14. La fiancée.
Chieko s'installa au piano et Kirua resta debout à côté. Leurs parents les avaient laissés seuls, pour qu'ils fassent connaissance. Son père lui avait fait comprendre d'un regard et d'une main sur l'épaule qu'il avait intérêt à bien se comporter. Kirua se demandait s'il le ferait fouetter s'il agissait mal vis-à-vis de Chieko. C'était bien possible.
La jeune fille commença à jouer. Elle se débrouillait bien comme elle l'avait dit. Kirua l'écouta en tripotant son nœud papillon. Il avait l'impression de jouer le rôle d'une mauvaise comédie romantique. Il n'en avait pas vu beaucoup, ses parents essayaient le plus possible de cibler ce qu'il devait regarder à la télé, mais ce qu'il avait vu ne l'avait pas vraiment passionné. Souvent des personnes désespérées qui se rencontraient et dont la vie changeait et après avoir vécu tout un tas de désagréments, ils finissaient par vivre une vie de bonheur ensemble avec des enfants. Ça n'avait jamais attiré Kirua. Les couples qu'il avait vus étaient tous hétéro. Et même s'il n'avait jamais eu d'autres modèles, il n'était pas stupide et se rendait bien compte depuis qu'il était au collège que les filles ne l'intéressaient pas. Les mecs non plus d'ailleurs à bien y penser. Le seul qui avait réveillé quelque chose chez lui, c'était Gon. Penser à Gon réveilla sa colère et il vint s'asseoir à côté de la pianiste et tapa ses doigts sur le clavier. Elle arrêta de jouer :
– Vous savez jouer ? Demanda-t-elle.
Kirua hocha la tête. Il commença à faire un morceau facile. Chieko l'écouta, avant de reposer ses doigts sur les touches et de l'accompagner.
– Vous vous débrouillez bien, dit-elle.
– C'est de la poudre aux yeux, sourit-il. Un Zoldik doit savoir tout faire pour pouvoir charmer les autres.
– Alors vous pouvez jouer de n'importe quel instrument ?
– Non. Juste quelques-uns. Et pas beaucoup de morceaux.
– Je suis quand même impressionnée, je ne sais jouer que du piano.
Kirua haussa les épaules.
– Mais je pourrai apprendre d'autres instruments.
– Pour quoi faire ?
– Pour vous êtes utile si je deviens votre femme.
Kirua arrêta de jouer et regarda sa fiancée.
– Pour m'être utile ?
– Oui. Une femme se doit de soutenir son mari et de répondre à ses besoins.
Kirua grimaça :
– C'est quoi ces conneries ?
– C'est le rôle d'une épouse.
Kirua secoua la tête :
– Tu crois vraiment à ce genre de trucs ?
– C'est ce qu'on m'a appris.
– Et ça te fait vraiment envie ? D'abord te marier à un enfant, ensuite devoir le servir comme une domestique ?
– Je serais honorée de faire partie de la famille Zoldik.
Kirua ricana.
– Je n'ai pas besoin d'une domestique de plus dans ma vie, dit-il.
– Alors de quoi avez-vous besoin ?
De Gon, pensa Kirua.
– Est-ce que tu sais jouer du yoyo ? Demanda-t-il.
– Non, répondit-elle, mais il paraît que vous avez été champion du monde.
Kirua acquiesça et sortit un yoyo de sa poche.
– Je peux t'apprendre.
Elle tendit sa main, il mit le yoyo dedans. Elle fut emportée par le poids de l'objet et il la retint avant qu'elle ne tombe puis récupéra le yoyo et l'enfonça dans sa poche. Ses parents lui avaient choisis une fiancée faible de corps, faible d'esprit, mais riche. Pensait-il qu'il préférerait quelqu'un de facile à manipuler ?
Et si elle avait su soulevé le yoyo et qu'il avait pu lui apprendre à jouer avec, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Est-ce qu'il aurait pu l'aimer ? Ou bien cherchait-il simplement à reproduire un schéma qui lui avait plu et qui lui aurait rappelé quelqu'un d'autre ?
– Est-ce que tu veux vraiment te marier avec moi ou est-ce que c'est ta famille qui te l'impose ?
Chieko regarda longuement Kirua.
