Bonsoir !

Je ne pensais pas revenir si tôt, mais... C'est ce qui est bien avec les posts aléatoires !

Si vous voulez apprécier toute l'intensité dramatique de ce chapitre, je vous conseille d'écouter Already Gone de Sleeping At Last, histoire d'être bien dans l'ambiance.

Bonne lecture !

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


Remember all the things we wanted
Now all our memories, they're haunted
We were always meant to say goodbye
And I want you to know
You couldn't have loved me better
But I want you to move on
So I'm already gone
Already gone - Sleeping At Last


Chapitre 13 : Faire un choix

30 août 2001

Regina porta son verre à ses lèvres.

C'était son troisième cocktail depuis le début de la soirée, mais elle sentait qu'il lui en faudrait encore bien davantage pour parvenir à se détendre. Cette fête au Jolly Roger, prévue depuis une éternité, était supposée permettre au groupe de se retrouver une dernière fois avant la reprise des cours. Tous en profitaient un maximum, sachant tout au fond d'eux que, dès la semaine suivante, chacun allait partir de son côté et commencer une nouvelle vie. Tout allait changer irrémédiablement, et c'était d'autant plus vrai pour Regina, qui avait douloureusement conscience de ce qu'elle s'apprêtait à perdre. Alors elle buvait pour oublier, l'alcool et la mélancolie la poussant à éprouver une soudaine affection pour tout le monde, tandis qu'elle réalisait soudain qu'elle ne méprisait pas le groupe autant qu'elle l'avait cru autrefois. S'appuyant contre le comptoir, elle laissa son regard errer sur la salle, tâchant de profiter de son mieux de cette dernière fête avec ses amis.

Elle aperçut d'abord Elsa, quelques pas plus loin, occupée à faire la morale à Killian, qui l'avait accueillie avec son traditionnel numéro de charme dès qu'elle était entrée dans la pièce. Elle s'était contentée de lui rire au nez, avant de patiemment lui expliquer les raisons pour lesquelles ses méthodes de séduction habituelles n'avaient aucune chance de fonctionner avec une fille qui avait plus de deux neurones. Regina profita du spectacle un instant, savourant l'air contrit de Killian, qu'elle gardait à l'œil depuis qu'elle l'avait entendu avouer son intérêt pour Emma. Elle se demanda si les réflexions d'Elsa parviendraient à le faire grandir un peu, puis se souvint qu'elle ne serait de toute façon pas là pour le voir. Refoulant une nouvelle bouffée de tristesse, Regina reporta son attention sur le reste du groupe. Elle se retint de lever les yeux au ciel en apercevant Lily, qui parlait à Neal avec animation. En voilà une qui n'allait pas lui manquer ! Se détournant, elle poursuivit son inspection visuelle, découvrant plusieurs couples agglutinés sur les fauteuils et les canapés.

Kathryn et Frederick discutaient en se tenant par la main, échangeant un baiser de temps à autre, totalement oublieux du reste du monde. Plus loin, Ashley était blottie dans les bras de Sean, qui avait défié l'autorité de son père et était revenu vers elle. Ils avaient tous deux trouvés un travail en plus de leurs études, commençant à mettre de l'argent de côté pour leur enfant à naître, et semblaient plus proches et amoureux que jamais. Sur un fauteuil un peu à l'écart, Ruby s'était installée sur les genoux de Peter, et s'amusait à lui faire reconnaître différentes saveurs de chips en les lui faisant manger les yeux fermés, riant à gorge déployée dès qu'il se trompait. Ils étaient ridicules, et Regina sentit pourtant la jalousie l'envahir alors qu'elle les observait, leur en voulant presque d'avoir le droit de s'aimer au grand jour. Elle repoussa les pensées douloureuses qui s'accumulaient dans son esprit et tourna la tête pour se concentrer sur autre chose, son regard tombant sur Tink, qui était assise sur le billard et parlait avec Graham. Elles échangèrent un sourire, puis les yeux de Regina glissèrent sur deux filles auxquelles elle n'avait jamais adressé la parole, avant de dériver d'eux-mêmes vers le fond de la salle, là où elle savait que se trouvait Emma.

Leurs regards se croisèrent, et Regina sentit toutes ses résolutions s'affaiblir. Elle savait qu'elle allait devoir partir à New-York avec sa mère le lendemain, elle savait que c'était la seule décision possible. Mais lorsqu'elle contemplait Emma, comme elle le faisait à cet instant, elle réalisait qu'elle n'allait jamais pouvoir la quitter. Et elle recommençait à se creuser la tête pour trouver une solution, désespérée à l'idée qu'il n'y en ait pas, comme elle en avait hélas la certitude. Elle avait passé la nuit précédente à y réfléchir, envisageant toutes les possibilités, et avait finalement compris qu'elle n'avait en fait pas le choix. A cette idée, la tristesse l'envahit à nouveau, et elle se leva brusquement, traversant la salle sans se soucier des regards qui la suivaient. Arrivée auprès d'Emma, elle ignora son air interrogateur et la prit par le bras, l'entraînant à l'extérieur avec elle. Poussant les doubles portes vitrées qui menaient sur la terrasse du bar, elle prit une grande bouffée d'air frais, respirant enfin plus librement. Une fois un peu plus calme, elle fit volte-face, croisant à nouveau le regard d'Emma, qui semblait surprise par son comportement.

Regina était sur le point de tout lui avouer, au sujet des menaces de sa mère et de son départ imminent pour New-York, lorsqu'elle réalisa soudain qu'elle en était incapable. A la place, elle saisit Emma par la taille et l'entraîna dans l'ombre, là où les lumières du Jolly Roger n'éclairaient plus la façade du bâtiment. Sans réfléchir, elle la plaqua contre le mur et l'embrassa à pleine bouche, comme elle mourrait d'envie de le faire depuis le début de la soirée. A son grand soulagement, Emma ne se détacha pas pour lui demander des explications, se contentant de glisser une main dans ses cheveux tout en répondant à son baiser avec ardeur. Regina sentit les larmes lui monter aux yeux et elle tenta de les retenir, douloureusement consciente qu'elle était sur le point de perdre sa petite-amie. Elle l'embrassa plus passionnément encore, avec la sensation qu'elle n'aurait jamais assez de ses étreintes, de ses baisers. Elle ne pouvait pas se passer d'elle, et c'était une pensée terrible, car elle savait tout au fond d'elle qu'elle allait y être obligée. Ses larmes s'étant mises à couler, Regina glissa la tête dans le cou d'Emma pour les lui cacher, en profitant pour embrasser chaque centimètre de peau qu'elle pouvait atteindre.

