Bonsoir !
Je sais, je sais, je suis affreusement en retard. Mais je vous offre un chapitre bonus !
Le principe, pour ceux ou celles qui ne le connaissent pas, est très simple : c'est un chapitre qui, bien qu'utilisant les personnages et les relations de la fanfic, sort du fil principal de l'histoire.
Et en plus il est super long o/
Excuses plus plates et autres explications plus poussées en bas, comme d'habitude. Bonne lecture !
Playlist :
Partie 1 : Moonshine - Bruno Mars
Partie 2 : Motherbroad - Daft Punk
Partie 3 : Ecris l'histoire - Grégory Lemarchal
Chapitre Bonus : Il était une fois un Hetalien…
Partie 1 : La (très) petite sirène
"Au large dans la mer, l'eau est bleue comme les pétales du plus beau bleuet et transparente comme le plus pur cristal ; mais elle est si profonde qu'on ne peut y jeter l'ancre et qu'il faudrait mettre l'une sur l'autre bien des tours d'église pour que la dernière émerge à la surface. Tout en bas, les habitants des ondes ont leur demeure.
Mais n'allez pas croire qu'il n'y a là que des fonds de sable nu blanc, non il y pousse les arbres et les plantes les plus étranges dont les tiges et les feuilles sont si souples qu'elles ondulent au moindre mouvement de l'eau. On dirait qu'elles sont vivantes. Tous les poissons, grands et petits, glissent dans les branches comme ici les oiseaux dans l'air. "
- H. C. Andersen
Parmi ces habitants, on y trouve les sirènes, êtres mystérieux, humains jusqu'à la taille et terminés par une queue de poisson écaillée.
Et parmi ces sirènes, l'une d'entre elle, en plus de sa petite taille malgré son âge, était dotée d'une grande curiosité qui lui avait toujours attiré des ennuis et des regards en biais de la part de ses congénères.
Elle rêvait au monde au-delà de la surface, lassée par les soupirants marins qui lui faisaient la cour et qui étaient désespérément ennuyeux. Elle rêvait aux champs de blé, elle rêvait aux hommes et leurs navires, et rien ne pouvait la rendre plus heureuse que de trouver des objets humains au fond de l'eau.
Cette jeune sirène s'appelait Elin, et en plus d'être vive d'esprit et capable d'utiliser la magie, elle était d'une grande beauté, pure et magnétique. Elle n'était autre que la fille de feu le Roi, remplacé par son oncle, le temps qu'elle accède à un âge correct pour régner seule. Le présent Roi était cependant épaulé par un autre homme, qui se trouvait être le meilleur ami de la très petite sirène, lui aussi doué de magie. Le conseiller s'appelait Lukas et avait pris la princesse en affection, la protégeant du mieux qu'il pouvait. Il était facilement reconnaissable à ses cheveux blonds, plaqués par une barrette en forme de croix, et ses yeux bleutés et froids.
Hélas, elle n'avait que faire de tout cela, et son désir de monter à la surface se fit de plus en plus grand. Elle avait presque atteint l'âge légal de monter jusqu'à l'écume, mais, impatiente, elle avait nagé en catimini jusqu'à ce que l'astre lunaire ne soit plus flouté par l'onde.
Ses branchies frémirent d'excitation lorsqu'elle passa la tête hors de l'eau. Tout autour d'elle, il n'y avait que les vagues, et le ciel. Le ciel aussi noir que les profondeurs de l'océan dont elle venait, et dans lequel des perles nacrées semblaient avoir été accrochées pour y créer des dessins. Elle se promit d'aller plus loin le lendemain, et replongea.
Le conseiller finit par se rendre compte des escapades nocturnes de la très petite sirène ; inquiet, il tenta maintes fois de la dissuader, mais comprit que l'entement d'Elin était plus fort que ses arguments. Elle aimait profondément le monde humain.
Le jour suivant, Lukas lui annonça qu'il partait en voyage pour longtemps. Il la pria de faire attention et de rester sous l'eau. Maladivement inquiet, il la serra dans ses bras, et l'homme-sirène, ses cheveux blonds volant autour de sa tête, disparut dans l'obscurité marine.
Réalisant aussitôt qu'elle était libre, la très petite sirène continua ses explorations, d'abord sous-marines. Elle avait bien vu l'anxiété du conseiller, mais il semblait obliger de la quitter. Tenant à honorer sa promesse le plus longtemps possible, elle resta enfermée dans le palais et ses jardins. Elle était occupée à brosser ses longs cheveux, ou à faire du jardinage, ou encore à faire des bijoux avec ce qu'elle trouvait. Elle soupira en effleurant celui pendant à son cou, fait de perles et d'un gros coquillage doré, appartenant jadis à sa mère.
Elle tînt ainsi une semaine ; puis le désir se fit à nouveau trop fort, et elle nagea plus loin que jamais, s'approchant dangereusement des rives humaines. L'adrénaline faisait battre la chamade à son cœur et un sourire béat ne put que se frayer un chemin sur son visage alors qu'elle s'approchait d'une crique.
Dans le pays riverain à l'océan d'où venait la très petite sirène, vivait un jeune homme de nature joyeuse, fêtarde et bon enfant. Ses cheveux blonds et soyeux, plus longs à l'arrière où ils étaient retenus en catogan, semblaient défier la gravité. Ses yeux bleu rieurs étaient deux puits sans fond et son sourire faisait tourner les têtes sur son passage. Il était de plus grand et d'une carrure plus que respectable. Il s'appelait Matthias.
Il avait tout pour lui, famille, amis, physique, mais sentait que sa vie était vide de sens. Il visait plus haut que survivre à la routine quotidienne que lui offraient ses nombreuses prétendantes et paraissait de ce fait très arrogant. Entamant à peine la vingtaine, le jeune homme aspirait à l'aventure et aux belles femmes.
Un beau jour, pour échapper aux contraintes que le monde extérieur lui imposait, il s'en était allé, seul, sur une crique. Là, assis sur quelques rochers en hauteur, le jeune homme pêchait tranquillement, somnolant légèrement car bercé par le bruit des vagues. La mer était splendide et le ciel à peine voilé ; la brise fouettant par moments son visage le tenait assez éveillé pour tenir sa canne qui restait désespérément immobile.
À sa grande surprise, alors qu'il commençait à songer à plier bagages, elle se mit à gigoter frénétiquement. Il raffermit sa prise sur l'objet et entreprit de remonter la ligne après avoir ferré son poisson. Il pouffait tout seul, heureux d'avoir quelque chose à rapporter chez lui. Son égo en aurait pris un sacré coup s'il avait dû rentrer bredouille.
