Note de la traductrice : les personnages de la saga Twilight appartiennent à Stephenie Meyer.
Le contenu original, les idées et la propriété intellectuelle de cette histoire appartiennent à Sebastien Robichaud qui m'a donné l'aimable autorisation de la traduire.
Merci de continuer à me suivre dans cette aventure, et bonne lecture.
Chapitre 14
Au précédent chapitre…
Finalement, elle soupira dans sa bouche et atténua la pression de ses lèvres. Il lui donna trois petites bises avant d'envelopper son dos avec ses bras et de l'attirer contre lui.
« Wow, » dit-il à bout de souffle.
« Je ne peux pas continuer à te faire ça. Ce n'est pas juste. Mais la pensée d'être seulement amis me donne envie de pleurer. »
À ce moment-là, Emmett fut visité par un sentiment qu'il n'avait pas éprouvé depuis longtemps – l'espoir.
« S'il te plaît, ne pleure pas. » Il embrassa sa joue et glissa sous ses yeux, soulagé de constater qu'il n'y avait pas d'humidité. « L'amitié est un bon début, ne crois-tu pas ? »
« Je ne veux pas rester à la maison, le weekend, à me demander si tu es avec quelqu'un d'autre. »
Il fronça les sourcils. « Alors qu'essayes-tu de me dire ? »
Elle pinça les lèvres et détourna les yeux.
« Si tu ne me parles pas, ma chérie, je ne saurai jamais ce que tu veux. J'ai fait des efforts pour me rapprocher de toi, à maintes reprises, et tu m'as repoussé. » Il se crispa au souvenir de la soirée où elle l'avait fui.
Rosalie se crispa elle aussi.
« Je veux essayer. » Sa voix était si basse qu'il l'entendit à peine.
« Qu'est-ce que tu as dit ? » Il se pencha vers elle, déplaçant son oreille plus près de sa bouche.
« Je ne veux pas que nous soyons seulement amis. Je veux essayer. Avec toi. »
Emmett sentit son cœur se gonfler dans sa poitrine.
Il se redressa et entortilla sa main dans ses cheveux. Il sourit avec chaleur, exhibant ses fossettes.
« Alors embrasse-moi, Rosie. »
Elle pressa ses lèvres sur les siennes et l'embrassa comme si c'était sa dernière fois.
Rosalie fut la première à rompre le baiser, mais elle n'ouvrit pas les yeux. Elle était dans un état second, baignée d'espoir, réchauffée dans les bras puissants de son ami.
« Chérie ? » Emmett glissa son pouce sur la courbe de sa joue.
Elle ouvrit les yeux. « Je pense que nous ne devrions pas faire ça dans le couloir. »
Il pressa délicatement ses lèvres sur son front. « En effet, tu as raison. »
Elle tenta de le tirer à l'intérieur de son appartement, mais il la stoppa.
« Ne veux-tu pas entrer ? »
« Oh, bien sûr que si, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. »
« Je pensais que nous pourrions… »
« C'est trop tôt. » Il secoua la tête, une expression presque douloureuse sur son visage.
Rosalie laissa retomber sa main et s'éloigna de lui.
Il ferma la distance entre eux et l'enveloppa de sa large silhouette. « N'érige pas les murs encore une fois, Rosie. J'essaye seulement d'agir de manière responsable. »
« Je ne t'invitais pas chez moi pour baiser, » souffla-t-elle. « Tu devrais me faire un peu plus confiance. »
« Je te fais confiance. » Il embrassa sa joue, ses yeux pétillants d'amusement. « Alors qu'avais-tu en tête en m'invitant ? »
Elle haussa les épaules. « Musarder sur le canapé. Ou quelque chose. »
« Ou quelque chose me semble intéressant. On devra essayer ça un de ces jours. »
Elle arqua un sourcil et se tortilla pour qu'il la relâche.
« Attends. » Il la libéra, mais attrapa sa main. « Il faut que je dise un truc, Rosie. Tu veux bien m'écouter ? »
Elle hocha la tête, ses yeux voyageant nerveusement entre la porte ouverte sur son appartement et le visage d'Emmett.
« Je veux que tu y réfléchisses. »
Les yeux de Rosalie devinrent de minces fentes remplies de méfiance. « Pourquoi ? »
« Nous avons bu. Je veux que tu prennes le temps de considérer ce que cela signifie. »
« Je sais ce que je veux. Peut-être que toi tu ne le sais pas. »
« Oh, je sais ce que je veux. » Il la ramena plus près de lui. « Je veux t'emmener dîner dans un bel endroit où on pourra parler. J'ai déjà des projets pour demain soir, donc ça devra attendre à dimanche. »
« Tu crois que je vais m'enfuir. »
« Pas nécessairement. » Il lui adressa un demi sourire. « Mais je ne voudrais pas que tu aies des remords après coup. »
Elle fit une pause.
