Je remercie Tatchou pour ses relectures...Jab pour son commentaire.
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Chapitre XIV
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Shaw avait été conquise par la stratégie que lui avait proposée Root. Dangereuse, mais brillante.
Root perçut son enthousiasme et la fierté brilla dans son regard. Shaw montait ses opérations avec précision et beaucoup de professionnalisme. Recevoir son assentiment, c'était tout à coup accéder à l'élite, jouir de sa considération respectueuse. Elle savait parfaitement que Shaw appréciait ses compétences, mais chaque fois, en recevoir la preuve la transportait de joie. Root sourit heureuse.
Shaw réfléchissait et ne remarqua pas tout de suite son air réjoui. Elle s'en aperçut quand elle reposa son regard sur elle.
« Qu'est-ce qui te rend si heureuse ?
- Mon idée te plaît ! »
Shaw leva les yeux au ciel. Root ressemblait à une gamine qui venait recevoir le bon point qu'elle espérait pour un travail rendu à l'école.
« Sam, il est tard, tu devrais contacter Matveïtch maintenant. Si tu veux je me charge de Borkoof et de Korotkov. Je peux passer les voir, je ne pense pas qu'ils dorment déjà.
- Ouais, vas-y. »
Root en revenant, retrouva Shaw assise sur la chaise près du lit, contemplant Maria Alvarez l'air absent. Root s'approcha et lui mit une main sur l'épaule.
« Tu devrais aller dormir, Sameen.
- Je n'ai pas été correcte avec elle, lui dit Shaw en baissant la tête. »
Root avait parfois du mal à suivre le cheminement qu'empruntaient les pensées de Shaw. Elle ne comprenait pas trop pourquoi celle-ci culpabilisait autant envers la jeune députée.
Plus qu'envers elle ?
Elle secoua la tête. Elle s'engageait sur une pente glissante, mieux valait ne pas commencer à se poser ce genre de question.
« Maria Alvarez n'est pas une imbécile, elle te pardonnera.
- C'est… c'est mal de manipuler les gens, déclara Shaw sombrement. »
Voilà, Root avait sa réponse. Shaw comparait ses actes à ceux de Samaritain. Même si elle s'était échappée, il exerçait encore son emprise sur elle. Elle ne s'était pas libérée de celle-ci. Samaritain hantait ses pensées.
- Arrête de te torturer, Sameen, tenta de la raisonner Root. C'est moi qui ai pris cette décision, j'en suis autant responsable que toi. De toute façon, c'est fait. On ne peut rien y changer. Si tu culpabilises autant, arrange-toi pour la garder en vie et en bonne santé.
- …
- C'est ton job non de protéger ?
- Oui, mais justement…
- Stop, Sam. Fais-le et c'est tout. Tu sais que parfois pour atteindre ses objectifs, on est obligé d'avoir recours à des moyens qui ne sont pas toujours très orthodoxes. Je croyais que tu étais okay avec ça. Ne me dis pas que tout à coup tu es devenue adepte de la morale rigide prônée par Harold ? Il n'a pas autant déteint sur toi, si ?
- Comment peux-tu penser ça ? lui reprocha Shaw.
- Ton attitude en ce moment-même.
- Okay, j'arrête.
- Bien, va dormir alors.
- Euh…
- Va t'installer dans ma chambre.
- Tu vas dormir où ?
- Ici, on ne peut pas la laisser.
- Je reste, va dormir toi.
- Tu veux rester seule ? demanda Root dubitative.
- Non.
- On reste ensemble alors ? lui proposa Root.
- Euh, oui. »
Shaw redoutait de devoir dormir seule dans une pièce isolée et plus encore de rester seule avec Maria Alvarez couchée dans son lit. Ce qui était génial avec Root, c'était qu'elle pigeait tout, rapidement, ce qu'elle-même parfois, ne comprenait pas alors que ça la concernait.
Shaw alla chercher une couverture, passa à la salle de bain et se coucha par terre, au pied du lit. Root partit dans sa chambre se préparer, revint avec un oreiller qu'elle tendit à Shaw sous prétexte que le sol était dur et se coucha aux côtés de Maria Alvarez.
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Le lendemain matin, La Machine sonna avec insistance dans son oreille pour la réveiller. Elle émergea difficilement. Elle avait chaud et elle pouvait à peine bouger.
Maria Alvarez s'était collée à son dos dans son sommeil et Shaw était accrochée à son tee-shirt de nuit la tête appuyée sur sa poitrine. Elle avait l'impression d'être un radeau de survie. Shaw avait dû faire un cauchemar. Elle ne l'avait pas sentie la rejoindre. Les poings de la jeune députée étaient, dans son dos, refermés comme ceux de Shaw sur sa tenue de nuit. Décidément...
Root réveilla doucement Shaw. Elle s'émut de la sentir lovée contre elle, qu'elle soit une fois encore, venue se mettre en sécurité entre ses bras, qu'elle lui fasse assez confiance pour exhiber ses faiblesses, sa peur. Shaw si fière de ne jamais ressentir la peur. Affirmant n'éprouver aucun sentiment. Elle avait tellement changé.
Elle lui caressa doucement la joue, puis lui secoua l'épaule.
« Sameen. »
Shaw se réveilla rapidement, s'excusa dans un souffle et se leva aussitôt.
Root eut plus de mal à se défaire de l'emprise de Maria Alvarez fermement accrochée à elle. Elle arriva à se retourner. Les mains de Maria Alvarez la lâchèrent pour immédiatement venir se refermer sur le devant de son tee shirt. Root lui desserra les doigts avec difficulté, l'abandonna seule sur le lit et la couvrit soigneusement. La jeune femme gémit péniblement dans son sommeil. Des larmes apparurent. Elle n'allait visiblement pas très bien. Root entendit Shaw soupirer dans son dos. Elle se retourna, Shaw observait la jeune femme, le visage fermé. Root lui posa une main douce sur l'épaule, elle la lui serra légèrement et la quitta avec une caresse.
« Sam, va nous chercher de quoi petit déjeuner. Prends du café fort pour elle, elle en aura besoin au réveil. N'hésite pas à te faire servir généreusement. »
Shaw hocha la tête et partit sans un mot. Elle revint avec un chariot croulant sous les victuailles. Root haussa les sourcils. Puis elle s'étonna. Shaw prit un plateau, y déposa une cafetière et une théière, du pain, des pancakes, deux assiettes d'œufs brouillés, un ramequin de beurre, un pot de confiture, un de miel, un saladier de céréales, un pot contenant vraisemblablement du lait et deux petit bols. Elle n'oublia pas les couverts et deux tasses. Son plateau fini, elle releva la tête.
« Pour Borkoof et Korotkov, expliqua-t-elle à Root.
- Je retire ce que j'ai dit l'autre jour, lui déclara Root pleine de considération.
- Quoi ?
- Que t'avoir comme supérieure devait être un enfer. »
Shaw regarda son plateau, lança un regard d'incompréhension à Root qui lui renvoya un sourire.
Shaw détourna le regard, secoua la tête et quitta la chambre. Root se précipita pour lui ouvrir la porte de l'appartement.
Shaw ne porta pas tout de suite leur plateau aux Russes. Elle s'immobilisa dans le couloir, les sourcil froncés. Elle ne comprenait pas trop pourquoi Root se conduisait comme ça avec elle depuis hier soir. Si gentiment.
Après ce qu'elle... Après son dérapage.
« Un de plus, pensa Shaw partagée entre l'abattement et la colère. »
Elle avait hésité à venir chercher refuge contre elle cette nuit. Elle avait résisté, puis sentant son angoisse grandir, la peur s'insinuer par tous les pores de sa peau, elle avait cédé. Tant pis si elle se faisait jeter ensuite, ce ne serait pas pire que si elle restait seule. Root ne l'avait pas jetée. Elle avait été comme à son habitude. Attentionnée. Et avant ça, bêtement toute contente d'avoir implicitement reçu ses compliments et prête comme toujours quand elle était joyeuse, à plaisanter, à flirter. Root, quoi.
Un mystère.
Il valait mieux ne pas trop se poser de questions et coller aux humeurs de Root. Les siennes était tellement chaotiques, parfois si sombres, que s'y abandonner ne pouvait apporter que plus de noirceur, plus de chaos, l'entraîner dans un gouffre sans fond. Avec la certitude d'y entraîner à sa suite des innocents. D'y entraîner Root. Comme à chaque fois.
Elle frappa à la porte des Russes qui vinrent s'enquérir suspicieux de son identité.
« C'est moi, crétins.
- Ah, bonjour, Madame, dit en Korotkov en ouvrant la porte, vous vou... »
Il s'arrêta en la découvrant le plateau dans les mains, l'air confus, car ni le ton hargneux employé par Shaw, ni son expression glaciale ne s'accordaient avec l'attention dont elle les gratifiait. Korotkov fut si surpris qu'il resta la bouche ouverte devant elle.
« Yvan, qui est-ce ?
- Euh... Miss Harper.
- Pff... Quelle bande de demeurés ! cracha Shaw. »
Elle colla brutalement le plateau dans les mains de Korotkov et celui-ci manqua de tout renverser.
« Euh, merci, Madame.
- Soyez prêts dans une demi-heure, ordonna Shaw sèchement.
- Bien, Madame, répondit Korotkov avec un sourire.
Pff... souffla Shaw en tournant brusquement les talons. »
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« Maria ?
- …
- Maria ?
- Mmm, gémit la jeune femme avant de se retourner.
- Qu'est-ce que tu fous ? Secoue-la. Balance-lui un verre d'eau à la figure.
- Tu veux t'en charger, Shaw ? lui demanda Root agacée par son attitude.
- Non.
- Alors, tais-toi ! »
Elles avaient besoin de Maria Alvarez. De toute façon, même si elles n'en avaient pas besoin, elles pouvaient difficilement assurer sa protection, si elle dormait nue au fond d'un lit.
