Voici le dernier épisode de cette histoire. Un grand merci à ceux qui l'ont lue et surtout à ceux qui l'ont commentée, Ankhsounamoun notamment. Un merci tout particulier à Miss Homme Enceinte2 qui a toujours donné son avis au sujet des chapitres postés.


Chapitre 14

- Laisse-moi te regarder ! Tu es superbe ! sourit JJ tandis que Pénélope tournoyait sur elle-même pour lui faire admirer la robe longue chamarrée qui la rendait ravissante, symbole de cette journée d'été heureuse.

- J'espère bien ! Aujourd'hui je veux être la plus belle de toutes ! répliqua Pénélope.

- Mais tous les hommes vont être à tes pieds, plaisanta alors Emily.

- Arrête, tu sais bien qu'elle se fiche de tous les hommes. Il n'y en a qu'un qui compte pour elle, répliqua JJ en entourant du bras les épaules d'une Pénélope rougissante.

Celle-ci ne répliqua pas, cherchant simplement à dissimuler son embarras sans pouvoir effacer de son visage ce sourire radieux que ses amies pensaient ne jamais voir refleurir. Chacune se souvenait de l'épreuve subie quatre mois plus tôt, de leur peur, de l'horreur et du courage qu'il avait fallu à l'analyste pour surmonter son traumatisme. Pourtant elle y était parvenue avec une pugnacité qu'aucun d'eux n'avait jamais imaginée chez elle. Mais la jeune femme avait décidé qu'aucun Karl Symbad ne viendrait jamais lui enlever sa joie de vivre et sa foi en l'humanité.

Certes ça ne s'était pas fait en un jour et il lui avait fallu du courage pour oser sortir de nouveau, oser affronter le regard des autres, parler de ce qui s'était passé, d'abord aux enquêteurs puis au psychologue mandaté par le FBI. Mais elle n'avait pas fait cette route seule : Derek avait été auprès d'elle, à chaque étape. Lorsqu'elle avait peur, elle pouvait l'appeler et il la réconfortait, lorsque les cauchemars revenaient, il dormait contre elle et dans ses bras elle oubliait l'horreur.

Pour lui non plus ça n'avait pas été facile. Très vite, sa sensibilité lui avait fait comprendre que, plus que ce qu'il avait subi, il était hanté par ce qu'elle devait penser de lui, par la culpabilité de ne l'avoir pas protégée mieux qu'il ne l'avait fait, par l'impression qu'après avoir vu Symbad souiller son corps sans qu'il puisse rien y faire, elle ne pourrait plus jamais le regarder comme elle le voyait avant. Alors elle avait su le rassurer, lui prouver que ce qu'il avait enduré n'avait pas altéré l'image qu'elle avait de lui, qu'il restait son chevalier en armure, celui qui avait empêché cet animal de lui faire subir une horreur qu'elle n'aurait pas supporté, celui qui s'était sacrifié pour qu'elle reste autant que possible préservée.

Ils avaient beaucoup parlé, seuls, avec leurs collègues à qui ils avaient, d'un commun accord, décidé de ne rien dissimuler ni de ce qu'ils avaient vécu, ni de ce qu'ils traversaient. L'une comme l'autre savait que la route de la guérison passait par le dialogue, par le partage, pour qu'ils puissent entendre les mots dont ils avaient besoin. Ils avaient aussi parlé au psychologue, séparément puis ensemble, se livrant à cœur ouvert.

L'épreuve leur avait appris une chose qu'ils savaient bien sûr avant mais à laquelle aujourd'hui ils donnaient tout son sens : la vie est trop courte pour la perdre en atermoiements. D'un moment à l'autre tout peut basculer. S'ils étaient morts tous les deux dans ce réduit infâme, ils seraient partis avec ce regret immense de n'avoir pas avoué à l'autre ce qu'ils ressentaient. Si l'un d'eux n'en était pas ressorti vivant, l'autre aurait dû continuer à vivre en se demandant ce qui se serait passé s'il avait un jour osé les mots qu'il avait trop longtemps retenus.