« Je ne pense pas que quiconque pourrait avoir des remords de te vouloir, » murmura-t-elle.
Il prit sa joue en coupe dans sa main et joignit leurs lèvres ensemble à nouveau. Ce fut un baiser bref, une promesse, avant qu'ils ne se souhaitent bonne nuit. Il attendit qu'elle soit en sécurité derrière une porte fermée et verrouillée avant de se diriger vers l'ascenseur.
À travers le judas, elle le regarda s'éloigner, ses pas déterminés générant un des bruits les plus tristes qu'elle ait jamais entendus.
ooo
Aussitôt que son vol atterrit à l'aéroport Charles de Gaulle, Bella se sentit soulagée. Cette émotion la surprit. Elle avait toujours considéré Paris comme un endroit où elle était en visite. Pas comme son chez-soi. Pas vraiment.
Mais en traversant le terminal pour aller récupérer ses bagages, elle éprouva une sensation de confort qui la rendit presque heureuse. C'était un plaisir de parler français à nouveau, d'admirer la manière sophistiquée dont les hommes et les femmes s'habillaient, ce je ne sais quoi de la culture Parisienne. Elle salivait à la pensée de tout le fromage qu'elle allait manger avant la tombée de la nuit.
Puis elle le vit.
Au début, elle crut qu'elle faisait erreur. Ça ne pouvait pas être lui. Ensuite elle pensa qu'il s'agissait d'une simple coïncidence. Il devait être venu chercher un parent à l'aéroport. Mais lorsqu'il enleva son béret, tordant négligemment la laine noire dans sa main en levant les yeux vers elle, elle réalisa que ce n'était ni l'un ni l'autre. Il était là parce qu'il l'attendait.
Il était tout de noir vêtu, si l'on excluait l'écharpe verte enroulée autour de son cou. Son visage était rasé de frais, et porter un béret n'avait rien fait pour discipliner le désordre tumultueux de ses cheveux, au contraire. Elle ne put s'empêcher d'admirer la façon dont son col roulé et sa veste en laine soulignaient la largeur de ses épaules, tandis que son jeans mettait en évidence ses cuisses bien dessinées. Alors qu'il approchait d'elle, elle s'arrêta, confuse.
« Bonjour, Talula. » Elle perçut une odeur de cannelle et de café, et un soupçon de tabac quand il pressa ses lèvres sur ses joues, l'une après l'autre comme le faisaient les Européens. « Bienvenue chez toi. »
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Je suis venu te chercher. »
« Pourquoi ? »
Edward rougit mais tenta de le cacher en tendant le bras pour saisir la poignée de sa valise roulante. « Est-ce tout ce que tu as comme bagage ? »
Elle acquiesça. « Je peux la transporter. »
« Je vais le faire. Mal m'a dit que tu rentrais aujourd'hui. J'ai pensé que je pourrais t'éviter de devoir payer cent euros en frais de taxi. »
Elle grogna. « Ça ne coûte pas cent euros. »
« Non, mais pas loin. » Il lui fit un clin d'œil et la guida vers la sortie.
« Alors, est-ce que tu es venu ici à vélo, comme un authentique proustien ? À moins que tu n'aies un scooter ou quelque chose du genre ? »
« Non, Isabella, je n'ai pas de scooter. » Edward commença à sentir un vague relent de colère poindre à l'horizon. « J'ai une voiture. »
Bella fut surprise, car la plupart des étudiants qu'elle connaissait ne possédaient pas de voitures. Et au cours des occasions où elle avait vu Edward, lesquelles avaient été limitées, certes, il n'avait jamais mentionné qu'il conduisait. Pas une seule fois.
Ils bavardèrent poliment de tout et de rien en marchant jusqu'à l'aire de stationnement, et finalement Edward s'arrêta à côté de son cabriolet bleu clair dont il semblait très fier. Il posa une main respectueuse sur le dessus, regardant Bella dans l'expectative.
« C'est tout ? » Lança-t-elle.
« Ceci est une Citroën DS19M de 1963, » annonça-t-il. « Le chauffage fonctionne très bien, alors ne t'inquiète pas du froid. »
« Oh, » dit-elle. « C'est, euh, gentil. »
Edward fronça les sourcils et marmonna quelque chose de peu flatteur. Sa voiture était sa fierté et sa joie. Il l'avait achetée trois ans auparavant et avait consacré beaucoup de temps et dépensé une fortune dans sa remise à neuf. Il n'aimait pas la conduire en hiver, mais pour la belle et insaisissable Talula, il avait fait une exception.
