Auteur : KMIG
Disclaimer : Les personnages de GW ne sont pas à moi.
Base: Gundam Wing
Genre : UA, historique
Couples : 4X3.
Note : Est-il encore nécessaire de remercier celle que vous savez ? Elle me relit et est une source régulière de motivation dans mon travail d'écriture malgré ma lenteur.
Trowa ne fut guère surpris de voir que le général ne lui rendit pas de visites les jours suivants. Ce qui s'était passé cette nuit-là devait changer bien des choses entre eux. Lui-même n'était pas très sûr de savoir ce qu'il devait en penser.
On pouvait tourner le problème dans tous les sens que l'on voulait, Quatre restait un général allemand dont le rôle dans le dispositif d'occupation nazi était de gérer la région et d'appliquer les ordres venus de Berlin, au rythme des "Sieg Heil". Trowa avait couché avec lui : cela faisait-il de lui un traître ?
Quatre avait bien des états d'âme à présent mais tout en lui continuait de symboliser l'occupation et l'ennemi héréditaire. Le résistant ne savait pas ce que pouvait penser l'Allemand mais il lui était d'une certaine manière reconnaissant de ne pas chercher à le voir pendant ces quelques jours. Cela leur donnait au moins le temps de mettre à plat leurs pensées.
Le général lui-même avait perdu de sa superbe. Durant la journée, chaque fois qu'il se trouvait en compagnie de ses officiers, il gardait le même visage froid et déterminé mais c'était un masque qu'il avait de plus en plus de mal à tenir. Il s'enfermait plus souvent dans son bureau, et sa consommation d'alcool et de cigarettes avait augmenté.
Surtout, il remplissait de moins en moins ses fonctions. Estimant devant tout le monde que la région était dorénavant "nettoyée", il avait ordonné que l'on cesse les fouilles chez les particuliers à la recherche de juifs cachés. La Kommandantur continuait de recevoir quelques lettres anonymes, envoyées par de "bons Français" qui très courageusement dénonçaient des personnes qu'ils soupçonnaient d'être résistants, communistes, ou juifs. Quatre avait, à la grande surprise des secrétaires, demandé à ce qu'on lui apporte directement ces lettres.
Elles étaient normalement lues par de simples soldats qui transmettaient ensuite les informations données. Le général se mit à les lire et eut la nausée devant ces proses insultantes, devant ces individus qui dénonçaient anonymement leurs propres compatriotes.
Ces lettres terminaient leur course dans l'âtre de la cheminée de son bureau.
Quatre passait surtout de longs moments sur son fauteuil, tenant une cigarette entre ses doigts qui se consumait lentement mais seul, le général étant plongé dans ses pensées et ne songeant plus à sa cigarette. Il fermait les yeux et réfléchissait à sa situation. Il aurait souhaité que tout cela s'arrête, ou que tout se passe différemment. Il aurait voulu être ailleurs, peut-être sur un champ de bataille. Au fond, c'était ce à quoi il était bon. Sa famille depuis des siècles s'occupait aux choses de la guerre, dans "l'honneur". L'honneur... Une notion qui avait toujours été présente dans sa famille, ancrée dans leur sang. Et Quatre von Sieger se retrouvait dans une situation intenable où, pour conserver l'honneur de sa famille, il se devait de respecter un serment de fidélité envers un homme qui faisait des choses complètement contraire à l'honneur.
Dans les tourbillons de ses pensées qui l'entraînaient sur les chemins de la perdition, le visage du Français apparaissait souvent. Quatre cherchait bien à l'en chasser mais il y revenait toujours. Et surtout, c'était quand le résistant occupait ses pensées que Quatre se sentait plus apaisé. Il avait l'impression de ne penser à rien. C'était au fond une solution de facilité.
Car alors qu'il avait pris le résistant, pendant ces trop courtes minutes, l'Allemand n'avait plus pensé à rien. La guerre, les camps, Hitler n'existaient plus. C'était jouer à l'autruche. C'était une manière de mettre un voile bien accommodant sur tout ce qu'il faisait en tant que général... Mais c'était si bon. Si libérateur.