Là, elle réfléchit encore une fois aux options qui s'offraient à elle. Mais peu importe les idées qui lui traversaient l'esprit, le problème restait toujours le même : elle ne pouvait pas laisser sa mère mettre ses menaces à exécution. Emma ne pouvait pas perdre sa famille, qui était ce qu'elle avait attendu tout au long de sa vie et ce qu'elle avait de plus précieux au monde. Regina refusait de lui parler des manigances de Cora, n'ayant pas l'intention de la mettre dans une situation où elle devrait faire un choix impossible. Il ne s'agissait pas d'une véritable décision mais d'un piège, d'une impasse. Quoi qu'il arrive, Emma perdrait quelque chose qui lui tenait à cœur, et Regina avait la ferme intention de faire en sorte que ce soit ce qui la blesserait le moins. Il lui faudrait donc la quitter, rompre avec elle, l'abandonner pour partir à New-York. Elle y était résolue et pourtant... A chaque fois qu'elle l'envisageait, la douleur qui l'envahissait était tellement intense qu'elle devait aussitôt renoncer à cette idée. Mais cette pensée revenait, lancinante, refusant de la laisser en paix un seul instant. Probablement parce qu'elle savait, tout au fond d'elle, qu'elle n'avait tout simplement pas le choix.

Lorsqu'elle se laissait aller à croire le contraire, Regina faisait les projets les plus fous, allant jusqu'à envisager de s'enfuir comme l'avait fait Zelena. Mais cette idée ne réglait pas le problème, car alors elle perdrait tout y compris Emma. De plus, Cora pourrait tout à fait mettre ses menaces à exécution pour se venger, et c'était justement ce qu'elle tentait d'éviter à tout prix. Elle avait également considéré la possibilité de laisser sa mère appeler les services sociaux pour ensuite la décrédibiliser en évoquant ce qu'il s'était passé avec Zelena, mais elle n'avait pas la moindre preuve de la façon dont les évènements s'étaient déroulés, et savait que quoi qu'elle dise Cora était et resterait irréprochable aux yeux de tous – du moins, en dehors des membres de sa famille. Ce serait risquer trop gros, Regina le savait, et elle ne voulait pas placer Emma dans cette situation volontairement. Elle avait donc dû écarter cette idée, ce qui ne lui laissait qu'une dernière solution, qui n'en était en fait même pas une. Elle avait seulement songé que prendre le train pour Boston plutôt que pour New-York au moment de partir en week-end devrait être tout à fait faisable.

Mais alors un autre problème se présentait à elle. Que pourrait-elle bien dire à Emma ? Maintenant que Cora avait trouvé sa faiblesse, elle l'exploiterait jusqu'au bout, cela ne faisait aucun doute. Un jour ou l'autre, Regina serait obligée d'épouser Léopold, et si ce n'était pas lui ce serait un autre homme, que sa mère aurait soigneusement choisi pour elle. Si elle quittait Boston le lendemain, elle devrait faire une croix définitive sur son histoire avec Emma, car elle ne pouvait pas envisager de maintenir une relation à distance jusqu'au jour où elle devrait lui annoncer son obligation de se marier. Cela ne ferait que retarder l'inévitable, et une rupture franche lui semblait préférable. Désormais, son seul souci était d'épargner Emma au maximum, de faire en sorte qu'elle reste loin d'elle et donc de Cora, qui n'hésiterait pas à lui faire du mal pour parvenir à ses fins. Ayant pris sa décision, Regina se détacha de sa petite-amie, plongeant dans ses yeux verts. Elle la contempla un instant avec émotion, tâchant de graver son visage dans sa mémoire, et caressa sa joue du bout des doigts.

- Ça va ? s'enquit Emma, visiblement inquiète.

Regina hocha la tête en signe d'assentiment, incapable de parler. Elle la regardait maintenant avec la certitude qu'elle allait bientôt lui briser le cœur, et c'était presque impossible à supporter. Mais il lui faudrait pourtant rester forte, pour que sa petite-amie n'ait plus le moindre espoir en ce qui concernait leur histoire. Emma ne lâchait pas facilement l'affaire, mais il ne fallait pas qu'elle s'obstine cette fois-ci. Il fallait qu'elle reste à distance, qu'elle l'oublie, qu'elle tombe amoureuse de quelqu'un d'autre. Regina sentit l'angoisse lui nouer le ventre à cette pensée, mais elle savait que cela arriverait forcément un jour ou l'autre. Et elle le lui souhaitait sincèrement, parce qu'elle n'avait jamais voulu que son bonheur.

- Tu pleures, remarqua Emma, en fronçant les sourcils d'un air soucieux. Qu'est-ce qu'il y a ?

Regina ferma les yeux et se blottit contre sa petite-amie sans lui répondre, se laissant réconforter par la chaleur de ses bras, consciente qu'elle n'aurait plus beaucoup d'autres occasions de le faire.

- Tout est seulement très difficile, en ce moment, avoua-t-elle dans un murmure.

- Je sais bien... Mais je suis là, d'accord ?

- D'accord.

Regina retint un nouveau sanglot, peinant à croire en ce qui était en train de se produire. Elle se plongea dans ses souvenirs, se repassant chacun des moments forts de sa relation avec Emma, certaine qu'elle ne vivrait jamais rien de comparable à ces instants. Elles avaient été si bêtement amoureuses, si ridiculement heureuses ! Elles avaient osé croire que rien ne pourrait se mettre entre elles, et voilà que quelqu'un y était parvenu….

Regina se redressa, posant son front contre celui de sa petite-amie. Sa décision étant prise, elle se sentait libérée d'un poids, malgré la douleur qui lui étreignait le cœur. Elle remit l'inévitable rupture au lendemain, et se promit d'utiliser les quelques heures qu'il lui restait pour aimer Emma de toutes ses forces, pour la graver dans sa mémoire à tout jamais. Elle se pencha pour l'embrasser à nouveau, retrouvant avec délice la douceur de ses lèvres, et se laissa emporter par les émotions qui se débattaient en elle. Les souvenirs l'envahirent avec force, se succédant à toute vitesse dans sa mémoire. Emma dans une robe rayée noire et blanche, Emma qui lui souriait d'un air timide… L'éclat de ses yeux verts au soleil, le tatouage en forme de fleur au creux de son poignet… Emma qui prenait sa main tendue, Emma qui s'éloignait après un dernier regard en arrière… La douceur de sa peau lorsqu'elle avait caressé sa joue, le goût de ses lèvres lorsqu'elle l'avait embrassé… Emma qui la tenait dans ses bras, à l'ombre des arbres au Common, Emma qui la regardait de loin, si loin…

Tous les autres souvenirs se mélangèrent, se fondant en une succession de sensations et d'images. Regina se détacha de sa petite-amie, reprenant son souffle avec difficulté, tandis que les plus beaux instants de sa vie défilaient dans sa mémoire. Emma était partout, répétant à l'infini ces petits gestes du quotidien, ces petits gestes empreints d'amour. Un baiser, une caresse, un souffle. Elle rendait tout inoubliable.