Il déposa prestement sa valise à l'arrière et ouvrit la portière côté passager. Elle s'installa dans le véhicule avec gratitude, impressionnée par ses manières. Même elle se devait d'admettre que la voiture était d'une extrême élégance. Le genre qu'elle pouvait imaginer James Bond conduire, si, par exemple, il était interprété par un jeune Sean Connery et que c'était les sixties.
Edward lui montra les caractéristiques les plus admirables de sa précieuse décapotable, y compris la nouvelle chaîne stéréo, avant de sortir du parking. En route vers son appartement, Bella se retrouva à regarder non pas le paysage qui défilait et qui était de peu d'intérêt, mais plutôt le profil d'Edward.
A-t-il toujours été aussi beau ? Se demanda-t-elle. Ou bien est-ce parce qu'il conduit une bagnole séduisante… et me fait économiser de l'argent ?
« Quoi ? » Il se tourna brusquement vers elle, interrompant sa contemplation fascinée.
« Euh, c'était sympa de ta part de venir me prendre à l'aéroport. Totalement inutile, mais sympa. Alors merci. »
Il reporta son attention sur la route, son expression tendue se transformant en sourire. « De rien, Bella. Ça m'a fait plaisir. »
« Je suis une fan des sixties. » Elle fit courir des doigts hésitants sur le cuir marron de son siège.
« Je sais. »
Elle lui lança un regard interrogateur.
« D'après tes préférences musicales, ça semblait évident, » précisa-t-il. « Je savais que tu apprécierais ma voiture. C'est pourquoi j'ai voulu te la présenter. »
Bella était mystifiée par ce choix de mots très spécial, mais elle se contenta de hocher la tête. Il y avait quelque chose de troublant dans la façon dont ses longs doigts enveloppaient le levier de vitesses. Elle avait toujours préféré les transmissions manuelles aux automatiques, car il y avait un élément sexy dans l'interaction entre la voiture et celui qui la conduisait. Et la façon dont Edward manipulait son levier de vitesses…
Il appuya sur quelques boutons de la chaîne stéréo, et la voix d'Elvis résonna dans l'habitacle.
Elle releva un sourcil. « That's Alright Mama ? »
« J'ai pensé que tu aimerais écouter un classique. »
« Oh, j'aime écouter les classiques. Cette pièce, M. Masen, n'est pas un classique. »
« C'est toi qui le dis. » Il ricana avant de lui faire un clin d'œil.
Elle leva les yeux au ciel, espérant que le prochain titre sur sa liste d'écoute serait un truc qui en valait la peine. Puisqu'il s'agissait de Blue Christmas, ce n'était pas le cas. (Regrettablement)
« Je te dois des excuses, » dit-il lentement.
« Quoi ? »
Il lui jeta un coup d'œil et elle rougit, cessant à contrecœur de fixer sa main droite serrée sur le levier de vitesses.
« Je veux m'excuser pour le e-mail que je t'ai envoyé pendant que tu étais à Seattle, » dit-il. « Quand j'ai mentionné le baiser sur le Pont Neuf, je pense que je t'ai donné la mauvaise impression. »
« Quelle était cette impression ? »
« Que je n'avais pas aimé ça. »
Bella l'observa plus attentivement. Sa mâchoire serrée et ses épaules contractées démontraient qu'il était anxieux.
C'était malsain, peut-être, mais de le voir consterné avait un effet apaisant sur elle. Sa réaction était inattendue compte tenu de son habituelle arrogance.
Elle rit un peu, secouant la tête. « Tu es un sacré froussard, Edward. »
Il en demeura bouche bée.
Une fois le choc initial passé, il la regarda furtivement avant de se concentrer sur la route. « Est-ce que ça veut dire que tu me laisseras encore t'embrasser ? »
« Je ne sais pas. »
Elle mordit son pouce, se sentant très mal à l'aise. Elle voulait lui dire qu'elle n'était pas du genre à badiner. Elle voulait lui dire qu'elle craignait qu'il soit simplement en train d'essayer de foutre la pagaille dans sa tête, de l'embrouiller et de lui faire perdre pied pour déjouer l'ennui, comme quelques autres l'avaient fait. Mais étant donné qu'elle était encore à une bonne distance de son appartement, elle ne voulait pas que la conversation dégénère. Alors elle haussa les épaules et regarda par la fenêtre, priant pour que son attention se tourne vers autre chose.
