Farfadet Du Bois:
Une vie paisible vous semble donc possible
Dans un monde meurtri, seule l'unique raison est la survie
On ne peut faire la fine bouche et faire avec ce qu'on touche
La confiture, nous y revenons au fur et à mesure

xReader: Haha, c'est gentil de commenter sur le forum ET sur ce site ^^

Amalia: Je suis heureuse de constater que tu prends plaisir à lire ^^

Op2line: Ouh... Je peux pas te promettre du mignon dans ce chapitre non plus, je crois. Patience? xD


13

« Ce qui est terrible sur cette terre c'est que tout le monde a ses raisons »
Jean Renoir

Une petite musique tinta comme une mélodie angélique aux oreilles de Fang qui, lentement, s'éveilla de sa terrible nuit. Avant même d'avoir ouvert les paupières, elle avait reconnu le chant cristallin de la boîte à musique de Lightning. Entrouvrant les yeux, elle découvrit cette dernière assise en tailleur sur son propre lit. Son regard était complètement hypnotisé par le petit objet. La blonde avait l'air sereine bien que paraissant absente pendant qu'elle écoutait. Il dégageait de ce tableau un certain calme apaisant pour la mécanicienne qui se redressa gentiment.
Au travers des épais rideaux, cette dernière pouvait déjà deviner que le soleil pointait doucement à l'horizon. Elle ne se sentait guère reposée et de toute manière, elle ne pensait pas pouvoir dormir plus. Étirant ses bras, elle réveilla ses muscles lorsque Bahamut vint à sa rencontre, au pied du lit. Le chien paraissait excité, comme à son habitude.

- Ouais, ouais, je vais te laisser sortir, bâilla Fang en sortant de son lit et en traînant des pieds.
- Il faut faire attention qu'il n'y ait pas de monde à l'extérieur.

La main sur la poignée de porte, la noiraude toisa son interlocutrice par-dessus l'épaule alors que le rottweiler se faisait impatient. Penchant la tête sur le côté, ses yeux fixaient le plafond alors qu'elle cherchait un chiffre dans son esprit.

- On n'avait pas dit un truc du genre... cinq pour cent de la population mondiale qui n'aurait pas contracté la maladie ? murmura-t-elle en se frottant le menton. Cinq pour cent... Ça fait combien au final ?
- Sept milliards quatre-vingt-onze millions cinq cent vingt-neuf mille trois cent trente-six est le nombre de populations recensées en novembre 2012, répondit Lightning au tac-o-tac.

Devant l'air éberlué de Fang qui la dévisageait outrageusement, elle fronça des sourcils avec une certaine gêne et incompréhension. Rapidement, elle rétorqua :

- J'avais vu ce chiffre dans un rapport... Et j'ai une bonne mémoire des chiffres... Arrête de me regarder comme ça !

La maîtresse de Bahamut resta un instant silencieuse en clignant plusieurs fois des paupières. Puis, sans pouvoir s'en empêcher, elle pouffa de rire, ce qui parut renfrogner son amie. Mais cela était plus fort qu'elle. Le sérieux de la soldate était toujours aussi déstabilisant, mais également amusant. Malicieusement, elle reprit :

- Et donc, cinq pour cent de... ton chiffre que tu as si bien retenu, ça donne quoi ?
- Je n'ai jamais dit que j'étais douée en calcul mental, rétorqua la blonde en rangeant sa boîte à musique dans sa sacoche. Débrouille-toi avec ce que tu as.

Prenant un air concentré, Fang tenta vainement d'estimer la supposition de population survivante sur Terre. Inconsciemment, elle joua avec ses doigts comme si cela allait l'aider à trouver le résultat. Mais le nombre était bien trop conséquent et sans calculatrice, c'était peine perdue.

- Un grand nombre, l'interrompit Lightning dans ses pensées. Certes petit pour le monde qui nous entoure, mais grand quand même. Sans parler qu'on ne sait pas réellement dans quels pays ou régions, il y a eu le plus de survivants.
- Prudence est mère de sûreté. Pigé ! répondit la noiraude en hochant la tête. Je peux sortir après ce cours de math, maman ?

