Hey tout le monde !
À propos de ce chapitre, j'ai une mini-révélation à faire. Il y a deux situations qui sont ici à la suite d'un défi qu'on m'a fait pendant l'écriture. J'ai choisi de le relever et honnêtement, je pense que je m'en suis plutôt bien sortie :') Enfin bref, je vous laisse découvrir de quoi il s'agit (même s'il s'agit de quelque chose de complètement anecdotique).
Bonne lecture.
Chapitre 14 :
L'Étrangeté des Relations
Finalement, je me suis extirpé de mon lit dès l'ouverture du petit déjeuner, et me voilà posé, quasiment seul dans le self, à grignoter un croissant. Parti comme c'est, ça va devenir une habitude… Enfin, je sais quoi faire maintenant, mais ça ne rend pas les choses plus simples.
Le premier problème c'est la matérialisation. Je n'ai pas la moindre idée du code à entrer, et je doute que Jérémie accueille avec enthousiasme ma demande de retourner sur Lyoko. J'aurais sans doute plus de chance avec Aelita, mais puisque je ne peux pas être sûr de sa réaction je préfère m'abstenir de lui demander son aide. Parce que si les Lyoko-guerriers apprennent ce que je compte faire, et qu'ils désapprouvent, j'aurais grillé toutes mes chances. Situation inextricable, à priori. Sauf que quand ils m'ont intégré à la bande ils m'ont montré le… l'amas de feuilles agrafées qui contient tous les codes nécessaires à une mission sur Lyoko. Si je mets la main dessus, j'aurais tout ce dont j'ai besoin.
Le deuxième problème, c'est donc de mettre la main sur ces instructions. Je ne pense pas qu'ils aient été assez bêtes pour les laisser à l'usine. Donc elles se trouvent probablement quelque part dans la chambre de Jérémie. Et j'ai le passe de Jim.
Le troisième problème c'est de trouver une assurance. Je ne suis pas assez stupide pour me rendre sur Lyoko seul sans prévenir personne. Donc il me faut quelqu'un dans la salle de commandes qui puisse éventuellement taper le code de rematérialisation, et au moins appeler des secours si pour je ne sais quelle raison les choses tournent au vinaigre. Finalement c'est ça mon plus gros problème. Étant donné que j'ai déjà éliminé les Lyoko-guerriers je me heurte à la question de la crédibilité. Et de la confiance, aussi. Parce que si je vends la mèche à quelqu'un, et que cette personne s'empresse d'aller voir les autorités, je ne donne pas cher de ma peau. Enfin, il y a quand même peu de chances que ça arrive, vu que cette personne aura peu de chances d'être crue par lesdites autorités. Et encore faut-il qu'elle me croit moi. Du coup, je ne vois que deux personnes suffisamment proches de moi pour ne pas appeler un asile psychiatrique tout de suite : Christophe et Lucie. Le premier pense que je suis un toxico et je viens à peine de renouer le contact avec la seconde. Qui sera le grand vainqueur ? J'ai tout le temps d'y réfléchir le temps que Jérémie débarque au self, après tout…
À priori, je pense que Christophe n'est pas un mauvais choix. C'est un peu quitte ou double, mais si j'arrive à le convaincre de m'écouter jusqu'au bout il aura la preuve que je ne suis pas un drogué. Et ça, faut avouer que ça me plairait quand même pas mal. Et puis… je ne sais pas, je pense qu'il est plus à même de garder son calme en toute circonstance, de garder la tête froide et trouver une réaction appropriée quelle que soit la situation. Si on ajoute à ça que j'ai quand même très peur que Lucie me prenne pour un dingue immédiatement et qu'elle refuse de m'approcher à nouveau, il n'y a pas à hésiter longtemps. Alors c'est décidé, dès que j'ai ce carnet d'instruction en poche je vais voir Christophe et je l'emmène à l'usine.
Ça y est, je vois Jérémie qui arrive avec Aelita par la fenêtre. On y va.
Je range mon plateau avant qu'ils n'entrent et sors alors qu'ils se mettent dans la file. Il est encore assez tôt, il ne devrait pas avoir trop de monde dans les couloirs. Je n'ai plus qu'à espérer que les éventuelles personnes qui passeront ne se rendront pas compte que j'ouvre une porte qui n'est pas celle de ma chambre.
C'est pas le moment de se dégonfler. Personne ne te regarde traverser cette cour, William, tout ça c'est dans ta tête alors tu vas me faire le plaisir de te calmer. Sérieusement, je ne suis même pas encore dans les escaliers et j'ai déjà le cœur qui s'affole, c'est ridicule. Et puis au pire, ce que je compte faire n'est pas si grave. C'est vrai quoi, c'est pas comme si on allait m'accuser de vouloir…voler le matériel sans doute assez cher qui se trouve dans la chambre du petit génie de Kadic.
Et puis zut, si je me fais choper j'expliquerais à Jérémie ce que je cherchais et il me disculpera. Par contre je ne pourrais sûrement plus aller sur Lyoko.
J'ai l'impression que mes jambes vont se transformer en guimauve. Pas très pratique pour monter à l'étage des garçons.