« Me permettras-tu au moins de t'emmener dîner ? »
Elle retira son pouce de sa bouche. Il semblait sincère, mais elle s'était déjà trompée au sujet d'hommes comme lui avant.
« Venir me chercher à l'aéroport était suffisant en guise d'excuses, ne crois-tu pas ? »
« Non. »
Leurs yeux se rencontrèrent avant qu'elle ne regarde ailleurs, feignant d'être captivée par le paysage à l'extérieur de sa fenêtre.
« Non, je ne crois pas, » insista-t-il fermement.
Lorsqu'elle ne répondit pas, il demeura silencieux pendant un moment. Bella se détendit sur son siège, pensant qu'il avait abandonné la partie.
Edward tripota son béret et le lança finalement à l'arrière en marmottant un juron. Puis il fit courir ses doigts dans ses cheveux non pas une, mais deux fois, ce qui fit dresser en l'air certaines de ses mèches.
« Je veux t'emmener dîner, et je veux que ce soit un rencard. Par la suite, ou même pendant, je veux t'embrasser, et pas à cause d'un pari, mais bien parce que c'est ce que je désire. » Il lui jeta un regard lourd de sens. « Et parce que tu veux que je t'embrasse. »
« J'ai promis à Mal que nous allions sortir ce soir. »
« Alors je t'emmènerai au restaurant demain. »
« D'accord. »
Son consentement parut l'étonner, mais il sourit néanmoins. « Bon, tant mieux. »
Bella lui rendit timidement son sourire, plus confuse que jamais.
ooo
Rosalie passa un anxieux samedi à nettoyer son appartement. Elle avait été surprise mais ravie quand Emmett lui avait téléphoné durant le petit déjeuner 'juste pour dire bonjour.'
Lorsqu'elle avait tenté d'aborder le sujet de la nuit précédente, il lui avait dit qu'ils en reparleraient plus tard. Il voulait lui donner du temps et de l'espace pour réfléchir. Mais il ne pouvait pas attendre à dimanche soir pour entendre sa voix.
Les attentions d'Emmett faisaient picoter le bout de ses doigts. Ce n'était pas une sensation importune. Mais la réalisation qu'elle était sur le point d'entamer une relation amoureuse après des années de célibat lui faisait peur.
Et comme toujours, il y avait le spectre menaçant du sexe.
Tandis qu'elle frottait sa baignoire, elle devint nostalgique, songeant à quel point tout était tellement plus simple à l'école secondaire. On pouvait avoir un petit ami sans être sexuellement actif, bien que de nombreux couples l'aient été. Ce n'était quand même pas entièrement attendu.
Sam ne s'était pas attendu à ce qu'elle ait des relations sexuelles avec lui. Il l'aimait, peu importe qu'elle veuille ou non aller de l'avant sur le plan sexuel. Et il était content de l'embrasser et de la toucher, comme si chaque fragment de peau exposée était un nouveau monde à conquérir et à explorer.
Elle se demanda ce qu'il faisait maintenant. Il était allé à Yale, était devenu médecin, et avait épousé une gentille fille du Connecticut. Il vivait probablement toujours à New York, occupé à sauver le monde une chirurgie à la fois.
Elle écarta quelques mèches de cheveux de ses yeux.
Elle était encore un être sexuel. Les monstres ne l'avaient pas dépouillée du sentiment de désir, au moins. Il s'agissait d'un besoin biologique, se justifia-t-elle, et on ne pouvait pas lutter contre la biologie. Bien qu'elle ait essayé.
Avoir des rapports sexuels après son viol lui avait fait l'effet d'être un escargot rampant nu hors de sa coquille. Elle s'était sentie vulnérable et exposée, et désespérément lente. L'alcool ne l'avait pas entièrement engourdie. Si cela avait été le cas, ça aurait tout ruiné. Elle désirait ardemment la libération qui lui échappait, mais son esprit l'avait trahie. Elle se demanda si ce serait toujours comme ça. Si ce que Tyler avait dit était exact – que se servir de sa main était meilleur que coucher avec elle.
Il convenait de penser que si elle sortait avec Emmett, ils finiraient par coucher ensemble. Une part d'elle était curieuse à ce propos, à propos de lui, comment il serait en tant qu'amant. Leur rencontre passionnée sur le canapé il y avait de ça tellement de nuits offrait la promesse de quelque chose d'explosif et de chargé.
