LE JUGEMENT
CHAPITRE 14
- GRANGER !
Hermione ulcérée regarda tout d'abord le plafond du couloir qui conduisait aux audiences. C'était la dernière de sa journée en tant que greffière et il lui tardait de se reposer et de réviser pour l'examen de fin d'année.
- Oui ?
Malfoy arrivait vers elle à grand pas.
- Je n'ai pas la journée, qu'est-ce qu'il y a encore ?
- Je suis sûr que tu n'es pas au courant dit-il sur un ton satisfait.
- Accouche. Au courant de quoi ?
- La tante de Potter va passer en jugement la semaine prochaine le 15 avril exactement. Pour l'heure ... il faudra que tu sois ... docile ? et peut-être que je te la dirai.
- Pour quels chefs d'accusation ?
Il regarda à droite et à gauche, voyant qu'il n'y avait personne se pencha pour lui murmurer à l'oreille :
- Pratique de la magie noire essentiellement ... , dis-moi l'heure de l'audience ne t'intéresse vraiment pas ? Hein ? Je suis sûr que tu as un faible pour moi ...
- Pfff ... franchement n'importe quoi Malfoy, tu aurais pu trouver autre chose pour profiter de la situation. Sur ce elle tourna ses talons et regagna la salle d'audience à moitié pleine.
Malfoy quant à lui souriait, le visage serein.
- Pétunia n'est pas une sorcière tout court ! Elle n'a aucun pouvoir ! tempêtait Severus devant Minerva Mc Gonagall, les Malfoy, et le Ministre de la justice de la Magie.
- Professeur Rogue, nous ne demanderions qu'à vous croire mais ... votre magie vous a déserté ... au profit de cette moldue qui nous a – y compris d'ailleurs – vous-même ! vous devriez ouvrir les yeux !
- C'est faux. N'est-ce pas Lucius ? Narcissa ? Et vous Minerva, enfin personne ne l'a vu pratiquer un tant soit peu une magie digne de ce nom !
Narcissa s'obligea à regarder par la fenêtre et à sortir de sa tête la petite virée shopping, et l'altercation qui s'en était suivie. Certes Pétunia n'avait pas usé de baguette mais sa puissance pouvait s'en dispenser.
- Professeur Rogue reprit le ministre, elle passe en jugement le 15 avril, à 16 h, nous serons fixé à ce moment.
- Elle ne survivra pas à Azkaban et aux détraqueurs ... vous voulez sa mort sur votre conscience ? Severus était désespéré et regrettait l'absence de sa magie, il aurait eu plus de poids pour les convaincre.
- Aux dernières nouvelles ... elle s'y fait plutôt bien.
Il leva sa silhouette effilée, remis ses lunettes à la monture d'écailles discrète sur son nez fin qui faisait penser à un bec d'oiseau.
- Je vous enverrai un hibou si j'en sais plus. Messieurs, dames, au-revoir. Il lança de la poudre de cheminette et prononça distinctement « Ministère, département de la justice de la Magie ».
Azkaban était la pire des prisons. Battue par les vents il y faisait une température glaciale. Elle était seule dans sa cellule qui comptait juste une chaise et un lit. De temps en temps un détraqueur passait par la minuscule meurtrière qui lui servait de fenêtre. Elle s'allongea espérant que le sommeil la gagne et surtout ne la ramène pas à la réalité mais c'était sans compter le froid. À l'heure du dîner, un garde lui amena plusieurs couvertures. Aucun mot ne fut échangé. Il en fut ainsi pendant la semaine avant son jugement. Son incarcération lui fit perdre définitivement ses kilos superflus, son visage devint plus pâle, ce qui fit craindre à ses gardiens qu'elle fut malade.
Malfoy avait raison, Pétunia Dursley allait bel et bien passer en jugement le 15 janvier et pour le chef d'accusation qu'il lui avait dit. Elle décida de contacter Harry pour lui expliquer la situation. Hermione Granger tomba des nues. Le professeur Rogue, hautain et renfermé, qui lui inspirait la plus grande crainte avait comme par magie perdu ses pouvoirs, tandis que Pétunia serait devenue une dangereuse sorcière, c'était tout bonnement incroyable et inédit dans le monde Magique. Quelqu'un toqua à sa chambre et sans plus de formalités se permit d'entrer.