J'y suis. Et il n'y a personne dans le couloir. Chaque pas est un peu plus stressant que le précédent, on dirait. Logique, puisque chaque pas me rapproche de la chambre de Jérémie. Et s'il avait oublié quelque chose ? S'il remontait dans sa chambre beaucoup plus tôt que ce je pense ?
Du calme, abruti. Il prend son petit-déj, qu'est-ce qu'il pourrait possiblement avoir oublié pour le petit-déj ?
Je suis devant la porte. J'enfonce la clef dans la serrure. Plus que quelques secondes et je serai planqué à l'intérieur. Pourquoi tu t'ouvres pas, fichue porte ? Bouge !
Oh. C'est sûr que si j'utilise ma clef au lieu du passe de Jim, je ne vais pas aller loin. Une chance que personne ne soit sorti dans le couloir alors que je forçais sur la serrure…
C'est bon, cette fois-ci la clef tourne sans problème. Je n'avais jamais remarqué que le bruit d'un verrou qui s'ouvre était si agréable…
« Salut William ! »
J'ai sursauté. Mais Matthias n'a pas eu l'air de s'en rendre compte. Il n'a pas l'air très réveillé, heureusement pour moi. Et dire que la moitié des internes s'est retrouvée devant ma chambre hier soir, et il ne s'est même pas rendu compte que ce n'est pas la même que celle devant laquelle je me trouve. Et quand j'y pense, vu son tact c'est assez étonnant qu'il ne m'ait pas entretenu sur ma crise. Mais ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre.
Une fois sûr qu'il ne peut pas voir l'intérieur de la pièce, j'ouvre la porte et entre vite dedans. Le verrou, le verrou, putain, mes mains tremblent, ça va encore être hyper simple de chercher ce fichu carnet d'instructions en étant dans un tel état d'énervement…
Ok, la chambre de Jérémie. Mieux rangée que la mienne, c'est plutôt une bonne chose pour moi. À moins qu'il ait tout planqué dans les placards. Donc, le lit le long du mur, à gauche de la porte, avec une affiche de…Einstein au-dessus. Une table après le lit, puis le bureau, avec un rangement calé dessous, toujours à gauche. Et un panneau de liège avec des trucs affichés dessus, mais ce que c'est j'en ai rien à cirer. Sur la droite, l'unité central de l'ordinateur posé sur le bureau, et un autre rangement plus petit toujours sous le bureau. Enfin, sur le mur de gauche, des étagères vides, bizarres, qui surplombent une autre commode, et enfin l'armoire. Avec l'espace penderie et deux tiroirs. Ça fait pas tant de possibilités que ça…
Perdons pas de temps, je me dirige vers le rangement de gauche. Quelle idée il a eu de le foutre ici ? Je suis obligé de mettre à quatre pattes sous la table pour pouvoir le fouiller, super. Au moins ce sera pas long, tout ce qu'il contient c'est du matériel électronique en vrac. Aucune trace de papier dans ce fatras. Aïe ! Merde ! Je me suis cogné en me relevant trop vite, saloperie de table ! Bon, passons au côté droit. Et j'espère que je ne vais pas avoir à retourner entièrement sa chambre pour trouver ce que je cherche. La commode qui est sous le bureau, la plus petite, contient les affaires de cours, on dirait. Ouaip, que des manuels, des cahiers et quelques fournitures. Allez, faites que ce soit dans le rangement d'à côté, je veux sortir de cette chambre… Du papier ! Beaucoup de papier. C'est malin, mon euphorie vient d'être complètement éradiquée, il n'y a que des notes de calculs et des plans de mini-robots. Sans grand espoir, j'ouvre l'armoire, mais sans surprise il n'y a que des vêtements dedans. Quand je pense que j'ai retourné le tiroir de caleçons de Jérémie par acquis de conscience, yeurk !
Je me recule, en panne d'idées, et lève les yeux sur les étagères. Sur celle du haut il y a une boite ! C'est par là que j'aurais dû commencer ! Je me relève, surexcité. On va éviter la chaise à roulette, c'est pas le moment de s'ouvrir le crâne à cause d'une perte d'équilibre. C'est donc précautionneusement que je grimpe sur le bureau. Putain, pourquoi y a autant de composants à son ordi ? Est-ce que j'ai deux écrans moi ? Non, alors merde ! Je sens venir le moment où je vais shooter dans un truc par accident. Et pourquoi il a foutu cette boite sur la plus haute étagère alors que toutes les autres sont vides ? Parce que ça cache un truc et que ce foutu carnet est dedans, y a intérêt ! C'est bon, j'ai choppé la boite, faut juste que je la fasse glisser vers moi… Non, non, non, NON !
Bon. Déjà je me suis pas viandé du bureau, et j'ai même pas pété son matos. Par contre, quand j'ai fait glisser la boite vers moi, j'ai eu un faux mouvement qui l'a faite tomber de l'étagère, et dans la panique j'ai flanqué un coup de poing dedans qui l'a envoyée au milieu de la pièce. Mais au son qu'elle a fait, j'ai pas l'impression d'avoir cassé un truc.