Ses dimensions et sa force étaient intimidantes. Elle allait devoir surmonter l'inquiétude qui s'emparait d'elle lorsque ses grandes mains la serraient ne serait-ce qu'un tout petit peu. Ou la sensation de son corps pressé sur le sien…
Et si elle ne le pouvait pas ? Si elle ne parvenait pas à être avec lui sans boire ? Ou si elle se figeait en plein milieu d'un moment torride ? Un beau jour il la quitterait si le sexe n'était pas bon avec elle. Ou alors il jouerait les martyrs, supportant sa froideur avec un mélange de patience et de pitié. Et elle finirait par le haïr pour ça.
Avec un soupir, Rosalie monta le volume de sa chaîne Hi-Fi et termina le ménage de son logis en écoutant les Smiths.
ooo
Plus tard ce soir-là, Emmett était éveillé, fixant le plafond de sa chambre. Son esprit en effervescence l'empêchait de dormir. Il était enthousiasmé à la perspective de voir Rosalie le jour suivant, mais soucieux au sujet de ce qu'elle pourrait dire ou faire. Il était possible, songea-t-il, qu'elle batte en retraite.
Il résolut de la laisser aller si d'aventure elle faisait marche arrière. Il ne rajeunissait pas, et ça ne servait à rien de poursuivre une femme qui ne désirait pas être poursuivie. Ils resteraient amis, bien entendu, et collègues, mais il commencerait à voir d'autres femmes. Peut-être qu'Alice pourrait le brancher avec une autre de ses copines…
Il gémit dans son oreiller. C'est ça que sa vie sociale était devenue ? Espérer qu'Alice lui dénicherait une petite amie ?
Emmett roula sur son abdomen et tira l'oreiller sur sa tête, comme s'il voulait bloquer l'accès à cette pensée attristante.
Fréquenter Rosalie ne serait pas facile. Il avait fait ses recherches, lisant autant qu'il pouvait en prendre au sujet des victimes d'agression et de leurs partenaires. Mais même les pires descriptions n'avaient pas suffi à le dissuader. Il se souciait d'elle et voulait qu'elle soit heureuse. Si elle pouvait être heureuse avec lui, il ferait tout en son pouvoir pour s'assurer qu'elle passe le reste de sa vie à se sentir protégée et en sécurité. Il allait lui montrer ce que la passion pouvait être entre un homme et une femme qui avaient de l'affection l'un pour l'autre.
Et si elle ne pouvait pas être heureuse avec lui, eh bien, il ferait face à la musique le moment venu.
ooo
« Comment va Rosalie ? » Demanda Esme à son fils au cours de leur traditionnel brunch dominical.
Emmett savait que sa mère ne le forcerait pas à lui faire des confidences. S'il lui donnait une réponse sommaire, elle laisserait tomber le sujet et passerait à des thèmes moins épineux. Mais s'il souhaitait partager quelque chose, elle signalait qu'elle était intéressée.
Il sirota son café.
« Elle va bien. Nous sommes sortis avec Alice et Jasper vendredi soir. »
« C'est une bonne chose, chéri. » Esme se sourit à elle-même tout en étalant de la confiture sur son toast. « Je l'aime beaucoup. »
Emmett hocha la tête, tripotant la serviette de table placée sur ses genoux.
« On lui a fait du mal. »
« Je sais. »
« Tu peux le voir ? »
« Les mères peuvent percevoir ces choses là. Et Rosalie est très circonspecte. »
Emmett n'avait pas l'intention de trahir la confiance de Rosalie, malgré le fait que les conseils de sa mère lui auraient été d'une grande utilité.
« La gentillesse panse une multitude de blessures. » Esme regarda son fils de manière encourageante.
« Et si ce n'est pas suffisant ? »
« Ça ne le sera pas. »
Emmett dévisagea sa mère, étonné.
« Ça ne le sera pas, » répéta-t-elle. « Et il faut que vous le réalisiez tous les deux. Si une amitié ou une relation amoureuse pouvait guérir toutes les blessures d'une personne, alors nous n'aurions pas besoin de médecins ou de conseillers. Ou de Dieu. »
Emmett baissa les yeux sur son assiette d'œufs brouillés en fronçant les sourcils. « Je veux l'aider. »
« Bien entendu. Je suis sûre que tu seras en mesure de l'aider, mais seulement jusqu'à un certain point. Si tu t'impliques en t'imaginant que votre relation résoudra tous ses problèmes, vous serez tous les deux déçus. Et la relation ne survivra pas. »
Il expira avec agacement. « Alors que dois-je faire ? »
« Sois gentil. Sois patient. Les problèmes d'une personne n'apparaissent pas du jour au lendemain, et ne peuvent pas se régler du jour au lendemain non plus. »
Esme remarqua la frustration de son fils, observant la façon dont il poignardait un morceau de bacon avec sa fourchette.
