Ceci est une fiction inspirée du manga de TOBOSO Yana et de l'animé écrit par OKADA Mari.
Chapitre 14
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Ciel arqua ses jambes rudement laissant jaillir ses pattes larges et puissantes. Il fila au moment où sa transformation partielle fut complétée et s'élança dans les bas fonds de la ville en traversant la fumée onctueuse qui s'était échappée de ses membres démons.
Il voulait s'exercer à contrôler ce pouvoir qui le consumait entièrement à chaque fois qu'il se nourrissait. La perte de contrôle l'irritait.
Il sauta par-dessus un toit, s'écrasant lourdement sur la tuile, qui se fendit en plusieurs fragments et il replongea vers le sol quand ses pieds fendirent le bois de la structure. Heureusement, la pluie commença à s'abattre et ses bruits de crissement se camouflèrent avec un éclair qui déchira la nuit en éclairant le pavé ruisselant.
Ciel chercha à discerner la lune dans ce moment de clarté, cachée sous la brume épaisse des nuages. Il inspira profondément gonflant ses poumons d'un calme qui le rassurait. On aurait dit que même si sa forme de démon lui urgeait de tuer, il se sentait paisible, sans angoisse. Un sentiment pur et dénudé de complexité faisait surface dans ce chaos qui l'habitait depuis des jours.
Il se laissa submerger par la faim alors que sa peau noire contaminait le reste de son corps en épaississant ses muscles. Il se concentra à ralentir le processus au maximum afin d'analyser sa transformation. Il tourna le coin dans une ruelle, freinant sa course, s'accotant à un mur de brique ruisselant en tentant de maitriser la boule qui rageait dans son ventre, sous sa peau, accélérant le rythme de son coeur mort.
Il se sentait bien, si bien, si plein de vie, si vide d'angoisses, si plein d'énergie, de hargne, d'envie, de désir, il voulait bouger, avancer, fendre le monde à l'infini, faire déferler l'enfer sur la ville et se repaitre de toutes ses âmes innocentes et faibles qui seraient soumises à sa merci.
Il fixa ses ongles s'allonger en griffes et ses mains se déformer en quadruplant de taille, dévoilant les os au travers de sa peau fine, mais dure comme du ciment. Ses épaules se cabrèrent sous le poids de la nouvelle musculature qui se formait et Ciel se concentra de toutes ses forces à suspendre la transformation quand il sentit ses cheveux s'étirer un tantinet.
Sebastian se tenait debout devant la fenêtre grande ouverte de leur minable logement, ses mains derrière le dos. Il se trouvait différent. Avait-il réellement pensé que Ciel ne s'apercevrait pas de la guérison anormale de sa blessure? Il était bête, naïf, Ciel n'était pas un humain, c'était un démon, comme lui, avec les mêmes capacités, bien qu'elles ne fussent pas de même niveau. Il se demanda même si lui-même était moins vif. La faim ne le tenaillait plus depuis que Ciel avait été affecté de la même damnation que lui. Il s'était senti libre, mais quelque chose clochait définitivement. Cette faim avec laquelle il avait vécu toute sa vie était la preuve qu'il était un démon. Il se demanda si les démons les plus anciens avaient encore cette faim...
Il fut parcouru d'un puissant frisson qui lui serra les tripes quand il ressentit la présence d'un démon se transformer.
Ciel
Il plongea de la fenêtre du quatrième étage et ses chaussures fracassèrent la pierre du pavé quand il atterrit lourdement au sol, droit comme un piquet, sans broncher, enfilant ses gants, les yeux mis clos, d'où on pouvait discerner une lueur rouge brunâtre, comme du sang séché.
Il pourfendit l'air de la ville et entendit au loin un craquement briser le silence de la nuit alors qu'un éclair déferla sur la ville. Il se projeta dans la pénombre en se gonflant le torse, laissant ses bras et ses jambes vers l'arrière de son corps, fendant l'air humide de la nuit. Il s'élança de la même façon, comme une bête fluide et puissante alors que des gouttelettes perlaient sur ses mèches folles qui pourfendaient l'air, ruisselant doucement vers ses longs cils noirs. La pluie s'abattit subitement sur lui quand il aperçut Ciel au-devant.
Ciel se mit à rire gravement quand il parvint à contrôler sa forme et se laissa submerger de sa faim qui avait quelque chose d'apaisant et de familier, une faim authentique. Il sentit chaque âme qui vive dans tous ces logements collés les uns aux autres, d'où s'échappait une fumée continue teintée d'un parfum d'huile ou de charbon. Il voyait sans voir, tous ces corps, se croyant à l'abri, derrière leurs remparts de briques s'effritant par la pollution et les tremblements que provoquaient les trains. Le quartier était minable, sale, puant et constamment enfumé. Il était enveloppé par le réseau de chemin de fer marchand qui agissait en quelque sorte comme des murs de prison, contenant la pauvreté, derrière ses rails afin qu'elle ne se répande pas dans le reste de la ville. Confinant les vilains à l'écart des gentilshommes.
Quelque chose fit retrousser les lèvres du jeune démon. Son oeil piquait, brûlait de plus en plus vivement. Il sentit Sebastian près de lui, quelques mètres au loin. Ciel serra les dents, et une fièvre incendia son coeur de rage. Il perdit la volonté de se contrôler. Il fonça sur son majordome, enragé. Il le détestait de toutes ses forces, de son être entier. Ses dents s'allongèrent dévoilant de puissants crocs alors que ses cheveux cendrés tombaient en cascades sur ses épaules, coulant avec la pluie jusqu'à ses reins sur la chemise qui se brisa par endroits alors que le démon en lui prit le dessus.
Sebastian représentait le désordre et le chaos en lui, le doute. Il devait le détruire, il était la source de tous ses malheurs et le réalisait d'autant plus cruellement quand il croisa son regard vide. Le domestique n'était pas comme lui, il le savait, il était d'une autre espèce, il ne percevait en rien sa complexion, il était vide. Cet homme était un cadavre, Ciel sentait au fond de lui une anomalie inexplicable qui émanait de Sebastian.
Il sauta par-dessus son domestique en un grognement sourd et se retourna lentement alors que Sebastian se tenait devant lui, impassible. Ciel se rua sur lui, comme une bête, hurlant d'une gravité animale et étendit de tout son long sa puissante patte que Sebastian évita. Les cheveux noirs du démon furent attirés par la vitesse de l'impact de Ciel, s'accolant sur son visage humidifié par la pluie où il laissa transparaître un regard de dégoût.
L'oeil de Ciel était d'un rouge vif, brillant, avec quelque chose d'enchanteur, d'irréel, contrastant radicalement avec son autre oeil d'un violet magique, dont la pupille était couverte de gravures mystérieuses. Le démon sauvage fut parcouru d'étranges spasmes qui firent sourciller Sebastian jusqu'à ce qu'il comprenne que les petits sons stridents qui s'échappaient de l'énorme mâchoire n'étaient qu'en fait des rires. Sebastian, s'arqua, se tenant prêt au combat. Il devait maîtriser Ciel avant que celui-ci attaque.
Malicieux, Ciel ne se lança par sur son adversaire, il préféra se ruer sur des habitations en proclamant cette soirée comme la parfaite occasion de festoyer. Il aurait tout le temps de prendre vie après vie, pendant que le majordome serait aux prises avec les shinigamis, bien malgré lui.