Je descends prudemment de mon promontoire, les jambes pas très assurées, il faut bien l'avouer. Cette fois c'est bon. Je récupère ces instructions et je me tire. Alors…
Qu'est-ce que c'est que ce délire ? Une peluche Babar ? Mais qu'est-ce que j'en ai à cirer d'une peluche ? Je me suis tapé les cascades pour que dalle, alors ? J'ai subitement très envie de frapper ma tête contre un mur…
J'ai pas envie de remonter... Tant pis, je tente le coup sans filet, je remets cette stupide peluche dans sa boite, je vise et… Panier ! Youhou ! Comme quoi, le basket peut servir dans toute sorte de situation. Bon, ok la boite est de travers, mais de ce que j'en sais, Jérémie est juste un intello, pas un maniaque. Et c'est pas l'état de ses tiroirs qui va contredire ça.
Mais en attendant j'ai toujours pas trouvé ces instructions alors que j'ai regardé dans tous ses placards…
Il reste sous le lit.
Bon. En dehors des moutons de poussière, rien sous le lit. Quand je pense que ce mec m'aura même fait crapahuter à plat ventre. En même temps, qui serait assez bête pour planquer un truc sous un lit… Et puis ça fait combien de mois qu'il a pas passé un balai, ce con ?
Je me laisse tomber sur le lit, assis les coudes sur les genoux et la tête dans les mains. Mais c'est pas vrai, ils se sont déjà débarrassé de ce truc ? Ou alors ils l'ont juste laissé à l'usine ? Bon, autant pas faire le con en continuant à y réfléchir dans la chambre de Jérémie, où je ne devrais absolument pas me trouver. Une chance qu'il fasse toujours durer les petit-déj qu'il prend avec Aelita.
Aelita ! Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ? Rien d'aberrant à ce que ce soit elle qui ait récupéré le carnet, ils ont sûrement vidé l'usine ensemble ! J'espère que j'aurai le temps de...fouiller sa chambre. Pourquoi je le sens mal ?
Je sors doucement de celle de Jérémie. Personne, tant mieux. Bien, maintenant qu'elle est à nouveau fermée, en route pour l'étage des filles. Si l'une d'elles me voit à leur étage, je pourrais toujours dire que je viens voir Aelita. Je pourrais même frapper à sa porte sans problème, elle n'est pas là. D'ailleurs même si l'une d'elles me voit en train d'essayer d'ouvrir la porte, je pourrais prétexter la fatigue et dire que je me suis planté d'étage. Ça arrive régulièrement, et à à peu près tout le monde. Je n'ai plus qu'à espérer qu'aucune ne me verra sortir de sa chambre.
Bon, déjà le couloir est vide. Surtout, avoir l'air naturel et dans les vapes, au cas où quelqu'un ouvrirait sa porte. Mince, je tremble encore à cause de l'adrénaline, comme si c'était le moment ! Tu vas rentrer dans cette serrure, fichue clef ?
Ça y est, je suis entré. Et il y a beaucoup moins d'endroits où chercher que dans la chambre de Jérémie ! Alors, à gauche de la porte, un bureau surplombé d'une étagère couverte de livres, un rangement en dessous, à la suite du bureau, l'éternelle armoire penderie de Kadic avec ses deux tiroirs, quelques papiers posés après l'armoire, à même le sol, le lit le long du mur de droite avec une petite table de chevet contre le mur du fond, sous la grande fenêtre semblable à toutes celles du bâtiment dortoir, deux petites étagères au-dessus du lit sur lesquelles sont posées quelques plantes en pot et des livres, et une petite table avec un ordinateur fixe posé dessus, avec un sac à main pendu sur la chaise assortie.
Bon, déjà il n'y a que des affaires de cours rangées du côté du bureau, et après être monté prudemment sur la chaise, rien sur l'étagère juste au-dessus non plus. Que des fringues – toutes roses, non mais vraiment – dans l'armoire, et pas de carnet planqué dans les tiroirs de sous-vêtements. J'ai vraiment l'impression d'être un voyeur. Et je commence à sérieusement désespérer… La table de chevet est vide et il n'y a pas la moindre place pour glisser un truc sous le lit, le sommier est différent de celui de Jérémie ou du mien et repose directement sur le sol. Reste plus que le dessus de l'armoire, je suis bon pour recommencer à jouer les acrobates.
Je décale la chaise pour la centrer en bas de l'armoire, après en avoir décroché le sac à main pour ne pas me prendre les pieds dedans, et monte prudemment dessus. Il y a des cartons posés là. Nan, il y a un truc posé derrière, on dirait. Je pousse les boîtes et… Oui ! Oui, elles sont là ! Yes !
Je les saisis et descends prestement de mon promontoire. Je les ai, c'est bon ! Ce que je suis soulagé ! Au moins maintenant je ne serais pas allé fouiller deux chambres pour que dalle !
Je remets rapidement la chaise devant le bureau et me presse vers la porte, mes précieuses instructions sous le bras.
J'essaie de coller mon oreille sur la porte pour voir si j'entends du bruit, mais ça n'a pas l'air très efficace. Je l'entrouvre prudemment et jette un coup d'œil dehors. Personne. Il faut dire qu'il est encore relativement tôt pour un dimanche. Je sors en vitesse de cette chambre et donne un tour de clef. C'est bon ! Je suis tranquille ! Je me dirige vers les escaliers, bien plus léger qu'en arrivant. N'empêche, j'ai eu pas mal de chance, sur ce coup-là !
