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Par contre, ne vous focalisez pas sur le problème de Gaius… Ce n'était pas le point important du chapitre, mais il se trouve que je coupais là pour des raisons de logique.
(C'est le plus long chapitre que j'ai publié jusqu'à maintenant. Mais pas nécessairement le plus long que vous aurez ;))
Chapitre 7 Partie 2
Les réactions que suscitaient leurs nouvelles relations étaient assez diverses. Tous se rendaient compte que quelque chose avait changé entre les deux hommes, mais personne n'avait conscience de ce dont il s'agissait réellement. Personne ne pouvait concevoir qu'Arthur trahisse sa femme et son royaume à ce point, donc personne ne se doutait de quoi que ce soit.
...
Les chevaliers, pourtant les plus proches d'Arthur et de Merlin, qui passaient avec eux une majorité de leur temps, ne voyaient rien. Pour le cercle rapproché d'Arthur, leur relation était bizarre, un peu suspecte, mais à peine plus que d'habitude. Pour les plus éloignés, ce n'était même pas remarquable. Leur roi était inatteignable à leurs yeux, ils n'étaient que déférence et respect, et ne réfléchissaient pas aux relations qui sous-tendaient les piques adressés par Merlin. Ils ne voyaient pas l'intérêt de se poser des questions. Arthur restait le même, fier, fort et exigeant. Son royaume était gouverné avec plus de compassion qu'Uther ne l'avait jamais fait, et il était clément. Mais sinon, il était ferme et pouvait se révéler obtus dans ses opinions, notamment sur la magie. Lorsqu'ils avaient en patrouille croisé une quelconque créature magique, bien que celle-ci n'ait manifesté aucune intention d'attaque, il l'avait fait tuer. Son credo était que sa simple existence était condamnable, et qu'elle aurait pu à terme être dangereuse. Les chevaliers n'avaient pas le courage de leurs opinions comme Merlin. Aussi s'étaient-ils cantonné à écouter la violente dispute qui avait éclaté sur le chemin de retour. Arthur ne démordait pas de son point de vue. Quant à Merlin, il refuserait d'admettre que tuer une créature innocente soit autre chose que de la barbarie. Bien sûr, Merlin ne pouvait pas admettre devant son roi que la bête était blessée, effrayée et paniquée par quelque chose de beaucoup plus grand qu'Arthur. Et qui, avec un peu de malchance, s'appelait Morgana. Il se passait quelque chose dans la forêt qui affectait les créatures magiques, et Merlin avait songé que la jeune femme puisse en être la cause. Il ne pouvait le dire à Arthur. De toute manière, Arthur avait mis la violente répartie de Merlin sur le compte de ses nerfs à fleur de peau, ce qui n'était pas totalement faux.
Seul Gwaine s'était inquiété plus que de raison de la réaction quasi agressive de Merlin. Il l'avait pris à part pour lui demander ce qu'il avait contre Arthur pour s'énerver de la sorte.
– D'accord, il t'énerve la plupart du temps… Mais tu n'as jamais réagi comme ça ! Tu lui passes tout, d'habitude. Il s'est passé quelque chose entre vous ? Arthur t'a blessé ? Il est mon roi, mais tu es mon ami Merlin. Et s'il te blesse, il faut qu'il en paye le prix.
Merlin avait fait mime de ne pas comprendre de quoi parlait Gwaine. Il avait nié, plaisanté, détourné la conversation par quelques mots bien placés. Avait assuré à son ami que tout allait bien, il se sentait fatigué, il ne s'était pas rendu compte qu'il était aussi méchant, Arthur était comme d'habitude à son égard.
– Non vraiment Gwaine, tout va bien. Tu te fais du mouron pour rien. C'est juste un crétin royal, peut être un peu plus que d'habitude.
Gwaine l'avait admis et accepté les explications de Merlin, sans être vraiment convaincu. En même temps, il n'eut pas le loisir d'insister davantage, Merlin se dérobant à son étreinte et fuyant en prétextant des tâches à accomplir. Le jeune homme craignait de laisser voir son cœur meurtri si la conversation se poursuivait.