De leur épreuve partagée, ils avaient acquis la certitude qu'il faut saisir les cadeaux de la vie à pleines mains sans se soucier d'un ensuite… Certes parfois on peut être déçu, mais ne vaut-il pas mieux être déçu que de vivre dans l'illusion, qu'elle soit favorable ou non ? Durant des mois Pénélope n'avait pas osé avouer son amour, persuadée qu'elle ne pourrait en aucun cas intéresser Derek, en tout cas sur ce plan là. Lui qui était beau comme un Adonis, comment pourrait-il jamais envisager de partager la vie d'une petite grosse qui n'avait pour elle qu'un joli sourire et des doigts de fée sur son clavier d'ordinateur ? Et sans le savoir, l'agent avait cheminé sur la même route, persuadé que l'analyste ne pourrait pas l'aimer, lui, l'homme à femmes qu'elle traitait avec cette familiarité fraternelle qu'il n'aurait voulu en aucun cas mettre en péril par un aveu malvenu.

Mais lorsqu'ils s'étaient retrouvés, lorsque Pénélope était entrée dans la chambre de Derek à l'hôpital, leurs yeux avaient parlé plus que les mots. Ils avaient su que cet amour qu'ils ressentaient l'un pour l'autre avait été renforcé dans l'horreur et que rien au monde ne pourrait désormais les empêcher d'être ensemble. Pourtant, après l'aveu, il leur avait fallu reconstruire la confiance et notamment celle de Derek, habitué à être en contrôle, qui avait bien du mal à accepter d'avoir été victime, une fois de plus.

Elle avait su trouver les mots pour lui faire comprendre qu'en ce qui la concernait ça ne changeait rien et qu'il serait le plus stupide des hommes s'il la laissait partir pour des raisons aussi ridicules. De son côté il avait su la convaincre que de l'avoir vue offerte à la lubricité de leur ravisseur n'avait en rien terni l'envie qu'il avait d'elle et les sentiments qu'il lui portait.

Alors ils s'étaient relevés ensemble en s'appuyant l'un sur l'autre, gommant jour après jour les stigmates psychiques à mesure que les blessures physiques disparaissaient de leurs corps.

Derek avait pris l'habitude de venir dormir près d'elle, simplement dormir, sans rien imposer, sans rien demander, lui qui n'était pas plus prêt qu'elle pour franchir cette nouvelle étape dans leur relation. Mais simplement enlacés, ils avaient retrouvé la confiance et leurs cœurs battant à l'unisson leur avaient rendu le sourire et la certitude qu'ils avaient le droit de s'aimer. Et finalement, une nuit, leurs corps s'étaient unis, doucement, tendrement, les emmenant aux rives de l'extase et finissant d'effacer les derniers vestiges de leur calvaire. Certes tout restait là, au fond d'eux, et rien jamais ne leur permettrait de l'oublier, mais ils ne seraient pas des victimes, ils ne laisseraient pas leur bourreau gagner en envahissant leur tête pour mieux contrôler leurs corps ! Et c'était ensemble qu'ils étaient le plus fort pour enfouir les souvenirs atroces et se rassurer lorsque les cauchemars revenaient.

C'est pourquoi, trois semaines auparavant, Derek avait demandé à Pénélope de l'épouser et celle-ci n'avait pas hésité une seconde à dire oui.

Aujourd'hui c'était une belle journée, la plus belle de leur vie selon l'expression consacrée, mais l'un comme l'autre savaient que la plus belle de leur vie c'était chaque jour qui leur était offert, chaque pas en avant qu'ils faisaient, chaque étreinte qui les unissait…

Et au moment où ils se dirent oui sous le regard ému de leurs amis, ils surent que quoi que leur réserve l'avenir ils avaient fait le bon choix et que quelle que soit la longueur du chemin qu'ils parcourraient ensemble, ils seraient heureux, parce qu'ils étaient tous les deux et qu'ensemble rien jamais ne pourrait les détruire.

FIN