« Maria ! appela plus fort Root se résignant à la secouer.
- Mmm, euh… Madame Marchmont ? »
Root vit ses yeux s'écarquiller de surprise, puis une expression de panique grandir dans son regard.
« Je… où suis-je ? Où est… ? »
Elle fixa Root, réalisa où elle se trouvait, la véritable identité la personne penchée sur elle, se remémora confusément la soirée précédente, rougit mal à l'aise et resserra étroitement les draps autour d'elle.
« Pff... Root, si tu continues comme ça, demain matin on y est encore.
- Sam, sans rire, répliqua Root d'un ton acerbe. Vu tes performances de la nuit dernière tu ferais mieux de te faire très discrète sur ce coup. »
Shaw blêmit.
Maria Alvarez plus encore.
« Vous, levez-vous. Maintenant ! ordonna Root à la jeune femme tétanisée. Sameen... »
Root marcha sur Shaw. Celle-ci avait serré les poings et ses yeux détaillaient un tableau accroché au mur, le visage complètement fermé. Root lui attrapa le menton, tourna sa tête vers elle.
« Sameen, excuse-moi. Mais tu es vraiment insupportable parfois… Comme quoi, il n'y a pas que toi qui déteins sur moi... ajouta-t-elle d'une voix espiègle. »
Shaw leva les yeux sur Root, celle-ci lui souriait et leva un sourcil complice en croisant son regard. Shaw grimaça.
« Mais que ça soit toi ou moi, c'est toujours moi qui en fais les frais, lui reprocha-t-elle.
- Tu es un pauvre chaton malheureux, mon cœur, la taquina Root.
- Pff... souffla Shaw avec une moue dépitée. »
Le malaise était passé, Root se tourna vers la jeune députée, toujours sous les draps. Elle ramassa ses vêtements et les lui posa sur le lit.
« Habillez-vous et venez petit-déjeuner. »
Maria Alvarez obtempéra. Elle essaya d'oublier le regard des deux jeunes femmes posé sur elle et une fois habillée, les suivit dans le salon. Shaw débarrassa une table et installa ce qu'elle avait ramené des cuisines dessus. Elles prirent place autour du généreux petit déjeuner. Shaw tourna son attention vers la nourriture et ne s'occupa plus de rien. Root se servit du thé, puis s'occupa courtoisement de Maria Alvarez qui ne comprenait pas vraiment ce qu'elle faisait à cette table et s'interrogeait sur l'étrange relation qui semblait unir les deux jeunes femmes avec qui elle prenait cet improbable petit-déjeuner. Très mal à l'aise.
« Maria, vous savez pourquoi vous êtes là ? lui demanda Root.
- … dans cette chambre ? Euh, ben…
- Ne soyez pas idiote ! Ici, à l'hacienda, chez Guzmán.
- Je ne sais pas vraiment pourquoi, il m'a invitée, se reprit Maria Alvarez en rougissant. Pourquoi ne s'est-il pas contenté de m'envoyer un tueur ? J'ai l'impression que tout ça est une farce. Peut-être ne suis-je ici que pour amuser ses invités. Pour vous amuser…
- Pff ! Ne soyez pas présomptueuse. Il y a plus drôle dans votre genre, décréta Shaw en lui lançant un regard condescendant.
- El Chapo est joueur, continua Root ignorant l'intervention de Shaw. Je pense qu'il voulait aussi impressionner ses hôtes, leur montrer qu'il était assez puissant pour enlever en toute impunité un membre de l'assemblée. Peut-être espérait-il aussi vous rallier à sa cause.
- Ça ne risque pas d'arriver, affirma Maria Alvarez l'air déterminé.
- Donc… ?
- Je suis condamnée à mort, je le sais très bien. Je ne ressortirai pas d'ici.
- J'aimerais bien voir ça, intervint Shaw l'air mauvais. »
Maria Alvarez la regarda d'un air perplexe.
« Ce que veut dire, Sam, c'est que vous allez sortir d'ici. Nous allons vous sortir d'ici.
- Mais, je croyais que…
- Je vous ai dit que les apparences étaient parfois trompeuses. Écoutez, pour l'instant nous allons raconter à El Chapo que vous êtes de mèche avec les Américains. Qu'ils planifiaient une opération montée en coopération avec le gouvernement mexicain pour l'arrêter et descendre des membres du conseil d'administration du Cartel de Silanoa.
- Les membres du conseil ?
- Ne me dites pas que vous croyez que Guzmán dirige le Cartel ?
- Votre objectif n'était-il pas justement d'intégrer ce conseil ?
- Notre objectif est de faire capoter l'alliance entre la CIA et le Cartel de Silanoa et de vous garder en vie.
- Qui êtes-vous ? Pour qui travaillez vous ?
- Contentez-vous de savoir que nous sommes de votre côté. Mais vous, Maria ? Vous êtes prête à nous faire confiance ?
- Je ne sais pas qui vous êtes, qui vous représentez.
- On s'en fout, maugréa Shaw la bouche pleine. L'important c'est que vous et votre mioche ne finissiez pas six pieds sous terre dans le désert.
- Sam n'est pas très… délicate, mais elle a un don certain pour évaluer clairement les situations. Alors ?
- Qu'est-ce que j'ai à perdre de toute façon ? Si vous voulez vraiment saborder les projets de la CIA, je vous suis. Je hais les magouilles du gouvernement américain, son ingérence dans les affaires de notre pays, leurs entreprises de déstabilisation.
- Bon, alors écoutez-moi bien. À partir de maintenant, vous êtes sous la protection exclusive de… Miss Harper.
- Miss Harper vraiment ?
- Shaw, se présenta l'intéressée.
- Faites lui confiance. Aveuglément, insista Root.
- Sinon, c'est moi qui vous réglerai votre compte, menaça Shaw.
- Elle ne le fera pas, ne vous inquiétez pas, tempéra Root en lançant un regard de reproche à Shaw. Par contre, elle peut se montrer très désagréable et très brutale, je ne vous conseille pas de la mettre en rogne en discutant ses instructions.
- J'y veillerai.
- Bon, alors je vous laisse, conclut Root. Yvan ? Vous êtes en place ?
- Oui, Madame.
- Anton ?
- Paré.
- Que le spectacle commence, annonça Root toute excitée.
- Mmm, grogna Shaw. Euh… Root ?
- Oui.
- Tu fais… »
Shaw laissa sa phrase en suspens les yeux levés sur Root. Une grand sourire éclaira le visage de celle-ci.
- J'adore quand tu t'inquiètes pour moi, Sameen.
- T'es chiante, bougonna Shaw.
- Fais attention à toi aussi, mon cœur. J'ai plein de projets nous concernant. »
Root disparut dans la salle de bain, laissant Shaw et Maria Alvarez continuer leur petit déjeuner en silence. Elle réapparut un quart d'heure plus tard et les gratifia d'un :
« Soyez sage ! »
Shaw se renfrogna et ne put s'empêcher d'empoigner sa tasse et de lui lancer à la figure, Root l'évita en riant sans oublier de lui préciser qu'elle l'aimait comme ça et se dépêcha de s'éclipser avant que Shaw ne lui envoie avec plus de réussite, un autre projectile. Shaw se leva pour récupérer sa tasse tombée intacte sur un tapis. Elle se rassit, se servit une tasse de café et se replongea dans son assiette.
« Vous êtes bizarres, ne put s'empêcher de remarquer Maria Alvarez. »
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Root descendit au rez de chaussée et se dirigea vers les appartements privées de Joaquim Guzmán. Dès qu'elle fut sur le point de croiser quelqu'un, elle se composa un visage catastrophé et se précipita sur le personnel de service. Elle exigea d'une voix hystérique à voir Joaquim Guzmán immédiatement. Les domestiques débordés par ses cris et son agitation, appelèrent un garde qui la conduisit à Garcia. Root entra dans une rage folle, insultant les domestiques et le garde, traitant Garcia de sous-fifre et hurlant qu'ils étaient tous des incapables. Elle fit tant de bruit que Guzmán alerté, vint voir par lui-même qui causait un tel scandale.
« Madame Marchmont ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Je dois vous parler, immédiatement.
- Suivez-moi. »
El Chapo la conduisit dans une grande bibliothèque, il referma la porte en ayant soin de s'assurer que deux hommes montaient la garde à l'extérieur et empêchaient quiconque de rentrer.
« Pourriez-vous m'expliquez, Madame, ce qui vous met dans cet état.
- Vous êtes un crétin, Guzmán. Comment avez-vous pu faire confiance à la CIA ? Pourquoi avez-vous amené ici cette députée ?
- De quoi parlez-vous ?
- C'est un piège ! hurla-t-elle.
- Calmez-vous. Qu'est ce qui vous permet de dire ça ?
- Maria Alvarez.
- Maria Alvarez est venue vous dire que la CIA voulait me doubler ? Vous voulez rire ?
- Elle n'est pas venue me le dire, c'est Miss Harper qui me l'a dit.
- Comment ça ?
- Ne faites pas l'idiot, vous les avez vues hier soir ?
- Oui, c'était assez chaud, je dois le dire, sourit El Chapo.
- Oui et bien, Maria Alvarez était ivre et je ne sais pas ce qu'elles ont fait, mais a priori par provocation, elle a raconté à Miss Harper qu'elle serait bientôt libre d'être son employée parce que j'allais me faire arrêter. Elle lui a dit avoir été envoyée par le gouvernement, être en cheville avec les agents de la CIA et que vous alliez vous faire mettre jusqu'à l'os, j'emploie ses mots tels que Miss Harper me les a répétés, veuillez m'en excuser, et avec vous, vos crétins du conseil d'administration.
- Et vous venez me dire ça maintenant ?