Il grimaça. Le poisson devait être énorme !
Ses yeux se firent aussi grands que des soucoupes lorsque sa prise commença à remonter à la surface ; son hameçon s'était pris dans un collier, qui lui-même étranglait sa propriétaire. Catastrophé, il relâcha l'objet qui tomba avec fracas au sol alors qu'il réalisait qui se trouvait en face de lui, dans l'eau.
C'était la plus belle créature qu'il eût jamais vue, et elle n'était définitivement pas humaine ; sa peau laiteuse était couverte de grains de beauté, et elle possédait une grâce irréelle dans ses mouvements pourtant paniqués ; ses cheveux, acajou, bouclés et trempés, étaient rejetés en arrière et collaient à son dos cambré ; ses yeux étaient grands et gris, ses pupilles plus grandes que celles des autres femmes ; ses petites branchies tremblotaient au rythme de sa respiration chaotique, juste en-dessous de l'endroit où son oreille, légèrement pointue, rencontrait sa mâchoire ; ses doigts pâles, s'affairant à décrocher l'hameçon de son collier, étaient reliés par une fine membrane qui rendait ses petites mains palmées.
Et surtout, elle ne possédait pas de jambes. Non, à la place, elle possédait une queue de poisson couverte d'écailles rouges, qui prenaient un reflet doré sous la lumière du soleil.
Son regard apeuré croisa le sien, fasciné, et quelques secondes de plus s'écoulèrent dans le silence le plus total, si ce n'est pour le bruit des vagues et de leurs cœurs respectifs. Elle se débattit encore, voulant s'enfuir, mais le fil de la canne à pêche était emmêlé dans ses cheveux. Ni une ni deux, Matthias sauta dans l'eau et se précipita vers la créature. Elle eut un mouvement de recul et l'éclaboussa d'un violent coup de nageoire pour le faire reculer. Le jeune homme ne se démonta pas pour autant, et avec un sourire qui se voulait avenant, passa sa main sous la masse acajou des cheveux de la très petite sirène, à la recherche de l'hameçon.
« Je ne te veux aucun mal », souffla-t-il doucement alors qu'il libérait la jeune femme.
Elle hocha lentement la tête pour le remercier – l'émotion nouait sa gorge – et, impulsivement, retira son collier pour le passer autour du cou de l'homme. Elle lui offrit un sourire embarrassé et recula dans les vagues.
Matthias cligna les yeux, aveuglé par le reflet du soleil couchant sur les perles du collier, et la fraction de seconde suivante, elle avait disparu, sans un mot, sans un bruit. La seule preuve qu'il n'avait pas rêvé était le bijou reposant sur son torse.
La très petite sirène, était, de son côté, partagée entre l'immense joie d'avoir rencontré un humain et la honte d'avoir désobéi, ainsi que la peur qu'elle avait un instant éprouvée en réalisant qu'elle était à la merci de l'humain. Jusqu'à présent, rien ne pouvait prouver qu'elle remontait à la surface ; mais si jamais le jeune homme racontait cette rencontre à ses amis, il y avait de fortes chances que l'information remonte jusqu'aux oreilles d'un autre habitant de la mer.
Et cela, Elin ne pouvait pas le permettre.
Alors, elle prit la décision de suivre le jeune homme, de l'observer. Après tout, il n'y avait personne pour la surveiller, elle était libre de ses déplacements, sachant que Lukas n'était toujours pas rentré et que le vieux Roi ne verrait pas un ban de sardine même s'il venait lui chatouiller les nageoires. Car même si elle n'osait pas se l'avouer, elle désirait déjà revoir le bel inconnu. Ses cheveux avaient l'air si doux, et il sentait si bon…
Matthias, quant à lui, se rendit tous les jours à partir de cette rencontre à la crique. Il ne pêchait même pas ; il observait l'horizon dans l'espoir d'apercevoir la très petite sirène, et passait parfois ses après-midi entières à attendre. Mais la très petite sirène, cachée dans les rochers, ne se montrait pas. Elle observait. Au fil des jours, elle réussit à trouver un canal qu'elle pourrait remonter pour rejoindre la ville où vivait le jeune homme. Elle apprit ainsi plusieurs choses à son sujet ; d'abord, il s'appelait Matthias et venait d'avoir vingt-et-un ans. Il passait beaucoup de temps dans cette grande bâtisse qu'elle voyait au loin, appelée "château" – bien qu'elle ne ressemblait en rien à ce qu'elle considérait être un château, sous l'océan – ou alors, quand il ne la cherchait pas du regard sur la crique, il se trouvait sur le port, que ce soit sur les quais ou dans les bars.
Et de fil en aiguille, elle découvrit qu'il partirait bientôt en mer pour un long voyage vers des îles plus au nord. Elle attendit patiemment le jour du départ, et entreprit de suivre leur embarcation, sans être pour autant vue. Elle veillait sur lui à sa manière.
Appuyé sur la rambarde du pont du bateau, Matthias ignorait complètement la présence de la très petite sirène dans l'eau, et fixait d'un air inquiet les nuages qui se dessinaient de plus en plus près. Le capitaine du bateau ainsi vint se placer à ses côtés.
« Il va y avoir une tempête, Lukas, soupira-t-il en se tournant vers celui à la barrette.
- Visiblement.
- Ils attendent tes ordres. »
Le second blond hocha la tête et donna les directives à suivre, tandis que le tonnerre commençait à gronder et que la pluie s'abattait déjà sur eux. La mer devint très mauvaise et agitée, et avec un pincement au cœur, le jeune homme constata que c'était l'inverse total du jour où il avait rencontré la très petite sirène.
Ce qui devait arriver arriva ; les lames frappèrent la coque du bateau de plein fouet, qui se brisa et ainsi, le naufrage était assuré pour les marins paniqués. Beaucoup se jetèrent à l'eau, certain tentèrent de créer un radeau de fortune. Matthias serra les dents, accroché de toutes ses forces au mât qui était pourtant garanti de sombrer. Déjà, il avait perdu Lukas de vue et la pensée qu'un capitaine devait couler avec son bateau lui glaçait les veines. Une vague plus puissante que les autres le fit passer par-dessus bord, et son corps entra violemment en contact avec l'eau glacée. Alors qu'il sentait ses poumons se vider de tout leur oxygène et qu'il se débattait pour remonter à la surface, des bras sécurisants s'enroulèrent autour de son cou, et aussitôt des lèvres chaudes entrèrent en contact avec les siennes, soufflant jusque dans sa gorge l'air qui lui était si précieux. Puis, le noir s'empara de lui et il sombra dans l'inconscience.