– Je ne savais pas à quoi m'attendre avant de venir, dit-elle. J'avais un peu peur de tomber sur un vieux barbu pervers. Mais vous avez l'air plutôt gentil, vous avez du talent, vous êtes beau. Un peu jeune peut-être mais vous allez grandir. J'aurais bien pu plus mal tomber, alors pour répondre à votre question, je dirais les deux. Ma famille m'impose se mariage, mais si c'est avec vous, je pense que ça me conviendrait. Ce serait plus facile de vous épouser si je tombe amoureuse de vous.
– Et si moi je tombe amoureux de toi.
Elle hocha la tête avec un petit sourire.
– Pensez-vous pouvoir y arriver ?
Kirua regarda la jeune fille de haut en bas. Objectivement, elle était vraiment belle, mais complètement soumise. Elle était faible. Son intelligence ne devait lui servir qu'à se montrer utile pour un autre. Même en essayant très fort, elle ne tenait pas du tout la comparaison avec le caractère explosif de Gon. Il était parfois stupide mais il avait de l'instinct, il pouvait parler fort, il soulevait des yoyos de cent kilos à eux deux, et sautait sur les arbres, il devenait ami avec un écureuil, il acceptait la petite sœur de Kirua comme elle était, il souriait à s'en faire mal à la bouche, il lui offrait des chocolats, il mettait au point des plans bidons pour que Kirua se fasse des amis, il lui apprenait des jeux, il l'aidait à faire des bêtises, il le trouvait caché entre deux buissons. Il l'avait embrassé.
– Est-ce que j'ai le choix ?
– Bien sûr, dit-elle. Vous n'êtes pas obligé de m'aimer.
– Mais je suis obligé de t'épouser.
– Dans ce cas, m'aimer sera la meilleure solution pour vous.
Kirua reposa ses doigts sur le piano et recommença à jouer. La meilleure solution pour lui hein ?
Après cette mascarade, Kirua fut soulagé de voir sa fiancée partir avec ses parents. Il regarda les siens avec un air meurtrier :
– Satisfait ? Interrogea-t-il froidement.
– Ne t'inquiète pas, lui dit sa mère, le mariage ne sera pas pour tout de suite. Nous voulions juste que tu ne te laisses pas influencer à sortir avec n'importe qui.
Kirua resta silencieux et elle ajouta :
– Mais si tu veux t'amuser, tu peux. Nous ne t'interdisons pas complètement d'avoir des relations avec d'autres filles, simplement tu sais que ce ne sera jamais sérieux entre vous.
– Trop aimable, marmonna-t-il.
Il alla s'enfermer dans sa chambre, se débarrassa de son costume et se laissa tomber en tailleur sur le sol. Ses parents venaient de lui accrocher un énorme boulet au pied. Un boulet en or, certes, mais un boulet quand même. Il rêvait d'évasion, il rêvait de faire le tour du monde, d'aller avec Gon chercher son père, d'être loin de sa famille étouffante, de sa prison dorée. Il n'avait pas envie de succéder à ses parents, il n'avait pas envie d'être vendu pour faire fructifier un peu plus leur empire.
Kanaria s'excusa dans la voiture le lendemain. Elle se disait que tout était de sa faute. C'était elle qui avait parlé de son succès au collège, c'était à cause d'elle que ses parents s'étaient dépêchés de le fiancer. Kirua avait encore mal dormi, ça faisait deux nuits d'affilés, il se sentait épuisé rien qu'à entendre Kanaria parler. Il bailla et la coupa dans ses excuses :
– Ils m'auraient trouvé une fiancée même sans ton intervention, tu n'as pas à t'en vouloir.
Kanaria observa Kirua, le garçon avait posé son coude contre la portière, son menton dans sa main il regardait dehors l'air fatigué. Elle avait envie de lui demander ce qu'il allait faire maintenant, notamment à propos de Gon, mais elle n'osait pas.
Gotô se gara devant le collège et Kirua prit son sac et sortit de la voiture, suivit de Kanaria.
Gon était arrivé hyper tôt au collège, il était nerveux, il s'était réveillé à l'aube, il n'arrêtait pas de penser à Kirua. Quand il le vit il s'approcha immédiatement de lui, lui bloquant toute retraite possible.