- Maria Alvarez et Miss Harper ont eu une nuit très... occupée. Miss Harper vient juste de me raconter cela. Guzmán, si le Cartel est assez naïf pour se faire manipuler ainsi, je retire mes billes de votre affaire.
- Madame Marchmont ! Vous n'allez pas me faire croire que vous portez crédit à ces confidences échangées sur l'oreiller, quelles que soient par ailleurs les qualités de votre chef de la sécurité, qui m'avait l'air bien... en forme hier soir. »
Guzmán se moquait d'elle, il prenait un plaisir évident à se retrouver témoin d'une histoire leste qui mettait en scène trois jolies jeunes femmes, de la jalousie et pas mal de sexe. Root s'apprêta à le gifler, elle détestait son air concupiscent, mais au moment où elle prenait son élan un homme se précipita vivement dans la bibliothèque, emportant presque la porte avec lui.
« Patron, vite. On nous attaque !
- Quoi ?!
- Les gars à l'extérieur, ils sont en train de se faire canarder.
- Par qui putain ?!
- Je vous l'avais dit, déclara sentencieusement Root.
- Les Américains ?
- On ne sait pas, patron. »
Des coups de feu retentirent quelque part dans l'hacienda. Des cris affolés. Des jurons. Un homme, les mains pleines de sang arriva en titubant trente secondes plus tard.
« Patron, les Américains, ils...
- Ne bougez pas, Madame, murmura Chouvalov dans l'oreille de Root.»
Une vitre vola en éclat, l'homme s'écroula dans un râle.
- À terre, à terre !
- Tuez-moi tous ces salopards ! Allez chercher Alvarez et ramenez-la moi. En vie. Je veux moi-même l'enterrer vivante. Faites évacuer Huang et Zakriastine. Il ne doit rien leur arriver. Tout le monde aux armes et faites le ménage bordel. Où est Rodriguez ?
- Je suis là, Patron.
- Qu'est-ce que vous foutez ? Réglez ça.
- Bien, patron. »
Root jubilait. Tout se passait à merveille, Chouvalov avait aussi montré un merveilleux esprit d'à propos. Shaw serait jalouse de ses talents de tireur.
« Monsieur Guzmán ?
- Oui
- Pourrais-je avoir une arme ?
- Bien sûr, tenez, il est chargé. »
Guzmán ouvrit un tiroir et lui tendit un 9mm, un Taurus.
Incroyable.
Cet homme était un criminel, Root eut la tentation de mettre fin à son règne de sang, de rapts, de massacres, d'extorsions.
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Matveïtch avait réveillé Chouvalov et Anna Borissnova tôt le matin. Ils s'étaient remplis l'estomac avec des barres énergétiques, puis Matveïtch et Anna Borissnova étaient partis en reconnaissance. Ils devaient connaître les positions exactes des Américains postés autour de la propriété. Ceux-ci s'étaient répartis en petits groupes et couvraient une bonne partie de l'hacienda. Ils s'étaient bien dissimulés et rendaient leur présence indétectable... Pour qui se trouvait dans l'hacienda ou effectuait des rondes autour de celle-ci.
Anna Borissnova et Matveïtch partagèrent cependant le même sourire de plaisir et de mépris quand ils s'aperçurent que les agents américains n'avaient absolument pas prévu qu'une menace pouvait venir d'ailleurs que de l'hacienda. Ils avait juste pensé à placer deux hommes en surveillance sur la seule voie d'accès à l'hacienda, la petite route carrossable.
- Fédor, tu ne couvres que l'hacienda. Repère Marchmont, c'est elle qui va lancer l'opération, elle va se rendre aux appartements de Guzmán. Vois ce que tu peux faire. Ensuite, reste à sa disposition et à celle de Harper. Si j'ai besoin de toi ou si tu cours un danger, je te préviens tout de suite. Garde ta Kalash sur le dos.
- Reçu.
- Anna, il va falloir que tu prennes position le plus près possible d'un groupe d'Américains. Après ce sera plus délicat. Au moment du passage d'une patrouille, tu les arroses. Il faut absolument que les Mexicains pensent que ce sont les Américains qui ont tiré. Disparais une fois que c'est fait et recommence ailleurs si c'est possible, en prenant pour cible ensuite, l'un ou l'autre camp. Sinon, mets-toi en attente.
- Reçu. Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Attirer une patrouille près des voitures. Ces imbéciles les ont laissées sans surveillance. Je ferai du bruit et quand la patrouille arrivera, je tirerai dans le tas en gueulant des ordres en américain, ça devrait faire l'affaire. Fédor, tu es prêt ?
- Prêt.
- Tu me préviens dès que tu vois Madame Marchmont. Anna, va te mettre en position. »
La suite s'enchaîna sans surprise.
Root les prévint juste avant de sortir de ses appartements. Chouvalov la repéra et se félicita quand Guzmán l'emmena avec lui dans la bibliothèque, il avait un très bon angle de tir dans la pièce et Marchmont en visuel.
Matveïtch donna le signal et Anna Borissnova remplit à la perfection la mission qui lui avait été confiée. Elle se plaça, invisible à dix mètres, légèrement en surplomb d'un groupe d'agents américains. L'un d'entre eux surveillait l'hacienda, les autres sommeillaient. Elle attendit l'arrivée d'une patrouille de deux hommes et en descendit un. Le deuxième se jeta à plat ventre et tira au jugé, n'importe où. Anna l'aida. Elle visa soigneusement un agent et le blessa au bras. Surpris par les rafales lâchées par le Mexicain, les Américains ne s'aperçurent pas que la balle qui avait blessé l'un des leurs ne pouvait provenir de l'arme tenue par celui-ci. Ils répliquèrent. Le Mexicain disparut dans une anfractuosité du terrain. Ce fut lui qui lança la première alerte.
« On nous attaque ! Groupe non identifié hostile au Nord-Est. Gomez est mort. »
Matveïtch ne rencontra pas plus de difficultés que Anna Borissnova. Il attendit une patrouille et se fit repérer. Les hommes intrigués le pistèrent. Matveïtch, s'arrangea pour qu'ils le suivent, mais n'aient pas de réel visuel sur lui. Il les mena à l'une des voitures dissimulées dans les collines, les attendit et leur tira dessus dès qu'ils les vit, veillant à ne pas les tuer. Il en blessa juste un, au bras. Puis il disparut.
Les Mexicains se planquèrent.
« Nous sommes attaqués ! Groupe inconnu hostile. Voiture en visuel.
- Qui bordel ?! cria Rodriguez, le chef de la sécurité de Guzmán. »
Il avait déjà reçu la première alerte, envoyé des hommes sur le lieu de l'attaque, déployé l'ensemble des autres dans l'hacienda avec pour mission de protéger Guzmán et ses hôtes et de tirer à vue sur tout élément inconnu. Puis, il partit au pas de course vers les appartements de Joaquim Guzmán, pour l'informer de la situation.
« Enrique, qui nous attaque ?
- Je ne sais pas chef.
- Allez voir. Tout de suite ! »
L'homme valide avança prudemment. Quand il vit que la menace semblait avoir disparu, il s'approcha du véhicule. Un 4x4, avec des plaques d'immatriculation américaines. Il jeta un œil à l'intérieur.
« Qu'est-ce que vous foutez là, cria un homme en américain. »
Matveïtch n'en croyait pas ses yeux, en entendant les coups de feu, les Ricains avaient envoyé un agent, un seul, en reconnaissance. Quelle bande d'amateurs ! Ils lui facilitaient le travail en tout cas, la venue de l'agent servait à merveille ses objectifs. Le Mexicain se retourna, plongea et tira dans un même geste. L'homme qui l'avait interpellé s'effondra. Le Mexicain s'approcha, le détailla, s'accroupit et le fouilla rapidement. Il s'empara de son arme, des papiers qu'il put trouver et regagna l'abri où se tenait son camarade blessé.
« Regarde ça.
- Ce sont des agents fédéraux américains.
- Chef ! Ce sont des des agents fédéraux américains.
- Bordel ! jura Rodriguez dans leur oreillettes. »
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Quand les coups de feu commencèrent à retentir, Shaw finissait tranquillement son petit déjeuner sous les yeux impressionnés de Maria Alvarez qui se demandait comment une femme si mince pouvait autant manger. Shaw leva le regard sur elle, la détailla et fronça les sourcils ennuyée.
« Vous ne pouvez pas rester comme ça.
- Comment ça, « Comme ça » ? demanda Maria Alvarez prudemment. »
Depuis le départ de Root, Shaw était restée silencieuse et n'avait pas regardé une seule fois la jeune femme. Elle ne savait quelle attitude adopter et la fausse Miss Harper ne lui facilitait pas la tâche en semblant complètement l'ignorer.
« Votre tenue. Vous ne pouvez pas rester en jupe droite et en escarpins.
- Vous croyez que ce sera mieux en culotte et pieds nus ? rétorqua la jeune député choisissant le sarcasme comme défense.
- Ah, ah, très drôle, lui renvoya Shaw avec morgue. Il vous faut un pantalon et des godasses potables.
- J'en ai dans ma valise.
- Ouais, super idée. On va aller se promener ensemble, traverser la moitié de cette fichue baraque, comme si personne ne voulait vous descendre. Vous chaussez du combien ?
- Du 38. »
Shaw la planta toute seule devant sa table et partit d'un pas rapide dans sa chambre. Elle revint avec un jean noir dans les mains et le jeta à la figure de Maria Alvarez.
- Vous faites à peu près ma taille, ça devrait aller. Je vais vous filer mes chaussures, mais si vous les abîmez, je vous éclate la gueule. »
Shaw se baissa pour retirer les bottines que Root lui avait offertes et les tendit à Maria Alvarez.
« Merci.
- Enfilez ça et taisez-vous.