Le général avait cependant l'occasion de penser à d'autres choses : la résistance avait définitivement repris du poil de la bête. Il se doutait bien qu'ils avaient dû à présent se doter d'un nouveau leader. Les actions avaient reprises, les actions de sabotage notamment : on trouvait fréquemment des explosifs sur les chemins de fer, les communications téléphoniques étaient souvent coupées avec Paris, et on mentionnait des survols aériens.
Quatre eut une réunion avec ses officiers, où il observait les plans de la région sur une grande carte. On évoquait les avions venus d'Angleterre qui larguaient probablement des armes et tout ce qui est nécessaire pour tenir un maquis : du matériel radio, des vivres, des outils.
Depuis la défaite à Stalingrad, le commandement allemand s'affolait et le blond recevait de plus en plus d'appels venus de Paris. Von Stülpnagel, le commandant militaire de Paris, le pressait d'obtenir à nouveau des résultats.
C'est sans doute parce que la tentation de ne plus sentir tant de poids et de responsabilité sur ses épaules était forte qu'il finit par craquer et vint chercher le prisonnier dans sa cellule un peu moins d'une semaine après cette nuit-là. Utilisant comme toujours le passage secret qui reliait le bureau au sous-sol, les deux hommes eurent tôt fait de se retrouver assis face à face.
Il y eut d'abord un profond silence. Ni Quatre, ni Trowa ne savaient précisément quoi dire. Il y avait quelque chose de surréaliste dans cette rencontre nocturne : leurs yeux ne se quittaient pas mais il n'y avait pas un seul mot d'échangé pendant un long moment.
« Il faut qu'ils arrêtent... » commença subitement l'Allemand, s'attirant un regard interrogateur du résistant. « Tes amis... Il faut qu'ils arrêtent.
- De combattre ? Combattre contre votre occupation ? »
Quatre ferma un instant les yeux en soupirant. Il avait espéré un temps que la présence du Français l'aiderait à oublier. Tutoyer le résistant lui avait semblé être un bon moyen de se rapprocher encore plus de lui, mais la réalité avait tôt fait de le rattraper.
« Tu sais très bien ce que cela va m'obliger à faire. Ça ne me plaira pas. Mais je le ferai. Pour l'Allemagne.
- Non, pas pour l'Allemagne. Pour la folie d'un homme qui vous a tous entraîné dans sa folie.
- Peu importe ! » coupa Quatre qui ne souhaitait pas se laisser emmener sur un tel terrain. « Il reste que j'ai des ordres, et que je suis un soldat qui a prêté serment. Et le commandement à Paris se montre de plus en plus insistant...! »
Trowa se cala un peu mieux dans son siège, inclinant légèrement la tête de côté tout en haussant un sourcil. Comment ? Le brave et renommé Oberst-Gruppenführer und Generaloberst der Waffen SS von Sieger, celui-là même qui était arrivé dans la région auréolé de sa gloire militaire, était soudainement mis en cause par sa hiérarchie ?
Si c'était le cas, cela ne pouvait que signifier une seule chose, car le résistant voyait mal son geôlier devenir soudainement un incapable. Cependant, Trowa ne fit pas part de ses observations à Quatre. Il ne voulait pas prendre le général en défaut.
« Je suis désolé... Je ne peux rien faire... » souffla Trowa avec dans la voix un réel accent de sollicitude.
L'Allemand soupira légèrement. Évidemment, il s'y était attendu mais... Pourquoi fallait-il que les choses soient aussi compliquées ?
Il baissa les yeux, se perdant un instant dans ses pensées. Il avait conscience que la guerre était perdue. Après la défaite de Stalingrad, rien n'arrêterait plus les Soviétiques. L'Angleterre ne capitulerait jamais. L'Afrique était perdue. La capacité industrielle des États-Unis surpassait plusieurs fois celle de l'Allemagne... Quant aux "Wunderwaffe" censés sauver le Reich, Quatre n'y avait jamais cru.
Oui, la guerre était perdue. C'était une question de mois, d'années, mais au final, tout se terminerait dans le chaos et la désolation.
Fallait-il pour autant ne plus appliquer les ordres ? Quatre était un soldat... Avec un honneur de soldat. Il ne pouvait pas fuir ses responsabilités.
