute régnait sérieusement.
Harry devait écrire à Krum et a Fleur Delacour sous prétexté de n'avoir pas reçu de nouvelles et leur demander leurs lumière sur l'émancipation, la politique et le rôle de Gringotts dans tout ça.
Il voulait aussi contacter Dudley. De toute sa famille, c'était le plus disposé de l'écouter.
Luna voulait se pencher sur le statut des orphelins de guerre et voir qui s'en occupait… si quelqu'un s'en occupait.
Il restait encore beaucoup de problèmes qu'ils ignoraient comment régler :
celui de Cédric et de ses parents
Celui de la presse ( la trêve n'était que temporaire)
Fudge
La cicatrice
Le Fidelius
La magie noire
Les privilèges qu'Harry devrait avoir à Poudlard, la place qu'il devrait avoir dans le gouvernement, le rôle de McGonnagal dans tout ça, celui de Lupin, et beaucoup d'autres choses encore.
Franchement, ils étaient carrément dépassés.
Mais malgré tout, ils étaient sortis de la réunion plus légers qu'ils n'y étaient rentrés, parce que, comme l'avait résumé Hermione, s'ils arrivaient à faire la quart de ce qu'ils avaient dit, ils auraient changé le monde !
Ils avaient ri, mais étaient tombé d'accord. Pour la première fois depuis longtemps, pour la plupart d'entre eux des années, ils avaient de l'espoir. L'espoir de pouvoir changer les choses, de faire ce qu'ils désiraient, de prendre leur vie en main et de la faire aller, enfin, où ils voulaient qu'elle aille.
.
.
Et ça n'était pas du luxe, dans l'idée de Ron. Maintenant ils étaient plusieurs, ils avaient un peu de temps et de liberté devant eux, ils avaient une chance.
Ils n'allaient pas la laisser passer.
A Suivre.