Je pousse la porte des escaliers sans faire gaffe et manque de rentrer dans quelqu'un qui arrive.
« Oh, désolé ! Je faisais pas attention… »
Mince. C'est Aelita.
« Aucun problème. »
Elle me sourit en s'avançant. On dirait qu'elle n'a pas capté que j'étais à l'étage des filles.
« Mais… »
Ok, j'ai parlé trop vite.
« Qu'est-ce que tu fais là, William ? demande-t-elle en se tournant vers moi, étonnée.
- …Rien de spécial. Je pensais à autre chose en montant les escaliers et je me suis trompé d'étage. »
Elle rit en entendant ça.
« Le nombre de fois où ça m'est arrivé ! ajoute-t-elle. »
La situation est un peu étrange. Au-delà du fait que je viens de « cambrioler » sa chambre. Je veux dire, Aelita est la seule de leur petit groupe qui a essayé d'être un minimum sympa avec moi depuis la fin du chapitre Lyoko. Enfin, la fin… Bref, là tout de suite j'ai l'impression qu'elle essaie de me prouver qu'elle est de mon côté, c'est bizarre.
« Heu, William…
- Hmm ?
- Je… Enfin, Jérémie m'a parlé de ce qui… ce qui s'est passé la nuit dernière… »
Super. Je comprends mieux son attitude.
« Je sais que la situation est un peu tendue entre toi et nous, mais… Enfin, à mon arrivée sur terre j'ai fait énormément de cauchemars à cause de mon départ de Lyoko. En gros. Donc si… Si tu as envie d'en parler, je suis là. »
Mince. Comme si c'était le moment de me dire une chose pareille. Alors que je viens de m'introduire en douce dans sa chambre, que je lui ai volé les lignes de code pour se rendre sur Lyoko – et que celles-ci pendent le plus naturellement du monde sous mon bras, je n'ai plus qu'à espérer qu'elle n'y fasse pas attention – et que je vais rallumer le supercalculateur sans rien leur dire. Je me sens assez minable, d'un coup…
Il y a cette femme qui lui parle. Elle a l'air en colère, un peu perdue, à bout de nerfs.
« Ce que nous faisons ici, ce n'est… Ce n'est pas moral, bon sang ! Comment tu peux accomplir toutes ces… ces expériences sans te haïr toi-même, Franz ?! Moi je ne peux pas ! Je n'en suis plus capable, tu comprends ? Je dois faire quelque chose, n'importe quoi, pour stopper ce qui se passe ici, sinon je vais définitivement devenir folle ! Tu comprends ce que je te dis ? Ou tu ne vois encore que tes fichus projets scientifiques ? Tu penses vraiment que la fin justifie n'importe quels moyens ? Réponds-moi ! »
« William ? Tout va bien ? »
Que…Quoi ?
« Heu… Oui. Oui, pardon, j'ai eu comme une absence. Heu…Merci. Pour tout ce que tu m'as dit et…J'y penserai. À la prochaine ! »
Je commence à descendre les escaliers le plus vite possible. J'ai le cœur qui bat bien trop vite, il faut que je respire. J'ai vu… J'ai vu la mère d'Aelita, j'en suis presque sûr. Je la voyais parler à Franz Hopper. Enfin, il ressemblait à Franz Hopper en plus jeune. Je les observais en contre-plongée, comme… comme à travers une caméra de surveillance.
Je ne peux pas me permettre de parler à Aelita maintenant. Il y a trop de risques qu'elle cherche à m'empêcher de me rendre sur Lyoko. Et j'en ai trop besoin pour la laisser faire.
Donc, j'ai enfin les instructions en poche. Il faut que j'aille voir Christophe, et le plus tôt sera le mieux. Il est…presque 9h30, ok. C'est une heure à peu près raisonnable pour aller réveiller quelqu'un ça, non ? Bon, j'y vais. Je pourrais attendre, mais déjà j'ai vraiment pas envie, et en plus j'aime autant prévoir un max de temps. Parce que j'ai beau avoir cette conviction que je dois me rendre sur Lyoko pour comprendre ce qui m'arrive et pour le stopper, au-delà de ça je ne sais pas trop ce que je vais devoir faire une fois sur place…
Plus qu'à frapper.
Bizarre, ça répond pas. Pourtant j'entends de la musique. Flûte, il n'a pas dû m'entendre. Je réessaie mais ça ne répond toujours pas… Bon tant pis, j'entre. S'il veut éviter de voir du monde, il aura fermé le verrou. J'espère.
Je pousse prudemment la porte.
« Excuse-moi, Christophe ? »
….
Bon. Je n'aurais pas dû ouvrir cette porte.
Quand je l'ai ouverte, j'ai fait un tour des lieux du regard pour voir Christophe, mais il n'était pas là. Par contre Manu était présent, lui. Et pas tout seul.
Évidemment, j'ai été tellement surpris que j'ai freezé plusieurs secondes, avant que mon cerveau ne se rallume enfin et ne me hurle de refermer cette fichue porte. Et là je suis planté devant comme un con, sans savoir absolument comment réagir.
Putain !
Manu a ouvert la porte comme une bombe. Il m'a fait peur. Il a renfilé son tee-shirt vachement vite.