Sentant les larmes revenir, Regina lutta pour ne pas les laisser couler, déterminée à ne pas se dévoiler davantage. Elle se pencha sur Emma pour l'embrasser à nouveau, l'entourant de ses bras pour la serrer contre elle, retenant de toutes ces forces ce « je t'aime » qui lui brûlait les lèvres. Elle s'apprêtait à la quitter, à lui briser le cœur. Il était trop tard pour lui avouer ses sentiments, trop tard pour croire que cela ferait une quelconque différence, trop tard pour espérer qu'un miracle ne survienne pour changer le cours de leur destin. Oui, il était trop tard pour qu'elle confie à Emma ce qu'elle éprouvait pour elle, mais elle avait encore le temps de le lui montrer. Concentrée sur cette idée, Regina se colla contre sa petite-amie, laissant échapper un sanglot étouffé lorsque leurs bouches se trouvèrent à nouveau. Elles étaient plaquées l'une contre l'autre, en train d'échanger un baiser intense et brûlant, lorsqu'un cri de surprise les poussa à se détacher brusquement. Regina fit un pas en arrière et tourna la tête en direction du bruit, découvrant Ruby qui les regardait en écarquillant les yeux, une main posée sur la poitrine comme si elle venait de frôler la crise cardiaque.

- Wow ! s'exclama-t-elle. Alors là…

Elle éclata d'un rire incrédule et ravi, qui ramena aussitôt Regina à la réalité. Reprenant ses esprits, elle saisit Ruby par le bras et la tira loin des doubles portes, l'observant de son air le plus menaçant.

- Écoute-moi attentivement, commença-t-elle. Si tu en parles à qui que ce soit, je ferais de ta vie un enfer. Compris ?

Ruby prit un air choqué puis boudeur, avant de se tourner pour adresser un regard suppliant à Emma, qui secoua la tête en signe de dénégation, les joues un peu plus rouges que d'ordinaire.

- Je préfèrerai que tu gardes ça pour toi, reconnut-elle.

- Mais... Toutes les deux, vous... Vous êtes... Non, c'est trop dingue. Vous pouvez pas me demander de garder un truc pareil pour moi. Sérieusement, c'est impossible !

Regina prit une grande inspiration, tâchant de conserver son calme. Elle ne voulait pas laisser Emma seule dans une situation où elle devrait affronter les rumeurs sur leur relation, et c'était exactement ce qui arriverait si Ruby ne tenait pas sa langue. Elle prit donc sur elle pour ne pas s'énerver et déclara posément :

- Ce n'est pas à toi de le dire aux autres. Alors, s'il te plait, pour une fois dans ta vie, fais moi plaisir et tais toi.

Captant l'air réprobateur que sa petite-amie arborait, Regina haussa un sourcil interrogateur.

- Quoi ? demanda-t-elle. J'ai dit « s'il te plait »…

Emma hésita un instant, puis elle éclata de rire devant cette piètre défense, sous le regard scrutateur de Ruby, qui les observait avec un mélange de curiosité et de surprise.

- Eh ben... J'ai vraiment été aveugle, sur ce coup là, réalisa-t-elle. C'est fou tous les petits détails qui viennent brusquement de prendre un sens. Quand je pense que… Que vous... Non, vraiment, j'en reviens pas.

Elle secoua la tête, comme si tout cela dépassait sa compréhension, puis sourit comme si on venait de lui faire le plus beau cadeau du monde.

- Bon, ajouta-t-elle d'un ton enjoué. Je vous promets de garder tout ça pour moi.

- C'est dans ton intérêt, souligna froidement Regina.

- Ça veut dire « merci beaucoup », traduisit Emma. Plus sérieusement, je compte sur toi, tu ne diras rien à personne ?

- Oui, oui, t'en fais pas ! Je sais aussi me taire quand il le faut.

Ruby passa une main dans ses cheveux, visiblement nerveuse.

- Alors, euh… Je vais vous laisser…

- Bonne idée, approuva Regina.

Elle reçut aussitôt un coup de coude dans les côtes, qui lui tira un sourire amusé qu'elle dissimula de son mieux.

- Vous aviez l'air plutôt occupées, fit remarquer Ruby. Alors je ne voudrais surtout pas déranger…

- Tu voulais quelque chose ? s'enquit Emma, faisant preuve d'un peu plus de gentillesse que sa petite-amie.

- En fait oui, je te cherchais pour te parler d'un truc, mais ça peut attendre, t'inquiètes pas… On pourra toujours discuter lundi, pendant les soldes. Tu viens toujours avec moi, j'espère ?

- Oui, bien sûr. Comme prévu.

Ruby hocha la tête d'un air entendu, puis elle recula en direction des doubles portes et saisit la poignée, avant de brusquement s'immobiliser. Elle fit volte-face, puis adressa un clin d'œil complice à son amie et lui lança :

- Je te raconte lundi, alors ! Et t'as plutôt intérêt à tout me raconter toi aussi.

Elle s'engouffra dans le bar sans attendre de réponse, tandis qu'Emma s'appuyait contre le mur en rougissant de plus belle.

- Je commence à en avoir assez de tout le temps me faire surprendre dans des situations embarrassantes, marmonna-t-elle.

- Je ne savais pas que tu trouvais embarrassant d'être avec moi, répondit Regina, en prenant un air songeur. Je devrais peut-être m'en aller aussi…

Elle fit mine de partir, et sourit lorsque deux bras se tendirent pour la rattraper, se nouant autour de sa taille et la ramenant auprès de sa petite-amie. L'espace d'un instant, elle se sentit parfaitement heureuse, puis les récents évènements se frayèrent un chemin jusqu'à ses pensées, ravivant sa tristesse. Elle s'en voulut d'avoir oublié, d'avoir cru à nouveau que tout était facile, que tout était possible. Le contrecoup n'en était que plus douloureux encore…

- Ça ne va pas ? s'inquiéta Emma. Tu as l'air ailleurs, ce soir…

Regina secoua la tête, niant l'évidence, et se blottit dans les bras de sa petite-amie en murmurant :

- Je suis là. Et pour le moment, c'est tout ce qui compte.

Elle se tourna pour faire face à Emma, qui avait froncé les sourcils en entendant sa surprenante déclaration, et se pencha pour l'embrasser avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit. Pour l'embrasser tant qu'elle le pouvait encore, tant qu'elle en avait toujours le droit. Pour l'embrasser une dernière fois… Et une dernière fois encore.

OoO

31 août 2001

Emma attendait.