Lorsque Matthias se réveilla, il était déjà stupéfait d'être vivant, mais la vision du sable, de l'eau salée qui venait lui chatouiller les mollets au rythme des vagues, du ciel bleu et des rochers sur lesquels était assise la très petite sirène remit en question sa notion de vie. Il posa sa main sur son cœur ; il battait la chamade. Il respirait.
La très petite sirène lui avait sauvé la vie.
Elle remarqua rapidement son éveil et descendit de son perchoir pour s'asseoir à côté de lui. Elle lui sourit et passa une main affectueuse sur joue. Il rougit et lui rendit son sourire.
« …Merci », lui dit-il.
Elle hocha la tête, silencieuse.
« Pourquoi moi, en particulier ? »
Elle parut réfléchir un instant, choisissant avec soin ses mots.
« …Je ne pouvais pas sauver tout le monde. »
Il nota avec un sourire que c'était la première fois qu'elle lui adressait la parole. Il était sûr de ne jamais se lasser d'entendre sa voix.
Il voulut se relever mais grimaça ; son flanc gauche était coupé.
Elle paniqua un instant et tendit la main vers lui pour l'arrêter dans son geste.
« Ménage-toi, Matthias ! J'ai appliqué un onguent pour désinfecter la plaie, et pour faciliter la cicatrisation, mais il faut du temps avant que cela agisse.
- Merci beaucoup…Comment connais-tu mon prénom ? »
Elle rougit et détourna le regard.
« Je…Je l'ai entendu sur le bateau, mentit-elle.
- Bien sûr, ricana-t-il. Tu es adorable. »
Il ébouriffa tendrement ses cheveux, qui avaient séché. Il devait être resté inconscient un moment pour qu'elle ait eu le temps de le soigner et qu'ils sèchent ainsi. Rester hors de l'eau aussi longtemps n'était-il pas nocif pour sa santé ?
Il porta un regard inquiet sur elle et se rallongea, épuisé.
« Tu sais, il y avait mon meilleur ami sur ce bateau. Il a dû mourir lui aussi, ahah… »
Son rire était amer et son regard était rempli de souffrance et de tristesse. Elle caressa ses cheveux de façon apaisante. Elle n'aimait pas le voir ainsi.
« Il s'appelait Lukas… »
Elle tressaillit mais ne dit rien. Et si ?...
Non, c'était impossible. Elle devait rentrer pour vérifier si son intuition était juste. Elle embrassa le front du jeune homme – qui portait toujours son collier – et regagna l'eau.
« …Je reviendrais. Ici même.
- D-demain ?
- Tous les jours, sourit-elle. Tu n'es pas loin de la ville, tu ne devrais pas avoir de mal à rentrer…Mais repose-toi !
- Ce sera fait ! Oh, avant que j'oublie ! Quel est ton nom, ma belle sauveuse ?
-…Elin, dit-elle doucement. Je m'appelle Elin… »
Et elle replongea dans les vagues.
En rentrant chez elle, elle constata, à moitié étonnée, que Lukas était bel et bien de retour. Elle fit toutefois comme si elle ignorait tout de son secret ; après tout, il pouvait bien s'agir d'une coïncidence, n'est-ce pas ?
Il repartit aussitôt qu'il était rentré, et la très petite sirène entreprit alors de rencontrer tous les jours Matthias sur la petite plage.
Il lui apprenait les coutumes humaines et elle lui parlait des fonds des océans, et ce des mois durant.
« Lukas a survécu et a réussi à rentrer ! Je n'ai sérieusement aucune idée de la façon dont il s'y est pris. À moins qu'une sirène veille aussi sur lui ? Tu ne crois pas, mon petit ange des mers ? »
Et elle lui souriait en haussant les épaules, heureuse de le voir comblé, se blottissant dans son étreinte chaude et rassurante, jouant une fois de plus les ignorantes.
Jusqu'à ce qu'Elin en désire plus.
Elle pénétra, un soir, dans la chambre de Lukas, toujours absent, et fouilla à la recherche du grimoire de l'homme. Elle savait qu'il pratiquait, tout comme elle, la magie, et ce que lui avait, sans le vouloir, avoué Matthias, garantissait la présence d'une formule ou d'une potion capable de la rendre humaine.
Elle voulait vivre aux côtés de son humain. Plus rien ne la rattachait à ce monde sous-marin ; même Lukas avait fait le choix de remonter à la surface. Pourquoi resterait-elle au milieu de la poiscaille si les deux personnes qui lui étaient les plus chères vivaient à l'air libre ?
Un sourire dément étira ses lèvres lorsqu'elle trouva ce qu'elle recherchait.
« Attends-moi, Matthias…s'il-te-plaît. »
Et Matthias l'attendit, le lendemain, au bord de la plage. Mais elle ne vînt pas. Le surlendemain non plus, elle ne donna pas signe de vie ; il commença à s'inquiéter. C'est alors qu'il remarqua des traces de pas qui, la veille, n'étaient pas sur le sable ; il les suivit et reconnut les cheveux acajou d'Elin qui dépassaient de derrière un rocher.
« N-ne vient pas…J'ai honte…
- Elin, est-ce que tout va bien ?
- Je…Non…Enfin, si mais… »
Il fronça les sourcils et malgré les protestations de la très petite sirène, s'avança à sa hauteur. Il écarquilla les yeux à la scène devant lui ; Elin était recroquevillée sur elle-même dans un geste de pudeur et pleurait, et surtout, son corps dénudé n'était plus terminé par une queue de poisson mais par deux jambes humaines.
« Je voulais être avec toi, répondit-elle face à sa question muette. Mais…J'ai mal…et…Je n'arrive pas à marcher…
- J-je vais te porter. Mais habille-toi… »
Il lui tendit son manteau en rougissant et elle l'enfila aussitôt, frissonnante. Elle avait l'air totalement humaine à présent, ses branchies et doigts palmés avaient également disparu, tout comme ses oreilles s'étaient arrondies et ses pupilles étrécies.
« L'air me brûle la gorge…Et…Qu'est-ce que c'est, sur mon visage ? »
Patiemment, il lui expliqua que les humains devaient boire de l'eau douce pour ne pas mourir et que ce qui coulait sur ses joues étaient des larmes, suscitées par une émotion intense, qui était souvent de la tristesse ou de la joie. Elle lui avoua que bien souvent, elle aurait voulu pleurer, mais les sirènes n'ont pas de larmes et n'en souffrent que davantage. À ces mots, il essuya du pouce les perles salées restantes, et, passant un bras dans son dos et un autre sous ses genoux, il la souleva.
« Où allons-nous ?
- Au château. Tu voulais vivre avec moi, pas vrai ? » sourit-il.