Mince, il a l'air super gêné et en plein flippe. Je suis vraiment un abruti, c'était évident que j'avais pas à entrer dans cette chambre sans y être invité !
« William ! m'interpelle-t-il, un peu paniqué. »
Je suis toujours debout face à la porte. Je crois qu'il ne s'attendait pas vraiment à ce que je n'ai pas déjà tourné les talons.
« Manu, je suis vraiment désolé. Je me suis fait la réflexion stupide que si vous ne vouliez pas qu'on entre la porte serait fermée… je tente de me justifier, mal à l'aise. »
Il me fixe avec l'air de chercher désespérément quoi dire.
« Je…Tu… Enfin… Merde, tu peux… Tu gardes ça pour toi, ok ?
- Ah… Oui ! Oui, bien sûr ! »
Il a l'air un peu soulagé par ma réaction. Peut-être qu'il s'attendait à une insulte homophobe ? Derrière lui, toujours assis sur le lit, je vois Bastien, un métis de la classe de la bande de Jérémie. Il se passe le pouce sur la lèvre inférieure tout en réajustant sa chemise, apparemment mortifié par mon intervention. Ce que je comprends parfaitement. Déjà en temps normal ça me ferait royalement chier d'être interrompu alors que je suis une fille, mais quand en plus dans leur cas personne n'est au courant de leur homosexualité…
Évidemment il a fallu que je les surprenne en train de s'embrasser amoureusement, Manu torse nu au-dessus de Bastien allongé sur le lit chemise déboutonnée…Putain, je me sens vraiment mal pour eux. Mais pourquoi j'ai ouvert cette porte ?
« Je suis vraiment désolé, je t'assure. Je garderai ça pour moi, tu peux me faire confiance, je bafouille dans l'espoir de le rassurer un minimum. »
Il m'adresse un sourire gêné.
« Mais euh… Tu voulais quoi en fait ? demande-t-il finalement sans vraiment me regarder.
- Hein ? Ah, euh… Oui ! Je cherchais Christophe, tu sais où il est ? »
Il hausse les épaules.
« Il passe la journée avec sa copine. Je crois qu'ils sont déjà partis se poser en ville.
- Ok, tant pis, je soupire. Merci ! Et… encore désolé. »
Il referme doucement la porte après un signe de tête, et j'entends distinctement le son du verrou cette fois.
Bon. Au-delà du fait que je suis un bourrin, c'est rappé du côté de Christophe. Je n'ai plus qu'à prendre ça pour un signe du destin, je suppose.
Je soupire en ouvrant la porte de ma chambre, et balance les instructions sur le lit avant de m'y asseoir. Je respire à fond et sors mon téléphone. S'il est suffisamment tard pour réveiller Christophe, c'est le cas pour Lucie aussi…
Ça sonne.
« …Allo ? »
Oups. Je l'ai vraiment réveillée, à entendre sa voix pâteuse. Et elle a l'air encore bien dans les vapes…
« Salut. C'est William, désolé de te réveiller…
- Non, c'est pas grave, grogne-t-elle en baillant. Ça m'apprendra à négliger d'éteindre mon téléphone la nuit… »
Je ne sais pas trop si je dois rire ou m'excuser encore une fois…
« Lucie, j'ai un service à te demander.
- Vas-y balance ? demande-t-elle d'une voix endormie.
- Tu pourrais me retrouver devant le pont de l'usine désaffectée, tu sais, celle qui donne sur le quai Stalingrad, après le pont de Sèvres ? Tu vois à peu près où c'est ?
- Mouais, à peu près, dit-elle en baillant encore.
- Tu peux venir du coup ?
- Quand ?
- Le plus vite possible ?
- …Attends, quoi ? »
Tiens, elle a l'air un peu plus réveillée, d'un coup…
« Laisse-moi résumer, ok ? Tu m'appelles aux aurores pour me demander de te retrouver dans la zone industrielle, sans me laisser le temps de prendre mon petit-déj ?
- Ben… Il est quand même 9h30 passées, c'est pas vraiment une zone industrielle, et tu peux prendre ton petit-déjeuner si tu veux…
- Joue pas sur les mots. William, pourquoi t'as besoin que j'aille là-bas si tôt ? »
Je me sens assez mal à l'aise. Lucie a l'air franchement méfiant, maintenant. Je ne pensais pas que ça lui ferait cet effet.
« Je préfèrerais t'expliquer de vive voix, je dis doucement. C'est un peu compliqué. Et un peu tiré par les cheveux aussi, comme histoire.
- Non sans rire, tu me rassures là, me coupe-t-elle, cynique.
- Écoute, j'ai besoin de ton aide pour quelque chose. En fait j'ai besoin d'aller là-bas et…je voudrais avoir quelqu'un pour assurer mes arrières, en quelque sorte. Je sais que c'est pas hyper engageant dit comme ça, mais je peux te jurer que tu ne risqueras rien.
- …
- Lucie ?
- Ok. Ok, je te retrouve sur ce pont dans une trentaine de minutes. Mais je te préviens, si t'as pas une explication claire, je te plante là-bas et je rentre me coucher.