La soldate émit un grognement qui fit sourire sa camarade. Ne voulant pas pousser la blonde à bout, Fang ouvrit la porte et se glissa à l'extérieur. Très vite, Bahamut s'élança gaiement sur le parking désert. Quant à sa maîtresse, celle-ci profita d'un bon bol d'air frais qui lui fit un grand bien. Un rictus en coin, elle se sentait à nouveau d'attaque pour cette journée. Après tout, il le fallait bien et elle n'était pas du genre à s'apitoyer. Et puis, Lightning était d'un grand réconfort. Car la taquiner s'avérait être un passe-temps plutôt divertissant, quoique dangereux.

Alors que midi sonnait, les deux survivantes finissaient de charger leur véhicule. Elles avaient fait le tour de l'hôtel et avaient récupéré tout ce qui était possible d'être utile. Durant toute l'opération, Bahamut était resté sur ses gardes, veillant à ce qu'aucun intrus ne débarque à l'improviste. Ils avaient également déjeuné quelques bricoles avant de décider de reprendre la route.
Entre temps, le ciel s'était assombri et de lourds nuages gris s'étaient parsemés un peu partout. Un orage guettait et la pluie s'impatientait. D'ailleurs, le temps se faisant plus frais, Fang avait dû échanger sa chemise contre un large pull bien chaud. Lightning avait opté pour un t-shirt à manche longue, mais conservait toujours son pantalon et veste militaires.
Lorsque tout fut prêt, la soldate se tourna vers Fang avant de lui lancer les clés et de lui annoncer :

- À toi de choisir la route, Capitaine.

Sans laisser le temps à son interlocutrice de rétorquer quoi que ce soit, Lightning monta dans la voiture du côté passager. La noiraude fit tournoyer les clés autour de son index en soupirant avec amusement. Elle ouvrit sa portière pour permettre à Bahamut de monter, puis ce fut son tour. Le moteur démarra au quart de tour et le petit groupe de survivants s'éloigna de leur abri de fortune. Intérieurement, les deux femmes savaient pertinemment que la prochaine fois, elles n'auraient peut-être pas autant de chance. La roue tournait, mais de quel côté ?


Un coup de feu retentit à travers le camp militaire, assourdissant les oreilles de ceux qui en furent trop proches. Lourdement, le corps d'un homme s'écroula sur le sol, une balle à l'arrière du crâne. Les quelques témoins de la scène étaient sans voix et scrutaient avec incompréhension et terreur le lieutenant Yaag Rosch. Ce dernier tendait toujours son arme vers l'endroit où s'était trouvée sa cible, le canon encore fumant. Puis, lentement, il se tourna vers l'assemblée, l'air toujours aussi menaçant.

- Je ne me répéterais pas, dit-il avec férocité. Vous avez prêté serment à votre patrie et vous vous devez de la servir, quoi qu'il vous en coûte. Le sort réservé aux déserteurs est la mort !

Tous reposèrent encore une fois le regard sur le corps à présent tiède de Rygdea, un frère d'armes, un camarade et père de famille. Un homme qui avait voulu rejoindre les siens afin de les protéger du monde qui s'écroulait. Car oui, tout était devenu fou sur Terre. L'épidémie n'avait fait que de se propager à une vitesse considérable. Les émeutes étaient devenues incontrôlables et pour redonner un semblant d'ordre dans cette société apocalyptique, l'armée devait intervenir.
Et pourtant, en chacun d'entre nous, malgré notre patriotisme, nous désirions tous retourner auprès de nos proches. La peur au creux de l'estomac, nous craignons le pire pour nos familles et nos amis. Mais à présent, les soldats savaient à quoi s'attendre s'ils osaient défier l'autorité et manquer à leur devoir. Intérieurement, je m'insurgeai de cette forme de tyrannie. Mais avions-nous vraiment le choix ? L'armée était le dernier espoir pour remettre ce pays sur le droit chemin. Si nous ne le faisions pas, qui le fera ?