Elle hocha gaiement la tête, rougissante.
« Mais alors…Tu n'es pas juste un marin, si tu vis au château ? »
Il éclata de rire.
« Juste un marin ? Bien sûr que non. Vois-tu toutes ces terres autour de toi ? Je suis celui qui régnera bientôt sur elles, et bien plus encore. Je suis le prince héritier, et toi, si tu le veux bien… »
Il se pencha sur la très petite sirène, devenue humaine pour ce qu'elle espérait être l'éternité, et l'embrassa tendrement, scellant sans le savoir le sortilège qui faisait d'elle une femme de la tête aux pieds.
« …J'aimerais que tu sois ma Reine. »
Elle rit à son tour et embrassa à son tour celui qu'elle considérait déjà comme son Roi, sans ne serait-ce que suspecter la présence de Lukas derrière un rocher, secouant la tête d'un air désapprobateur, souriant légèrement en regardant le couple. Il suspectait que dans moins de deux ans, de petits danois seraient en train de courir partout dans le château.
Mais il était sûr d'une chose en regardant Elin et Matthias : sa protégée avait trouvé quelqu'un qui veillerait sur elle pour toujours et qui l'aimerait plus que de mesure.
Partie 2 : Keirapunzel
"Il était une fois un mari et sa femme qui avaient depuis longtemps désiré avoir un enfant, quand enfin la femme fut dans l'espérance et pensa que le Bon Dieu avait bien voulu accomplir son vœu le plus cher. Sur le derrière de leur maison, ils avaient une petite fenêtre qui donnait sur un magnifique jardin où poussaient les plantes et les fleurs les plus belles ; mais il était entouré d'un haut mur, et nul n'osait s'aventurer à l'intérieur parce qu'il appartenait à une sorcière douée d'un grand pouvoir et que tout le monde craignait.
Un jour donc que la femme se tenait à cette fenêtre et admirait le jardin en dessous, elle vit un parterre planté de superbes raiponces avec des rosettes de feuilles si vertes et si luisantes, si fraîches et si appétissantes, que l'eau lui en vint à la bouche et qu'elle rêva d'en manger une bonne salade.
Cette envie qu'elle en avait ne faisait que croître et grandir de jour en jour ; mais comme elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas en avoir, elle tomba en mélancolie et commença à dépérir, maigrissant et pâlissant toujours plus. En la voyant si bas, son mari s'inquiéta et lui demanda :
« Mais que t'arrive-t-il donc, ma chère femme ?
- Ah ! lui répondit-elle, je vais mourir si je ne peux pas manger des raiponces du jardin de derrière chez nous ! »
Le mari aimait fort sa femme et pensa : "plutôt que de la laisser mourir, je lui apporterai de ces raiponces, quoi qu'il puisse m'en coûter !"
Le jour même, après le crépuscule, il escalada le mur du jardin de la sorcière, y prit en toute hâte une, pleine main de raiponces qu'il rapporta à son épouse. La femme s'en prépara immédiatement une salade, qu'elle mangea avec une grande avidité. Mais c'était si bon et cela lui avait tellement plu que le lendemain, au lieu que son envie fût satisfaite, elle avait triplé. Et pour la calmer, il fallut absolument que son mari retournât encore une fois dans le jardin. Au crépuscule, donc, il fit comme la veille, mais quand il sauta du mur dans le jardin, il se figea d'effroi car la sorcière était devant lui !
« Quelle audace de t'introduire dans mon jardin comme un voleur, lui dit-elle avec un regard furibond, et de venir me voler mes raiponces ! Tu vas voir ce qu'il va t'en coûter !
- Oh ! supplia-t-il, ne voulez-vous pas user de clémence et préférer miséricorde à justice ? Si je l'ai fait, si je me suis décidé à le faire, c'est que j'étais forcé : ma femme a vu vos raiponces par notre petite fenêtre, et elle a été prise d'une telle envie d'en manger qu'elle serait morte si elle n'en avait pas eu. »
La sorcière fit taire sa fureur et lui dit :
« Si c'est comme tu le prétends, je veux bien te permettre d'emporter autant de raiponces que tu voudras, mais à une condition : c'est que tu me donnes l'enfant que ta femme va mettre au monde. Tout ira bien pour lui et j'en prendrai soin comme une mère. »
Le mari, dans sa terreur, accepta tout sans discuter. Et quelques semaines plus tard, quand sa femme accoucha, la sorcière arriva aussitôt. […]"
- Grimm
Elle donna le nom de Keirapunzel à l'enfant, et l'emmena avec elle.
Keirapunzel était une fillette, et la plus belle qui fut sous le soleil. Lorsqu'elle eut ses douze ans, la sorcière l'enferma dans une tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au milieu d'une forêt. Et comme la tour n'avait pas d'autre ouverture qu'une minuscule fenêtre tout en haut, quand la sorcière voulait y entrer, elle appelait sous la fenêtre et criait :
"Keirapunzel, Keirapunzel,
Descends-moi tes cheveux."
Mais Keirapunzel n'était pas une enfant facile. Elle avait rapidement compris que la sorcière du nom de Monika n'était pas sa vraie mère et qu'elle l'avait arrachée à ses parents. Alors, elle faisait la sourde oreille le plus longtemps possible et ne descendait ses nattes brunes que lorsqu'elle entendait la sorcière blonde hurler.
Maintes fois, elle avait songé couper ses longs cheveux bruns, méchés de blond devant son visage. Mais elle s'était dite qu'elle n'aurait toujours pas de moyen de quitter la tour et qu'en plus, plus personne ne viendrait lui rendre visite, la laissant complétement seule.
Alors elle abandonnait l'idée.
Keirapunzel avait tout de même passé les douze premières années de sa vie en dehors de cette maudite tour, et n'en regrettait que plus le monde extérieur. Il était cependant rare que la sorcière allemande l'autorise à aller plus loin que le jardin maléfique où elle faisait pousser toutes ses plantes, et elle se rappelait souvent avec mélancolie cette unique fois où la sorcière l'avait menée en ville.
C'était un jour de grand soleil, mais Monika avait tout de même tenu à ce qu'elles soient toutes deux encapuchonnées. Honnêtement, la sorcière était loin d'être laide ; pire, à première vue, elle avait tout l'air d'un ange blond, et c'est ce qui la rendait d'autant plus redoutable. Elle vous envoûtait avec son charme et ses apparentes bonnes manières, puis vous menait à la baguette comme la personne cruelle et égoïste qu'elle était en réalité.
Non, Keirapunzel n'aimait pas du tout Monika ; mais elle était consciente qu'elle dépendait entièrement d'elle et veillait à ne pas pousser le bouchon trop loin – qui savait de quoi la sorcière était réellement capable ?