- Merci. »
Je souffle de soulagement en raccrochant. J'ai vraiment cru qu'elle allait refuser, et me dire que c'était plus la peine de la rappeler par la même occasion. Je n'avais pas pensé qu'elle pourrait s'inquiéter de ce que je lui demande de se rendre à l'usine. Je pensais qu'elle commencerait à flipper seulement une fois que je lui aurais parlé de Lyoko…
Le collège n'est pas loin de l'usine, même en passant par l'extérieur, choix que j'ai fait pour éviter de risquer des soupçons. Je me suis mis en chemin immédiatement après avoir appelé Lucie, mais j'arriverai bien avant elle, du coup. Sauf que je ne me voyais vraiment pas tourner en rond dans ma chambre comme un lion dans sa cage en attendant un horaire plus avancé.
Flûte, une boulangerie. Autant pendant le petit-déj j'adore les viennoiseries, enfin, à part celles de Kadic, autant dès qu'il est passé elles me retournent l'estomac.
Putain mais c'est pas vrai, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un coup du sort pareil ? Et puis pourquoi ils se sont tous levés au chant du coq, aujourd'hui ? Évidemment, il fallait que ce soit Yumi et non Hiroki qui aille acheter le pain, et il fallait qu'elle y aille juste au bon moment pour tomber en plein sur moi en sortant de la boulangerie !
« William, dit-elle d'un ton glacial.
- Yumi, je réponds sur le même ton.
- Je suppose qu'à l'instant où je vais t'accuser de me stalker, ta si charmante nouvelle conquête va se ramener et me faire passer pour une hystérique ?
- Va savoir, ce n'est pas ici qu'on a rendez-vous, mais elle est si douée pour te faire perdre la face qu'elle va peut-être nous surprendre tous les deux. »
Ouh, elle le prend très mal on dirait. J'ai envie de rire, d'un coup.
« J'espère pour elle qu'elle ne se rendra jamais compte de ton potentiel de trahison. »
Oh elle veut jouer à ça ? Parce que j'en ai un peu marre de m'écraser. J'ai suffisamment payé de mes erreurs alors pour une fois je vais lui dire ce que je pense d'elle.
- T'es vraiment qu'une salope, tu sais parfaitement que je n'ai rien pu faire contre ça ! Vas-y, crache un peu le morceau, c'est quoi ton problème avec moi ? Pourquoi tu m'agresses dès que t'en a l'occasion ? Vous m'avez déjà exclu de la bande, alors pourquoi tu peux pas agir comme tous les autres et juste faire comme si j'existais pas, hein Yumi ?
- Te donne pas trop d'importance, William, je pense juste que tu t'en sors un peu trop facilement après ce que tu nous as fait ! »
Non mais je rêve, elle se prend pour qui ?
« Ce que JE vous ai fait ? C'est pas possible, tu dois te foutre de ma gueule, là ! Tu crois pas plutôt que c'est VOUS qui vous en sortez un peu trop facilement après ce que VOUS avez fait ? Mais plutôt que de parler de vos choix complètement discutables concernant Lyoko, tu préfères peut-être qu'on se concentre sur nos histoires de cœur ? Parce que je pourrais en sortir des tartines sur ta conduite de garce ! À dire oui, puis non, à toujours rejeter la faute sur les autres ! Tu penses pas que si t'es si imbuvable avec moi c'est plutôt parce qu'après toutes tes combines pour nous faire tourner en rond Ulrich et moi, tu prends ça comme une claque, le fait que je sorte avec une fille qui n'a strictement rien à t'envier et qui n'a pas besoin de se casser la tête pendant deux ans avant de s'avouer qu'un mec lui plaît ? »
Alors ? Qu'est-ce qu'elle a à répondre à ça, l'allumeuse ?
« Non mais oh, tu te prends pour qui à me parler d'Ulrich ? Ce qui se passe entre nous te regarde absolument, alors tu ferais mieux de la boucler tout de suite, espèce de connard !
- Tiens donc ? Parce que c'est plus « copains et c'est tout » maintenant ? Et à partir du moment où tu t'es servi de moi pour le faire tourner en rond, est-ce que ça me regarderais pas un peu, hein salope ?
- Je ne me suis jamais servi de toi, arrête la parano, tocard ! Et il n'y a strictement rien entre Ulrich et moi, merde ! »
Cette fille tourne vraiment en boucle, faudrait songer à changer de disque !
« Putain, mais tu vas arrêter de tourner autour du pot pendant cent-sept ans ? Y a bien que toi pour refuser de l'avouer !
- Peut-être parce que y a rien à avouer ! Tu t'es jamais dit que si j'agissais comme ça avec vous, c'est parce que vous êtes deux crétins incapables de voir qu'il y a peut-être une raison à mon attitude ambiguë ?
- Oh, déjà tu reconnais qu'elle est ambiguë, c'est un grand pas en avant ! Mais je t'en prie, s'il y a une raison qui te permettrait de me faire fermer ma gueule, pourquoi tu la sors pas maintenant, hein ?
- Putain, mais j'aime les filles, t'es content ? »
Oh.
Pour le coup, oui, ça m'a fait fermer ma gueule. Et tout ce que j'arrive à me dire, c'est que c'est la journée, aujourd'hui.