Elle avait reçu un message de Regina, environ une heure plus tôt, qui lui demandait de la rejoindre au Common dès que possible. Ses appels étant restés sans réponse, Emma avait enfilé sa veste rouge et était partie pour le parc, pressée d'en savoir plus. Elle avait relu le message une dizaine de fois, se demandant pourquoi sa petite-amie tenait à ce qu'elle la retrouve dans un lieu public, là où elles ne pourraient pas agir librement, comme elles auraient pu le faire si Regina était simplement venue la voir chez elle. Arrivée au Common, Emma s'était installée sur un banc à proximité du Frog Pond, et une longue attente avait débuté. Depuis cet instant, elle tentait de se rassurer de son mieux, combattant le mauvais pressentiment qui ne l'avait pas quitté depuis la veille, depuis qu'elle avait été obligée de dire au revoir à Regina. Celle-ci s'était comportée d'une étrange façon tout au long de la soirée, passant du rire aux larmes sans raisons visibles et se perdant perpétuellement dans ses pensées. Son attitude avait inquiété Emma, qui n'avait trouvé de réconfort que dans leurs étreintes, qui s'étaient faites plus passionnées que jamais, comme empreintes d'une émotion qu'elle avait encore du mal à définir. Cette soirée, qu'elle avait beaucoup appréciée sur le moment, lui avait par la suite laissé une drôle d'impression, comme si quelque chose lui avait échappé. Elle y réfléchissait intensément lorsque la sensation d'être observée l'envahit soudainement, la poussant à lever la tête. Regina se tenait debout à quelques pas du banc, les mains nouées sur la sangle de son sac à main.

Emma sourit avant d'avoir pu s'en empêcher, puis s'assombrit brusquement en observant sa petite-amie plus attentivement. Elle avait les traits tirés, comme si elle n'avait pas dormi de la nuit, et son visage n'exprimait pas la joie qu'elle affichait généralement en la voyant. Quelque chose dans la façon dont elle se laissa tomber sur le banc, sans l'habituelle élégance qui accompagnait chacun de ses gestes, fit comprendre à Emma que l'instant était grave. Elle ouvrit la bouche pour lui demander ce qu'il se passait, le ventre noué par l'appréhension, lorsque Regina l'interrompit :

- Il faut qu'on parle, déclara-t-elle.

Sa voix était basse, et son ton déterminé. Elle regardait droit devant elle, quelque part au niveau des arbres qui leur faisaient face, visiblement indifférente à tout ce qui l'entourait. Sentant son malaise augmenter, Emma prit sur elle et répondit calmement :

- Je t'écoute.

Elle détestait d'avance toute conversation commençant par ces quelques mots, mais se tenait prête à réagir à la mauvaise nouvelle qui s'apprêtait à lui tomber dessus, peu importe de quoi il s'agissait. Ce n'était pas la première mauvaise nouvelle de l'été, et elle allait y faire face avec Regina, comme elles avaient pris l'habitude de le faire dernièrement. Il n'y avait aucune raison de paniquer.

- Qu'est-ce qu'il y a ? insista-t-elle, ne recevant pas de réponse.

Emma tendit la main pour prendre celle de sa petite-amie, qui marqua un temps d'hésitation avant de finalement la laisser faire. Elle semblait soucieuse, s'inquiétant peut-être que quelqu'un les aperçoive ensemble. Le parc était encore très fréquenté, après tout, même si l'été touchait à sa fin.

- Il y a une chose dont j'aurais dû te parler, commença Regina. Une décision que j'ai prise sans te consulter.

- De quoi s'agit-il ?

Emma se crispa, soudain méfiante. Elle sentait que la suite n'allait pas beaucoup lui plaire. Lorsque sa petite-amie ouvrit la bouche pour lui répondre, elle fut même tentée de la supplier de ne rien dire, habitée par la certitude qu'elle n'avait en fait aucune envie de savoir. Mais elle s'en empêcha, consciente qu'elle ne pouvait pas tout simplement faire comme si tout allait bien.

- J'ai décidé d'aller faire mes études à Yale, avoua Regina.

- Yale… à New Haven ?

- Oui.

Emma fronça les sourcils, la peur laissant aussitôt place à la confusion.

- Je croyais que tu avais été acceptée à la Boston University ? Tu me parlais de leur programme de Sciences Politiques la semaine dernière encore…

- Je sais, mais il s'est avéré que Yale avait davantage à m'offrir. Au moment de choisir l'université dans laquelle je suivrais des cours à la rentrée, je me suis laissé influencer par mon désir de rester à Boston, mais j'ai récemment réalisé que je n'aurais pas dû cesser de faire passer mes études en premier.

Emma relâcha la main de sa petite-amie, ne pouvant pas s'empêcher d'être sur la défensive. S'en apercevant, Regina reprit aussitôt :

- Je sais que j'aurais dû t'en parler plus tôt. Mais je voulais prendre cette décision à tête reposée, sans plus me laisser influencer. J'ai revu toutes mes priorités lorsque je t'ai rencontré, mais ce n'était pas forcément la bonne chose à faire, même si j'ai mis du temps à m'en apercevoir.

- Je ne t'ai jamais demandé de changer pour moi. Et je serais ravie que tu fasses les études qui te plaisent dans l'université de ton choix, mais j'aurais tout de même aimé en être informée avant…

Emma poussa un long soupir, réfléchissant à tout ce que cette nouvelle impliquait.

- La rentrée est dans seulement quelques jours, poursuivit-elle. J'avais déjà du mal à me faire à l'idée qu'on aurait moins de temps pour se voir, et voilà que ce temps vient de se réduire considérablement…

- Plus encore que tu ne le crois.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Regina prit une profonde inspiration avant de lever la tête pour regarder sa petite-amie, une lueur de supplication au fond des yeux. Elle semblait l'implorer de comprendre, de ne pas la forcer à le dire. Mais Emma resta obstinément silencieuse, son inquiétude augmentant de seconde en seconde, s'accrochant de toutes ses forces à ce regard, dans lequel elle cherchait désespérément la preuve qu'elle n'avait pas à s'en faire.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? répéta-t-elle.

- Une opportunité s'est présentée. Une chance d'aller vivre à New-York, du moins pendant le week-end et les vacances, quand je ne serais pas sur le campus.

Emma fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour poser une question, puis elle comprit ce qu'elle venait d'entendre et se figea, se demandant comment elle était supposée réagir.

- Tu veux aller vivre à New-York ? s'étonna-t-elle, après un instant d'hésitation. Je n'étais pas au courant.

- Disons que je trouve que c'est une perspective intéressante.

- Mais ta famille est ici, tes amis sont ici… Je suis ici.

Regina hocha la tête, dans l'attitude de celle qui y a déjà mûrement réfléchi et a d'ores et déjà pris sa décision.