Ainsi, elle l'avait autorisée à vagabonder seule dans la ville le temps qu'elle aille faire une course dans laquelle elle ne pouvait pas l'emmener, et Keirapunzel, émerveillée du haut de ses neuf ans, découvrait véritablement le monde.
Elle avait visité la cité en long, en large et en travers, mais ne s'arrêta que lorsqu'elle se trouva face à une magnifique créature. Debout sur ses quatre pattes, elle la fixait d'un air bienveillant. La fillette s'approcha de ce qu'elle reconnut être un cheval pour en avoir vu des illustrations dans les livres, et caressa doucement les naseaux de l'animal, admirant son crin et la couleur pure de sa robe.
« Kesesesesese ! On dirait que ton niveau d'awesomeness est suffisant pour qu'il te laisse approcher ! »
Prise sur le fait, elle se retourna de façon paniquée et s'éloigna aussitôt du cheval, par peur qu'on la punisse. Le garçon, albinos, rit une fois de plus et l'invita à continuer son geste, frottant lui aussi doucement l'animal.
« C'est le cheval de mon frère Ludwig, mais un jour, j'aurai ma propre monture. En attendant, j'ai le droit de jouer avec lui, alors c'est comme s'il était à moi. Je m'appelle Gilbert. Et toi ?
- Je suis Keirapunzel ! »
Elle lui flasha un grand sourire, à moitié obscurci par sa capuche, et déposa un rapide baiser sur la joue pouponne de l'albinos.
« Merci de m'avoir laissée caresser ton cheval, dit-elle. C'était la première fois que j'en voyais un !
- Vraiment ?
- Vraiment. Cette sale sorcière de Monika ne me laisse jamais sortir… grommela-t-elle.
- Mais où vis-tu ?
- Dans la forêt là-bas, répondit la fillette en pointant dans la direction adéquate. Un jour, je serai enfermée dans la grande tour que tu vois dépasser…
- Mais c'est horrible ! Pourquoi est-ce que tu restes coincée là-bas ?
- Si je m'enfuis, Monika a dit qu'elle tuerait mes vrais parents. Je veux qu'ils vivent heureux… »
Gilbert prit le visage de la brunette entre ses mains, un air déterminé se lisant sur ses traits.
« Mais tu dois être heureuse toi aussi ! Et j'y veillerai ! »
Il repoussa la capuche qui tomba sur les épaules de Keirapunzel, révélant sa totale apparence au garçonnet, ainsi que les longs cheveux plaqués en une complexe natte autour de son crâne.
« Tu es jolie…rougit-il.
- Merci ! gloussa-t-elle.
- C'est décidé ! Quand je serai grand, je viendrai te sauver ! Je tuerai Monika, je te délivrerai, tes parents seront en sécurité, et on s'en ira sur mon destrier dans le soleil couchant pour aller se marier ! C'est trop awesome !
- Mais…comment feras-tu ? Monika est une puissante sorcière !
- Et moi, je suis un puissant prince ! Je m'entraînerai sans relâche ! »
Il fouilla dans sa poche en riant de son rire particulier, et en sortit une minuscule babiole en forme de poussin jaune.
« C'est un Gilbird – moi aussi, j'en ai un. Chaque fois que tu auras de la peine, regarde-le, serre-le contre toi, et ce sera comme si j'étais là pour te consoler !
- Merci beaucoup, Gilbert… »
Et ils s'étaient quittés parce que la foule regardait ses cheveux de travers et que Ludwig appelait son petit frère – de plus, la sorcière devait elle aussi être à la recherche de sa captive.
Elle avait neuf ans ce jour-là et était depuis folle amoureuse du Prince Gilbert – qui devait certainement l'avoir oubliée depuis. Hélas, coincée dans sa haute tour, Keirapunzel n'avait pas beaucoup de passe-temps pour lui permettre de chasser l'albinos de son esprit.
Une fois de plus, elle serra Gilbird contre elle et soupira longuement.
Dix ans s'étaient écoulés depuis ce jour, mais telle l'idiote qu'elle était, elle l'attendait toujours…
Elle se leva et se dirigea vers son bureau, et commença à dessiner. D'abord, timidement, il ne s'agissait que d'esquisses ; puis les esquisses se muèrent en paysages fantasmagoriques et se peuplèrent d'êtres tous aussi fantastiques.
Faute de pouvoir voir le monde tel qu'il était, enfermée dans cette tour, et de se morfondre sur son sort, elle préférait inventer son propre univers – et celui-là, elle était certaine que personne ne viendrait le lui arracher. Monika était bien trop occupée à peigner ses cheveux sans fin pour s'intéresser à autre chose.
La jeune femme sourit en se rappelant une énième farce qu'elle avait jouée à la sorcière, et combien la punition avait été sévère. Ces cicatrices dans son dos ne partiraient sûrement jamais…Mais elles avaient leur propre histoire à raconter, et Keirapunzel tenait à se souvenir de cette mégère lorsqu'elle sortirait de cette tour – ne serait-ce que pour la maudire jusqu'à la fin des temps.
Soudainement, elle entendit de grands cris, des entrechocs de métal et des explosions venant de l'extérieur. Elle se précipita à la fenêtre pour voir Monika aplatie comme une crêpe par un étrange animal.
Ce fut comme si elle se prenait une brique sur la tête. Cette sorcière qu'elle avait tant haïe et qui lui avait tout pris, venait-elle juste d'être tuée de la manière la plus grotesque qui soit ?
Elle avait imaginé quelque chose de bien plus grandiose – et elle devait se l'avouer, bien plus sanglant.
« U-u-u-un PUTAIN DE GILBIRD GÉANT ! » beugla-t-elle en perdant toute la féminité qu'elle avait tenté de garder durant toutes ces années.
Elle reconnut sans peine le jeune homme qui lui faisait de grands signes depuis le bas de la tour, et elle avait l'impression que son cœur allait bondir hors de sa cage thoracique.
« Keirapunzel ! Keirapunzel ! Descends-moi tes cheveux !
- Non mais t'es complètement malade ! Tu veux m'arracher les tifs ou quoi ? Va te chercher une échelle !
- Ce n'est pas la manière dont je pensais être accueilli…
- Et même si je te descends mes cheveux, comment est-ce que je descends, moi, hein ?
- Ah, j'avais pas pensé à ça…
- Idiot ! Et ton oiseau, là, d'où est-ce que tu le sors ?
