14.
Devançant la Mécanoïde qui s'occupait de l'intendance de la villa, Chalandra prit les manteaux tandis que cette dernière proposait son plateau de boissons chaudes.
- Des nouvelles ? jeta immédiatement la jeune femme.
- Rien du tout, soupira son époux.
- Nous avons beau sillonner les rues d'Heiligenstadt, et les environs, depuis des jours, aucune trace d'Alie, compléta Warius. Mais bon, la superficie à parcourir est trop vaste…
- Et les patrouilles de Police qui sont alertées font également chou blanc, reprit Albator. Il faut dire qu'elles se hasardent peu dans les quartiers squattés…
Chalandra se tourna vers Warius.
- Désolée que tu aies dû passer le Nouvel An loin des tiens !
- Circonstances exceptionnelles. Ils ont compris. Et puis ma présence était plus nécessaire ici !
- Quelles sont vos intentions ? questionna Chalandra tandis qu'ils passaient dans le salon, les deux hommes avalant leur breuvage brûlant. Vous retournerez en ville demain ?
- Il y a une possibilité que je n'ai pas retenue avec suffisamment d'attention, répondit Albator. Je pense tenter cette chance.
Le grand brun balafré eut un profond soupir.
- Mais si cela échoue, je ne sais vraiment pas ce que nous pourrions faire de plus que ces derniers jours. Il n'y a rien de plus ardu que d'épingler quelqu'un qui ne veut pas être retrouvé !
- Je ferai comme tu diras, assura Warius.
Et une fois de plus, jusqu'à l'heure du dîner, et même après, ce furent les moments de silence qui occupèrent le plus la soirée.
Warius ouvrit légèrement la fenêtre de sa portière.
- Juste un instant, pour rafraîchir l'habitacle ! On se croirait dans un mauvais film policier à planquer ainsi, dans une atmosphère surchauffée, devant la maison que les Schormel avaient offert à Alie et Dana pour leur mariage !
- Si Alie s'y pointe, je me fiche de passer pour un idiot à rester là, le moteur ronronnant !
- Ça fait quand même trois jours qu'on vient…
- Oui, et changement de tactique : on va y passer la nuit ! J'aurais d'ailleurs dû le comprendre dès le début, puisque la maison est bien fermée et sans squatteurs. Si passage il devait y avoir, ça ne pouvait qu'être dans l'obscurité !
Warius un petit grognement.
- Je ne vais plus pouvoir m'éterniser sur Terre, pardonne-moi. Les rapports s'accumulent, avec mention de plus en plus urgente.
- Je comprends. J'apprécie déjà tout le temps que tu as passé ici !
- Bon, je ne suis pas encore parti quand même.
Warius se cala un peu plus dans son siège passager.
- Si nous devons encore passer la nuit, autant continuer à nous relayer, non ?
- D'accord. Je prends le premier tour de garde !
- A ta guise.
Utorp s'approcha d'Alérian qui avait enfilé le manteau noir récupéré l'après-midi même lors de la distribution d'habits au dispensaire.
- Tu sors seul ? On avait l'intention de partir tard, faire le tour des restaurants lors de leur sortie des poubelles.
- J'aimerais aller me balader.
- Sois prudent. J'espère te retrouver ici à l'aube. J'ai croisé le cuistot du Venezia, il a promis de nous mettre de côté les restes les plus mangeables, avant qu'ils ne soient jetés avec les autres ! Il tentera même de nous garder les viennoiseries du matin qui ne seraient pas assez présentables pour la clientèle.
- Je reviendrai à temps.
- Et sois prudent, pria Utorp. La force de notre petit groupe c'est que nous nous tenons les coudes ! Les rues et la nuit sont redoutables pour quelqu'un d'isolé !
- Je sais veiller sur moi-même.
Utorp suivit du regard la silhouette qui s'éloignait, disparaissant rapidement dans l'obscurité.
« Non, tu n'es absolument pas capable de t'occuper de toi-même ! ».
- Warius, réveille-toi !
Warius frémit, se redressant sur la banquette arrière où il avait fini par faire un somme.
- Albator ?
- Alie est là…
- Cet épouvantail ? !
- Oui, mon pauvre garçon semble ne plus qu'avoir la peau sur les os…