- Sergent Farron, aboya le lieutenant Rosch avec autorité, les mains derrière le dos. Au rapport !

Je levai brutalement la tête, extirpée de mes pensées. J'évacuai mes craintes pour ma mère et ma sœur et m'enveloppai de mon professionnalisme. Alors que je m'avançai vers mon supérieur, une petite voix dans mon esprit me murmurait que tout allait bien se passer. Serah était une fille intelligente, elle saurait gérer la situation et veiller sur notre mère. Je n'en doutais pas une seule seconde.
Me plantant devant le lieutenant, je lui fis respectueusement le salut militaire en tentant d'oublier qu'il venait d'abattre l'un de mes camarades. Un homme que je connaissais peu, certes, mais un compatriote tout de même qui combattait pour la même cause que moi. D'un ton stoïque, je fis mon rapport à mon supérieur :

- L'escadron Alpha et Delta sont revenus de leur opération avec quelques blessés, mais rien de conséquent. Néanmoins, Omega ne répond plus aux appels de la centrale.
- Des déserteurs... marmonna rageusement Rosch.

Ou peut-être des malchanceux qui étaient tombés sur des rebelles un peu trop excités, pensai-je sans rétorquer quoi que ce soit, attendant d'avoir à nouveau l'attention de mon interlocuteur. Ce dernier se frotta les yeux, comme fatigué. Il me fit signe de reprendre.

- Les prochaines troupes sont prêtes et n'attendent plus que vos ordres, continuai-je simplement.
- Farron, prenez l'escadron que vous voulez et allez au dernier emplacement d'Omega, ordonna le lieutenant avec une colère froide. Vous avez l'ordre de les retrouver et de les abattre. Je vous laisse dix minutes pour vous préparer et partir.
- Sauf votre respect, monsieur, mais je devais aller faire un autre rapport au major Barns.

Yaag Rosch me toisa un instant avec sévérité, n'aimant pas que je remette en question son autorité. L'idée de retrouver des camarades et de les descendre sans la moindre somation ne me plaisait guère. Par chance, je devais réellement retrouver le major et ainsi, lui dénoncer ces ordres insensés. Je n'avais aucune crainte de faire face à ce lieutenant bien trop téméraire à mes yeux, mais je ne voulais pas non plus recevoir une balle dans le dos.
Me tenant parfaitement droite et évitant de laisser mes pensées s'exprimer sur mon visage, je patientai devant la prochaine décision de mon supérieur. Ce dernier prit une grande inspiration avant de se retourner et me scruter par-dessus son épaule.

- Soit, faites vite, reprit-il froidement. Mais je veux qu'avant 17 heures, votre équipe se trouve déjà au plein cœur de la traque.

Sans rien ajouter, le lieutenant Rosch reprit sa route. Je fis volte-face à mon tour et m'élançai d'un pas pressant vers les bureaux du major.

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Je traversai rapidement les couloirs habituellement calmes, en découvrant le chaos qui y régnait. Des personnes couraient de tous les côtés. On aboyait des ordres par-ci et par-là. Des téléphones sonnaient sans cesse, désespérant littéralement les standardistes. Dans la foulée, une femme portant divers documents faillit me percuter dans sa précipitation. Sans arrêter sa course, elle m'asséna d'excuses avant de disparaître dans l'angle.
Mon périple se termina enfin lorsque j'arrivais devant les bureaux du major Barns. Soupirant, car étant fortement agacée par tout ce remous, je m'apprêtai à frapper à la porte lorsque je me rendis compte que celle-ci était entrouverte. Perplexe, je passai la tête dans l'entrebâillement. À l'intérieur, mon supérieur s'activait nerveusement à ranger ses effets, prenant avec beaucoup de précautions les photographies de sa famille dans sa sacoche.

- Major ? demandai-je avec hésitation.

Ce dernier leva brutalement la tête dans ma direction, comme n'ayant pas remarqué ma présence jusque-là. Il fronça des sourcils, ne sachant pas réellement comment j'allais interpréter ses actes ni comment j'allais réagir. Doucement, je refermai la porte derrière moi pour qu'aucune oreille traînante ne puisse écouter cette conversation.