« Rosalie a besoin de passer du temps autour d'une famille. Pourquoi ne l'inviterais-tu pas, ainsi que sa grand-mère, à fêter Noël avec nous ? »
« Je ne crois pas que sa grand-mère soit assez en forme pour sortir de la maison de santé. »
« Si tu ne peux pas aller à la montagne, la montagne viendra à toi, » cita Esme.
« Tu ferais ça ? »
« Pourquoi pas ? Nous pourrions apporter le repas à la maison de soins le jour de Noël et passer celui-ci avec Rosalie et sa grand-mère. Ça nous laisserait quand même la veille de Noël pour célébrer nos propres traditions. Je suis certaine que Bella n'y verrait pas d'objection. Et si jamais elle se plaignait, une bonne petite réprimande la remettra à sa place. »
Emmett sourit à la simple idée de sa mère passant un savon à sa sœur.
« Je vais en parler à Rosalie. »
Esme sembla se perdre dans ses pensées pendant un bref moment, le pouce et l'index de sa main droite tripotant sa bague de fiançailles. L'estomac d'Emmett se noua à la vue du diamant minuscule.
« Ton père était – est – l'amour de ma vie. » Elle frotta son pouce contre l'or abrasé de son jonc de mariage. « Mais l'épouser n'a pas résolu mes problèmes. Ça a rendu certains d'entre eux plus facile à supporter, mais ça ne les a pas éliminés. Malgré tout, pour rien au monde je n'échangerais les années que nous avons eues ensemble. »
Elle sourit à son fils avec l'ardeur et la fierté que seule une mère pouvait posséder.
« J'espère que Rosalie aura la sagesse de comprendre qu'un homme de bien vaut son pesant d'or, même s'il ne peut effacer le passé. »
Leurs yeux se rencontrèrent, et un regard de compréhension passa entre eux avant qu'ils ne retournent à leur repas.
ooo
« J'ai choisi cet endroit parce que c'est calme. J'espère que ça ne te dérange pas. » Emmett désigna l'intérieur sombre du Dahlia Lounge, un restaurant intime de Belltown. Rosalie et lui étaient installés à une table pour deux nichée dans une alcôve, loin des regards indiscrets. Ils auraient une intimité absolue, lui avait assuré le maître d'hôtel.
« C'est très beau. » Les yeux de Rosalie furent attirés par la rangée de lanternes en papier qui pendaient au-dessus d'eux, fournissant le seul éclairage dans la salle, en dehors des bougies allumées sur chaque table.
« Tu es très belle. » Emmett posa ses yeux sur la robe noire de Rosalie avec appréciation, les gardant un tantinet trop longtemps sur la peau crémeuse de son cou et de son décolleté pudique (mais considérable).
Elle portait un châle rouge. Lorsqu'une partie de celui-ci tomba sur le plancher, il s'accroupit à côté d'elle pour le ramasser.
Elle retint son souffle alors qu'il la regardait dans les yeux, lui souriait, et drapait délicatement l'étoffe de soie rouge sur son épaule. « Là, comme ça, » murmura-t-il, pressant une main légère sur son bras.
Rosalie faillit cligner des yeux pour retenir les larmes qui voulaient couler. Quelque chose dans la tendresse de son comportement et de son expression la prit au dépourvu.
Elle se força à sourire. « Tu n'es pas trop mal toi-même. »
Il se pencha pour déposer un baiser sur le sommet de son crâne avant de reprendre son siège. « Je suis content que tu aies accepté de sortir avec moi. »
Sa déclaration fit rosir les joues de Rosalie. « Bien sûr que j'ai accepté. Mais c'est seulement un dîner. »
« J'ai pris beaucoup de repas au cours des années, et aucun d'eux ne se comparent à un dîner avec toi. Tout est meilleur avec toi. » Il poussa leurs entrées de côté afin de pouvoir lui tenir la main. « Ton châle est joli, mais ton cardigan en cachemire me manque. »
Elle le gratifia d'un regard provocant. « Peut-être que je peux organiser un visionnement privé. »
Emmett gloussa et porta la main de Rosalie à ses lèvres. « Ça me plairait bien. »
Il contempla leurs doigts enlacés. « As-tu eu l'occasion de réfléchir à propos de nous ? »
Elle but une gorgée de vin et hocha la tête.
« Qu'as-tu décidé ? » Sa voix était calme, mais non dépourvue d'une anxiété sous-jacente.