...
Guenièvre ne voyait rien. Elle était totalement aveugle à ce qui se tramait sans grande discrétion parfois sous ses propres yeux. Ou bien ne voulait-elle rien voir. Elle était heureuse comme jamais. Arthur et Merlin avaient beau se chamailler comme des enfants, ils se réconciliaient toujours. Arthur était l'homme de sa vie et Merlin son meilleur ami. Aussi ne pouvait-elle que se réjouir du bonheur qui lui était accordé de les voir si bien s'entendre. Pour elle, les moments passés avec les deux hommes étaient des instantanés de bonheur dont elle appréciait chaque minute. Elle ne se rendait pas compte de la relation physique entre Arthur et Merlin, alors même qu'elle se jouait sous ses yeux, lorsque Merlin préparait le bain de son époux et qu'elle se trouvait dans la même pièce. Son esprit niait les évidences et les preuves parce qu'elle refusait de se soustraire à l'état de béatitude dans lequel elle était plongé. L'ignorance était aussi une forme de bonheur.
De plus, elle n'avait pas vraiment d'éléments pour étayer ses idées saugrenues. Ce n'était qu'une impression, un sentiment doux-amer parfois. Mais Arthur revenait toujours vers elle. Il continuait de la câliner, de l'embrasser, de respirer son odeur au matin, et de lui sourire de ses yeux bleus. De ce sourire si particulier qui lui provoquait des papillons dans le ventre, comme toute jeune fille amoureuse. Alors elle préférait se focaliser sur ses instants de joie et de douceur que sur les soirées passées en solitaire, parce qu'Arthur lui avait expressément demandé de prendre ses quartiers juste-pour-la-nuit-s'il-te-plaît dans la chambre voisine. Il avait toujours une bonne raison. Une partie de chasse tôt le matin, et il ne voulait pas la réveiller. Une campagne militaire, et il voulait se reposer pour être en forme*. Un parchemin à étudier ou un discours à écrire qui allait lui prendre toute la nuit et il ne voulait pas l'empêcher de dormir.
Arthur trouvait toutes sortes d'excuses. Et Guenièvre préférait les croire plutôt que d'en vérifier la véracité. Se mentir à soi même lui évitait la souffrance. Et Guenièvre avait assez souffert pour en arriver là. Ce n'était pas le pouvoir qui l'attirait, mais la place privilégiée aux côtés d'Arthur. Et maintenant qu'elle y était, elle s'obstinerait sans doute à ne rien voir jusqu'à ce que l'évidence lui soit révélée.
...
Arthur oscillait en permanence entre un sentiment de culpabilité bien compréhensible, et un de plénitude. Il était heureux, nageant dans la félicité à chacun de ses rendez vous avec Merlin. Il aimait les moments passés avec le jeune homme. Même s'ils ne se parlaient pas durant ces instants là. Il aimait la peau nue de Merlin contre la sienne, ses murmures lubriques, sa sueur et ses gémissements. Il était heureux de se savoir la cause de tout ça. Le plaisir de Merlin le rendait ivre de joie, et savoir qu'il était la raison de ce plaisir le rendait stupidement béat. Et puis, Merlin lui rendait bien ce plaisir. Il était doué, très doué, trop doué avec ses mains. Comme une mécanique bien réglée, Merlin savait exactement où presser ses doigts sur Arthur pour le faire réagir à chaque fois. Lorsque muettement, ils décidaient qu'Arthur serait à la merci de Merlin, celui-ci jouait avec lui comme un marionnettiste avec son pantin. Arthur adorait ces instants de soumission où il s'oubliait lui-même à la jouissance.