- J'étais venue faire mon rapport, expliquai-je devant l'air stupéfait de l'homme.
- Laissez tomber, Sergent, répondit le major en reprenant son activité. Ma fille est malade et je me dois de rejoindre ma femme qui est complètement paniquée.

Je le regardai faire sans rien dire. Il était évident qu'il était prêt à enfreindre les règles pour sa famille. Une chose que je pouvais parfaitement comprendre. Mais cet homme avait de lourdes responsabilités sur ses épaules. Sans lui, un des piliers de l'armée s'écroulait. Et que penseraient les soldats lorsqu'ils apprendront que l'un de leurs supérieurs avait lâchement fui ? Lâche... Était-ce lâche de favoriser sa famille en dépit du reste ?

- Le lieutenant Rosch m'a demandé de retrouver des déserteurs et de les abattre, déclarai-je soudainement, cherchant une réaction de la part de mon interlocuteur.

Celui-ci leva un regard outré dans ma direction. Sa lèvre inférieure tremblait légèrement, un tic nerveux que j'avais toujours remarqué depuis que je le côtoyais. Puis, finalement, il détourna les yeux, s'attendant peut-être à ce que je pointe une arme sur sa tempe ou à ce que je le dénonce. Mais au lieu de cela, je repris d'une voix légèrement hésitante :

- Je vous en prie, monsieur, dites-moi que ce que nous faisons est juste. Dites-moi que nous avions raison de ne pas prévenir la population à propos de la cause de cette épidémie. Dites-moi que nous pouvons encore faire la différence et remettre les choses à leur place.

Le major s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. Je sursautai imperceptiblement à ce contact, ne m'étant pas attendue à une telle réaction de sa part. D'un air grave, il me toisa un instant, comme un parent qui avait une mauvaise nouvelle à annoncer à son enfant. C'était le même regard qu'avaient eu les policiers lorsqu'ils étaient venus révéler à ma famille la mort de John Farron, mon père. Douloureux et compatissant, tellement rempli d'impuissance.

- Faites ce qui vous semble juste, Farron, déclara mon supérieur d'une voix rauque et fatiguée. Abattez-moi si c'est ce que vous croyez juste. Partez retrouver votre famille si c'est la bonne chose à faire. Mais ne suivez pas bêtement les ordres, Farron. Dans ce monde, il n'existe plus aucune règle mise à part les nôtres.

Alors que ses paroles me percutaient, la major Barns quitta la pièce en me laissant totalement perdue dans le silence de la pièce. Comment savoir ce qui était juste de ce qui ne l'était plus ?


- Alors, on s'assoupit ? commenta Fang d'un air narquois. Faut arrêter de me contempler la nuit et essayer de dormir. Je sais, c'est difficile.

Lightning passa la main sur son visage, se faisant sortir de sa torpeur par la voix de Fang et les secousses de la camionnette. Sans s'en rendre compte, elle s'était endormie. Chose stupéfiante pour la soldate, car cela ne lui était pas arrivée depuis bien longtemps. En règle générale, elle était bien trop sur ses gardes pour se permettre ce genre d'écart.

- Ce sont les stupidités que tu déblatères qui m'assomment, marmonna la blonde en tournant son regard sur la route.

Malgré cette réplique, elle devait avouer sa surprise face au redressement de Fang. Le soir de la vieille, elle ne s'était pas attendue à ce que cette dernière se remette aussi vivement de ses émotions. Soit cette femme était une véritable combattante, soit elle était tout bonnement insouciante, songea Lightning sans savoir laquelle des options était la bonne.
La soldate vit qu'à présent, le véhicule s'approchait d'un petit village. Il n'était pas bien grand et il devait posséder une trentaine de maisons en pierre, peut-être plus. Le clocher de l'église surplombait aisément les toits voisins. Les alentours n'étaient que collines et montagnes. De grandes prairies bordaient la route menant à l'entrée de cette petite agglomération.