- Je ne peux pas laisser passer cette occasion, répondit-elle. Je sais que tu ne comprends pas, mais tout dans ma vie a été soigneusement planifié, prévu, pensé. Les études que je m'apprête à suivre sont la première étape vers un avenir que j'ai choisi il y a longtemps, et c'est cette vie là qui m'attend…

- Une vie dont je ne fais pas partie ?

Emma attendit une réponse, surprise de ne pas l'entendre venir immédiatement. Elle contempla sa petite-amie, qui avait baissé les yeux en se pinçant les lèvres, ses cheveux masquant une partie de son visage. Pourquoi ne cherchait-elle pas à nier, à la rassurer ? Pourquoi la laissait-elle croire une chose pareille, ne serait-ce qu'un instant ? Pourquoi restait-elle si désespérément silencieuse ?

- Ta mère a quelque chose à voir dans tout ça ? s'enquit Emma, soudain soupçonneuse.

- Non.

La réponse avait été immédiate, cette fois. Un seul mot, prononcé sur un ton calme et posé, définitif. C'était convainquant, et pourtant…

- Je ne peux pas te croire.

Se raccrochant à cet espoir, Emma reprit la main de sa petite-amie dans la sienne, la serrant doucement pour la forcer à réagir. Regina leva lentement la tête, jusqu'à ce que leurs regards se croisent. Il n'y avait pas la moindre tendresse dans le sien, comme c'était le cas habituellement, mais plutôt une sorte de vide... Une sorte d'indifférence.

- Écoute, commença-t-elle. Je pense que nous nous sommes trop précipitées, toi et moi…

- Arrête. S'il te plait.

Emma secoua la tête, refusant d'en entendre davantage. Elle ne supportait pas ce ton raisonnable, cette voix qu'elle aimait mais qui était sur le point de lui faire bien trop de mal. Elle repoussa ses doutes au plus profond d'elle, ignora les avertissements envoyés par son cerveau, ignora le mauvais pressentiment persistant qui refusait de la laisser en paix.

- Ce n'est pas toi, reprit-elle. Tu ne dirais jamais ça.

- Comment pourrais-tu le savoir ? Tu me connais depuis moins de deux mois…

Emma eut un mouvement de recul involontaire, blessée par ces paroles, prononcées sur un ton froid qui lui déplaisait profondément. Avant qu'elle n'ait pu réagir, se défendre, Regina reprit doucement :

- Je pense que nous nous sommes trop précipitées, toi et moi. Nous n'aurions pas dû nous engager sans réfléchir dans une situation aussi compliquée.

- Alors c'est ça, le problème ? Notre situation ? Tu sais que je ferais n'importe quoi pour que ça fonctionne… Et je pensais que tu en ferais autant, toi aussi, mais apparemment je me trompais.

- Ce n'est pas seulement ça. Écoute… Toi et moi, ça ne devait pas arriver.

- C'est étrange, moi j'ai toujours eu la sensation inverse. Que ça devait arriver. Que c'était, je ne sais pas… Notre destin.

- Emma, s'il te plait…

Regina posa les coudes sur ses genoux et se prit la tête entre les mains, inspirant comme si elle avait du mal à retrouver son souffle.

- Tu rends les choses si difficiles, murmura-t-elle.

Se laissant dominer par la colère, Emma rétorqua sèchement :

- Je peux essayer de te faciliter la tâche, si ça t'arranges. Laisse-moi deviner… Tu as changé d'avis et tu préfères qu'on reste amies ?

- Je ne crois pas que l'amitié soit possible pour nous.

- Ce n'est pas ce que tu étais supposée dire.

Ignorant les regards curieux qui se tournaient vers elles, Emma vint s'agenouiller devant sa petite-amie, levant la tête pour apercevoir son visage.

- Je ne veux pas que tu changes quoi que ce soit pour moi, déclara-t-elle doucement. Je veux que tu aies exactement la vie que tu veux avoir, et pourquoi pas celle à laquelle tu rêvais avant de me rencontrer, si c'est ce que tu désires toujours. Mais je m'attendais à être impliquée dans tes projets, pour des raisons évidentes, et je suis sûre que tu peux le faire sans pour autant avoir à renoncer à quoi que ce soit.

Regina se redressa lentement, croisant les mains sur ses genoux, et baissa les yeux vers sa petite-amie, qui la regardait avec espoir.

- C'est impossible, répondit-elle. Je ne peux pas concilier les deux. Et... et je n'en ai pas envie.

Emma se releva, tiraillée entre tellement d'émotions qu'elle ne savait plus quoi ressentir.

- Alors quoi ? s'énerva-t-elle. Tu m'as demandé de venir ici, dans ce parc où je t'ai vu pour la première fois, dans ce parc où tu m'as avoué que tu avais envie d'être avec moi… Tu m'as demandé de venir ici pour me dire que c'est trop compliqué, que tu as des priorités plus importantes, que… Que c'est fini ?

- Je suis désolée.

Emma sentit sa respiration se couper. Elle chercha une chose à laquelle se raccrocher, alors que tout son monde s'écroulait sous ses yeux, et ne parvint qu'à rétorquer :

- Non.

Tout en elle se révoltait contre ce qui était en train de se produire. Elle le refusait simplement, du plus profond de son cœur. Bravement, elle reprit :

- Hier encore, tu…

Son regard croisa celui de Regina et elle s'interrompit. Des images de la soirée précédente lui revinrent, faisant naître un goût amer dans sa bouche. Elle se souvint des larmes dans les yeux de sa petite-amie, de son comportement étrange, de l'intensité de leurs baisers…

- Tu me disais adieu, comprit-elle.

Sous le choc, Emma se laissa retomber sur le banc. Elle chercha quelque chose à dire, quelque chose à faire, un moyen de redresser la situation. Comment tout avait pu basculer aussi vite ? Elle se tourna vers Regina, plongeant dans son regard, effrayée de la sentir si lointaine. A quoi bon tenter de la retenir, si elle était déjà partie ?

- Nous deux, ça n'a aucune importance pour toi ? demanda-t-elle, désespérée.

- Si, c'était important. Et j'ai cru que c'était ce que je voulais, ce qui me rendrait heureuse. Mais c'était une illusion, seulement une illusion, et j'ai eu tort d'y voir davantage.

- Comment peux-tu en être aussi sûre ?

Emma s'approcha de sa petite-amie – refusant d'accepter l'idée qu'elle ne le soit plus – et baissa les yeux sur ses lèvres. Elle hésitait à l'embrasser, persuadée qu'elle pourrait la convaincre en lui rappelant à quel point elles étaient bien ensemble, en lui montrant que leur relation valait la peine qu'elles se battent pour la conserver.