- Malfoy sort d'ici je te prie !
- Granger ... j'attends tes excuses ... je sais que tu sais pour Pétunia Dursley.
- Excuses de rien ! Malfoy pourquoi ... sans cesse tu me tournes autour ? J'ai remarqué que d'autres filles aspiraient à être suspendues à tes bras, voire à tes lèvres, or moi c'est clairement hors de question !
Il se rembrunit.
- Je n'aime pas chasser les proies faciles. Tu es la plus difficile à avoir mais je ne m'avouerai pas vaincu.
Hermione s'empourpra. Non mais ! pour qui se prenait-il ? Il osait la comparer à un gibier !
- Je te rappelle que je suis, et c'est ainsi que tu m'as appelé tu te rappelles hein ? Une sang-de-bourbe, alors s'il te plait, continue de me considérer comme intouchable ça me fait des vacances !
Malefoy fit la moue. Incroyable comme elle était attirante quand elle rougissait et que ses yeux noisette lançaient des éclairs. Ses cheveux indomptés donnaient envie d'y plonger les deux mains et de les caresser. Et puis surtout elle paraissait indifférente à lui, et ça c'était proprement intolérable pour lui qui faisait l'admiration de tous.
- Ok, - son cœur manqua de s'arrêter car il n'avait jamais fait ce qu'il projetait de faire – je m'excuse pour ce que je t'ai dis en deuxième année. Je suis désolé de t'avoir traitée de ... il fit un geste vague de la main avant de se décider à terminer. De sang-de-bourbe voilà tu es satisfaite ?
- Ça ne change rien Malefoy ! Hermione le regardait interdite à présent. Il croit quoi ? Que je vais tomber dans le panneau ? Il se joue de moi ... sale hypocrite !
- Tu finiras par me céder gronda Drago, je t'en fais la promesse ... sur ce il sortit et claqua la porte. Je me suis humilié face à cette pimbêche mais elle me cèdera ! elle devra me donner plus qu'elle ne croit !
Le jour du jugement de Pétunia approchait et Severus s'accrochait à son ultime espoir de réussir à contacter le clan qui l'avait banni en quelque sorte de son univers. La pleine lune était pour ce soir. Inconsciemment il avait mit tout ses espoirs dans la réussite de son entreprise.
Poudlard était calme, comme en léthargie depuis que Pétunia avait été arrêtée et conduite dans la sinistre prison. Hagrid était peut-être aussi touché que Severus pour y avoir été également.
Il sortit par une porte qui donnait sur les serres du professeur Chourave, puis enfin sur le chemin qui passait devant la cabane d'Hagrid. Severus passa telle une ombre, prit le chemin du lac noir. Son sac était rempli de sel, d'une bougie, d'une corde, d'une bouteille d'eau et enfin de plantes séchées à brûler. Il vérifia visuellement qu'aucune créature se trouve dans les environs et commença. Il mit tout le matériel au centre d'un cercle qu'il établit grâce à la corde. Il disposa le sel au Nord, la bougie blanche au Sud, l'eau à l'Ouest, et les herbes qu'il alluma à l'Est. Il s'obligea à faire silence en lui-même, à sentir la terre sous ses pieds, les parfums de la nature, sentir l'air dans ses cheveux. Bientôt il sentit, (son corps plutôt le fit pour lui et sa raison) qu'il n'était plus seul dans cet endroit choisi par son éloignement du château. Il ouvrit les yeux. L'éclat de la pleine lune inondait son cercle d'une lumière blanchâtre, blafarde.
- Que veux-tu sorcier ?
- Je veux revenir sur le pacte. Je ... la femme que je ... que tu aimes, dis-le ! j'aime a de gros ennuis.
- Nous le savons.
- Je ne pense pas être, avoir été ce Teddy Redman termina sur un ton désespéré Severus.
- Certains d'entre nous doutent encore. Il nous faut plus d'éléments.
- Pétunia risque de ... je sens un grand danger ...