Lorsque c'est lui qui avait le contrôle c'était généralement la peau de Merlin qui faisait les frais des marques de sa possessivité. Il aimait penser que Merlin était son Merlin, et n'était rien qu'à lui. Le principal intéressé d'ailleurs, semblait ravi lui aussi de cet état de fait. Bien sûr, l'un et l'autre évitaient soigneusement de penser et de dire qu'Arthur ne serait jamais à Merlin. Et surtout pas exclusivement. Arthur appartenait – si tant est qu'un être humain puisse appartenir à un autre – à Gwen.
D'ailleurs, cela permettait à Arthur d'apaiser sa conscience. Il était toujours amoureux de sa femme. Ce qu'il ressentait avec Merlin n'était pas purement physique, et le nier serait stupide. Mais tant qu'ils n'en parlaient pas, il n'y avait pas lieu de mettre des mots sur ses sentiments. Aussi pouvait-il continuer d'exprimer les siens à Guenièvre. Il aimait la douceur de la jeune femme, sa justesse dans ses décisions, ses paroles mesurées et pleines de sagesse. Elle était une reine formidable et une épouse fantastique. Il culpabilisait de la trahir avec Merlin, mais il continuait à l'aimer. Continuait de lui faire l'amour, lorsqu'il n'était pas occupé par son serviteur. Et égoïstement, il aurait souhaité que rien ne changeât. Après les premiers écarts, où le sentiment de trahison et de dégoût de lui-même avaient failli le bouffer, il s'était plutôt bien accommodé de la situation. Il avait la sensation qu'il ne serait jamais repu du corps de son servant, et ce que Gwen ignorait ne pouvait pas lui faire du mal. S'il pouvait continuer comme ça durant des années, il serait ravi. Mais la part rationnelle de son esprit lui soufflait que ça ne pourrait durer éternellement. Un jour ou l'autre, il faudrait qu'il réponde de ses actes, et ce jour là, Gwen, Merlin et lui souffriraient, parce qu'il serait dans l'impossibilité de continuer les deux relations et mettre fin à l'une ou à l'autre procurerait de la douleur. Il essayait simplement de ne pas y penser et profitait de l'instant présent.
La seule question qui subsistait dans l'esprit d'Arthur concernait sa cour. Ils n'étaient – hélas – pas discrets avec Merlin, du moins pas toujours, malgré leurs efforts. Il se demandait sincèrement si personne ne voyait rien, ou s'ils fermaient les yeux. A quel point son statut de roi changeait les comportements des autres vis-à-vis de lui-même. Il lui été arrivé de se rendre sur la tombe de son père et de murmurer à la pierre froide quel lourd fardeau il lui avait laissé. Il comprenait un peu mieux l'aigreur et la fermeté d'Uther. Il était difficile de gouverner avec ses sentiments. Comme tout le monde semblait feint et hypocrites avec lui, et taisait ce qu'il pensait réellement du roi, comment devenir un homme meilleur pour les gouverner ?
Fort heureusement, il avait Merlin. Merlin ne lui mentait pas, et lui disait toujours le fond de sa pensée, même si ça dégénérait en dispute. Il lui en était profondément reconnaissant à chaque fois, même quand il n'aimait pas ce qu'il entendait. Et il aimait Merlin un peu plus à chaque fois.
...
Mer in était le plus affecté par la situation. Il souffrait profondément, et sombrait dans une spirale bipolaire. D'un côté, il y avait Arthur, et le bonheur qu'il lui procurait. Lorsque le roi le touchait, sa raison mettait les voiles. Son corps devenait alors seul pilote à bord et il répondait automatiquement aux désirs de son roi. Il ne pouvait pas nier qu'il aimait ça, bien sûr, mais il s'en voulait de céder à Arthur à chaque fois. Même quand la situation était dangereuse, stupide, risquée, il cédait. Avant, il se disait toujours « cette fois, tu résisteras Merlin. Vous en avez tous les deux besoin ». Et pourtant, il ne parvenait jamais à s'y tenir.