Les rares passants nous jettent des regards en coin. Il faut dire qu'on a un peu élevé la voix. Yumi est rouge de colère face à moi. J'ai même l'impression qu'elle est au bord des larmes. Je suppose que ce n'était pas du tout dans ses projets de m'avouer ça. À elle non plus. La conversation, enfin l'engueulade, a dû l'emporter et elle n'a pas mesuré ce qu'elle disait.
Je me demande quand est-ce qu'elle a réalisé ça. Je suppose qu'au début elle devait simplement se réjouir de l'attention qu'Ulrich lui portait, s'en sentir flatter et vouloir lui répondre. Quand elle a réalisé qu'elle était attirée par les filles elle a essayé de mettre les choses au clair en restant vague, pour ne pas s'afficher ou ne pas le blesser peut-être, mais à sa façon de faire, tout le monde a interprété de travers, moi le premier… C'est vrai qu'avec moi non plus elle n'a jamais laissé entendre clairement que quelque chose était possible. Elle était peut-être encore une fois simplement contente de voir qu'elle plaisait. Peut-être même qu'elle ressentait le besoin de brouiller les pistes pour cacher son jeu…
« Hé ! »
Elle vient de se tirer en me bousculant volontairement. Tain, elle m'a séché sur place, j'ai rien trouvé à répondre. Faut dire que j'aurais jamais envisagé ça. Autant de la part de Manu je ne m'étais simplement jamais posé la question, autant si on m'avait dit que Yumi était lesbienne je l'aurais pas cru. Elle s'est vraiment bien débrouillée pour rien laisser paraître.
Si ça se trouve elle est juste vraiment énervée de constater que moi, le « méchant », je suis bien dans une relation, alors qu'elle, l' « héroïne », se considère dans une telle galère. Mais c'est pas parce qu'elle est mal dans sa peau qu'elle doit se venger sur moi, merde. Comme si j'avais pas assez de mes propres problèmes, voilà qu'on me met ceux des autres sous le nez maintenant…
N'empêche, je ne peux pas m'empêcher de la plaindre un peu. Tous ceux qui les connaissent elle et Ulrich essaient de les caser ensemble, ça doit être horrible pour elle. D'autant qu'Ulrich est à fond sur elle malgré ce qu'elle peut dire. Mais elle est pas claire, aussi ! Enfin je suppose qu'elle tient à son amitié et qu'elle ne veut pas lui faire encore plus de peine. Mais elle se débrouille vraiment comme une tanche….
Mais merde ! Qu'est-ce que j'en ai à foutre de la sexualité de Yumi ! Y a pas dix minutes j'étais en plein flippe à l'idée de retrouver Lucie pour plonger sur Lyoko, je vais pas laisser une histoire aussi triviale me détourner de mon objectif. Il est temps de se remettre en chemin pour l'usine.
Encore un peu moins de dix minutes à attendre, malgré le retard que j'ai pris avec Yumi. Je me sens vraiment tendu. Il y a tellement peu de chance que Lucie me croit. Et comment elle va réagir quand je vais lui demander d'entrer dans cette usine abandonnée avec moi, et de descendre dans un monte-charge bloqué avec un digicode ? Elle va s'enfuir en courant et appeler la police. Qu'est-ce que je m'imaginais ?
« Salut. »
J'ai sursauté. Je ne l'ai pas vu arriver, à force de ressasser tous mes doutes… Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas vraiment l'air ravi d'être ici. Super.
« Salut…
- Alors ? Je t'écoute. »
Au moins, elle n'est pas agressive en disant ça. Juste méfiante. Ce qui est logique finalement. C'est même plutôt une preuve de bon sens. Le problème c'est que le bon sens voudrait qu'elle me prenne pour un fou quand je lui parlerai de Lyoko. Enfin, au point où j'en suis ce serait bête de me dégonfler maintenant.
« Ok. Tu te souviens de la bande qu'on a vue hier ? Je vais te raconter ce qui s'est passé avec eux. Mais c'est une histoire complètement tordue, alors je vais te demander de m'écouter jusqu'au bout avant de juger. »
Elle semble un peu curieuse, c'est déjà ça.
« Mon rôle a commencé quand j'ai remarqué qu'ils avaient un secret. Et que j'ai décidé de découvrir ce que c'était… »
J'ai parlé assez longtemps. Lucie ne m'a pas interrompu une seule fois. Elle m'a écouté exposer toute l'histoire sans laisser transparaître ce qu'elle en pensait. J'ai essayé de mettre en évidence la cohérence de tout ce que je lui racontais, je lui ai confié mon incompréhension de ce qui était en train de m'arriver alors que tout devrait être fini et bien fini, bref, j'ai fait ce que j'ai pu pour être le plus crédible possible. Je n'ai plus qu'à attendre sa réaction. Et j'angoisse à mort.
« Donc. Toi et ceux de la dernière fois, vous avez lutté contre une Identité Artificielle appelée XANA, qui veut asservir le monde, mais tu as été fait prisonnier et elle t'a en quelque sorte reprogrammé pour que tu la serves, puis les autres ont réussi à te libérer et à vaincre XANA, mais depuis tu as des visions et tu penses que te rendre sur le monde virtuel depuis lequel vous combattiez XANA te permettra de tout comprendre. Tu sais quoi ? La seule chose intelligente que j'ai entendu dans toute cette histoire, c'est que tu veuilles une personne derrière l'interface pour sonner l'alerte en cas de problème. »
Je m'attendais tellement à pire que ça comme réaction que je suis presque content de ce qu'elle vient de me dire.