Rosalie voulut effacer cette angoisse au plus vite. « Je pensais vraiment ce que j'ai dit. Je veux essayer. »
Emmett sourit et embrassa à nouveau sa main, posant ses lèvres dans sa paume cette fois-ci. « Tu ne sais pas à quel point je suis heureux d'entendre ça. »
« Le week-end m'a paru long sans toi. »
« Ça ne sera plus comme ça. Je vais m'assurer que nous passions beaucoup de temps ensemble. Cette perspective me réjouit au plus haut point. »
Il la regarda dans l'expectative.
Rosalie goûta un morceau de crevette pendant qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait dire.
« Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de petit ami. Et c'était avant… » Elle s'éclaircit la gorge. « Je n'ai aucune idée si je serai bonne au lit. »
« Tu es une bonne amie, non ? »
« Je l'espère. »
« Et moi je le sais, » dit-il fermement. « Nous n'allons pas arrêter d'être amis. Nous allons continuer d'apprendre à nous connaître l'un l'autre, et au fil du temps, les choses vont progresser. »
« Tu veux dire le sexe, » lança-t-elle.
En dépit du fait qu'ils étaient dans une alcôve, Emmett ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à la ronde pour vérifier si quelqu'un les écoutait.
« Je ne fonde pas mes relations sur le sexe. »
« Mais le sexe en fait partie. »
« C'est une partie importante, je ne vais pas le nier. Mais au risque de ramener mon ex sur le tapis, je voudrais souligner que le sexe était tout ce que nous avions en commun à une certaine époque. Et le résultat a été désastreux. »
« Au moins le sexe avec elle fonctionnait bien, » marmonna-t-elle, tendant le bras pour prendre son verre de vin.
Il la regarda boire le liquide et l'avaler, attendant qu'elle redépose son verre sur la table.
« Je n'avais pas l'intention de parler de sexe ce soir. Je souhaitais entendre comment tu envisageais notre relation, et qu'elles étaient tes attentes. Mais il semblerait que tu te tracasses davantage au sujet du sexe qu'au sujet de quoi que ce soit d'autre. »
Elle essaya de retirer sa main, mais il fit légèrement pression pour la garder.
« Est-ce qu'avoir des rapports sexuels avec moi est quelque chose que tu peux envisager ? »
Sa franchise l'abasourdit. Il n'y avait rien de lubrique dans sa voix ou son expression. Si sa question n'avait pas été à ce point chargée d'émotion, on aurait pu croire qu'il lui demandait si elle pouvait envisager la paix dans le monde.
« Euh, oui. » Elle combattit l'envie de se tortiller sous son regard.
« Ceci pourrait vous choquer, Mlle Hale, mais je peux moi aussi envisager d'avoir des rapports sexuels avec vous, lorsque le moment sera le bon. » Le ton badin d'Emmett faisait contraste avec la gravité du moment. « Et je suis sûr que ce sera spectaculaire. »
Elle secoua la tête. « Tu dois t'inquiéter à ce sujet. Tu sais qu'il pourrait y avoir des problèmes. »
« Oh, je ne sais pas. Peut-être suis-je inquiet que notre chimie sexuelle soit tellement explosive qu'elle fera fondre les murs. J'ai besoin de réviser mon assurance condo afin de pouvoir me permettre ce genre de problèmes. » Il releva les sourcils de manière aguichante.
« Vous êtes drôlement culotté, Monsieur McCarty. » Elle sourit à contrecœur.
« Et vous êtes diablement sexy, Mlle Hale. Je n'ai aucun doute que nous allons faire des étincelles ensemble. »
Elle sentit son visage devenir chaud.
« Tu as dit que tu ne voulais pas aborder le sujet du sexe ce soir. Pourquoi ? »
« Parce que c'est trop tôt pour en parler. »
« La plupart des hommes seraient en désaccord avec toi, » railla-t-elle.
« Je ne suis pas la plupart des hommes, Rosie. Je pense que tu le sais. »
Elle grimaça et glissa une assiette de sashimi devant lui, repentante.
« Je sais. Je suis navrée. »
Ils mangèrent en silence pendant quelques minutes avant qu'Emmett ne reprenne sa main dans la sienne.
« Je veux que nous soyons à l'aise l'un avec l'autre. Je veux que tu aies confiance en moi. Alors je pense que nous devrions attendre. »
« Combien de temps ? »
Un sourire étira ses lèvres. « Tu es pressée ? »
« Non. J'essaye juste de clarifier ce que tu dis. »
« C'est toi qui va décider du moment approprié. D'ici là, je vais profiter du raffinement des câlins, » répondit-il patiemment.
« Tu n'as pas l'air du type cajoleur. »
Son sourire disparut. « Je pourrais l'être. »
Rosalie baissa les yeux sur la table.