- Oh, lui ? Il n'a pas arrêté de grandir…Et disons que boire une potion magique ne l'a pas aidé…
- Mais n'était-il pas censé être inanimé ? Comme le mien ? »
Le prince lui offrit un grand sourire et elle pouvait entendre son rire de la fenêtre.
« J'ai dit que j'avais moi aussi un Gilbird. Je n'ai pas précisé de quel type ! »
Elle leva les yeux au ciel, s'apprêtant à souligner une fois de plus sa stupidité, lorsqu'une idée lui vint.
« Oh, mais si c'est un oiseau, ne peut-il pas voler ?
- Ah, non. Il est awesome, mais il est trop gros pour s'envoler.
- Et quand est-ce que les effets de la potion se dissiperont ?
- J'en sais rien. Mon frère a dit environ un mois ou deux.
- Stupide et inutile, railla-t-elle. Heureusement que tu es canon et que tu as tenu ta promesse !
- …Je ne sais pas comment je dois le prendre…
- Bon ! Nettoie-moi ce cadavre – brûle-le, donne-le à bouffer à des bêtes sauvages, je n'en ai cure – mais je veux qu'il dégage ! Cela fait trop longtemps que je vois sa face, et bien que de la voir aplatie serait une sorte de renouveau, ne plus la voir du tout serait comme qui dirait…jouissif. »
Elle accompagna sa dernière phrase d'un sourire carnassier et se pencha volontairement en avant, usant des charmes de son décolleté pour convaincre le Prince Gilbert d'accéder à sa requête. Il fit une petite courbette et entreprit de "nettoyer" le désordre engendré par l'oiseau géant, comme le lui avait demandé sa dulcinée. Sa dure tâche achevée, il se représenta en bas de la tour et chantonna :
« Keirapunzel ! Keirapunzel ! Descends-moi tes cheveux !
- NON !
- Mais j'ai tout nettoyé ! geignit le prince face à la dureté du ton de la jeune femme.
- Je t'en remercie. Ahh, quel beau jardin, n'est-il pas ?
- Effectivement, ce sont de très belles raiponces que tu as là et – oh, j'ai gaffé, pas vrai ?
- C'était tout sauf awesome, murmura-t-elle.
- Keirapunzel, j'ai ici une échelle de soie qui pourrait te servir à descendre. Descends-moi tes cheveux, que je puisse t'aider à gagner la terre ferme. »
La brunette accepta enfin, et déroula l'immense longueur de ses nattes ; le prince s'en saisit et gravit la haute tour pour rejoindre la petite fenêtre.
Il contempla quelques instants la pièce ronde qui servait de chambre à la captive, et son regard se posa sur les dessins étalés sur le bureau.
« À tout hasard, se pourrait-il que ce dessin ici-même représente mon awesome personne ?
- Peut-être bien, sourit-elle en rougissant. Je savais que tu finirais par venir...Alors merci. »
Et comme lorsqu'ils étaient enfants, elle l'embrassa, mais cette fois-ci sur les lèvres. Le prince la fit ensuite descendre de sa tour, et ensemble, ils quittèrent à jamais cette forêt, chevauchant tous deux le Gilbird géant qui les emmenait à grand bond dans le soleil couchant vers le château du prince, où ils se marieraient, vivraient heureux pour toujours et eurent beaucoup d'enfants.
Partie 3 : Cendrilou
"Il était une fois un gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu'on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait de son côté une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bonté sans exemple ; elle tenait cela de sa mère, qui était la meilleure femme du monde. Les noces ne furent pas plus tôt faites, que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur ; elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. Elle la chargea des plus viles occupations de la maison: c'était elle qui nettoyait la vaisselle et les montées, qui frottait la chambre de madame, et celles de mesdemoiselles ses filles. Elle couchait tout en haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses sœurs étaient dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu'à la tête. La pauvre fille souffrait tout avec patience, et n'osait s'en plaindre à son père qui l'aurait grondée, parce que sa femme le gouvernait entièrement. Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle s'en allait au coin de la cheminée, et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu'on l'appelait communément dans le logis Cucendron."
- Charles Perrault
La cadette, qui n'était pas si malhonnête que son aînée, l'appelait Cendrilou ; cependant Cendrilou, avec ses méchants habits, ne laissait pas d'être cent fois plus belle que ses sœurs, quoique vêtues très magnifiquement.
Un jour qu'elle s'adonnait aux tâches ménagères, en chantant, comme à son habitude, elle se prit à rêver à une autre vie, celle qu'elle aimerait être.
Elle se voyait aux côtés de sa mère à qui elle ressemblait tant, et son père sourirait sincèrement, comme il le faisait à l'époque. Elle aurait eu une vie aisée, remplie de bonheur, où elle aurait été choyée et aurait été le centre de toutes les attentions. Elle aurait eu de beaux habits ; une robe pleine de dentelle, un corset bien serré qui mettrait encore plus en valeur ses belles hanches et sa taille de guêpe, un jupon plein de tulle avec plein de rubans et une belle traîne, un col qui découvrirait sa clavicule, la rondeur de ses épaules et la naissance de sa poitrine, et des manches de soie qui frémiraient au moindre de ses mouvements.
Elle aurait fait tourner la tête à un beau jeune homme, le plus attentionné qui soit envers elle, et elle en serait bien entendu tombée amoureuse. Ils se seraient mariés, sous le regard bienveillant de ses parents, et ils auraient eu des enfants, les plus beaux qui soient ; ils seraient partis en voyage, en famille, et auraient coulés leurs vieux jours heureux sous le soleil, fiers de ceux qu'ils avaient enfantés.
Mais Cendrilou n'aurait rien de tout ça, et elle le savait ; la cendre qui tâchait jour et nuit ses vêtements était aussi grise que ce qu'elle voyait dans son avenir, à savoir des nuages, de la souffrance et un vide terrible.
Elle soupira, appuyée sur le manche de son balai, et son regard se perdit dans l'obscurité du couloir face à elle. Elle avait encore du pain sur la planche, et elle savait que sa belle-mère la priverait de dîner si elle n'allait pas assez vite. Ce n'aurait pas été la première fois…
L'une de ses demi-sœurs apparut alors dans son champ de vision. Essoufflée, les joues rougies, elle marchait d'un pas décidé en soulevant sa robe bien trop lourde de fanfreluches. Elle continua sa route sans adresser un regard à Cendrilou, alors que sa cadette lui emboîtait le pas et bousculait la pauvre orpheline qui tomba au sol.
« Te voilà à ta place, au moins ! » ricana la première en claquant la porte de leur chambre derrière elle.