D'un autre côté, il se demandait comment refuser quoi que ce soit à Arthur. Ce n'était pas seulement ses envies. C'était aussi son statut. Arthur n'avait pas, à proprement parler, de droit physique sur lui.** Il n'était pas esclave, mais un homme libre de ses mouvements et de sa pensée. Mais il avait toujours existé de par le monde des rois qui prenaient maitresses ou amantes sans vraiment demander leur avis aux jeunes filles concernées. Le savoir ne rendait pas la chose plus tolérable, mais c'était malheureusement un fait indéniable.
Bien sûr, Arthur était différent. Déjà, Merlin était un homme, on ne pouvait donc pas parler d'une maitresse. Ensuite, celui ci était totalement consentant.
Mais tout de même, ils n'étaient pas sur un pied d'égalité. Merlin savait que le jour où tout cela tournerait mal –et ce jour arriverait, à ne pas en douter – Arthur aurait l'avantage de la situation. Ce serait Merlin qui sera chassé, honni, vilipendé, traîné dans la boue. Peut être même jusqu'au bûcher. Mais même la crainte de la mort ne suffisait pas à faire reculer le jeune sorcier. Ce qu'il partageait avec Arthur était trop fort. Ça le consumait, mais il se jetait à chaque fois dans le brasier avec plaisir.
Et pourtant, cela le détruisait.
Outre le bonheur des étreintes dans les bras puissants d'Arthur à respirer son odeur virile, il y avait de l'autre côté la vilaine culpabilité de Merlin. Lui ne parvenait pas à s'en défaire. Elle le dévorait comme un cancer, comme la gangrène. Elle le rongeait lentement, mais avec application. Elle s'insinuait dans toutes ses pensées concernant Arthur, et dieu sait si elles étaient nombreuses. Il se détestait à chaque fois qu'il quittait le lit et les bras d'Arthur, sans jamais parvenir à haïr son seigneur cependant. Seul était son dégoût de lui-même.
Il y avait Gwen dans la balance évidemment, mais elle n'était pas la seule composante dans l'équation. Le cœur de Merlin était aussi à prendre en compte. Et ce dernier se brisait chaque fois qu'il quittait Arthur après un de leurs rendez vous. Le pire était lorsqu'Arthur éloignait Guenièvre de la chambre royale. Merlin disait à Gaius qu'Arthur avait besoin d'aide, et qu'il rentrerait tard et qu'il ne servait à rien de l'attendre. Il rejoignait Arthur et tous deux roulaient sous les draps pour atteindre la félicité et la communion la plus parfaite. Puis Arthur s'endormait. Pour un chevalier, l'endurance n'était pas son point fort. Merlin se doutait que c'était un moyen de se soustraire à la souffrance qui provoquait son départ. Il l'acceptait très bien.
Il se rhabillait toujours en silence, rapidement, et quittait la pièce avant de laisser les larmes déborder. Il pleurait une fois revenu dans sa chambre, étouffant ses sanglots dans son oreiller.
Il ne savait même pas pourquoi il pleurait. Parce qu'il aurait voulu être plus qu'une agréable distraction physique pour Arthur ? Parce qu'il souffrait de cette situation interdite ? Parce que la culpabilité l'anéantissait ? Sans doute un mélange de tout ça.
Le problème, c'est ce ça n'affectait pas uniquement sa vie privée avec Arthur, mais aussi tout le reste. Sa magie, pour commencer. Elle vivait en lui depuis toujours, il savait la comprendre, la maîtriser, la dresser. Là, tout devenait hors de contrôle. Il avait la sensation qu'elle lui hurlait de tout révéler à Arthur sur sa vraie nature. Ce n'était pas la voix dans sa tête, mais une pulsion dans ses veines qui le faisait trembler. Il ne comprenait pas ce que la magie exigeait de lui. Et il se voyait mal aller déranger le grand dragon, qui devait s'occuper de l'éducation d'Aithusa pour lui causer problèmes de cœur et réactions magiques. Il voyait d'ici l'hilarité que cela provoquerait chez la créature magique. Alors il se contentait de supporter en silence les hurlements muets de sa magie.