« Alors... Que Dieu nous pardonne à tous. »
Et la vie continuait... À la Kommandantur, c'était un va-et-vient de messagers qui apportaient des nouvelles de différents endroits de la région. Le temps où Quatre organisait des soirées mondaines pour attirer la haute-société de Limoges était révolu. Il n'y avait pas une semaine sans qu'il n'apprenne la destruction d'une ligne téléphonique, d'une voie de chemin de fer, ou d'un survol du territoire par un avion ennemi.
Face à cela, le général multipliait les descentes ou les patrouilles. Le couvre-feu imposé devait être impérativement respecté, la délation était encouragée contre les "forces judéo-bolchéviques" qui menaçait l'Europe de demain ainsi que la paix entre le gouvernement de Berlin et celui de Vichy.
Le pire était peut-être les cris qui avaient recommencé à résonner dans les sous-sols de la Kommandantur. Cela réveillait de douloureux souvenirs dans la mémoire de Trowa. Il semblait donc bien que le général obtenait quelques résultats.
« Crois-tu que je tire un quelconque plaisir de tout cela ? C'était comme pour toi... Mais votre... entêtement... m'y force... »
N'avaient-ils pas déjà eu ce genre de conversation auparavant ?
Trowa contemplait son assiette sans y toucher. Il n'avait pas faim. Savoir qu'un de ses compatriotes avait été arrêté et torturé lui avait donné une boule dans l'estomac qui lui coupait tout appétit.
« Tu as dit que vous aviez perdu la guerre... Et pourtant, tu parles encore d'un entêtement de notre part...? »
Le Français ne connaissait pas l'identité du résistant arrêté. Peut-être était-ce un de ses compagnons d'armes ou bien peut-être s'agissait-il d'une personne qui avait gagné le maquis depuis peu... Quatre avait refusé de lui donner la moindre information à ce sujet.
« Je fais ce que j'ai à faire... Rien de plus... »
Plus les jours passaient, plus le blond dépérissait à vue d'œil et paraissait même souvent amorphe devant Trowa, comme en ce moment. C'était comme cela depuis son retour de Berlin. Il avait même perdu un peu de poids, bien que son uniforme vert-kaki dissimulait cela.
Au contraire de l'Allemand, plus les jours passaient, plus le résistant accumulait en lui une certaine frustration face à cette absurdité que Quatre continuait pourtant d'opérer.
« Ah oui ? Comme quand tu m'as baisé ? »
Ces mots eurent l'effet d'un courant électrique sur le général qui sembla subitement se réveiller, relevant un regard vers le prisonnier avec un regard lançant des éclairs. Tapant du poing sur la table et se relevant par la même occasion, il pointa un index accusateur vers celui qui avait été son amant d'une nuit :
« Ich verbi... Je t'interdis de dire ça ! »
Sous la colère, Quatre semblait en oublier son français et commençait à parler en allemand. Même quand il retrouva ses mots, son accent ressortit plus fortement, lui qui d'habitude arrivait à le rendre très léger. Trowa soutint son regard avec un air de défi. Il avait toujours su que le général continuait dans la région son macabre travail, mais de sa cellule, il était coupé du monde et n'en voyait pas forcément les résultats. L'arrestation du résistant inconnu et les cris de douleur qu'il avait pu entendre l'avait forcé à retourner vers la réalité.
« Pourquoi ? Qu'est-ce qu'on est pour toi ? Qu'est-ce qu'il est ? Rien d'autre que des morceaux de viande, non ? C'est ce que je suis pour toi, non ? »
Une gifle partit et résonna fortement dans le grand bureau du général. Trowa resta un instant la tête encore tournée, sentant sur sa joue le feu de la gifle, tandis que Quatre avait déjà reposé ses deux mains sur le bureau, les bras tremblant légèrement sous l'effet de la nervosité.
Le résistant finit par baisser la tête, portant sa main à sa joue. L'Allemand n'y était vraiment pas allé de main morte et Trowa pouvait même sentir le goût du sang. Relevant les yeux, il put voir le regard de Quatre, toujours furieux mais qui paraissait se calmer. Cette gifle avait été une violente colère, un accès de fureur face à une parole qui l'avait terriblement blessé. Et comme toute fureur violente et subite, elle retombait déjà. Les grandes colères sont toujours passagères...
« Ne redis jamais cela... ... ... S'il te plait... »
