Scène 2
(Odycien, Thadrim)
ODYCIEN : J'ai longtemps attendu ta venue ô Thadrim.
Où t'a-t-on retrouvé, en quel lieu, pour quel crime ?
THADRIM : C'est un bien beau tableau que tu nous as offert !
Les morts jonchent les rues et les pierres les corps
Deux membres du Cénacle ont été découverts.
Je suis admiratif devant un tel décor !
ODYCIEN (levant les bras au ciel) : D'incapables idiots, voilà tout ce que j'ai !
Quoi qu'on leur fasse faire avec eux tout échoue.
Jeunes c'est l'expérience et la vigueur les âgés !
Le rouge dans les rues est moins fort que leurs joues.
THADRIM : Dis-moi tout Odycien : j'ai vu le résultat
Mais j'ignore la cause et voudrais la savoir.
Comment ont-ils donc pu mettre en un tel état
Mirage en un seul soir en faisant leur devoir ?
ODYCIEN (à part) : Puis-je lui révéler le destin de Nestor ? Dire la vérité
A cet ancien ami ? En prendrai-je le risque ?
Pas ici tout du moins, je puis être observé.
Oublions l'amitié, le risque est politique.
(à Thadrim) Si tu veux un récit va donc voir Joachim,
Je dirai l'essentiel : Hier soit avant la nuit
Bragg était de retour. Il ramenait des cimes
Du Nord un artefact d'une puissance inouïe
Devant nous il ouvrit un portail vers l'éther :
En sortit Silverberg, je le mis au cachot.
Sentant la trahison à chaque courant d'air
Dès la nuit j'envoyai à Bragg quelques couteaux.
Ayant pris les devants, et de ce fait la fuite,
Il avait libéré Théo le paladin :
On envoie les soldats, se lance à leur poursuite.
Ici nous joue un tour le terrible destin.
Chacun part d'un côté, on rattrape Théo
Après un long combat à grand coups de poignards.
Mais la foudre nous frappe, on le perd aussitôt
Et quand elle s'arrête, il est déjà trop tard.
Et quant au sort de Bragg, ce corbeau de folie,
Nestor l'avait trouvé et criblé de venin
Mais il nous fut ravi par une ombre en furie
Qui calme le poison qui dévore son sein.
Les voici échappés ! Je te promets de l'or
Si tu peux reprendre ou vivants ou bien morts.
THADRIM : Le Cénacle a ma voix et il aura mes hommes
Je les rattraperai avant que le jour dorme.
ODYCIEN : Vous paraissez bien sûr du temps de votre traque.
Sauriez-vous déjà où mener votre attaque ?
THADRIM : Les épées que je vends sont quelquefois dans l'ombre
J'ai des espions en nombre, ils écoutent les vents
Qui filent entre amis. On dit que des décombres
Qui parsèment le Nord sortent encore vivants
Trois des aventuriers. On a perdu leur trace
Mais d'oreille à oreille les murmures ailés
Retrouvent leur chemin, l'information amassent,
Et dans cette missive un murmure zélé
M'a dit les voir quitter leur lieu saint d'un pas leste
Et prendre le chemin qui les conduit vers l'est.
ODYCIEN: Marchent-ils sur Mirage ? Ils ont perdu l'esprit !
Et les fuyards, sais-tu où ils cherchent l'abri ?
THADRIM : Il y a un endroit juste à l'Ouest de Mirage,
Une espèce de cave, oubliée par le temps
Dévastée par l'humain, dévorée par les âges
Prise par des assauts, maculée par le sang.
Bragg s'y arrêtera pour y être soigné :
Ils y seront bloqués au moins pour la journée.
ODYCIEN : Je crains qu'ils ne s'allient et veulent les Codex.
S'ils ont le concours de toutes les églises
Leur attaque serait d'une ampleur titanesque.
Mais comment se sortir de ce moment de crise ?
Ils ne doivent pas fuir, quoique cela nous coûte !
Chaque seconde ils fuient puis loin de mes pouvoirs
Comment es-tu si calme alors que tu m'écoutes
Alors qu'en la mêlée tu mêles à ton regard
La folie du combat et les remous du sang !
Dis-moi, mon vieil ami, dis pourquoi tu attends !
THADRIM : Calme-toi Odycien et écoute ma voix.
La fureur de la guerre est à ne pas mêler
A la préparation du moindre des combats.
Tu dis qu'ils sont partis quand l'aube se levait.
Le refuge en question est assez loin d'ici
Et ils seront à pieds et j'irai à cheval.
Si je pars maintenant mon nombre en est réduit.
Peut-être pourraient-ils à six prendre nos râles.
ODYCIEN (soupirant) : Hélas tu as raison… mieux vaut te préparer
Qu'ils n'aient aucune chance et doivent s'écraser.
THADRIM : Je vois que tu comprends. Je pars prendre mes hommes
Et préparer un plan pour en être économe.
(Thadrim se dirige vers la sortie. Odycien semble soulagé. Thadrim s'arrête)
THADRIM (sans regarder Odycien, fermement) : Je prétends espérer qu'on aura pour Nestor
Une cérémonie qui lui soit adéquate.
Il ne méritait pas de connaître ce sort.
Il n'était qu'un vieillard mais son âme était droite.
Un jour il me confia qu'il était fatigué
De tout manigancer, de murmurer aux ombres.
Et seulement pour Bragg son amour était vrai.
Il nous aurait trahi malgré une mort sombre.
Parfois il était fou, disait voir des fantômes
Et entendre des voix lui susurrer des ordres.
(Silence. Se retourne vers Odycien)
Il a fini brisé. Triste sort pour cet homme
Que le… destin… voulut par sa force distordre.
Il est mort terrifié, enfermé dans son âme
Incapable d'agir quand il tuait sa vie.
Et on le récompense en vertu de ses larmes
D'un polaire silence. Âpre cérémonie.
(Thadrim sort)