Cendrilou écrasa des larmes de rage en se remettant sur ses deux pieds et décida qu'elle en avait fini avec ce couloir. À vrai dire, à l'instant, elle aurait préféré disparaître dans un coin et se laisser dépérir. Mais elle ravala ses sanglots, et curieuse de ce qui pouvait bien causer tant de gloussements encore plus stupides que d'ordinaire de la part de ses demi-sœurs, elle s'approcha doucement de la porte fermée et écouta leur conversation.
« ...Seigneur, mais je n'ai rien à me mettre !
- Mère nous emmènera choisir des robes, c'est sûr et certain ! Après tout, le prince y sera, Lovina !
- Oh, j'ai tellement hâte d'être à ce bal…Ce sera l'occasion d'embobiner de beaux hommes bien riches ! D'ailleurs, Alice, tu voudras bien me prêter ton beau ruban ? » dit l'aînée des deux sœurs, et à ce moment-là, Cendrilou sut que plus aucune parole intéressante ne serait prononcée.
Elle s'éloigna et soupira lourdement, remontant jusqu'au grenier qui était aussi sa chambre. Le plus beau vêtement qu'elle avait en sa possession était un tablier neuf, encore immaculé. Jamais, déjà, sa belle-mère n'accepterait de l'emmener à ce fameux bal – elle n'avait d'ailleurs aucune idée de la date ni du lieu où il se déroulerait. Ensuite, même si elle parvenait à convaincre l'exécrable vieille femme, personne ne la laisserait entrer dans ses vilains habits.
Ainsi, cloitrée dans sa chambre exigüe, elle entendit vaguement sa belle-mère et ses demi-sœurs quitter la maisonnée pour, certainement, aller trouver de quoi s'habiller. Elle décida alors de se plonger dans ses livres pour passer le temps, sachant que quoi qu'il puisse arriver, elle ne serait pas concernée par ce bal.
Lorsqu'il lui fallut allumer une bougie pour continuer sa lecture, elle comprit qu'il était temps qu'elle aille allumer la cheminée du salon ainsi que celles des chambres avant le retour de sa belle-mère et de ses demi-sœurs. Leurs réactions pouvaient devenir d'autant plus violentes lorsqu'elles n'étaient pas assez à l'aise, et le confort de la chaleur du manoir n'échappait pas à cette règle. Bon gré mal gré, Cendrilou quitta son livre et ses couvertures et entreprit de descendre jusqu'à la salle à vivre. Elle s'adonna à sa tâche, et les premières braises allumées, une vive lueur attira son regard noisette à l'extérieur. Paniquée, elle garda la pique de la cheminée avec elle en gagnant le jardin, pour avoir de quoi se défendre contre l'éventuel intrus.
Elle avançait prudemment dans le jardin tandis que la nuit était déjà tombée ; elle se retourna vivement en donnant un coup avec son arme de fortune lorsqu'une main se posa sur son épaule, lâchant au passage un cri d'effroi.
Cendrilou commença à se confondre en excuses lorsqu'elle reconnut la personne affalée au sol, à savoir sa marraine la bonne fée, Isabel.
« Cendrilou, mon enfant, je vois que tes réflexes sont toujours aussi…vifs, dit-elle avec un pauvre sourire en se relevant avec l'aide de la jeune femme.
- Je suis tes conseils à la lettre, répondit cette dernière en rougissant. Que viens-tu faire ici ? La dernière fois, c'était pour la mort de papa.
- Eh bien, j'ai ouï dire qu'un bal se déroulait au château du prince ce soir, et que tu n'y avais pas été conviée. Je suis là pour arranger les choses ! Laisse-moi faire ! Fusososososo ! »
La bonne fée agita sa baguette magique en scandant sa formule, et aussitôt le vieux potiron du jardin se mua en carrosse, les souris en chevaux et le vieux chien en cocher. Un nouveau geste de la part de la fée espagnole, et Cendrilou elle-même fut transformée ; ses cheveux courts et brun furent coiffés d'un diadème, son visage maquillé, et sa robe fut plus belle que toutes celles qu'elle avait pu s'imaginer durant ses heures de ménage.
Elle s'admirait encore dans le reflet de ses pantoufles de verre lorsque sa marraine la mit en garde :
« Tout cela durera jusqu'aux douze coups de minuit ; passé ce délai, le sortilège prendra fin et tout reviendra à sa forme originelle ! »
La fée déposa un baiser bienveillant sur le front de la jeune femme, lui souhaita une bonne soirée et disparut dans une fumée rougeâtre parfumée à la tomate et au sucre.
Cendrilou grimpa ainsi dans l'attelage qui se mit en route pour le bal. Emerveillée lorsqu'elle arriva au pied des marches du château, elle l'était d'autant plus par toute l'attention qu'elle recevait. Maintes fois durant la soirée, on l'invita à danser ; elle maîtrisa avec aisance à force d'observation toutes ces danses qu'on lui demandait d'effectuer, et prenait réellement du bon temps depuis ce que qui lui semblait être une éternité. L'orpheline avait pris soin d'éviter ses demi-sœurs et sa belle-mère durant toute la soirée. Hélas, elle ne put éviter l'attention particulière de son hôte d'attirer d'autant plus les regards sur elle…
Il s'inclina devant elle, et, affreusement gênée et prise d'une soudaine crise de timidité – dont elle souffrait depuis sa plus tendre enfance – Cendrilou effectua une révérence maladroite. Pourtant, le prince, ses yeux bleus ombrés par ses longs cils, ses cheveux blonds retenus en catogan, et un sourire aussi blanc que son costume, ne sembla pas s'en offusquer et lui offrit un baisemain.
« …Aurais-je l'honneur de connaître le nom de la plus charmante de toutes mes invités ? » dit-il alors que ses autres soupirantes rageaient derrière lui.
L'orpheline passa une mèche de cheveux bruns derrière son oreille et répondit avec un sourire.
« Ah, ma petite Cendrilou… susurra le prince. Vous devez certainement le savoir, mais l'étiquette m'impose de me présenter à mon tour ; je suis le prince Francis, et l'homme le plus chanceux de cette Terre. M'accorderiez-vous cette danse, Cendrilou ? »
Elle rit et posa sa main dans la sienne, prête à passer ce qu'elle considérait être les plus belles minutes de toute son existence. Bientôt, elle se trouva perdue dans les iris bleus du prince, et son cœur battait si vite qu'elle crut un instant que sa poitrine allait exploser.
Mais la musique prit fin, et, à contre cœur, ils cessèrent leur danse. Le prince était plus que charmé, et Cendrilou savait déjà que son cœur appartenait au blond.
Elle le vit se pencher sur ses lèvres, mais se recula avec horreur lorsque la pendule sonna un premier coup.
« Minuit », articula-t-elle difficilement.