- Vous êtes fâchée pour…
- Fermez-là ! Et ne me parlez surtout pas de ça ! la coupa Shaw d'un ton glacial.
- Excusez-moi, murmura Maria Alvarez soufflée par la violence de la réplique de Shaw. »
La porte fut ébranlée par de violents coups de poing.
« Ouvrez ! cria un homme. »
Shaw mit un doigt sur sa bouche à l'intention de la jeune députée et lui indiqua la chambre d'un signe de tête. L'air mauvais, elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Un homme la poussa sans ménagement.
« Je viens chercher Maria Alvarez, où est-elle ? »
Shaw referma la porte.
« Vous êtes venu seul ?
- Oui pourquoi ? s'étonna l'homme.
- C'est parfait, j'espère que vous êtes armé. »
La surprise se peignit sur le visage de l'homme. Une seconde plus tard, il se tordait de douleur les mains crispées sur son entre-jambe, un nouveau coup de pied l'atteignit au menton, sa tête partit brutalement en arrière suivie par tout son corps. La violence du coup lui brisa les vertèbres cervicales. Shaw le fouilla et s'arrogea son arme.
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Dans la bibliothèque, la situation atteignit son paroxysme. Cohen et les quatre hommes qui l'accompagnaient n'étaient pas venus seuls. Dès que les hommes de Guzmán furent prévenus que les Américains cherchaient à les doubler, ils menacèrent de descendre tout le monde et les agents qui avaient accompagné Cohen et Perkins entrèrent en scène. Cohen appela en renfort les équipes postées à l'extérieur de l'hacienda. Des armes lourdes entrèrent en action, des grenades commencèrent à exploser.
La Machine contacta Root et Shaw simultanément.
« Samaritain cherche à entrer dans le réseau de l'hacienda.
- Parce qu'il n'y était pas déjà ? ironisa Shaw.
- Joaquim Guzmán a fait installer un intranet, il n'est connecté à rien d'autre.
- Comment Samaritain peut-il y accéder alors ?
- Perkins.
- Et toi ? demanda Shaw curieuse, même si elle se doutait de la réponse.
- Root, répondit La Machine sans surprise.
- Comment ? insista Shaw.
- Son implant.
- Mais pourquoi Perkins n'a-t-il pas piraté le réseau d'El Chapo avant ?
- Perkins n'a pas eu accès à son réseau.
- Et c'est quoi le problème ?
- S'il entre, je ne pourrais plus vous aider. J'ai peur aussi que Perkins ou un de ceux qui l'accompagnent ne vous repère et envoie des photos. Samaritain ne peut toujours pas vous repérer, mais si un humain à un visuel sur vous, il peut vous suivre, jusqu'à ce qu'il vous perde de vue.
- Comme il l'a fait avec Sameen jeudi ?
- Oui.
- Il faut empêcher ça !
- Les générateurs de l'hacienda doivent être détruits et le centre de sécurité neutralisé. Root, récupère Alexeï Borkoof et Yvan Korotkov et charge-toi des générateurs. Sameen, tu iras neutraliser le centre de surveillance. Quand Perkins aura placé son mouchard, il ne vous restera que deux minutes, expliqua La Machine.
- Où est-il ?
- À cinquante mètres de son objectif.
- Okay, on fonce.
- Sam ? Euh… tu t'en sortiras avec Maria Alvarez ? s'inquiéta Root.
- T'inquiète je ne vais pas la laisser crever, je vais veiller sur elle comme si c'était…
- C'était ?
- Rien.
- Tu sais que je t'adore, Sameen, lui déclara Root joyeusement. Quoi que tu fasses… je ne peux pas faire autrement. »
Root était insupportable, mais sa réplique idiote toucha Shaw. Elle se sentit gonflée à bloc. Il n'y avait plus qu'à espérer que Maria Alvarez ne s'avère pas être un boulet.
Root contacta Korotkov et le prévint qu'elle venait les rejoindre. Elle sortit de son abri derrière le bureau de Guzmán et s'apprêtait à sortir de la bibliothèque quand Rodriguez lui attrapa le bras.
« Où allez-vous, Madame Marchmont ?
- Me mettre à l'abri évidemment.
- Qu'est-ce que fait votre chef de la sécurité avec Maria Alvarez ? Et qui a fait quoi avec... Sameen ? »
Root tourna son regard vers lui, Shaw n'avait pas eu tort quand elle lui avait déclaré que le système de sécurité de l'hacienda était top-niveau.
« Je suis désolée, s'excusa-t-elle. »
Elle lui enfonça son arme dans le ventre et tira. Rodriguez s'accrocha à elle. Elle le repoussa.
« Alexeï ?
- J'arrive, Madame. »
Guzmán s'était retourné au coup de feu. Ses yeux s'écarquillèrent. Il ne comprenait plus rien. La trahison des Américains, cette attaque ridicule, et maintenant Marchmont qui descendait son chef de la sécurité. Qu'est-ce que c'était que ce bordel, nom de Dieu ! Root lui adressa un clin d'œil avant de franchir la porte d'un bond.
« Descendez-là ! l'entendit-elle hurler. »
À la porte, deux hommes réagirent, trop tard. Root abattit le premier, tandis que le deuxième atteint dans le dos tournoya, la bouche ouverte de surprise. Quand il fut à terre, Root découvrit Borkoof face à elle. Il la salua en souriant.
« Vous tombez à pic, Alexeï. Je dois avouer que votre équipe sait faire preuve de beaucoup d'à propos.
- Vous vous êtes fait des ennemis, Madame. Guzmán n'a plus l'air de vous porter dans son cœur.
- Encore une histoire d'amour qui finit mal ! soupira-t-elle faussement désolée.»
Borkoof ne répliqua pas, le sourire joyeux affiché sur la visage de Marchmont le surprit. Autant son équipe avait évalué Miss Harper sans problème, autant Marchmont les avait laissés dans l'expectative. Élégante, séduisante, diplomate, elle n'avait pas le profil d'un soldat, ni d'un agent. Pourtant, elle s'avérait capable de fréquenter, de négocier, avec des criminels notoires ou des agents du gouvernement américain avec une nonchalance, un aplomb et une aisance incroyables. Il l'avait vue flirter avec Guzmán, manipuler le type responsable de la délégation américaine comme si elle avait participé à une vente de charité en présence de vieux barbons généreux et inoffensifs. Et… elle venait de descendre deux types et se dressait devant lui un grand sourire aux lèvres. Une femme surprenante. Dangereuse. Il remercia le ciel d'être de son côté. Il n'aurait pas aimé devoir se mesurer à elle, d'autant plus si Miss Harper venait tout à coup se tenir à ses côtés. Les deux réunies promettaient un binôme explosif, terrifiant et extrêmement efficace.
« Yvan, on arrive, récupère-nous. »
Root et Borkoof se précipitèrent dans la cour principale. Ils durent prudemment se mettre à l'abri derrière un muret. Des coups de feu partaient de divers côtés. Root repéra que des tirs venaient de l'extérieur de l'hacienda, des collines qui l'entouraient. Des tireurs devaient y être postés et s'amusaient à faire des cartons.
« Anton ?
- Attendez un peu Madame, Anna est sur le coup, moi aussi. Elle vous prévient quand la voie est libre. Chouvalov vous couvrira pour les tireurs se trouvant embusqués autour de la cour. Soignez prudente quand même. Vous voulez que je vienne en renfort ?
- Non, restez où vous êtes. Je me débrouillerai avec vos deux hommes ici.
- Et Miss Harper ?
- Ne vous inquiétez pas pour moi, Matveïtch, intervint Shaw abruptement. Je vous sonnerais si j'ai besoin de vos services.
- Bien, Madame. »
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Pour Shaw, la réussite de sa mission s'annonçait plutôt bien, même très bien. Maria Alvarez n'avait pas pipé mot en découvrant le cadavre dans le salon. Elle était revenue à l'appel de Shaw et celle-ci remarqua avec satisfaction qu'elle s'était changée. Elle ne discuta pas quand Shaw lui annonça qu'elles partaient, qu'elle devait se tenir à carreau derrière elle et suivre à la lettre toutes ses instructions. Maria Alvarez se contenta de hocher la tête. Shaw ouvrit la porte. Un homme attendait dans le couloir. Il la fixa perplexe, puis sortit son arme, Shaw l'abattit, puis appela Maria Alvarez, lui expliquant qu'elles devaient se rendre au centre de surveillance. Shaw partit devant.
« Attendez ! l'arrêta Maria Alvarez alors que Shaw atteignait le bout du couloir. »
Shaw se retourna prête à l'injurier. Elle ravala son injure, Maria Alvarez s'était baissée près de l'homme abattu pour ramasser son arme.
« Je suis née à Chihuahua, Mexicaine et députée qui plus est, lui déclara la jeune femme comme si cela devait expliquer son geste.
- Tant mieux pour vous, maugréa Shaw. Amenez-vous maintenant. »
Le trajet jusqu'au centre ne leur posa pas de problème. Tous les occupants de l'hacienda semblaient avoir déserté ce secteur. Les hommes de Guzmán devaient le protéger, les Américains s'être regroupés autour de leurs patrons, les domestiques avoir pris la fuite. L'arrivée se passa beaucoup moins bien.
« Sameen, Perkins est dans la salle de contrôle. Il s'apprête à lancer la connexion, lui annonça La Machine.
- Merde !
- Un problème ? s'enquit Maria Alvarez.
- Fermez-la ! »
Maria Alvarez soupira. Pourquoi Marchmont ou quel que soit son nom, l'avait-elle laissée avec Harper… Shaw ? Se retrouver prise dans une fusillade avec pour la protéger une femme qui suait l'hostilité n'avait rien d'agréable, ni de très rassurant.