– Je dois te parler.
Kirua regarda Gon qui avait l'air hyper sérieux et accepta de le suivre à l'écart.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Je voulais te demander quelque chose, à propos du baiser.
– Tu veux reparler de ça ?
Gon hocha la tête :
– Kirua, est-ce que tu en avais envie ?
Kirua sentit ses joues chauffer, il regarda ses pieds et répondit d'un grognement :
– Ça n'a plus d'importance.
– Quoi ? Pourquoi ?
– Mes parents m'ont trouvé une fiancée.
Les yeux de Gon s'ouvrirent en grand sous la surprise. Kirua releva la tête pour le regarder.
– De toute façon c'était un accident, n'est-ce pas ?
Gon secoua la tête l'air totalement désemparé :
– Fiancé ? Mais avec qui ?
– Une fille riche apparemment.
– Mais… Je ne comprends pas Kirua… Est-ce que tu es amoureux d'elle ?
– L'amour n'entre pas en compte là-dedans Gon.
– Bien sûr que si. C'est pour ça que tu ne veux sortir avec personne, parce que tu es amoureux de cette fille ?
Kirua secoua la tête :
– Je ne suis pas amoureux d'elle, je n'ai juste pas le choix !
Gon posa ses mains sur ses joues :
– Kirua, je ne sais pas ce qu'il se passe, mais je voulais te dire… J'ai réfléchis. Et en fait j'avais envie de t'embrasser, c'était pas un accident.
Kirua tenta de regarder ailleurs mais Gon continuait de tenir son visage :
– J'en avais vraiment envie.
– J'ai compris Gon...
– Et je veux vraiment recommencer.
Kirua écarquilla les yeux et vit Gon se rapprocher. Des sirènes d'alarme s'allumèrent dans sa tête et ses mains bougèrent pour repousser Gon et le maintenir à distance. Son meilleur ami s'arrêta. Il baissa ses bras, le relâchant.
– Désolé, fit Gon.
– Je…
– Tu as une fiancée maintenant, c'est vrai.
– Gon…
Gon lui sourit et se frotta les cheveux :
– Je suis un idiot pas vrai ?
Kirua ouvrit la bouche pour tenter de rattraper les choses mais Gon lui tourna le dos :
– Je vais en premier en classe. Tu as pas intérêt à m'éviter aujourd'hui !
Et il se mit à courir. Kirua laissa tomber sa tête en avant. C'était pas Gon l'idiot, c'était lui. Pourquoi ne s'était-il pas laissé faire hein ? Il en avait au moins autant envie que Gon. Mais ne serait-ce pas compliquer les choses ? Kirua avait une fiancée, ses parents ne le laisserait jamais vivre avec qui il avait envie.
C'était mieux que Gon reste son meilleur ami.
Kirua alla en classe et s'assit à côté de Gon. Celui-ci tourna la tête vers lui et lui sourit. Il lui écrivit ensuite un mot alors que le prof rentrait en classe.
« Tu es mon meilleur ami, et même si je suis du genre têtu, je vais faire ce que tu veux toi. Oublier tout ce qu'il s'est passé. »
Kirua lut le mot et regarda Gon ensuite. Il avait envie de le déchirer, de se lever, de crier qu'il avait pas envie d'oublier.
Et puis quoi ?
Ils sortiraient ensemble ?
Et ensuite ?
Les Zoldik détruiraient Gon plutôt que de laisser Kirua faire n'importe quoi. Gon n'était peut-être pas si fragile, il était venu de lui-même dans sa famille le chercher, et il avait réussi à convaincre Silva de le laisser rester avec Kirua, mais ce ne serait pas la même chose si Kirua jetait sa fiancée pour choisir Gon. Sa famille commencerait par s'en prendre à Mito, puis à Retsu, puis à tous les gens que Gon aurait croisé. Kirua était sûr que Gon ne le supporterait pas, que ça le rendrait fou de voir les autres souffrir.
Kirua allait protéger Gon en restant son meilleur ami.
Au repas du midi, Gon le noya de question sur sa fiancée tout en dévorant son plateau.
– Comment elle s'appelle ?
Kirua fronça le nez :
– Ça a vraiment une quelconque importance ?