- Moi j'étais déjà heureuse, murmura-t-elle. Je n'avais besoin de rien de plus.

- Je suis désolée, répéta Regina. Mais moi j'ai besoin de plus.

Elle se leva lentement, comme si tout son corps était brusquement alourdi. Voyant qu'elle s'apprêtait à partir, Emma se leva à son tour, saisissant sa main pour la retenir.

- S'il te plait, supplia-t-elle. Ça ne peut pas se terminer comme ça. C'était plus qu'un simple amour d'été, pour moi, c'était sérieux. Et ça l'était pour toi aussi… Dis-moi que ça l'était.

- Je ne peux pas. Je suis désolée.

Emma sentit la main de Regina exercer une dernière pression sur ses doigts, puis son regard se détacha du sien et elle se détourna, s'éloignant le long de l'allée. A cet instant, il semblait y avoir un million de choses à dire, à faire.

Elle pouvait encore la rattraper. Lui prendre à nouveau la main, la serrer dans ses bras, l'embrasser. Ignorer le reste du monde, et simplement tout faire pour la garder, pour lui rappeler ce qu'elles avaient vécu ensemble. Elle pouvait encore lui avouer qu'elle l'avait impliquée dans le moindre de ses projets, qu'elle avait déjà tout un avenir pour elles, un avenir construit avec des rêves qui venaient de tomber en poussière. Lui confier que jamais personne n'avait eu une telle place dans son cœur, qu'avant elle personne n'avait su à ce point renverser ses barrières, qu'elle ne s'était jamais dévoilée de cette façon avec qui que ce soit d'autre et que cela n'arriverait plus jamais avec personne. Elle pouvait encore libérer ce « je t'aime » coincé dans sa gorge, ce « je t'aime » qu'elle n'avait jamais eu envie de dire à quelqu'un d'autre qu'elle.

Emma hésitait, debout au milieu du parc, des larmes plein les yeux. Elle regardait Regina s'éloigner, encore et encore, espérant de toutes ses forces qu'elle allait se retourner. Elle l'imaginait qui s'arrêtait et revenait sur ses pas, mais cela n'arrivait pas, et pourtant elle continuait à la fixer. Elle la contempla jusqu'à l'ultime seconde, jusqu'à ce que sa silhouette disparaisse derrière un arbre, dans un virage qui menait à une autre allée. Là, elle sut ce qui l'avait empêché de réagir, de la poursuivre. Ce qui l'en empêchait toujours, alors que c'était tout ce qu'elle désirait.

C'était ce regard que Regina lui avait adressé, au moment de relâcher sa main. Ce regard qui disait qu'il était déjà trop tard.

OoO

Regina était prête.

Sa chambre était rangée, ses volets fermés, ses affaires soigneusement préparées. Ses valises attendaient dans l'entrée, auprès de celles de sa mère, qui lui avait laissé des instructions très précises avant de partir au travail. Regina l'attendait maintenant, assise sur les marches devant la porte de la maison, le regard résolument baissé sur le trottoir pavé. Ses doigts jouaient distraitement avec le collier que lui avait offert Léopold, et qu'elle portait pour lui faire plaisir, comme Cora l'avait exigé. Le pendentif en diamant coûtait probablement une fortune, et pourtant Regina n'avait qu'une envie : le jeter dans le caniveau. Les minutes s'écoulaient, interminables, alors qu'elle se retenait de toutes ses forces de lever la tête pour regarder au bout de la rue. Elle savait ce qu'elle s'attendrait à voir si elle le faisait : Emma Swan, avec sa veste en cuir rouge, prête à la rejoindre pour qu'elles parlent et effacent ensemble le moment horrible qu'elles venaient de traverser par sa faute. Mais cela n'arriverait pas, et Regina le savait. Elle avait fait ce qu'il fallait, elle lui avait brisé le cœur, et le sien n'avait pas davantage survécu à cette rupture. Tout était bel et bien terminé.

Elle revoyait sans cesse le regard d'Emma au moment où elle allait se détourner, ses yeux verts brillants de larmes, et cette lueur de résignation qui ne laissait plus de place à l'espoir. Après cela, il ne semblait plus y avoir quoi que ce soit à sauver, et pourtant… Regina aurait donné tout ce qu'elle avait pour pouvoir lui dire la vérité, pour ne pas avoir eu à lui faire du mal comme elle l'avait fait, pour avoir eu l'occasion de lui dire qu'elle l'aimait et que rien, jamais, ne changerait cela. Et voilà où elle en était, prête à plonger dans l'inconnu, et elle réalisait seulement maintenant à quel point l'avenir qui s'annonçait pour elle l'effrayait. Elle avait tenu le coup sans Zelena, sans sa présence et son soutien, sur lesquels elle avait pourtant toujours cru pouvoir compter. Elle avait tenu le coup sans son père, malgré la douleur et le vide causés par son absence, malgré cette sensation qu'elle avait d'être perdue et seule au monde depuis sa mort. Elle avait tenu grâce à Emma, grâce à la chaleur de ses bras qui réchauffaient son cœur gelé, grâce à cette promesse silencieuse qu'elles s'étaient faites de toujours être là l'une pour l'autre. Sans Emma, tout lui retombait dessus brusquement, et elle ne pouvait pas lutter.

Regina prit une grande inspiration, qui se coupa dans un sanglot. Elle ferma les yeux, laissant ses larmes couler, et pensa à tout ce qu'elle laissait derrière elle à Boston. Elle n'allait plus vivre dans cette maison dans laquelle elle avait grandi, dans laquelle elle avait tant de bons souvenirs. Elle n'allait plus parcourir ces pièces jours après jours, en s'attendant à voir apparaître Zelena ou son père à chaque instant, se remémorant leur présence avec joie, malgré la douleur qui accompagnait leur absence. Elle n'allait plus s'endormir chaque soir dans cette chambre familière, dans ce lit où elle avait fait l'amour avec Emma, dans ce lit où elle avait passé des heures à penser à ce qu'elle allait lui dire au moment de la quitter. A bien y réfléchir, il n'y avait plus rien pour elle dans cette maison, si ce n'était les souvenirs, bons et mauvais, qui revenaient à sa mémoire peu importe où elle posait les yeux. Cora avait détruit tout ce qu'elle avait aimé, faisant de ce lieu autrefois chaleureux un endroit désert et froid. Elle avait tout gâché, avec ses ambitions, son étroitesse d'esprit et sa cruauté. Elle avait tout gâché, au nom de l'amour, en prétendant faire ce qui était juste, alors qu'elle ne pensait qu'à son propre intérêt.