« Tu vas m'aider, déclarait-elle à quelqu'un avec qui elle parlait dans son oreillette. Il ne faut pas qu'il vienne. Je veux qu'il crève et si toi tu n'es qu'une merde incapable de te battre, ce n'est pas mon cas. Je vais te servir de bras armé. Alors, tu me guides et on l'arrête ensemble. T'as compris ? Je ne veux plus jamais qu'il mette la main sur moi. Qu'il ait une seule chance de jamais toucher à un seul cheveu de Root, de toi ou de n'importe qui d'autre. »
À qui parlait-elle ? De qui parlait-elle ? Pourquoi soudain la haine déformait-elle autant ses traits ? Elle semblait avoir vieilli de dix ans en quelques secondes.
La suite ne la rassura pas.
Le centre faisait face à un assaut des hommes de Guzmán. Des agents fédéraux le défendaient. Shaw ne fit pas de détail. Elle stoppa Maria Alvarez. Les Mexicains leur tournaient le dos. Concentrés sur leur attaque, ils ne les entendirent pas arriver.
« Montrez-vous utile. Si vous savez vraiment vous servir de ça, dit Shaw à la jeune député en désignant son Taurus. Dégommez tout ce qui se trouve entre nous et cette porte.
- Vous plaisantez ?
- Vous voulez rester en vie ? Faites-le. Sinon taisez-vous, je m'en chargerais moi-même. Je croyais que je pouvais compter sur vous. Mais je vois que je me suis tromp…
- Vous ne vous êtes pas trompée.
- Okay, alors. Vous me couvrez, j'espère que vous tirez bien. »
Shaw et Maria Alvarez commencèrent par les hommes de Guzmán. Ils étaient embusqués comme ils pouvaient dans les angles d'un couloir. Shaw s'avança en tirant dans le tas. Surpris, les premiers tombèrent sous ses balles, les autres se retournèrent et la mirent en joue. Maria Alvarez entra en scène. Elle tirait bien et évita à Shaw de se prendre une balle. Elle tua un homme et en blessa un autre. Shaw l'acheva, sans pitié, sans un battement de cils. Elle fit signe à Alvarez de la rejoindre.
« Merde, comment faire maintenant ? »
Les agents fédéraux étaient bien placés. Même à deux ce serait difficile de les passer.
« Je peux peut-être vous aider ?
- … ?
- Si je les distrais, vous pourrez… vous occuper d'eux ?
- À quoi vous pensez là ?
- Je vous fais confiance.
- Non, att… »
C'était trop tard, Maria Alvarez avait fouillé un des hommes de Guzmán, récupéré un chargeur, remplacé avec celui-ci le sien dans son arme, passé celle-ci dans la ceinture de son jean derrière son dos et puis s'était précipitée dans le couloir en criant.
« À l'aide, s'il vous plaît ! »
Shaw jura. Cette Alvarez était tarée. Si elle se faisait descendre, Shaw s'en voudrait toute sa vie. Putain, mais quelle emmerdeuse, vraiment !
Les agents, entraînés, reconnurent Maria Alvarez et l'identifièrent comme une cible non pertinente. Elle était députée et retenue en otage par Guzmán. Ils baissèrent leur armes. Maria Alvarez se jeta dans leurs bras éplorée. Elle jouait bien la comédie, elle aurait arraché des larmes à un serpent à sonnette. Elle détourna si bien l'attention des agents qu'ils ne remarquèrent même pas Shaw surgir face à eux. Ils entendirent juste une voix haineuse cracher :
« Crevez tous ! »
Les boîtes crâniennes sautèrent. Un homme attrapa Maria Alvarez par le cou pour s'en faire un bouclier, il fut projeté en arrière par l'impact d'une balle. La jeune femme eut à peine le temps de se remettre de sa surprise que Shaw passa en trombe devant elle et ouvrit la porte du centre de surveillance d'un grand coup de pied.
Perkins se retourna. Il se tenait devant la console de contrôle.
Shaw se précipita sur lui, au dernier moment, elle se baissa et le ceintura. Perkins s'envola et fut projeté sur la console, Shaw accrochée à lui comme une sangsue. Il lança un crochet pour se dégager, Shaw le para avec un bras et lui balança une droite qui lui brisa le nez. Il tenta un autre coup malgré la douleur, Shaw l'esquiva, son poing passa et fut dévié sur l'intérieur par l'avant-bras relevé de Shaw. Elle lui saisit le poignet, prit en étau son épaule entre les doigts de son autre main. Elle exerça une forte poussée sur l'épaule, tirant le poignet de Perkins vers le haut tout en effectuant un mouvement tournant de tout son corps. L'homme fut entraîné et se retrouva au sol sur le ventre. Shaw passa son pied sous son épaule, vrilla son bras. Perkins cria, l'articulation émit un craquement sinistre et céda. Sans lui lâcher le poignet, Shaw pivota et lui lança un furieux coup de pied dans la tête.
« Regarde-moi ! »
Perkins maintenu par le poignet ne pouvait pas bouger, Shaw le retourna et lui écrasa la figure sous le pied. Puis elle s'assit sur lui et se mit à lui marteler le visage de coup de poings.
« Tu ne feras pas entrer ce salaud ici ! vociféra-t-elle. »
Maria Alvarez entrée à la suite de Shaw, resta tétanisée devant la violence libérée devant ses yeux. Shaw frappait Perkins méthodiquement, chaque coup apportait un dégât supplémentaire au visage de l'homme qui perdit vite connaissance. Elle se mit bientôt à hurler des phrases sans suite, évoquant de terribles histoires de vengeance, de tortures. Comme un leitmotive revenaient toujours les mêmes phrases : « Tu ne m'auras pas », « Je ne te laisserai pas la toucher », « Je te tuerai. » .
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Anna Borissnova avait débusqué l'un des tireurs qui couvraient la cour principale. Il était seul, ses camarades avaient dû rejoindre l'hacienda. Elle l'abattit par derrière, traîna son corps un peu plus loin et prit soin qu'il soit sous le vent. Il faisait chaud, son odeur risquait de rapidement l'importuner si elle devait rester postée ici. Elle prit ensuite sa place et se signala à Root et à ses collègues.
Matveïtch mena sensiblement la même opération de son côté. Leur équipe possédait maintenant trois tireurs bien équipés dans les collines. Anna Borissnova et Matveïtch n'étaient pas des spécialistes du tir à longue distance, mais ils se débrouillaient assez pour décourager des hommes à trop s'exposer.
Matveïtch donna son feu vert à Root. Elle et Borkoof s'avancèrent prudemment, ils essuyèrent une fusillade. Deux hommes de Guzmán tombèrent de la véranda, salués par un, « Touché ! » de la part de Chouvalov et de Borissnova. Korotkov démarra la voiture et fonça droit sur l'endroit où se tenaient cachés Root et Borkoof. Il effectua un dérapage au dernier moment et la voiture vint se placer portières passagers face à eux. Ils se précipitèrent pour les ouvrir et sautèrent sur les sièges. Korotkov repartit sur les chapeaux de roue. Un homme se dressa devant eux, il accéléra et le percuta, la voiture bondit en passant sur le corps.
Root le guida jusqu'à l'endroit où se situaient les générateurs, un petit bâtiment qui se dressait à une centaine de mètres de la bâtisse principale. Elle en profita pour demander à Borkoof de lui donner les deux Glock que Shaw avait pensé à lui emporter et passa le Taurus à sa ceinture. Borkoof récupéra son Serdyukov, deux pains de Semtex, tendit une Kalachnikov à Root en précisant qu'elle était pour Korotkov et en posa une deuxième sur ses genoux.
Deux gardes se tenaient devant le bâtiment du générateur. Root attrapa la Kalachnikov de Korotkov, se pencha par la fenêtre et lâcha trois rafales. Un garde tomba, la poitrine déchiquetée, l'autre s'enfuit, Korotkov fit déraper la voiture d'un quart de tour, offrant un angle de tir à Borkoof. Le fuyard fut fauché par les balles. Root ouvrit la portière à la volée.
« Yvan, gardez l'entrée. Alexeï, venez avec moi en couverture, je me charge de tout faire sauter. »
Le générateur tournait tranquillement. Il ne nécessitait pas de surveillance particulière et personne ne se présenta à leur entrée. Root plaça les pains, posa les détonateurs et rejoignit la voiture avec Borkoof.
C'est à ce moment qu'elle entendit Shaw. Elle avait suivi le début de sa progression vers le centre de sécurité, puis s'était concentrée sur ses échanges avec les Russes et ensuite avec La Machine. Elle fut reconnectée à Shaw et se retrouva plongée au cœur du monologue haineux et délirant que crachait Shaw en hurlant.
« Sameen ?
- Je te tuerai… Je crèverai ta saleté d'interface… J'égorgerai tous tes salopards de médecins… Tu m'auras pas… je… Crève !… Tu me mettras plus dans tes ascenseurs… J'irais plus… Prends ça !…
- Sameen ! »
Shaw ne l'écoutait pas, ne l'entendait pas. Elle continuait de frapper, de crier.
« Sameen, où est Alvarez ? »
Shaw frappait sa rage décuplée par la voix qu'elle venait enfin d'entendre, qui s'était infiltrée au milieu de son délire.
« Tu ne m'auras pas... tu ne me tromperas pas... pas comme la première fois, je t'aurai avant… Je ne la trahirai plus... plus jamais...
- Shaw ! Ta mission ! Bordel, Shaw, tu m'entends, où en est ta mission ?
- Hein ? Quoi ? Quelle mission ?
- Maria Alvarez. Shaw, tu dois la protéger. Où est-elle ?
- Euh, je…
- Shaw, au rapport ! claqua la voix de Root. »
Shaw s'arrêta de frapper. Elle regarda autour d'elle l'air hagard. Ses yeux tombèrent sur Maria Alvarez. La jeune députée, un Taurus à la main, le regard fixé sur Shaw, semblait figée de terreur.