– Tu as oublié son nom ?
– Chieko Ito, répondit Kirua.
Retsu ouvrit grand les yeux :
– Ito, comme la famille Ito ?
Gon se tourna vers elle :
– Tu connais tous les riches du pays ?
– C'est toi qui n'est pas normal de pas les connaître !
Retsu regarda Kirua l'air impressionné :
– Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il.
– Tu vas te marier avec un membre de la famille Ito, c'est comme le mariage d'un prince et d'une princesse qui deviendraient encore plus puissant et riche.
Kirua n'eut pas l'air heureux et croqua dans sa cuisse de poulet.
– Elle a quel âge ? Demanda Gon.
– Dix-neuf ans.
– Elle est comment ?
– Riche.
– Elle ressemble à quoi ?
– À une fille.
– Vous avez parlé de quoi ?
– De nos fiançailles.
– Elle t'aime ?
Kirua ne répondit pas et se rabattit sur la nourriture dans son assiette.
– Vous allez vous marier quand ?
– Le plus tard possible j'espère.
– Mais si elle t'aime pas et que tu l'aimes pas est-ce que vous allez quand même vous marier ?
– Oui.
Les lèvres de Gon s'étirèrent vers le bas. Kirua ajouta :
– Mais elle a dit que je lui plaisais. Parce que je savais jouer du piano.
Gon cligna des yeux :
– Tu sais jouer du piano ?
– Un peu.
Kirua s'attendait à ce qu'il ait son regard impressionné et s'écrie quelque chose comme « incroyable », mais Gon eut l'air de s'assombrir un peu plus.
– Gon ?
– Je ne savais pas, dit-il, que tu jouais du piano.
– Parce que ce n'est pas important, fit Kirua.
Gon serra les poings.
– Tu la connais depuis combien de temps ? Demanda-t-il.
– Hier soir.
– Hier soir et elle en sait déjà plus que moi ?
Retsu resta silencieuse, elle savait ce que Gon ressentait. Elle avait éprouvé la même chose quand elle avait appris que Kirua allait chez Gon, alors qu'elle le connaissait depuis plus longtemps. Elle était jalouse, mais elle comprit que son ami avait sûrement des vrais sentiments pour Kirua, que le baiser n'était pas du tout un accident. Elle posa sa main à plat sur le dos de Gon qui tourna ses yeux vers elle, elle lui sourit.
– Bien sûr qu'elle n'en sait pas plus que toi, s'énerva Kirua en les voyant faire, on n'a pas causé plus de deux heures.
Gon inspira et expira et hocha la tête.
– C'est juste que ça me fait bizarre, dit-il. Je n'aurais jamais imaginé que mon meilleur ami aurait une fiancée si vite.
– Ouais ben je pensais pas non plus que ça irait si vite. On peut parler d'autre chose ?
Gon accepta et ils changèrent enfin de sujet. Kanaria observa Kirua, même s'il souriait à Gon, même s'il discutait avec lui normalement, elle pouvait remarquer comment ses épaules étaient baissées et comme il avait l'air fatigué. Et tout ça c'était à cause de sa famille.
Les choses revinrent à la normal entre Gon et Kirua. Comme s'il n'y avait jamais eu de baiser, comme s'il n'y avait jamais rien eu. Meilleur ami. C'était très bien ainsi. Ils discutaient comme d'habitude, faisaient des jeux, se taquinaient, se chamaillaient et se retrouvaient collés ensemble pour avoir fait le bordel en classe. Les journées s'écoulèrent de cette manière et Kirua trouva que c'était bien ainsi.
– Tu ne parles pas beaucoup de Gon en ce moment, lui reprocha sa petite sœur quand il vint la voir.
– Ah bon ?
– Il va bien ?
– Oui.
– Vous jouez encore souvent ensemble ?
– Tous les jours. J'ai encore été collé à cause de lui dernièrement.
– À cause de lui ?
Kirua revit la scène dans sa tête. Gon était en train de s'acharner sur un problème de maths et faisait vraiment une tête stupide, il marmonnait tout seul comme s'il essayait de jeter un sort à son exercice, et Kirua crut même voir de la fumée sortir de ses oreilles. Quand il le voyait comme ça, c'était plus fort que lui, il n'avait qu'une envie : l'embêter. Il lui donna un coup d'épaule et après lui avoir fait un sourire taquin, il lui avait donné un coup de crayon sur le nez :
– À mon avis j'irai plus vite en te coloriant tout le visage que toi avec cet exercice.