- Severus nous constatons en revanche que vous vous êtes ouverts d'avantage à vous-même, c'est indéniable et très positif.
- Je ne peux pas grand chose si je ne peux utiliser ma magie.
- Vous utiliser la magie, et ce en ce moment même !
Les voies autour de son cercle de protection devinrent moins audibles. J'ai échoué ... que leur faut-il de plus ?
- Nous attendons la suite des évènements, en suite nous aviserons.
L'audience du jugement de Pétunia allait commencer. Hermione s'installa dans l'assistance le cœur battant. Bientôt quelqu'un s'assit à ses côtés et elle pinça les lèvres de mécontentement. Ron arriva avec son frère Georges et ils eurent également un petit air méprisant pour le voisin d'Hermione.
Pétunia fut amenée dans une cage de fer et poussée au centre de la salle. La cage fut arrimée au sol de marbre. Elle s'aplatît, cherchant à disparaître tellement être le centre de l'attention la mettait très mal à l'aise. Dudley, accompagnait Severus, Minerva Mc Gonagall et Harry Potter. Pansy quant à elle s'était assise dans l'assistance à quelques rangées d'où se trouvait Hermione.
L'audience commença et il y eut un remous du côté de ses amis. Steven Witchblood entra accompagné d'un homme au cigare inconnu de tous ou presque dans l'enceinte de l'arène.
Pétunia s'évertua à répondre avec précision à toutes les questions. Celles concernant sa magie lui posaient le plus de problèmes car pour elle, cette forme de pratique était innée à présent.
Devant ses réponses évasives Witchblood suggéra que des testes seraient les bienvenus.
L'avocat de Pétunia, Maître Nosense tentât de s'y interposer, arguant que ces tests étaient inhumain et conduisaient souvent à la mort du sujet ...
Le juge alors décida que le temps de la délibération concernant le sort de Pétunia Dursley était venu.
L'attente fut longue. Hermione tentât de se détendre dans le hall, et lorsqu'elle vit Harry ne se sentit plus de joie et courut vers lui. Pansy fut alors piquée par le virus de la jalousie qui cherchait à s'insinuer à nouveau en elle. Drago resté à l'écart, fulminait. Ron et Georges rejoignirent à leur tour la bande. Puis il eut une idée et entra à nouveau dans la salle d'audience. Il se dirigea vers les chaises et entreprit de regarder dans la pochette d'Hermione. C'était principalement des cours, mais le dernier était particulièrement important puisque l'examen final y ferait certainement allusion. Il le subtilisa et le rangea dans sa veste. Il remit le reste comme il l'avait trouvé et prit un autre chemin pour égarer les soupçons qui ne manqueraient pas de s'abattre dans sa direction.
Le verdict tomba, irrévocable. Pétunia passerait les tests pour connaître la nature exacte de sa magie. La voix de Severus s'éleva alors.
- Vous ne pouvez pas faire ça ...
- Professeur ... enfin Monsieur Rogue, c'est une décision de justice et en tant que telle est indéfectible.
- Elle, enfin vous pouvez tous voir qu'elle est innocente ! Je n'en dirai pas autant de ce personnage-ci ...
- Prenez garde Monsieur Rogue, vous risquez si vous continuez de vous retrouver dans la cage de Miss Dursley.
Witchblood se tourna vers lui, satisfait avec en plus un air narquois qui lui donna une envie de fondre sur lui pour lui montrer de quel bois il se chauffait, lui Severus Rogue. Un petit rire naquit dans la tête de ce dernier.
Pétunia fut reconduite à Azkaban.
Sa cellule froide et inhumaine l'attendait, ainsi qu'un détraqueur en stationnement. Elle soupira. Si seulement elle avait une idée sur ses tests ! Il semblait être terribles d'après la tête de Severus à moins que ce soit celle que faisait Steven Witchblood. Son air sadique et supérieur l'agaçait au plus haut point. Quoiqu'il en soit il n'y avait qu'une chose à faire à Azkaban, dormir. Elle tenta d'appeler sa sorcière personnelle, (celle qui avait cohabité un temps dans ses pensées) mais tout comme le reste, avait disparu.