« Shaw !
- Attends, Root. Vous allez bien ? demanda-t-elle à Maria Alvarez. »
La jeune femme sursauta incapable de répondre.
- Alvarez ! insista doucement Shaw. Vous allez bien ? »
La jeune députée avait cru un moment qu'elle finirait elle-aussi emportée par la rage de Shaw. Qu'une fois que celle-ci aurait fini d'écraser la tête sur laquelle elle s'acharnait, sans même prendre en compte que l'homme à qui elle appartenait devait être mort depuis longtemps, elle s'en prendrait à la première personne qu'elle trouverait sur son chemin, elle en l'occurrence. Elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi furieux de toute sa vie pourtant remplie de violence. Elle mourait de peur, incapable de bouger. Shaw s'était soudain arrêtée de frapper Perkins, avait répondu à quelqu'un qui lui parlait. Maria l'avait vue hésiter, puis son regard s'était éclairci, ses traits soudainement adoucis. La folie l'avait quittée aussi soudainement qu'elle semblait l'avoir emportée. Les épaules de Maria Alvarez se relâchèrent.
« Maria, vous allez bien ?
- Oui.
- Bon okay, vous m'aidez à tout détruire ?
- Comment ?
- Euh, je ne sais pas trop.
- Attendez, j'ai une idée. »
Maria Alvarez partit en courant, ne laissant aucune chance à Shaw de protester. Celle-ci se retrouva seule. Elle baissa le regard sur Perkins, à ce qu'il en restait. Elle secoua la tête, incapable de réellement se remémorer ce qui venait de se passer. Elle avait basculé, sombré quelque part dans des eaux noires et glacées, la voix de Root l'avait rappelée à la surface. Elle avait lu l'horreur, la terreur dans les yeux de Maria Alvarez. Elle se releva et tourna le cadavre de Perkins face à la console, sa figure hors de vue. La jeune députée revint et lui tendit des grenades. Elle jeta un regard au corps allongé sur le sol et soupira de soulagement en voyant qu'elle ne pouvait plus voir son visage horriblement défiguré par les coups.
« J'avais vu que des agents en avaient. Je ne sais pas pourquoi ils ne s'en sont pas servi contre les hommes de Guzmán.
- Shaw, rapport ! beugla Root dans son oreillette. Qu'est-ce que tu attends !
- Situation maîtrisée, numéro sain et sauf, en sécurité.
- Et toi… ? demanda Root inquiète. Sameen, ça va ?
- Oui. Euh… Root ?
- Oui ?
- Merci, murmura Shaw. »
Root n'avait aucune idée pourquoi Shaw tout à coup la remerciait. Peut-être l'avait-elle contactée au bon moment et sûrement sortie d'un cauchemar ou d'un délire. Elle fut tentée de demander à La Machine ce qu'elle avait vu, mais repoussa l'idée. Ce qu'elle en savait suffisait. Ensuite, Shaw lui en parlerait peut-être et c'était mieux ainsi.
Shaw sourit à Maria Alvarez en lui prenant les grenades des mains, celle-ci lui renvoya une moue narquoise.
« Vous pensiez tant que ça que je serais un boulet à traîner ? »
La prudence eût voulu qu'elle ne cherche pas à plaisanter avec cette femme souffrant apparemment de graves traumatismes, sinon à moitié folle, mais elle avait eu si peur, elle avait été si heureuse de la voir lui sourire, si fière aussi, même si c'était stupide, qu'elle n'avait pu s'empêcher de lui lancer une remarque acide. Cette femme la déstabilisait, elle avait besoin de sentir qu'un lien sinon amical, du moins cordial existait entre elles. D'être rassurée.
« Je pensais que vous étiez une emmerdeuse et que j'irais de problèmes en problème avec vous. Je n'avais pas tort, vous êtes une véritable emmerdeuse. Par contre, vous savez vous servir d'un flingue et le coup des grenades… c'est cool. »
Le sourire de la jeune députée s'élargit, elle haussa les sourcils et ouvrit la bouche.
« Fermez-là, ou vous je balance mon poing sur la gueule. »
Maria Alvarez n'insista pas, comprenant que la menace était réelle.
Les grenades explosèrent au moment où le bâtiment du générateur s'envola en poussière. Guzmán avait ordonné l'exfiltration de Huang et Zakriastine en hélicoptère. Il dirigea lui-même l'opération. Matveïtch demanda des instructions dès qu'il comprit en quoi consistait l'important mouvement d'hommes en direction de l'aire d'atterrissage. Shaw le renvoya sur Root, trop occupée à assurer sa propre sécurité et celle de Maria Alvarez pour réfléchir à l'avenir de gens qu'elle considérait de toute façon comme des pourris et qui méritaient juste d'être descendus sans autre forme de procès. Root, conseillée par La Machine, demanda à Matveïtch de les laisser partir. Mieux même, de couvrir leur fuite si c'était possible. Matveïtch l'informa qu'Anna Borissnova pouvait s'en charger, mais sans garantie de réussite à 100 %.
« Merci, Anton. Anna ?
- Madame ?
- Faites ce que vous pouvez et ne vous mettez surtout pas en danger.
- Reçu.
- Root, pourquoi veux-tu protéger leur fuite ? prit le temps de demander Shaw. Ce sont des criminels.
- Je sais, mais eux au moins sont identifiés. Ils sont grillés et ils pourront servir. La Machine ne croit pas que les Américains aient vraiment compris leur implication dans cette histoire.
- Tu les crois aussi débiles ?
- Oui, confirma Root. Sameen, où es-tu ?
- Je me suis fait repérer. On partait vers la cour principale, mais on s'est fait bloquer. Je suis remontée dans le secteur de nos chambres. Où es-tu ?
- Je suis à l'extérieur avec Borkoof et Korotkov. Je viens vous chercher.
- Root…
- Sam, reste en vie. Je te recontacte.
- Okay. »
Shaw avait utilisé quatre des grenades rapportées par Maria Alvarez. Le centre de contrôle avait été entièrement détruit, mais le bruit avait attiré des curieux. Shaw avait ordonné à Maria Alvarez de fouiller les agents et de ramasser tous les chargeurs qu'elle trouverait et de passer au moins une ou deux armes dans sa ceinture en plus de celle qu'elle avait. Elle lui conseilla de veiller à garder avec elle un Glock, récupéré sur les agents américains et un Taurus récupéré sur les hommes de Guzmán. Les calibres étaient différents, et si elles voulaient être sûres de ne pas se retrouver à court de munitions, elles avaient intérêt à avoir les deux types d'armes en main. Les Mexicains leur fourniraient des 9mm et les Américains des 45 ACP
Deux hommes de Guzmán se présentèrent d'abord. Shaw les descendit sans même s'arrêter. Puis elles se heurtèrent à tout un groupe d'agents escortant Cohen. Les deux jeunes femmes et le groupe s'arrêtèrent à quinze pas les uns des autres. Cohen posa son regard sur Maria Alvarez.
« Désolé, Madame, vous en savez malheureusement un peu trop, lui dit-il froidement. Abattez-les, elles ne doivent pas sortir vivantes d'ici. »
Shaw vida un chargeur tout en reculant, bousculant la jeune députée plus loin, un escalier se présenta et Shaw y poussa la jeune femme. Elles montèrent les marches quatre à quatre. Shaw mit un genou à terre en haut.
« Décidément, tout le monde vous déteste.
- Je considère comme un honneur d'être détestée par des ennemis de mon pays, répliqua la jeune députée se plaçant de l'autre côté des marches dans la même position que Shaw. »
Shaw lui jeta un regard et Maria Alvarez y décela une lueur d'estime qui lui fit curieusement très plaisir. Shaw remarqua sa mine réjouie.
« Je respecte les gens qui ont le sens de l'honneur, déclara-t-elle cherchant à se défendre de toute mauvaise interprétation.
- Ne vous inquiétez pas, je l'avais compris comme ça.
- Je ne m'inquiète pas. »
Leur attention fut détournée par l'arrivée des agents envoyés pour les exécuter. Après trois morts et deux blessés les hommes de Cohen comprirent que la position tenue par les deux jeunes femmes était imprenable et ils abandonnèrent leur tentative de monter l'escalier.
« Il faut qu'on dégage, s'ils veulent vraiment nous éliminer, ils vont nous prendre à revers.
- Où allons-nous ?
- Root doit me recontacter, en attendant, fonçons dans une chambre, nous y serons plus en sécurité qu'ici.
- Je vous suis. »
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Root étudiait la situation. Matveïtch, Chouvalov et Borissnova ne risquaient rien. Ils pouvaient facilement décrocher. Leur véhicule était dissimulé loin dans les collines. Et il pourrait rejoindre l'inter-fédérale 16 sans risquer de se faire arrêter par des hommes de Guzmán venus en renfort de Chihuahua sur la route carrossable qui donnait accès à l'hacienda. Il n'y avait donc pas de soucis à se faire pour eux.
Root, Borkoof et Korotkov toujours à proximité du bâtiment du générateur, pouvaient aussi, s'ils partaient maintenant, s'échapper sans problème. Restaient Shaw et Maria Alvarez coincées dans l'hacienda. Root contacta les trois tireurs russes postés dans les collines. La situation dans l'hacienda était bloquée. Américains et Mexicains se tenaient sur leur positions et se canardaient mutuellement dès qu'un homme ou un groupe, de l'un ou l'autre camp, commençait à bouger. Anna Borissnova annonça que Huang et Zakriastine s'apprêtaient à embarquer dans l'un des hélicoptères posés derrière l'hacienda à l'opposé de la cour principale. Elle couvrit leur départ, tua deux hommes, mais ne put empêcher des balles d'atteindre l'appareil. Celui-ci tangua, perdit de l'altitude, puis se redressa brusquement et s'éloigna rapidement vers les collines au sud.