Gon avait sorti un feutre et avait peinturluré le visage de Kirua de chiffre :
– J'y arriverai mieux comme ça.
Kirua s'était vengé à coup de marqueur, ils avaient commencé à se battre tout en riant à moitié et le prof de maths avait fini par les séparer en les sermonnant et en leur donnant des heures de colle. Aruka éclata de rire :
– C'est toi qui a commencé. Tu l'as bien cherché !
– C'est de sa faute, il n'a qu'à pas être aussi stupide en maths. C'est pas croyable.
– Tu n'as qu'à l'aider grand frère.
– C'est déjà ce que je fais. Mais son cerveau ne doit pas fonctionner correctement, il ne retient rien du tout.
Aruka lui donna une tape gentille sur le bras :
– Ne dis pas ça de Gon.
– Tu prends sa défense maintenant ?
Aruka hocha la tête :
– Il est gentil. C'est quelqu'un de bien.
Kirua savait que sa sœur avait raison, mais il secoua la tête :
– Mais il est stupide, tellement stupide…
– Je suis sûre que ce n'est pas vrai, fit Aruka. Tu le trouves vraiment stupide ?
– Totalement.
– Je ne te crois pas grand frère !
Kirua posa ses mains sur le sol et se laissa aller en arrière, il regarda la caméra au-dessus de la porte :
– T'en pense quoi Aruka ? Tu la trouvé stupide ?
– Non. Pas du tout.
– Hmmmm. J'imagine que ça dépend des moments. Tant qu'on ne lui parle pas de maths il s'en sort à peu près.
Aruka tendit ses bras vers son frère :
– Tu me fais un câlin grand frère ?
Kirua accepta. Une fois qu'il eut sa petite sœur contre elle, elle vint chuchoter à son oreille, à l'abri des caméras :
– Tu sais, je l'aime beaucoup, et toi ?
Le cœur de Kirua trébucha comme s'il venait de se casser la gueule dans sa poitrine. Il se mit à rire pour se protéger et mis un terme au câlin :
– C'est mon meilleur ami, répondit-il évasivement.
Aruka pencha la tête sur le côté et lui sourit :
– Oui.
Mito avait demandé à Gon comment ça se passait avec Kirua et celui-ci avait répondu avec honnêteté :
– Il est fiancé, alors il préfère qu'on reste meilleur ami. J'ai essayé de l'embrasser une deuxième fois mais il m'a repoussé. Je pense que c'est ce qu'on appelle se prendre un râteau.
Il s'était frotté les cheveux, il avait rigolé, il n'en avait plus reparlé. Mito n'avait jamais relancé le sujet. Gon continuait de parler de Kirua comme il le faisait avant, sans jamais faire mention de son baiser ou de quelconques sentiments à son égard. Mito savait que son neveu était d'une sincérité désarmante, il n'était pas du genre à cacher quelque chose sauf peut-être s'il voulait faire une surprise. Elle se demandait s'il n'avait pas étouffé de lui-même ce qu'il ressentait après que Kirua l'a repoussé. Elle essayait de se dire que Gon n'avait que douze ans, qu'il ne pouvait pas vraiment avoir le cœur brisé, que si c'était le cas, il l'exprimerait. Elle essayait juste de se rassurer mais son neveu agissait vraiment comme d'habitude, alors elle n'avait pas à s'en faire. Tout irait bien. Sans doute.
Cela faisait environ un mois que Kirua était fiancé et il n'avait plus jamais entendu parler de Chieko, ce qui ne le dérangeait pas le moins du monde. Cela lui permettait de faire comme si elle n'existait pas. Les cours venaient de se terminer, et lui et Gon étaient en train de se donner des coups de sacs en rigolant :
– Le dernier qui arrive au portail est une poule mouillée, s'écria Gon avant de se mettre à courir super vite.