L'endroit semblait assez ancien, témoignant des vestiges d'une culture qui s'était effacée dans les grandes villes à buildings. Une fontaine asséchée se trouvait au centre de la place publique, devant la mairie. Les rues étaient dessinées par des pavés de pierres, offrant une architecture rurale presque médiévale. On pouvait aisément imaginer la tranquillité de ce lieu avant l'envahissement du silence morbide qui y régnait désormais.
Le vieux pick-up de Fang semblait parfaitement s'adapter à ce paysage d'antan. Les ronronnements du moteur résonnaient entre les parois de ces maisons, comme appelant le village à revenir à la vie. Mais tout restait terne. Exténué. Mort.

Finalement, Fang arrêta le véhicule devant l'église, au centre même du village. Elle ouvrit la portière avant de descendre prudemment en regardant tout autour d'elle. Elle ne connaissait pas le nom de l'endroit et se doutait que celui-ci soit touristique. Ce devait être un petit paradis secret dont les habitants veillaient à ne pas révéler, gardant ainsi pour eux toute la tranquillité de cette magie. Bahamut, qui quitta à son tour le petit habitacle, s'empressa d'aller renifler un peu partout en remuant la queue.
Lightning vérifia son fusil et le passa à l'épaule avant de s'extirper de la voiture. Elle remarqua que les volets de chaque maison étaient minutieusement fermés. L'endroit paraissait désert, mais elle avait l'impression que des regards léchaient sa nuque, faisant hérisser ses poils. Une impression qui ne semblait pas toucher Fang qui continuait de s'émerveiller de l'endroit. En réalité, cette dernière était devenue assez paranoïaque pour être habituée à la sensation d'être perpétuellement observée.

- Qu'est-ce qu'on fouille en premier ? demanda la noiraude qui était contente de pouvoir se dégourdir les jambes après des heures de voiture. Tu veux jeter un œil dans l'église ?
- Je ne me rabaisserais jamais à pilier cet endroit, rétorqua sévèrement la soldate d'un air outré.
- Je ne savais pas que tu étais croyante.
- Je ne le suis pas. Je n'aime simplement pas l'idée.

Devant l'amusement flagrant de la noiraude, la femme militaire roula des yeux. Elle croisa les bras avant de toiser sévèrement son interlocutrice. Dans son dos, elle sentait encore cette pénible impression d'être observée. Elle devait se retenir de brandir son arme et de se mettre à chasser des fantômes. Parce que oui, cet endroit était désert et nulle âme n'y vivait.

- Dans ce monde, il n'existe plus aucune règle mise à part les nôtres, cita évasivement Lightning en secouant la tête avant de continuer avec fermeté. Nous pouvons encore garder un minimum de logique si nous nous imposons des règles.
- Si on ne veut pas déraper et péter les plombs, hein ?
- En quelque sorte.

Fang hocha la tête avant de désigner une petite épicerie un peu plus loin. Étonnamment, dans ce petit village, tout paraissait en ordre comme s'il avait été épargné des ravages des émeutes à cause de l'épidémie. Comme si, les habitants d'ici s'étaient simplement éteints en acceptant leur sort, sans vouloir aller à l'encontre de leur destin.
Posant la main sur la poignée de la boutique, Fang ne fut pas surprise d'apprendre que celle-ci était verrouillée. Tout en scrutant la porte en verre, elle se disait que cela serait bien dommage de devoir détruire la sérénité des lieux. Posant les mains sur la vitrine, elle tenta de voir à l'intérieur pour savoir s'il en valait la peine qu'on vandalise l'épicerie.

Lorsque soudain, le clocher se mit à tonner de son tintement gras et puissant. La force de sa cloche faisait littéralement vibrer les entrailles de la mécanicienne qui retourna furtivement le regard vers le haut de l'église. Effrayé par ce son insupportable pour son audition, Bahamut se mit à aboyer à tue-tête, ne sachant pas à qui il devait rejeter ses remontrances. Quant à Lightning, elle s'arma rapidement son fusil avant de jeter un coup d'œil à son amie. Cette dernière la toisa en retour, n'entendant plus les battements frénétiques de son cœur à cause de tout ce boucan. Mais les deux femmes saisirent la même question : était-ce un système électrique qui faisait sonner le clocher ou bien quelqu'un ?