« Hélico sauvé. Par contre je crois qu'au moins un passager a été touché.
- Merci, Anna. Restez où vous êtes, je vais avoir besoin de vous. Anton, vous pouvez couvrir la piscine ?
- Affirmatif.
- Dans combien de temps pouvez-vous être en position ?
- Dix minutes.
- Allez-y. Fédor, continuez des cartons sur le devant. Surveillez la route d'accès aussi. Écoutez tous. Je vais évacuer Shaw et Maria Alvarez en hélico. Je ne suis pas loin de l'aire d'atterrissage et c'est la seule solution pour les tirer de là. Anton, dès que j'aurai décollé et que je serai hors de danger vous évacuez avec Anna et Fédor. Yvan partira par la route, je ne veux pas laisser de véhicule derrière nous. Alexeï vient avec moi. On se retrouve sur l'inter-fédérale 16 en direction de Chihuahua, à dix minutes de l'intersection qui mène à l'hacienda, il y a une tour de transmission rouge et blanche on vous y attendra. Des questions ?
- Non, répondit d'une même voix toute l'équipe russe.
- Bon, alors c'est parti. Sam ?
- Ouais.
- Où es-tu ?
- Dans une chambre au premier étage.
- Écoute, je viens te chercher, mais il faut que tu ailles à la piscine.
- Cool, Root, grommela Shaw.
- Quoi ? Tu veux vraiment rester au chaud dans une chambre en compagnie de Maria Alvarez ? plaisanta Root. Tu veux vraiment me mettre en colère, Sameen ?
- Pff ! Super drôle, Root, tu te dépasses là.
- Bouge-toi, Shaw. Le Cartel a envoyé des renforts de Chihuahua et un hélico de combat vient de passer la frontière en vol basse altitude, tu sais ce que ça veut dire ?
- Opérations spéciales.
- T'as dix minutes, après ça sera trop tard pour que je te fasse un câlin.
- Mais t'es vraiment débile.
- Pourquoi tu n'as pas envie d'un câlin ?
- Là, tout de suite ? Franchement, je préférerais un gros flingue.
- Pour plus tard alors…
- Root…
- Dix minutes, Sameen, ne sois pas en retard.
- Okay, j'arrive. Transmission terminé. »
Shaw secoua la tête un sourire aux lèvres, trop débile vraiment. Mais Root avait cette faculté de tourner une situation dramatique en scène de vaudeville. Et le pire, c'était que Shaw y adhérait, Root l'entraînait à y participer et à chaque fois, elle tombait dans le panneau.
Elle demanda un état des lieux à La Machine. Dix minutes ? La tâche allait s'avérer ardue.
« Vous êtes prête, Alvarez ? Direction la piscine. On y va. »
Maria Alvarez hocha la tête, inspira un grand coup et partit à la suite de Shaw. Le plus dur fut de s'extraire de la chambre. Du moins tant que Shaw n'eut pas réalisé qu'elle avait encore à sa disposition deux grenades. Une qu'elle avait gardée et une que lui tendit la jeune députée quand Shaw regretta à haute voix n'en posséder qu'une.
« Vous savez lancer ça ?
- Non.
- Je vous montre, c'est facile. Vous la tenez comme ça. Contre votre poitrine. Vous enlevez la goupille en passant votre majeur dans l'anneau. Il faut que vous tiriez fort. Quand je vous le dis, vous relâchez la cuillère, c'est cette partie-là. Il faut les lancer ensemble au dernier moment pour le maximum d'effet. Je compterai quatre secondes avec mes doigts et ensuite à mon signal vous lancez. Comme ça, lui expliqua Shaw lui mimant tous les gestes à accomplir. Vous à droite, moi à gauche. C'est bon ?
- Oui, je crois.
- Je vous demande pas de le croire, la reprit Shaw durement. Je vous demande si c'est bon.
- C'est bon.
- Okay, on y va. »
Shaw fit signe à Alvarez de la rejoindre près de la porte. Elles dégoupillèrent ensemble les grenades, relâchèrent la cuillère au signal de Shaw qui compta ensuite sur ses doigts pour Maria Alvarez. Puis quand le moment fut venu, elle ouvrit brusquement la porte.
« Maintenant ! »
Les deux jeunes femmes lancèrent leur grenade en même temps, chacune dans une direction différente. Ensuite, Shaw tira vigoureusement la jeune députée contre elle et plongea dans la chambre la protégeant avec son corps, les grenades explosèrent presque simultanément, des cris fusèrent. Les hommes en embuscade n'avaient pas eu le temps de se mettre à couvert, ils furent tous touchés, les sept. Shaw se releva, vérifia que Maria Alvarez n'avait rien et l'aida à se remettre debout.
« Évitez de regarder en passant, lui conseilla-t-elle. »
La jeune députée avait été sonnée par le souffle et le bruit de la double explosion. Elle fut touchée par la mise en garde de Shaw. Mais celle-ci ne savait pas qu'elle avait déjà été confrontée à des visions d'horreur. Trois ans auparavant, elle s'était rendue sur l'emplacement d'un charnier. En mai 2012. La tuerie de Cadereyta Jimenez. Elle croyait à cette époque avoir tout vu. Son enfance à Chihuahua charriait son lot de meurtres, d'enlèvements, de tortures, mais lorsque le président Felipe Calderón lui avait demandé de se rendre à San Juan, sur l'autoroute où la police avait découvert des dizaines de corps en décomposition, elle s'aperçut que la cruauté, dans la guerre que se livraient les Cartels, n'avait aucune limite. En arrivant sur place, les policiers lui avaient remis un masque, lui enjoignant de ne surtout pas le retirer. Elle avait dû user de toute son influence pour accéder au charnier et elle comprit pourquoi les policiers avaient été aussi réticents à l'y conduire. Les corps s'entassaient, sans tête, sans jambes, sans mains, horriblement mutilés. Plusieurs fois témoin de séquelles laissées sur des corps morts ou vivants par des heures de tortures, elle avait immédiatement remarqué que tous les corps en portaient les marques. Les policiers le lui confirmèrent, lui précisant que selon les premières observations, la mort des victimes résultait de celles-ci, aucun corps ne portait la trace d'impact de balle. Quarante-neuf corps avaient officiellement déclaré les autorités. C'était faux. Leur nombre s'élevait certainement à vingt de plus. L'horreur dans toute sa splendeur.
Alors, les corps d'agents étrangers louches venus semer le crime au Mexique, prêts à la descendre… C'était la guerre. Pas comme tout à l'heure dans la salle de contrôle. Là, elle aurait aimé ne pas assister à la scène, ne jamais être témoin d'une telle scène. Ce déchaînement de violence et de folie furieuse. Elle suivait Shaw, observait sa façon si souple de se déplacer encore accentuée par le fait qu'elle était pieds nus, son sang-froid. Comment une personne qui semblait aussi maîtresse d'elle-même pouvait ainsi plonger brusquement, sans raison apparente en plein délire ? C'était terrifiant, inquiétant, cruel.
Maria Alvarez n'eut pas le temps de pousser plus loin sa réflexion, en bas des escaliers, elles se retrouvèrent prises dans une fusillade qui opposaient les hommes de Guzmán aux agents fédéraux. Shaw repoussa la jeune femme dans les escaliers.
« Merde. Il faut remonter. Vite, venez ! »
Shaw la conduisit dans une autre partie du bâtiment, cherchant à se rapprocher de la piscine. Mais après une reconnaissance prudente, elle se rendit compte qu'elles ne pourraient emprunter aucun autre escalier. En revenant vers l'endroit où elle avait prudemment laissé Maria Alvarez, elle conclut que les fenêtres leurs offraient la seule voie de sortie possible. Elles entrèrent dans un petit salon. Il donnait sur un petit patio. Si elles y accédaient, il leur resterait juste à le traverser, un passage couvert donnait accès à la piscine. Shaw ouvrit la porte-fenêtre et passa sur le balcon. Cinq mètres, quelques prises. Facile. Pour elle. Elle se retourna vers la jeune députée.
« C'est la seule voie de sortie. Et, euh… »
Maria Alvarez s'approcha, regarda et se retourna vers Shaw.
« Vous y allez la première ou c'est moi ?
- Vous… euh, laissez-moi passer. »
Shaw enjamba la rambarde, elle se laissa glisser sur le bord inférieur du balcon, trouva une prise contre le mur et d'une prise à l'autre descendit souplement jusqu'en bas. Elle avança dans le patio et se plaça, arme prête à tirer pour couvrir la descente de Maria Alvarez. Elle lui fit signe que la voie était libre et qu'elle pouvait la rejoindre. Elle la surveilla du coin de l'œil. La jeune femme négocia sa descente avec autant d'aisance et plus de grâce que ne l'avait fait Shaw.
« J'occupe une bonne partie de mes loisirs à escalader les montagnes, ça me détend, déclara-t-elle à Shaw.
- Une chance pour nous deux. »
L'espace de la piscine semblait s'apparenter à une zone verte, elles n'y rencontrèrent personne.
« Root, nous sommes à la piscine.
- Situation ?
- R.A.S.
- J'arrive, mon cœur, tiens-toi prête. »
Root décolla. La saisie de l'hélicoptère s'était déroulée sans trop de difficultés. Couverts par Anna Borissnova, bien armés, Root, Borkoof et Korotkov avaient enfoncé les défenses mises en place près de la zone d'atterrissage. Borkoof avait armé une des mitrailleuses lourdes et fit un carnage. Korotkov les arrêta à dix pas de l'hélicoptère. Borkoof saisit une bande de cartouche pour son arme et suivit Root. Il prit place à l'arrière et installa la mitrailleuse. Il posa sa Kalachnikov sur le siège à côté de lui, tandis que Root faisait démarrer l'appareil.