Kirua démarra aussitôt et l'attrapa par la veste pour le retenir. Ils se donnèrent des coups de coude pour se ralentir, et finirent par arriver en même temps au portail tout en se tirant les vêtements et les bras. Ils étaient en train de rigoler tous les deux, lorsqu'ils furent coupés par une jeune fille en kimono qui s'approcha d'eux.
– Kirua ? Interpella-t-elle.
Kirua relâcha Gon et leva les yeux vers elle.
– Vous vous souvenez de moi ?
– Toi…
Gon pencha la tête sur le côté :
– C'est qui Kirua, tu la connais ?
Kirua ne sut pas quoi répondre. La jeune femme se présenta elle-même :
– Bonjour, je suis Chieko Ito, dit-elle.
Gon hocha la tête :
– Ce nom me dit quelque chose.
Il se mit à réfléchir pendant que Kirua demandait :
– Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
– Je suis venue vous chercher pour vous proposer de dîner avec moi.
– Pour quoi faire ? Interrogea Kirua.
Gon tapa du poing dans sa main :
– Tu es la fiancée de Kirua, c'est ça ?
Chieko acquiesça.
– Et vous êtes ?
– Gon, le meilleur ami de Kirua. Mais tu peux me tutoyer !
– D'accord. Enchantée.
– Tu n'as pas répondu à ma question, s'impatienta Kirua.
– Je pensais qu'il serait bien que nous continuions à apprendre à nous connaître.
– J'en vois pas l'intérêt, marmonna Kirua.
– Vos parents sont d'accord, tout est déjà prévu.
Kirua poussa un long soupir tandis que Gon assistait à la scène.
– Tu devrais y aller Kirua, dit-il.
– Quoi ?
– Ben… C'est ta fiancée alors… Tu devrais y aller non ?
Kirua ferma les yeux. Gon ne pouvait-il pas le retenir ? S'énerver ? Plutôt que de le pousser dans les bras de cette fille ?
– Tu veux que j'aille avec elle ?
– Je pense que tu devrais…
– C'est vraiment ce que tu veux Gon ?
Gon commença à se sentir mal à l'aise et sautilla d'un pied sur l'autre.
– Je disais juste que… Comme c'est ta fiancée… Tu…
– C'est bon j'ai compris.
Kirua attrapa le bras de Chieko :
– On y va.
Il l'entraîna avec lui d'un bon pas, se sentant énervé. Gon les regarda partir et ouvrit la bouche pour appeler Kirua, sans qu'aucun son n'en sorte. Il baissa la tête, non c'était stupide, Kirua avait une fiancée. C'était mieux comme ça.
Kirua se retrouva au restaurant, assis face à sa fiancée. Il commanda pleins de trucs sur le menu, il avait une faim de loup et il voulait passer sa colère en mangeant.
– Vous avez un grand appétit, commenta-t-elle.
Kirua ne lui jeta même pas en regard et se jeta sur la bouffe.
– Je suis heureuse de vous voir aujourd'hui. Le collège vous plaît-il ?
– C'est rempli de crétins et les cours sont parfaitement ennuyants, pourquoi est-ce que ça me plairait ?
– Il paraît pourtant que c'est vous qui avez insisté pour vous y rendre.
Kirua coupa sa viande avec ardeur :
– Et bien je me demande bien pourquoi puisqu'il y a là-bas un véritable idiot en chair et en os, le plus idiot de tous les idiots.
– Un idiot ?
– Oui.
– Est-ce qu'il vous dérange ?
– Totalement.
– Cela doit pourtant être facile de s'en débarrasser non ?
– Pourquoi je voudrais m'en débarrasser ?
– Vous venez de dire qu'il vous dérange.
– Hm. Quand il fait le crétin comme ça, j'ai envie de lui tirer les oreilles, jusqu'à ce qu'il se transforme en elfe !
– Alors pourquoi ne pas le faire envoyer dans un autre collège ? Vous en avez largement les moyens.
– Je vois que toi aussi t'es du genre à utiliser l'argent pour ce genre de fins.
– Et bien si ça facilite les choses…
Kirua posa sa fourchette et regarda sa fiancée :
– C'est ce que je devrais faire.
– Oui.
– Utiliser l'argent pour me faciliter les choses.
Chieko acquiesça, puis se sentit glacé quand le regard de Kirua changea et devint plus froid :
– Je devrais l'utiliser pour me débarrasser de toi, tu crois que je peux ?