Regina essuya ses joues humides, la tristesse qu'elle éprouvait laissant peu à peu place à la colère. Elle songea à ses amis, auxquels elle n'avait même pas eu le temps de dire au revoir. Elle y avait pensé, la veille, au Jolly Roger. Mais elle n'avait pas voulu prendre le risque que la nouvelle de son départ ne parvienne aux oreilles d'Emma, souhaitant par-dessus tout profiter d'une dernière soirée avec elle avant que la réalité ne les rattrape. Au moment de partir, Regina avait fait le tour de la salle pour saluer tout le monde, s'attardant auprès de certaines personnes, sans pour autant oser leur dire ce qu'elle avait sur le cœur. Elle avait tout d'abord échangé quelques mots avec Elsa, cherchant une façon de la remercier pour la gentillesse dont elle avait fait preuve avec elle, et se retenant de toutes ses forces de la supplier de prendre soin d'Emma. Finalement, rien ne lui était venu d'approprié, et elle s'était contentée d'un sourire sincère et un peu tremblant. Puis elle s'était détournée, et son regard était tombé sur Kathryn, qu'elle appelait « son amie » malgré toutes leurs différences.

Regina expira lentement, luttant contre une envie soudaine de fondre en larmes. Elle avait pu compter sur Kathryn tout au long de ses années au lycée, tandis que leurs vies suivaient le même chemin, qui avait été soigneusement établi par leurs parents respectifs. Elles avaient été amies par la force des choses, ayant les mêmes activités extrascolaires, fréquentant les mêmes lieux et les mêmes personnes, partageant des projets d'avenirs très similaires. La seule différence entre elles était que Kathryn n'avait jamais eu à se battre pour obtenir ce qu'elle désirait vraiment, ses parents étant prêts à lui accorder tout ce qui ferait son bonheur. Elle avait commencé à fréquenter Frederick, ce garçon à première vue insignifiant, qui n'avait pas de grandes ambitions et n'éprouvait qu'un intérêt moyen pour les études, et ses parents l'avaient tout simplement accepté. Regina réalisa que, si Kathryn l'avait souvent agacé, c'était justement parce que tout semblait toujours facile pour elle. Mais, dans le fond, elle avait été heureuse de pouvoir compter sur son amitié, et ne doutait pas qu'elle lui manquerait.

La veille, elle ne lui avait rien dit de tout cela. Elle s'était contentée de l'aborder en la complimentant sur sa tenue, et elles avaient échangées quelques banalités, comme elles avaient eu l'habitude de le faire autrefois. Puis Kathryn s'était éloignée pour retrouver son petit-ami, et Regina s'était dirigée vers la dernière personne qu'elle voulait vraiment saluer une dernière fois. Tink était appuyée contre le bar, en train de regarder Killian d'une façon qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments, probablement persuadée que personne ne la remarquerait. Regina l'avait rejoint et avait passé un bras autour de ses épaules, la faisant sursauter. Elle n'était pas d'un naturel très tactile – même si Emma avait su réveiller cet aspect de sa personnalité – mais elle avait soudain éprouvé l'envie de réconforter Tink, réalisant qu'elle était amoureuse de Killian et que cela ne pourrait être amené qu'à mal se terminer. Elle s'était retenue de la taquiner à ce sujet, pourtant bien tentée de le faire, et s'était contentée de lui conseiller de donner son cœur à quelqu'un qui le méritait vraiment. Evidement, elle savait que ces choses-là ne se décidaient pas, mais le sourire timide que Tink lui avait adressé en retour lui avait prouvé qu'elle avait eu raison de donner son avis.

Regina soupira, laissant ce souvenir s'effacer à son tour. La soirée avait été riche en émotions, et elle regrettait de ne pas avoir pu faire ses adieux convenablement. Avec le recul, elle s'était surprise à apprécier la plupart des membres du groupe, et regrettait tout ce qu'elle n'avait jamais pris le temps de faire. Elle n'avait jamais remercié Ruby pour ce qu'elle avait pour Zelena, et elle n'avait jamais parlé avec Sean des problèmes qu'il rencontrait avec son père trop autoritaire. Elle n'avait jamais demandé à Neal comment il s'en sortait depuis qu'il avait quitté la maison familiale, ni comment il affrontait chaque jour depuis le décès de sa mère. Elle n'avait jamais pris le temps d'apprendre les noms des deux filles qui fréquentaient le groupe depuis la soirée organisée par Zelena. Elle n'avait jamais dit à Lily ce qu'elle pensait de sa conception de l'amitié, et c'était l'une des choses qu'elle regrettait le plus. Elle n'avait jamais demandé à Ashley si elle arrivait à envisager l'avenir sereinement malgré sa grossesse. Elle n'avait jamais pris le temps d'avoir une véritable conversation avec Frederick, Peter ou Graham, se comportant avec eux comme s'ils avaient simplement fait partie du décor. Elle ne s'était jamais moquée de l'habitude qu'avait Killian de se maquiller…

Regina sourit pour elle-même. En fait, si, elle l'avait fait.

Un sentiment de mélancolie l'envahit tandis qu'elle songeait aux membres du groupe qu'elle n'avait pas eu l'occasion de revoir. Elle n'avait jamais remercié Glinda d'avoir hébergé Zelena, durant les quelques jours qu'elle avait passé à Boston avant de tout laisser derrière elle. Elle n'avait jamais adressé plus de deux mots à Whale, qui l'avait abreuvé de compliments à chaque fois qu'il la croisait, avant de se lasser d'être ignoré et de se tourner vers Ruby. Elle n'avait jamais dit au revoir à Liam, ne lui avait jamais souhaité bonne chance pour la suite. Toutes ces années, elle avait été invitée aux soirées organisées par le groupe, ce qu'elle n'avait jamais considéré comme étant un privilège. Elle n'avait pas réalisé que toutes ces personnes étaient ses amis et qu'elle pouvait compter sur eux, qu'elle avait une occasion unique d'apprendre à les connaître et à les apprécier. Elle n'avait pas su se faire une place parmi eux, elle était restée à l'écart et elle avait méprisé tout le monde. Peut-être moins, ces derniers temps, grâce à Emma. C'était encore une des choses qu'elle lui avait apportée…

A cette pensée, le sourire de Regina trembla, avant de finalement disparaître. Il était encore trop tôt pour éprouver cette joie teintée d'amertume, qui accompagne toujours les vieux souvenirs de bonheur. Il était encore trop tôt pour éprouver quoi que ce soit d'autre que la tristesse et la colère, qui étaient tout ce qu'il lui restait désormais. Elle était certaine, tout au fond d'elle, que ses amis du groupe ne laisseraient pas une marque indélébile dans sa mémoire. Elle en oublierait certains, peinerait à se rappeler des noms et des visages de la plupart des autres, et aurait une pensée affectueuse pour quelques rares élus à l'occasion. Mais cela n'avait rien de comparable avec ce qu'elle éprouverait toujours pour Emma, à la façon dont elle et elle seule avait marqué sa mémoire. Elle refusait de laisser leurs souvenirs s'effacer, et savait d'ores et déjà qu'elle s'y raccrocherait de toutes ses forces pour affronter les temps difficiles qui s'annonçaient. Elle oublierait, ou plutôt elle mettrait de côté le dernier instant qu'elles avaient passé ensemble, cette rupture qui avait été si douloureuse pour l'une comme pour l'autre. Elle se souviendrait surtout de leurs moments de bonheur, de leur amour qui l'espace d'un instant avait semblé pouvoir vaincre tout le reste.