Lentement, la soldate s'avança vers l'entrée de l'église. Fang allait la suivre de près lorsque tout d'un coup, un lourd poids lui tomba sur les épaules. Dans les tintements de la cloche, elle n'avait pas entendu la personne qui était arrivée dans son dos. Écrasée au sol, elle se débattit furieusement avant de découvrir que c'était une femme d'une forte corpulence qui s'était jetée sur elle. Cette dernière portait une robe verte où son tablier de travail avait pris une couleur terne. Sa chevelure châtaine était nouée en une queue de cheval à moitié défaite. De ce visage joufflu ressortait une petite paire d'yeux effrayants dans leur folie.
Voyant que ses aboiements se faisaient étouffer par le clocher, Bahamut se jeta furieusement sur l'assaillante de sa maîtresse. Tout d'abord, il attrapa la manche de l'étrangère, mais celle-ci se déchira en lambeau. Il changea de tactique et opta pour le mollet où il y enfonça sauvagement toute sa dentition. La femme hurla en redressant la tête afin d'apercevoir la créature qui l'attaquait. Mais à peine avait-elle relevé les yeux que la crosse d'un fusil vint à la rencontre de son visage.

L'opulente femme s'écroula sur le côté. Fang s'empressa de ramper à reculons avant de se lever sur ses jambes. Le son de la cloche continuait à vibrer dans tout son être, provocant la naissance d'une migraine. Le regard de la mécanicienne se tourna vers Lightning qui scrutait le corps de la furie inconsciente. Puis, elle tenta d'appeler la soldate en hurlant son nom à plein poumon. Celle-ci qui l'entendit à peine, leva les yeux dans sa direction.
Le coup de feu qui s'ensuivit fut étouffé par les tintements du clocher. Fang n'eut que le temps de s'apercevoir du sang qui jaillissait du bras de Lightning. Serrant les dents, cette dernière retint un hurlement de douleur. Et lorsque sa vue se troubla, elle tenta en vain d'apercevoir le tireur. Plusieurs silhouettes apparurent dans son champ de vision sans qu'elle parvienne à les identifier. La seule chose dont elle était consciente, était la voix et la chaleur de la noiraude qu'elle sentait auprès d'elle.
Paniquée devant cette foule, Fang fut frappée d'une image grotesque. Celle d'habitants qui brandissaient des armes avant de partir à la chasse aux sorcières. Leurs regards étaient plein de haine et d'accusation. Certains semblaient même fous et leur visage était creusé par la peur et la lassitude. La maîtresse de Bahamut serra son amie dans ses bras alors que la carabine encore fumante pointait dans sa direction. Son chien aboyait avec menace, mais on le percevait à peine.

- Fuis, Bahamut, fuis ! hurla en vain Fang qui dut mettre des gestes pour se faire comprendre.

L'animal ne voulut pas, mais devant la détermination de sa maîtresse, il s'exécuta. Habilement, il zigzagua entre les habitants lorsqu'un homme tenta d'abattre la bête de son revolver. La mécanicienne ravala un hoquet d'effroi lorsqu'elle vit que la balle avait raté de peu son chien. Mais son attention revint rapidement vers la foule qui l'avait encerclée et qui, petit à petit, réduisait la distance.
À cet instant précis, Fang entendit dans sa tête, de manière à faire oublier les bruits du clocher, les simples paroles de Lightning : « Dans ce monde, il n'existe plus aucune règle mise à part les nôtres. »

Une chose à laquelle la noiraude n'avait pas songé, était le fait que le règlement que s'imposaient les autres n'était peut-être pas empreint de raison, mais de folie. Tout comme les propriétaires de la ferme qui s'étaient convertis au cannibalisme. Et ces gens-là ? Quel mode de vie ces habitants avaient-ils choisi de suivre ?