– Kirua… Vous plaisantez ?
Il n'en avait pas l'air, il était même très sérieux. Mais il se calma presque instantanément en mangeant. Elle recommença à respirer.
– Cet idiot n'ira pas dans un autre collège, dit-il. C'est mon meilleur ami.
– S'agit-il de ce garçon ? Gon ?
– Oui. Si tu veux faire partie de ma vie, tu seras sans doute obligée de l'accepter lui aussi dans la tienne.
– Pourquoi dites-vous que c'est un idiot si c'est votre meilleur ami ?
Kirua mit du temps à répondre, pendant un moment il sembla à Chieko qu'il ne parlerait plus, qu'il se contenterait de manger. Pourtant, il finit par reprendre la parole :
– Est-ce que tu as des ami.e.s ?
– Je suis allée dans une école de filles où je me suis faites de bonnes amies oui.
– Est-ce que tu les vois encore ?
– Pas tellement.
– Tu n'es pas triste ?
– Non.
– Est-ce que c'était vraiment tes amies ?
Kirua se disait qu'après le collège, il irait dans le même lycée que Gon, et après le lycée, il resterait en contact avec Gon. Que même quand ils auraient vingt ans, ils resteraient amis, se réuniraient pour boire un café, manger des bonbons et faire des parties de Janken.
– Je ne pense pas que l'amitié soit si importante, dit-elle, la personne avec qui je vais passer ma vie c'est vous, pas mes amies.
Kirua leva un sourcil.
– Aussi important soit-il pour vous pour le moment, ce Gon ne restera pas indéfiniment dans votre vie, alors que moi si. Si vous voulez, nous pouvons d'abord devenir amis tous les deux, puisque nous resterons ensemble.
– Pitié, soupira Kirua, je veux pas d'une amie qui ressemble à ma famille.
– Quelle genre d'amie voulez-vous alors ?
Kirua avala une dernière bouchée, terminant ainsi ses plats.
– Quelqu'un de gentil, qui se fiche de l'argent et qui ne pense pas à l'utiliser pour écraser les autres, quelqu'un qui m'ouvre sa porte n'importe quand et qui vient me chercher même s'il sait qu'il n'a presque aucune chance d'y arriver, quelqu'un qui fait des plans bidons pour me trouver d'autres amis, quelqu'un d'un peu égoïste par moment, d'un peu idiot aussi parfois, mais qui reste honnête. Quelqu'un avec qui la vie serait amusante. Honnêtement, je me fiche que tu sois riche, belle, intelligente, et soumise, que tu saches jouer du piano, que tu me payes un repas, ou que tu penses que nous allons rester ensemble parce que nos parents nous ont fiancé, tu pourras peut-être devenir ma femme, mais il y a une chose de sûre. Tu ne seras jamais mon amie.
Sur ces mots, il se leva :
– Merci pour le repas. J'y vais maintenant.
– Kirua, attendez…
Kirua ne se tourna pas vers elle et ne s'arrêta pas non plus. Il avait dit ce qu'il avait à dire. Sa fiancée se leva maladroitement, et l'attrapa par la manche.
– Je vous l'ai dit non, ce sera plus facile si nous tombons amoureux l'un de l'autre. Même pour vous. Vous serez plus heureux ainsi.
Kirua repoussa sa main.
– Tu n'as aucune idée de ce qui me rendrait vraiment heureux. Je pense que le mieux c'est que nous ne nous revoyons plus jusqu'au mariage. Ne viens plus me chercher au collège, c'est gênant.
– Kirua…
Il quitta la restaurant sans un regard pour elle. Chieko se rassit devant la table, elle détacha doucement ses cheveux qui tombèrent en cascade sur son dos et autour de son visage. Elle croisa les jambes et posa son dos contre le dossier de sa chaise, puis elle sortit un miroir et un rouge à lèvre qu'elle commença à se mettre. Elle avait totalement l'air d'une autre personne, beaucoup plus arrogante et plus du tout soumise.
– Ce sale gosse… Je ne pensais pas qu'il me plairait autant.
À suivre.
L'autatrice : Alors, que pensez-vous de Chieko ?