« Alors la décision du moment où nous aurons des rapports sexuels me revient ? »
« Oui. Je promets que je serai un participant plus que consentant. Si tu veux que je planifie un voyage romantique, je le ferai. Mais tu choisis le moment. »
Il l'observa attentivement. « Dans l'intervalle, c'est peut-être l'occasion pour nous de profiter l'un de l'autre comme nous l'aurions fait à l'école secondaire. »
Elle traça le bord de la table du bout d'un seul doigt, esquissant un motif invisible dans le bois.
« Tu ferais ça pour moi ? »
Emmett se pencha en avant.
« Bien sûr. Et j'ai très hâte. Je ne dis pas que ça ne sera pas difficile. Je suis attiré par toi, et ça va être l'enfer de garder mes mains à leur place. Mais j'essaye de ne pas penser avec ma bi- hum, euh, autre chose que mon cerveau. »
Elle commença à pouffer de rire et il lui sourit d'un air penaud.
« Désolé, » dit-il.
« Oh que vous me plaisez, Monsieur McCarty. »
« Je suis très content d'entendre ça. » Il prit sa main et l'embrassa légèrement. « Maintenant est-ce qu'on peut commander ? Parce que je meurs de faim, et cette nourriture d'oiseau n'a fait qu'exacerber le creux dans mon estomac. »
Rosalie acquiesça, riant de plus belle.
Tandis que la soirée avançait, elle s'efforça de ne pas se perdre dans une vision de ce que ce serait de passer une soirée de câlins avec Emmett avant de s'endormir dans ses bras.
ooo
Les quelques jours suivants passèrent très vite. Emmett et Rosalie dînèrent ensemble tous les soirs, et occasionnellement il leur arriva aussi de prendre leur pause-déjeuner en même temps. Une proximité rassurante commença à prendre racine dans leur relation, et Emmett remarqua que les murs de Rosalie étaient tranquillement en train de céder.
En plus de sa charge habituelle de travail, il bossa fort pour persuader ses collègues de faire du bénévolat pour le Centre de Ressources des Victimes d'Agression Sexuelle du Comté de King. Il fut surpris de la réaction générée par ses efforts. Tout les gens à qui il parla lui exprimèrent leur soutien, mais seulement deux personnes étaient prêtes à s'impliquer, et c'était deux femmes. Les hommes déclarèrent qu'ils étaient trop occupés, ou que les besoins du centre ne correspondaient pas à leurs compétences, ou que ça 'donnerait la mauvaise impression' aux clients de la firme.
Emmett argumenta poliment, mais ultimement il se résigna au fait que la plupart des hommes étaient mal à l'aise de supporter publiquement un organisme de bienfaisance qui venait en aide aux femmes et aux enfants maltraités. Il se demanda si tous les organismes de ce genre rencontraient les mêmes réticences. Cette pensée le rendait malade.
C'était avec ces idées pesant sur son esprit qu'il passa devant Jess à la réception jeudi après-midi en se rendant à la photocopieuse. Il était tellement absorbé dans ses réflexions qu'il faillit ne pas entendre les voix élevées provenant du bureau de Rosalie.
« Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda-t-il à Jess qui savait (presque) tout.
Elle avait la mine sombre. « Une femme s'est pointée ici en exigeant de voir Mlle Hale. Je ne peux pas dire s'il s'agit d'une cliente ou d'une amie. Ça fait quinze minutes qu'elle crie après Mlle Hale. Est-ce que je devrais appeler la sécurité ? »
Emmett lui tendit les documents qu'il s'apprêtait à photocopier. « Garde-les pour moi. »
Il se dirigea délibérément et à grands pas vers le bureau de Rosalie. Il frappa une fois à la porte avant de l'ouvrir et de la refermer derrière lui.
Il fut déconcerté par ce qu'il vit.
Rosalie était presque recroquevillée derrière son bureau alors qu'une femme plus âgée, de même taille mais de constitution plus frêle, se penchait sur le meuble, criant et jurant comme un charretier et appelant Rosalie 'Lee-Lee.'
Il avança dans la pièce afin de pouvoir intervenir.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? » Il posa ses mains sur ses hanches, et ses yeux se rétrécirent de façon menaçante.
La femme se retourna, et en apercevant Emmett elle adoucit immédiatement son attitude. « Eh bien, bonjour la compagnie. »
Il fronça les sourcils, portant son regard loin de la femme trop bronzée et fardée à outrance.
« Rosalie ? »
Elle déglutit péniblement, montrant du doigt la femme devant elle.
« Voici Lilian Hale. Ma mère. »
À suivre…
Eh oui, une trouble-fête dont on se serait bien passé…
À bientôt.
Milk