Elle jeta un regard peiné au prince alors que le diadème se faisait de plus en plus léger sur son crâne, signe qu'il allait bientôt disparaître. Elle ne voulait pas que le prince se désillusionne en la voyant telle qu'elle était vraiment, elle désirait rester à ses yeux la belle invitée, son idylle d'un soir, et non l'usurpatrice qui devrait être en train de nettoyer la cheminée.
Elle quitta précipitamment la salle de bal, ignorant les cris outrés des autres convives et courut aussi vite qu'elle le put, les larmes dévalant sur ses joues. Elle trébucha dans les escaliers, et perdit un de ses escarpins ; trop pressée, elle continua sa folle course, suivie par les cris du prince qui la pourchassait tant bien que mal, arrêté tous les deux pas par ses invités. Elle finit par le semer au onzième coup, et dû se résoudre à rentrer chez elle à pied, en haillons, le vieux chien à ses côtés et le potiron sous le bras.
Lorsque le prince parvînt enfin à l'extérieur, l'orpheline avait disparu ; la seule trace qui pouvait encore prouver son existence était la pantoufle de verre, unique, abandonné sur les escaliers.
Alors, Francis se jura de mettre tous les moyens en œuvre pour la retrouver.
Epuisée, Cendrilou, quant à elle, monta directement se coucher, et sombra aussitôt dans le sommeil.
Cependant, dès les premières lueurs du jour, sa belle-mère vint tambouriner contre sa porte, la tirant de son repos béni. Cendrilou jura contre la vieille mégère, et descendit avec elle jusqu'au salon.
« Comment as-tu osé venir au bal, petite moins que rien ? Comment as-tu ne serait-ce qu'osé mettre le bout de ton nez en dehors de cette maison ! Ah, et tu as séduit le prince, en plus ! Tiens, voilà pour toi, Cucendron ! »
Cendrilou serra les poings et les dents alors que les insultes et les coups de fouet pleuvaient sur elle, et elle était bien loin du sentiment cotonneux de l'amour que lui avait offert la soirée de rêve de la veille.
Reverrait-elle un jour le prince ?
Un an se passa après cette fatidique soirée, et pas un jour ne se passa sans qu'elle ne pense à son amour perdu. Les traitements de la belle-mère se faisaient de plus en durs alors que ses demi-sœurs étaient de plus en plus hargneuses.
Occupée à balayer dans son couloir favori, Cendrillon entendit des éclats de voix depuis le salon. Curieuse, elle tendit l'oreille. Apparemment, ses sœurs essayaient de chausser une chaussure de verre. Comprenant aussitôt qu'il s'agissait de l'escarpin qu'elle avait perdu une année plus tôt, elle abandonna son balai et dévala les escaliers, le cœur battant.
« …N'y a-t-il plus aucune jeune femme dans cette maison ? disait le conseiller du prince à la belle-mère, en fronçant ses énormes sourcils.
- Non, plus aucune, affirmait l'horrible femme.
- Si, il reste moi », osa Cendrilou en s'avançant jusqu'au prince, lui aussi présent, dont les yeux s'illuminèrent instantanément en la voyant.
Alors, le conseiller chaussa son pied, et la chaussure s'imbriqua parfaitement. Le prince, d'ores-et-déjà assuré d'avoir retrouvé l'amour de sa vie, embrassa tendrement Cendrilou, qui accepta dans la foulée sa demande en mariage.
Ainsi, elle quitta la maison, ses demi-sœurs et sa belle-mère pour le château de Francis, amenant avec elle le vieux chien et tous deux vécurent heureux jusqu'à la fin des temps.
C'est meugnooooooon tout ça.
Je dois dire que de faire dans le bien guimauve a été un bon exercice d'écriture, et j'ai essayé de coller au style des contes de fée. Ca se sent ?
(Enfin, sauf pour Keirapunzel. MAIS Y'A PRUSSE DEDANS, EN MÊME TEMPS, HEIN.)
Bien sûr, Monika = fem!Allemagne, Isabel = fem!Espagne, Alice = fem!Italie, et Lovina = fem!Romano. En fait, le prénom le plus utilisé pour fem!Romano est Chiara, mais comme il s'agit aussi et surtout du mien, je me voyais mal la faire ultra méchante et l'appeler comme moi. Valà. XD
Ensuite. Les choses pas drôles. EDIT : J'espère que le plus de personnes possible verront cela...J'ai posté les dessins des filles sur mon DA :)
Je n'arrive plus à tenir les rythmes de publication - à savoir un chapitre tous les week-ends - avec le brevet qui approche et si je veux garder une vie à côté. Je suis donc à regret de vous annoncer que, sachant que mes chapitre sont tout de même assez longs (je navigue entre 5500 et 8000 mots), je passerai désormais à un chapitre un week-end sur deux. Toute dérogation à cette règle sera exceptionnelle et signifiera que je me la coule douce IRL =w=)b
Le lien est sur mon profil. N'hésitez pas à aller voir le DA de lurichio-chan aussi !
Aussi ! J'ai publié un lemon pour les plus pervers(es) d'entre vous, il est sur mon profil ! Il s'agit d'un Dan/Féroé.
(Encore une fois, si vous êtes mon prof d'histoire, il vous est INTERDIT de lire ce lemon. Je suis navrée Dx )
Voilàààà, je crois que c'est tout. Oh, oui. Ne vous en faîtes pas, je n'abandonnerai pas cette fic, j'ai des projets à long terme pour elle !
(Ca veut dire que je sais ce qui va se passer ensuite. J'ai même un passage déjà écrit à part dans un cahier. XD)
Ty : Ah, te répondre m'a manqué pendant ces trois semaines. :P
Je suis plus qu'habituée à cette situation de canicule. En fait, ce n'est pas Lou qui parle dans ce passage, c'est moi. :'D
J'avoue que ce n'est pas un hasard s'il arrive un sale coup à Louise précisément dans ce chapitre, c'est voulu de ma part, mais Dan a agit sous l'impulsion et parce qu'il avait réellement à coeur de sauver Lou. Non pas juste pour crâner. Mais pour quel genre de connard est-ce que vous le prenez toutes ? Dx
Bon, pour le coup, on ne voit pas beaucoup Allemagne et les soeurs Italie ont le mauvais rôle, mais dans le cours de la fic, ça ira mieux, promis. C:
A bientôt~
Je vous embrasse fort mes lecteurs, et à plus pour de nouvelles aventures ensoleillées ! Drama, rires, pleurs, désillusion, espoir ? Qu'est-ce qui attend nos Nations et Régions ?
...La suite au prochain chap ! o/
(...J'ai toujours rêvé de faire ça.)