Il y avait le mensonge aussi. Ce n'était pas quelque chose auquel il avait été habitué. Sa mère lui avait inculqué des valeurs d'honnêteté et de droiture. Bien évidemment, il mentait tout le temps et à tout le monde concernant sa magie, mais ce n'était pas vraiment comparable. Il s'agissait de se garder en vie, d'attendre pour un meilleur futur. Là, sa relation interdite et cachée lui pesait, car elle entraînait une foule de mensonges destinés à tous, y compris à Gaius. Et celui à qui il mentait le plus était Arthur bien sûr, en lui taisant sa magie, mais aussi ses sentiments. Coucher avec le roi, ressentir son bonheur était une chose. Avouer qu'il l'aimait en était une autre, et c'était impossible. Il sentait bien que tant que leur relation se limitait à quelque chose de purement physique, il devrait s'en contenter. Car tant qu'il n'y avait pas de mots sur les sentiments, il n'y avait pas lieu de s'en préoccuper et il était très simple pour faire croire que ça n'existait pas. C'était plus simple pour tout le monde. Même si, de fait, Arthur mentait à Merlin et Merlin mentait à Arthur sur la réalité de leurs relations. Conclusion, il n'y avait plus une seule personne à qui le jeune magicien pouvait parler sans proférer des boniments.
Enfin, il y avait ses nerfs. Tout le monde le savait, Merlin était un livre ouvert. Il ne pouvait pas cacher ses sentiments à qui que ce soit. Mais là, il n'avait pas le choix. Et cela se ressentait sur son humeur. Il était le Merlin souriant, heureux et béat. Puis l'instant d'après, il se mettait à avoir envie de chialer comme une fillette. Alors pour le cacher, il se montrait agressif et méchant. Il ne s'en rendait même pas compte.
Jusqu'au jour où il agressa Gwen suffisamment violemment pour la mettre au bord des larmes. Brusquement radouci, il s'était confondu en excuses.
– Je suis tellement désolé Gwen... Je ne sais pas ce que j'ai, je me sens pas bien... Et je passe mes nerfs sur la première personne venue...
– Tu en fais trop Merlin. Ça te tue à petit feu. Ralentis le rythme. Et redeviens notre Merlin, tu nous fais peur.
Dès lors, il avait tenté de se contrôler, et y parvenait tant bien que mal. Mais ce n'était qu'une illusion. Il était blessé bien trop profondément dans son cœur pour espérer une guérison un jour.
...
Et puis, il y avait Gaius.
Gaius voyait l'état physique de Merlin se dégrader de jour en jour. Il entendait ses cauchemars et ses insomnies fréquentes. Il constatait ses cernes et son corps fatigué par des nuits sans sommeil. Il remarquait les élancements dans ses muscles douloureux, et ses déplacements lents, las. Il était le témoin privilégié de la progressive destruction de Merlin. Et il souffrait de ne rien pouvoir faire pour aider son pupille. Il avait essayé, bien sûr, de parler au jeune homme.
Merlin avait crié en guise de réponse à ses interrogations paternelles inquiètes, puis s'était enfermé dans sa chambre pour sangloter toute la nuit. Le vieux cœur de Gaius comprit que la colère de Merlin ne lui était pas destinée. Elle ne servait qu'une souffrance dans laquelle s'abîmait le sorcier.
Ce n'était donc pas seulement physique, observa Gaius. Il avait tout d'abord cru que Merlin s'épuisait auprès d'Arthur, comme d'habitude. Mais si les nerfs de Merlin entraient en jeu, ce n'était plus le même problème. Il y avait un réel souci qui tuait Merlin lentement, mais avec application.
Le médecin mit un certain temps à comprendre de quoi il s'agissait. Il finit par parvenir à une conclusion tellement absurde qu'elle lui parut risible. Il était vieux, il avait bien vécu. Et il avait beau retourné le problème dans tous les sens, la solution était toujours la même.