Une portière claqua, ramenant Regina à la réalité. Elle se redressa vivement, découvrant sa mère debout quelques pas plus loin, devant sa voiture garée sur le trottoir. Elle arborait un sourire satisfait des plus agaçants.

- Je savais que tu ferais le bon choix, déclara chaleureusement Cora. Maintenant, aide-moi à mettre nos affaires dans le coffre, je voudrais partir le plus vite possible. J'ai dit à Léopold que nous ne tarderions pas…

Regina acquiesça, ne sachant pas très bien ce qu'elle pouvait faire d'autre, et se leva pour aller récupérer les valises dans l'entrée. Elle se perdit à nouveau dans ses pensées, refusant de discuter avec sa mère, qui semblait d'excellente humeur et la laissa donc en paix pendant un moment. Finalement, elles furent prêtes à partir. Cora fit le tour des pièces une dernière fois, vérifiant qu'elles n'avaient rien oublié, puis elle ferma la porte à clé et s'approcha de la voiture, devant laquelle Regina l'attendait, les yeux rivés sur la façade d'une maison qui n'était désormais plus la sienne. Remarquant son air sombre, Cora s'approcha de sa fille, posant la main sur son épaule et s'attirant en retour un regard assassin. L'ignorant, elle désigna le collier offert par Léopold d'un mouvement du menton, souriant avec fierté.

- Il sera très heureux de te voir le porter, affirma-t-elle, sans avoir besoin de préciser de qui elle parlait.

- Tu sais que je ne suis pas amoureuse de Léopold, n'est-ce pas ? Tu sais que je ne serais jamais amoureuse de lui ? Tu sais que tu me condamnes à être malheureuse ?

- Tu n'as pas besoin d'être amoureuse de lui, ma chérie. Je te demande seulement de lui donner une chance. Et tu verras que tu auras tout ce dont tu as besoin pour être heureuse.

Regina secoua la tête, renonçant à raisonner sa mère, désormais certaine que c'était impossible. Elle recula, échappant à son contact avec soulagement. Mais il y avait une dernière chose qu'elle voulait vérifier, un dernier espoir qu'elle devait réduire à néant.

- Quand tu dis que tu veux que je donne sa chance à Léopold, tu veux dire que je peux refuser de l'épouser si jamais il me le demande ? s'enquit-elle, sans trop y croire.

- Bien sûr que tu peux refuser. Mais je t'écorcherai vive si tu le fais. Et puis, il se pourrait qu'une certaine personne à ta connaissance perde la seule famille qu'elle ait jamais eue… Alors réfléchis bien.

Regina soupira. C'était bien ce qu'elle pensait. Une nouvelle vague de colère l'envahit sans prévenir, lui rappelant qu'elle ne s'était pas encore totalement résignée à cette situation.

- Tu veux que je sois fiancée quand je serais à la fac, résuma-t-elle à voix haute. Ainsi non seulement tu t'assures que j'épouserai un homme riche, ce qui a toujours été ton intention, mais aussi que je ne pourrais pas risquer de copier le comportement de Zelena.

Cora haussa les épaules en souriant fièrement.

- Nous ne voudrions pas que tu fasses les mêmes erreurs que ta sœur, n'est-ce pas ? répliqua-t-elle.

Regina se détourna, ne sachant que répondre à cela. Elle contourna rapidement la voiture, et avait posé la main sur la poignée de la portière lorsqu'elle entrevit soudain une dernière issue possible. Elle songea à Zelena, qui avait été libérée de l'emprise de leur mère lorsque celle-ci l'avait mise à la porte. Cora n'avait pas supporté ses aveux, et avait préféré la rayer de sa vie plutôt que d'avoir à supporter la honte qu'elle représentait désormais pour elle. Sans y réfléchir davantage, Regina redressa la tête et sourit à son tour, avant de répondre d'un ton provocateur :

- Tu sais… Il est un peu tard pour ça.

Cora fronça les sourcils, dévisageant sa fille avec attention, tandis que son visage se tordait en une grimace de dégoût. Elle n'afficha pas de surprise, néanmoins, ayant probablement déjà des doutes, qui ne faisaient que se confirmer.

- Sache qu'il y a beaucoup de moyens de rendre la vie impossible à quelqu'un, en particulier quand on a de l'argent pour nous faciliter les choses, affirma froidement Cora. Maintenant, rentre dans cette voiture.

Regina fronça les sourcils à son tour mais obéit, priant pour que sa mère parle de lui rendre la vie impossible à elle et non à Emma. Elle s'en voulut d'avoir parlé sans réfléchir, et plus encore quelques minutes plus tard, lorsque Cora s'assit sur le siège voisin et déclara :

- Si tu as le malheur de revoir cette fille, je ferais en sorte de gâcher sa vie, comme elle aurait pu gâcher la tienne si je n'étais pas intervenue à temps pour te ramener dans le droit chemin.

- C'est toi qui gâche ma vie, Maman.

- Au contraire, je t'empêche de faire une énorme erreur. Tu me remercieras, un jour, tu verras.

Regina allait dire à sa mère qu'elle pouvait toujours rêver lorsqu'elle croisa son regard, plus froid et menaçant que jamais. Elle regretta d'avoir encore aggravé les choses en oubliant toute prudence, mais plus rien ne semblait avoir d'importance maintenant. Plus rien... à une exception près.

- Laisse Emma tranquille, ordonna-t-elle. Je ferais tout ce que tu voudras.

Regina tourna la tête à l'instant où la voiture démarrait. Elle regarda la rue défiler derrière la vitre, indifférente à ce qu'elle voyait. Une certitude l'habitait, plus forte à chaque battement de son cœur. Cette fois, c'était sûr. Elle ne reverrait jamais Emma.


Bon, je ne sais pas si je vous reverrais avant Noël alors... Joyeux Noël !
Quoi ? Comment ça je viens de légèrement vous casser le moral et vous trouvez que ce chapitre était franchement pas le cadeau de Noël rêvé ?
Vous avez pas dû être sages, ou alors j'en sais rien...
Bon aller j'arrête mes bêtises. A la prochaine fois, les amis !