Deux gardes passèrent devant sa cellule. Firent-il exprès d'évoquer des tests magiques devant sa cellule ?
- T'as déjà vu un de nos pensionnaires passer les tests ?
- Non fit l'autre. C'était il y a longtemps je crois. Une guerre qui date de plusieurs siècles qui opposait la magie traditionnelle à la nôtre, la « moderne ».
- C'est idiot ! Pourquoi nous opposer alors que nous pratiquons le même Art ?
- Bah le pouvoir, comme tout.
- Les tests ça consiste en quoi ?
- Hélas je n'en ai jamais vu ... je sais juste que Steven Witchblood connaît les deux Arts et que ...
- Que ?
- Il serait un brin sadique. Brr ... je t'avouerai que quand je le croise il me met la chair de poule, un peu comme si un détraqueur se trouvait devant moi !
- Ah ouais quand même !
Ils s'éloignèrent sans prêter attention à une Pétunia des plus anéantie.
Severus était désespéré. Allongé sur son lit il repensait à tout ce qui s'était produit depuis la rentrée. Il n'avait rien contrôlé du tout, il avait été balloté comme une balle de tennis et ça l'agaçait prodigieusement lui qui jusqu'à présent avait eu – à peu près – une grande maîtrise de son existence. Il repensa à cette Tara qui avait tout désorganisé de sa vie et de celle de Pétunia. Il lui en voulu d'avoir mis le désordre dans sa vie. Il se leva, tenta de lire, mais son esprit était trop inquiet pour faire quoique ce soit, il décida d'emmener le Livre des Ombres de Pétunia qu'il n'avait plus aucun mal à ouvrir d'ailleurs – étrangement - se dit-il alors qu'il regagnait son antre dans l'ex-forêt interdite.
Il allait de manière ordonnée s'exercer à la magie de la page trois, lorsque les pages se tournèrent toutes seules sur la généalogie de Tara Mc Higor. Les noms lui étaient tous inconnus, mis à part que certains de ses anciens élèves aient pu porter certains noms. Severus referma le livre et fermement décida de le rouvrir à la page trois. À nouveau il s'ouvrit à la page 97.
- Décidément, si quelqu'un veut me faire passer un message ... merci d'être euh ... plus explicite !
- C'est moi fit une voix féminine, lointaine et fatiguée.
- Qui moi ? Et qui que vous soyez sortez de ma tête, montrez-vous, je n'aime pas les lâches.
Soupir.
- Moi, Tara Mc Higor.
- Vous pouvez vous féliciter de nous avoir mis Pétunia Dursley et moi-même dans une sacré galère, c'était établi à l'avance ou ... juste comme ça ? En amusement post-mortem ?
- Je vous en prie, ne soyez pas sarcastique ... je comprends votre colère ... je ... j'ai fait erreur, je sais que vous n'êtes pas ce Teddy Redman.
- C'est déjà ça.
- Pétunia va passer les tests, il faut que nous l'aidions.
- Je vous rappelle que je ne peux rien faire, en tant que moldu temporaire, encore moins.
- Je suis navrée ! (bruits de pleurs dans les pensées de Severus) ! tout cela est de ma faute ...
- Au lieu de vous lamentez je pense qu'il existe une attitude beaucoup plus constructive que celle-ci. Reniflements. Les yeux de Severus s'élevèrent vers la cime des sapins centenaires.
- Je ... vous ... écoute ...
- Décider votre clan d'intervenir lors des tests me paraît être une excellente solution.
- Oui bien sûr. Reniflements.
- De deux ... si je pouvais ensuite récupérer mes pouvoirs hein ! Parce qu'il s'avère que je suis on ne peut plus innocent ...
- Certes. Je vais faire ce que je peux.
- Ensuite et bien, vous nous quitterez ... définitivement ... pensa Severus, le ton sarcastique.
Pas de réponse.
- Tara ? Promettez-moi que vous laisserez Pétunia tranquille avec ou sans ses nouveaux pouvoirs, j'attends !
- Severus ... je crois que je suis aspirée ... je pars ... À L'AIDE !