Elle arriva au-dessus de la piscine une minute plus tard et vit Shaw s'avancer à découvert pour lui signaler sa présence. Elle descendit, l'espace réduit ne lui donna pas une grande marge de manœuvre et elle se stabilisa au-dessus du bassin, Shaw et Maria Alvarez n'auraient qu'à sauter, Borkoof les aiderait à se réceptionner.
Shaw s'avança, Maria Alvarez derrière elle. Elle fit un signe à Root qui lui répondit par un sourire.
« À sept heures ! prévint Borkoof. »
Shaw se retourna immédiatement et tira.
« À six heures, attention ! »
Borkoof ne put rien faire, les deux jeunes femmes était dans sa ligne de mire. Shaw fut brutalement bousculée, Maria Alvarez poussa un cri de douleur et fut projetée en arrière, Shaw se rétablit, Borkoof tira. Maria Alvarez en poussant Shaw et en tombant lui avait libéré sa ligne de tir. Shaw se pencha sur la jeune députée et lui passa un bras sous l'épaule. Elle la conduisit sur le bord du bassin.
« Il faut que vous sautiez !
- C'est bon, vous pouvez me lâcher. »
Maria Alvarez prit son élan et sauta, Borkoof l'attrapa, la fit passer devant lui et elle se laissa tomber sur le siège. Shaw tournait le dos à l'appareil, elle vit bouger sur sa droite et arrosa, puis se retourna vivement et bondit dans l'hélicoptère. Matveïtch en profita pour faire quelques cartons.
« Vas-y, Root, sors-nous d'ici ! lui cria Shaw.
- Comme si c'était fait, mon cœur, lui répondit celle-ci toute joyeuse de la retrouver saine et sauve.
- Tu ne veux pas arrêter de m'appeler comme ça ?
- Tu préfères que je t'appelle « chérie » ou « bébé » ?
- Root…
- Viens à côté de moi.
- Non, Alvarez a été touchée.
- C'est grave ? demanda Root inquiète.
- Je ne sais pas, je regarde. Laissez-moi passer, Borkoof. »
Shaw se pencha sur Maria Alvarez, celle-ci grimaçait. Elle avait le teint cireux et souffrait visiblement. Elle avait été touchée à l'épaule. Shaw sortit son couteau et découpa délicatement la chemise que portait la jeune députée. La balle lui avait perforé le deltoïde du bras gauche, lui en arrachant une partie. Maria Alvarez ne pratiquerait plus l'escalade pendant un bout de temps.
« Filez-moi votre chemise, Borkoof. »
Il s'en défit rapidement et la tendit à Shaw. Elle en déchira les manches et le devant, et fit de la charpie avec le reste. Elle l'appliqua comme un tampon sur la plaie en guise de coussin hémostatique puis emprisonna le bras de la jeune femme dans une double écharpe pour l'immobiliser et maintenir le coussin. Maria Alvarez resta silencieuse. Elle serra les dents pour ne pas crier ou même gémir et tenta de précéder toutes les attentes de Shaw. Celle-ci ne lui adressa pas la parole et ne le regarda pas une seule fois durant tout le temps qu'elle s'occupa d'elle.
« Sameen, comment va-t-elle ?
- Ça va, mais elle a besoin de points de sutures et de soins plus élaborés.
- Tu pourras t'en charger ou c'est plus grave ?
- Je peux m'en charger si j'ai tout ce qu'il faut.
- Elle peut attendre que nous soyons dans l'avion ?
- Tu veux que nous reprenions le jet à Chihuahua ?!
- Oui.
- Mais Guzmán ?
- Oh, d'ici que nous arrivions, le Cartel de Juarez aura sécurisé l'aéroport et aucun membre du Cartel de Silanoa ne sera plus tenté de nous faire du mal. Notre équipage a déjà rejoint l'appareil et se trouve sous la garde bienveillante des hommes du Cartel de Juarez.
- Comment as-tu fait ça ?
- Je n'ai rien fait, notre amie s'en est occupée et ne m'a pas fourni de détails.
- Pratique.
- Anton, vous serez sur place dans combien de temps ?
- Dix minutes je pense.
- Yvan ?
- Un peu avant, Madame.
- Dépêchez-vous, nous sommes presque sur place, je ne veux pas rester là-bas trop longtemps, nous sommes trop exposés. »
Root posa l'hélicoptère derrière une colline, hors de vue de quiconque viendrait par la route. Shaw voulut absolument se placer à l'affût et surveiller l'arrivée des Russes. Elle ordonna à Borkoof de veiller sur les deux jeunes femmes, lui prit sa mitrailleuse lourde et monta se dissimuler près de l'antenne de transmission.
Les Russes arrivèrent comme ils l'avaient prédit, d'abord Korotkov puis les trois autres. Root décida que tout le monde embraquerait dans l'hélicoptère. C'était un Bell 206 LongRangers, il pouvait embarquer cinq passagers, ils seraient en surcharge, mais le trajet ne leur prendrait pas beaucoup de temps et Root pouvait gérer l'excédent de poids occasionné par la présence de trois passagers supplémentaires.
« Vous embarquez tout, ne laissez aucune arme, aucune munition. Faites sauter les voitures. Et tassez-vous comme vous pouvez à l'arrière. »
L'embarquement fut mené avec célérité, les Russes firent sauter les voitures avec des grenades et un quart d'heure plus tard, l'hélicoptère se posa à l'aéroport international de Chihuahua.
Les trois jeunes femmes prirent congé des Russes.
« Au revoir, les garçons, désolée, Anna, déclara Root en lui adressant un clin d'œil. Un avion vous attend sur le tarmac à côté du nôtre. L'équipage est à votre disposition et toutes les mesures ont été prises pour qu'il vous conduise où bon vous semblera. Le prix convenu a été versé sur le compte que vous aviez indiqué, plus… une petite prime, que vous méritez amplement. Je suis très heureuse de vous avoir rencontrés. Peut-être aurons-nous l'occasion de retravailler ensemble.
- Merci, Madame, ce fut un plaisir pour nous aussi, se félicita Matveïtch. Et si vous avez encore besoin de nos services, vous savez comment nous contacter. »
Il se tourna ensuite vers Shaw. Ils s'observèrent un moment en silence.
« Madame, dit Matveïtch la saluant de la tête. »
Shaw lui tendit la main.
« Vous avez assuré, dit-elle en regardant l'un après l'autre les membres de l'équipe de mercenaires.
- Merci, Madame. On va vous conduire à votre avion. Alexeï ! appela-t-il en lui désignant du menton Maria Alvarez soutenue par Shaw. »
Borkoof s'avança et en s'excusant prit la jeune femme dans ses bras. Il la porta jusqu'au jet réservé par Root, monta l'installer à bord, salua Root et Shaw et partit rejoindre le reste de son équipe. Root ordonna le départ. Après le décollage, une fois l'avion stabilisé en vol, Shaw se leva pour aller ausculter Maria Alvarez. Elle fit deux pas et fronça les sourcils, ennuyée.
« Root, dit-elle en se retournant vers celle-ci. J'ai laissé mon matériel à l'hacienda, je n'ai rien pour la soigner.
- Si j'étais toi, je ferais confiance à la Machine, Sameen, lui conseilla Root d'un ton léger. »
C'est alors que l'hôtesse se présenta avec une mallette et la tendit à Shaw.
« Cette mallette m'a été remise à votre intention peu avant que vous n'arriviez.
- Hum, merci.
- Qu'est-ce que je t'avais dit ? »
Shaw la posa sur une table et l'ouvrit. Du matériel médical. Tout ce dont elle avait besoin pour soigner Maria Alvarez.
« Tu n'as plus qu'à prendre soin d'elle, Sam, et cette mission aura été un total succès.
- Mouais.
- Quoi ? Tu ne trouves pas ?
- Si.
- Alors et ces Russes ? Comment les as-tu trouvés ?
- Professionnels.
- Tu vois que tu peux lui faire confiance.
- C'est d'abord en toi que j'ai confiance, Root, ne put s'empêcher de le reconnaître Shaw, plongeant son regard dans le sien. »
Root sourit, elle adorait quand Shaw, sans s'en rendre compte, la gratifiait d'une grande déclaration. Shaw leva les yeux au ciel et le sourire de Root s'agrandit encore.
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NOTES DE FIN DE CHAPITRE :
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les Taurus sont des armes de poing de fabrication brésilienne. Les hommes de Guzmán utilisent certainement dans ce chapitre des Taurus 24/7, dont les principaux atouts sont un tir « extrêmement » rapide et la grande capacité du chargeur (17 balles contre 13 pour celui du Glock 21 qu'affectionne Root.)
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La tuerie de Cadereyta Jimenez : Le 13 mai 2012. Attribuée à Los Zetas, une organisation criminelle ultra-violente constituée à sa fondation de policiers corrompus et d'anciens membres des forces spéciales mexicaines. La tuerie aurait été un épisode sanglant d'une guerre menée pour le contrôle des routes au Mexique et les victimes des membres ou des proches du Cartel du Golf.
Officiellement le nombre de morts s'élevait à 49, mais le « blog del Narco » (blog anonyme relatant tout événement sanglant lié aux narcotrafiquants.) a avancé le nombre de 68 victimes.
Si vous souhaitez avoir un aperçu des exactions perpétrées par les Cartels au Mexique, je vous conseille un petit passage sur ce blog… Âmes sensibles s'abstenir, les vidéos, les photos ne sont soumises à aucune censure. Et chaque jour apporte son lot d'horreur.
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Le Cartel de Juarez : fondé dans les années soixante-dix, l'aire d'influence du Cartel se situe dans la province de Chihuahua. Le Cartel, même s'il est actuellement en perte d'influence, s'oppose violemment depuis des années au Cartel de Silanoa, entre autre pour le contrôle des frontières entre le Mexique et les États-Unis.
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