Il partait du principe simple, un postulat évident : Seul Arthur, royal et bêta, pouvait influer sur l'humeur de Merlin à si long terme. Il était la personne la plus proche du sorcier, si l'on exceptait ses ignorances pour ses dons. Et Merlin était le meilleur ami du roi. Gaius ne pouvait nier cet état de fait, quand bien même il n'avait de cesse de rappeler à Merlin leurs différences de statuts.
Partant de là, on en concluait qu'Arthur était directement responsable des troubles de Merlin. Il fallait ensuite déterminer ce qui avait pu changer dans leur relation. A demi-mot, Gaius interrogea, et finit par conclure qu'en public, rien n'avait bougé.
C'était donc un problème d'ordre privé entre les deux hommes.
Gaius rajouta dans la formule les symptômes physiques : les tâches étranges dans le cou de Merlin, sa subite passion pour son baume de soin pour les ecchymoses et les courbatures, sa manière de marcher parfois.
On ajoutait à cela les quelques tensions qui existaient dans le couple royal, et l'humeur changeante d'Arthur, dans un parfait parallélisme avec celle de Merlin.
La vérité sautait toute seule aux yeux. Gaius n'en fut pas horrifié, mais terrifié. Il était évident que ça ne pouvait pas durer, mais il ne se voyait pas en parler à Merlin.
Et il ne pouvait décemment pas laisser Merlin se jeter du haut d'une tour, ce qu'il finirait sans nul doute par faire si rien ne changeait rapidement. Sans compter le problème de la magie de Merlin. L'inquiétude de Gaius atteignit son paroxysme lorsque d'un mouvement faussement maladroit, il renversa un baquet d'eau qui traînait sur la table. D'ordinaire Merlin tendait la main dans un geste mécanique, arrêtait l'eau, la chute de l'objet, replaçait le tout. C'était juste retour des choses puisque c'était lui qui faisait tout tomber, jamais Gaius. Il fallait bien qu'il compense sa maladresse pour éviter de tout casser. Mais là, sa main se jeta en avant, ses yeux brillèrent de leur lueur dorée habituelle… et le fracas du baquet qui s'écrasa contre le mur résonna dans le silence dans la pièce.
Merlin, hébété, hoqueta des excuses, ne comprenant pas ce qui avait pu se produire pour qu'il perde à ce point le contrôle. Il s'empressa de nettoyer l'eau qui coulait en une longue rigole du mur à la table. Gaius, lui, comprenait que trop bien. Merlin perdait le contrôle de lui-même.
Alors par une matinée d'été, il choisit alors la dernière option qui lui restait. Il vérifia avec soin son moment, et alla parler au roi.
– Sire, s'inclina Gaius en entrant dans la chambre royale, où Arthur travaillait seul.
– Gaius ? s'étonna le jeune roi en relevant brusquement la tête de ses parchemins militaires.
Il était très rare que le médecin pénètre dans la chambre du roi. A part pour le soigner, Arthur ne se rappelait pas d'un jour où Gaius serait entré volontairement ici pour lui parler. Et pourtant, il connaissait le vieil homme depuis qu'il était enfant. Gaius avait toute sa confiance, et c'est pourquoi Arthur comprit instantanément que quelque chose n'allait pas.
– Il y a un problème ?
– Je crains que oui, Sire, grimaça Gaius. Il vaudrait mieux que vous restiez assis.
Arthur lui lança un regard franchement soucieux.
– Nous devons parler de Merlin.
Comme il s'y attendait, les muscles d'Arthur se contractèrent un peu plus, ses lèvres se fermèrent en une ligne mince. Il croisa les bras sur sa poitrine en une position de défense. Tout dans son attitude indiquait clairement que la conversation qui allait suivre ne plairait pas, mais alors pas du tout, au roi.
– Qu'est-ce qu'il a encore fait ? interrogea Arthur.