« J'ai bien conscience que c'est dur à avaler…
- Si cette histoire est vraie, ce dont je doute encore fortement, désolée, ce qui est dur à avaler c'est votre inconscience ! Mettre le monde en danger comme ça, je sais pas ce qui a pu vous passer par la tête, mais vous avez eu une chance ridiculement grande de vous en tirer sans la moindre victime. Enfin passons, ce n'est pas le sujet du jour. Et je suis bien obligée de reconnaître que ton histoire est logique. Je suppose que le seul moyen d'avoir une preuve, c'est d'entrer là-dedans pour voir ton supercalculateur par moi-même… Et si c'est du flan et que t'as fait tout ça pour m'attirer dans une embrouille, je peux t'assurer que je te le ferais payer.
- Lucie… Si c'est l'hypothèse qui te semble la plus probable, pourquoi tu es ici ? »
La question m'a échappée. C'est un peu suicidaire, dans ma situation, mais je comprends pas trop ce qui la pousse à me faire confiance, finalement…
Elle soupire.
« Parce que j'ai pas envie d'être parano. Évidemment, s'il m'arrive un truc je vais m'en vouloir deux fois plus, mais honnêtement je te vois mal en psychopathe, et si c'est juste une vanne vaseuse, je risque pas grand-chose. Et puis, il reste quand même un pourcentage de chances pour que ce que tu m'as raconté soit vrai, et dans ce cas-là tu as vraiment besoin de mon aide et tu m'offres une sacrée dose de confiance. Alors je préfère parier de ce côté-là plutôt que de risquer te laisser tomber quand t'es prêt à partager une histoire pareille. »
Je lui souris, franchement soulagé par sa réaction, et pour la première fois depuis qu'elle est arrivée elle me retourne un visage chaleureux.
« Alors ? Tu me le montres, ce monstre de technologie.
- À tes ordres ! »
Je m'engage sur le pont avec Lucie à mon côté. Me trouver à cet endroit ne ravive pas de bons souvenirs et je suis assez content de ne pas être seul. On s'est avancé jusqu'au promontoire, j'ai saisi une corde et je me suis laissé glisser. Une fois en bas, j'ai levé les yeux sur une Lucie réticente qui s'est finalement agrippée à la même corde que moi avant de se laisser descendre tout doucement. Arrivée en bas, elle a lâché la corde avec soulagement et s'est massé les mains en me fusillant du regard.
« Si je finis par découvrir que je ne suis pas là pour une raison vitale, je vais tellement te poutrer la gueule… »
Je ris avant de l'entrainer au monte-charge, ce cube de métal qui dépasse du mur. J'appuie sur le bouton d'appel et la regarde sursauter alors que le rideau de fer remonte pour dévoiler l'intérieur et les murs de panneaux cuivrés, oxydés ici et là en de larges tâches vertes. Elle y entre avec défiance et fixe la porte intérieure se refermer sur nous en ligne brisée.
J'appuie sur le niveau du supercalculateur, autant entrer directement dans le vif du sujet. Le monte-charge se met en branle et je sens Lucie tendue à côté de moi. La première fois que je suis venu ici j'étais surtout très excité, j'allais enfin découvrir le secret de la bande de Jérémie, y être intégré. Je me demande ce qu'elle pense, ce qu'elle imagine, à l'instant même.
Le monte-charge s'immobilise enfin, les portes s'ouvrent dans leur fracas technologique et je sors, Lucie sur les talons.
La pièce reste une seconde dans sa pénombre, laissant à peine deviner le plafond légèrement en dôme et la trappe circulaire au sol, vers laquelle court un monceau de câbles enchevêtrés, qui renferme le supercalculateur. Puis ladite trappe commence à s'entrouvrir, laissant s'échapper un flot de lumière blanche qui semble jaillir du sol en milliers de filaments. Une fois que les murs sont totalement baignés de ce rayonnement, le supercalculateur commence à s'extraire de sa gangue, en deux cylindres concentriques qui se dressent enfin hors du sol, menaçants. Des composants dorés resplendissent entre les autres pièces de métal, étrangement d'un vert profond, à travers lesquelles on peut parfois apercevoir d'autres câbles. C'est étonnant comme cette machine peut s'avérer belle.
Je m'approche, peu sûr de moi, tandis que la petite trappe marquée de l'œil de XANA s'ouvre et révèle le levier qui remettra tout en marche. Je jette un regard discret vers Lucie, qui observe le supercalculateur, les yeux écarquillés, puis me tourne vers le mécanisme, inspire à fond, et l'abaisse d'un geste sec.
Les pièces dorées s'illuminent tranquillement avant de brusquement virer à un éclat blanc intense et éblouissant. Puis la machine reprend son aspect précédent.
« Ça… ça y est ? Tu l'as allumé ? demande Lucie, un peu abasourdie.
- Je crois bien, oui. »
Mais un son me fait réagir brusquement. Qu'est-ce qui se passe, pourquoi le monte-charge se met en marche ?