– Il ne s'agit pas de ce qu'il a fait, mais bien plutôt de ce qu'il ne fait pas. Il n'est plus que l'ombre de lui-même, et je crains que vous n'y soyez pour quelque chose…
Gaius choisissait ses mots avec soin. Il fallait qu'Arthur comprenne où il voulait en venir sans le braquer au passage.
– Je ne sais pas de quoi vous parlez, décréta Arthur d'une voix glaciale.
– Et moi je pense que vous le savez très bien. J'ai compris ce qu'il se passait entre vous. Physiquement, entre vous. Et si vous n'arrêtez pas, Merlin va en mourir de douleur et de désespoir.
En entendant les mots de Gaius, une lumière s'alluma dans l'esprit du roi. Il vit soudain sa relation charnelle avec Merlin par le prisme des yeux du médecin. Il blêmit et se mit à paniquer en comprenant ce que pensait Gaius. La douleur physique et morale de Merlin, son énervement et sa tristesse pour un rien, leurs différences de statut, tout pouvait indiquer qu'il forçait Merlin à l'accepter dans leurs relations physiques. Il bégaya, tenta de se justifier, mais rien de cohérent ne sortit de sa bouche. Et tout aussi brutalement, il se rappela ses propres mots « ça peut durer tant que j'en ai besoin ». Il se mit à trembler tandis que son cerveau réinterprétait le tout. Se pouvait-il que Merlin ait compris comme un ordre ces paroles ? Qu'il satisfasse les besoins d'Arthur juste parce qu'une relation de servitude les reliait ? Vu de ce point de vue là, ça l'effrayait. Il lui fallut la main de Gaius sur son bras pour se rendre compte qu'il avait compulsivement serré dans son poing un parchemin, désormais tellement broyé qu'il était illisible.
Il s'obligea à respirer profondément, plusieurs fois, avant de se redresser et de faire face à Gaius, qui s'était reculé en voyant son roi reprendre constance.
– Ce qui se passe entre Merlin et moi est d'ordre privé. Mais… Il ne… Il est d'accord…
Et voila, il recommençait à bégayer, incapable d'affermir sa voix. Il doutait de lui-même, et ne parvenait donc pas à avoir l'assurance nécessaire à cette affirmation.
– Si ça peut vous rassurer, dit Gaius d'une voix douce, je ne crois pas que quiconque puisse contraindre Merlin.
Il ne pouvait pas vraiment adhérer à l'idée d'un Arthur violent et violeur. Mais il avait besoin d'entendre cette confirmation.
– Mais vous m'avez dit un jour que la seule personne à avoir du pouvoir sur lui, c'était moi, gémit Arthur.
– C'est le cas, acquiesça le vieil homme. Mais il s'agit d'une autorité somme toute relative. Lorsqu'il n'est pas d'accord, il n'hésite jamais à le clamer haut et fort. Vous paraît-il retenir ses mots ?
– Non.
Au fur et à mesure de la conversation, la conscience d'Arthur qui avait déserté le navire revint progressivement, ramenant avec elle la rationalité.
– Non, répéta-t-il. Il est totalement consentant, j'en suis persuadé.
Le soulagement de Gaius fut perceptible. Entendre confirmation de ce dont son cœur était convaincu faisait du bien.
– Sire, vous ne pouvez pas continuer ainsi… Vous allez le détruire. Il souffre de cette relation.
– Et moi pas peut-être ? Il n'y a pas de solution, Gaius. J'ai besoin de Merlin à mes côtés, c'est plus fort que moi, plus fort que lui, plus fort que nous. Nous ne sommes pas parvenus à résister.
Heureux d'entendre son roi parler à cœur ouvert, Gaius eut l'audace de proposer les deux seules alternatives qu'il envisageait.
– Vous avez deux options, Sire, et poursuivre ainsi n'en est pas une. Soit vous rompez avec Merlin, même si cela vous blesse tous les deux, et vous sauvez votre couple, votre royaume. Soit vous affichez clairement votre position vis-à-vis de lui, au risque de briser votre mariage, et de vous discréditer aux yeux de votre peuple.
Malheureusement, les deux propositions de Gaius furent très mal accueillies. Arthur refusait en bloc l'une et l'autre. Son esprit refusait même de les conceptualiser.
– Non, assena-t-il d'une voix puissante, en mode « je suis roi ». Vous n'avez aucun droit pour me dire ce que je dois ou ne dois pas faire. N'outrepassez pas vos fonctions Gaius, ou je serais obligé de sévir ! Vous êtes là pour remuer des plantes dans des fioles, rien d'autre ! Je n'ai pas besoin de vos conseils !
– Sire ! protesta Gaius, surpris par la véhémence et la colère du roi. Je suis également votre conseiller ! Et j'essaye de vous dire…
– SILENCE ! hurla Arthur, qui s'était levé et se redressait de toute sa hauteur, bien plus grand que le vieil homme ratatiné. Vous êtes médecin de la cour et rien d'autre ! D'ailleurs même, vous ne l'êtes plus, vous êtes renvoyé ! Je n'ai pas besoin d'insubordination à ma cour !
Et il se retourna pour signifier que la discussion était close. Soufflé, Gaius ne sut que répondre, et il se retira sans un mot. Il n'avait plus qu'à faire ses bagages. La colère d'Arthur ne durerait pas, bien sûr. Mais Gaius était en profond désaccord avec le dicton que le roi semblait appliquer vis-à-vis de Merlin : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Et il ne pourrait supporter de servir Arthur tant que ce dernier ne reviendrait pas sur sa décision, ou au moins n'accepterait pas le dialogue.
De retour dans ses appartements, il commença à empaqueter ses affaires.
...
En fin d'après midi, Merlin revint d'excellente humeur. Il avait passé l'après midi à l'armurerie à astiquer cottes de maille et épées, ce qui n'était pas en soin une raison de se réjouir. Mais Gwaine l'avait soutenu et fait rire toute la journée, ce qui l'avait mis dans de bonnes conditions. Cependant, lorsqu'il comprit ce que faisait Gaius, sa joie retomba comme un soufflé, et il demanda des explications. Gaius lui exposa son renvoi, sans pour autant lui expliciter les raisons de sa dispute avec le roi. Il n'eut pas le temps de tempérer le jeune homme que Merlin se gonfla de colère et bondit à travers les couloirs à toute vitesse, bien décidé à expliquer sa façon de penser à Arthur. Il n'avait pas le droit de renvoyer Gaius, et il allait lui faire comprendre. Furieux comme jamais, il poussa avec fracas la porte de la salle du trône, où Arthur s'était réfugié.
...
* Le roi Arthur qui ne peut pas coucher avec sa femme parce qu'il part en campagne dans une semaine… ça dit quelque chose à qqn ?! ^^
**Cette partie là est très importante : le droit de cuissage, comme je l'ai souvent vu, n'existe pas réellement. Enfin, du moins, il ne consiste pas à la capacité des rois de coucher avec leurs serviteurs, hommes ou femmes, selon leur bon vouloir. Pour ça, il n'y a pas de mot, si ce n'est l'abus et le viol. Je rappelle que je ne fais pas l'apologie du viol, et que Merlin est totalement consentant dans cette relation. Gaius va un instant penser le contraire, parce qu'à l'époque, vu la relation qu'entretiennent Merlin et Arthur, c'est la chose la plus logique à penser. Et c'est pour ces raisons que je ne classe pas la fic en tout public, même si on excepte les lemons
...
(Juste pour info : il s'est écoulé un mois et demi/deux mois depuis l'attaque de la poule, et durant lesquels Arthur et Merlin ont tu leur relation. On s'en rend difficilement compte, mais nous sommes au début de l'été (juin). Je vous avoue sans souci que sans le calendrier que j'ai fait et superposé à mon plan, je ne m'en sortirais pas donc je vous livre cette info difficile à calculer pour vous ^^)
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