CHAPITRE 14 : Le procès
MALFOY Lucius
Depuis sa chaise au sommet de la tribune, Lucius Malfoy contemplait d'un air suffisant l'assemblée. Le Magenmagot s'était rassemblé aujourd'hui à sa demande. Malheureusement, tous les membres n'étaient pas présents. Dumbledore, par exemple, brillait par son absence. Ces derniers temps, c'était de plus en plus fréquent et Lucius savait ce que ça signifiait : le vieil homme était sur le déclin.
Entouré de vieilles barbes et autres ronds de dentelles, Lucius se sentait particulièrement satisfait. Aujourd'hui, il avait la conviction que le ministère était à ses pieds et qu'il lui suffirait d'un simple mouvement de canne pour obtenir tout ce qu'il désirait. Il n'avait jamais été aussi influent de toute sa vie et, aujourd'hui, il savourait sa victoire.
Il la savourait d'autant plus que le demi-géant à la solde de Dumbledore n'en pouvait plus d'angoisse. Dans son costume à carreaux, son énorme nœud papillon rouge faisant concurrence à la fleur de tournesol agrafée sur sa poitrine, il retenait à grand peine ses sanglots. Lucius aurait aimé le voir craquer, sûr qu'il en aurait pris un plaisir tout particulier. Mais tout n'était peut-être pas perdu. Après tout, le procès n'avait même pas encore commencé.
Comme pour appuyer ses pensées, le président tapa de la baguette sur le rebord de son bureau. Le bruit, magiquement amplifié, résonna dans toute la salle. Les quelques personnes présentes prirent immédiatement place dans une attitude solennelle. Les membres du jury se levèrent et prêtèrent serment.
Lucius cacha du mieux qu'il put le sourire satisfait qui menaçait de fleurir sur ses lèvres. Le procès était gagné d'avance, il le savait, mais il préférait mettre tous les atouts de son côté en ne le montrant pas au Magenmagot.
« Mesdames et messieurs, clama le président de sa voix chevrotante, nobles sorciers et sorcières, nous sommes réunis aujourd'hui pour discuter du cas de Buck l'Hippogriffe. »
Au nom de l'affreuse créature, Hagrid laissa échapper un gémissement qui manqua de peu de se transformer en sanglot. Lucius dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire.
Seule une dizaine de personnes avaient été autorisées à assister à la séance. Mis à part le jury, l'accusation et la défense, il ne restait que quelques étudiants en droit magique et un ou deux journalistes dont cette Rita Skeeter dont la notoriété n'était plus à faire. Personnellement, Lucius aurait préféré qu'elle imite Dumbledore et brille elle aussi par son absence mais il n'avait malheureusement pas eu son mot à dire à son sujet.
Bah, il supposait que c'était un moindre mal.
« Le jour du 18 septembre, reprit le président, monsieur Rubeus Hagrid, ici présent, a donné aux élèves de troisième année de Poudlard un cours de soins aux créatures magiques dont le sujet était les hippogriffes. Ignorant délibérément les règles de sécurité émises par le ministère, monsieur Hagrid a laissé ses élèves s'approcher des créatures. »
A ces mots, quelques soupirs d'indignation se firent entendre. Bien entendu, lorsque Drago lui avait envoyé un hibou pour lui relater les détails de l'accident, la première réaction de Lucius avait été de maudire le garde-chasse. Dumbledore avait-il donc si peu de jugeote lui-même qu'il ait laissé à un sorcier déchu dont la baguette avait été brisée au cours de sa scolarité le soin d'enseigner à des adolescents de treize ans ?
Il était de notoriété publique que l'intérêt de Hagrid pour les créatures maléfiques ou dangereuses ou même les deux frisait l'indécence. Malheureusement, faute d'accident, il était impossible d'entreprendre quoi que ce soit contre lui tant qu'il avait la protection de Dumbledore.
Le président reprit la parole lorsque les soupirs eurent tous cessé :
« Au cours de cette leçon, le jeune Drago Malfoy, scolarisé dans la maison Serpentard, a été sauvagement attaqué par un hippogriffe répondant au nom de Buck. »
Cette fois-ci, les soupirs se muèrent en protestations, pour la plus grande joie de Lucius. Que ce soit au sein du jury ou de l'assemblée, les gens avaient plus tendance à soutenir la cause d'un enfant de treize ans que celle d'un hippogriffe sanguinaire. A leurs exclamations, se mêlèrent les cris indignés d'Hagrid. En quelques secondes, le niveau sonore monta tellement que Lucius avait peine à comprendre le sens des mots qu'il entendait ici et là.
Pour ramener le calme, le président dut à nouveau taper sa baguette contre le rebord de son bureau. Peu à peu, les conversations se turent.
« L'enfant a été immédiatement emmené à l'infirmerie de l'école où Mademoiselle Pomfresh a pris soin de lui. Il s'en tirera sans aucune séquelle.
_ Evidemment ! grogna Hagrid. Il était à peine…
_ Silence ! »
Le demi-géant se tut, les yeux brillant. Il avait l'air sur le point d'éclater en sanglots. Et, silencieusement, Lucius se prit à espérer qu'il se ridiculise jusqu'au bout. Oh, comme il savourait chaque seconde de cette mascarade qu'était ce procès. Comme il appréciait de pouvoir mettre des bâtons dans les roues de Dumbledore parce que, bien évidemment, ce n'était pas ce lourdaud de Hagrid qu'il cherchait à atteindre mais bien le directeur lui-même.
Après tout, il avait toujours estimé que Albus Dumbledore était la pire chose qui ait pu arriver à l'école et il regrettait amèrement qu'il fut déjà directeur lorsque lui-même y avait suivi sa scolarité.
Le président se racla la gorge.
« La parole est à la défense. »
Hagrid se leva d'un bond, faisant trembler le banc sur lequel il était assis et faisant sursauter les deux étudiants qui prenaient des notes juste derrière lui. Les deux jeunes gens se consultèrent brièvement du regard puis décidèrent d'un commun accord silencieux de changer de place.
« Buck est un bon hippogriffe ! tonna le garde-chasse en se tournant vers le jury, tordant et retordant entre ses mains la fleur de tournesol qu'il avait dégrafé de sa poitrine. Il prend toujours soin de ses plumes et il reste digne. Malf… Drago Malfoy l'a insulté alors que j'avais bien recommandé de rester poli avec les hippogriffes. D'ailleurs Harry était monté sur son dos et tout s'était bien passé. C'est un bon élève que Harry, toujours attentif et travailleur et…
_ Nous ne sommes pas ici pour discuter de Harry Potter, rappela le président, mais de Buck et du jeune Malfoy. »
Hagrid acquiesça. Il jeta un coup d'œil au tas de parchemins qu'il avait laissé sur son banc. Quelques-uns étaient tombés lorsqu'il s'était levé. De là où il se trouvait, Lucius parvenait à lire quelques mots, quelques dates éparses écrits indubitablement de la main d'un enfant. L'un des élèves, peut-être Harry Potter lui-même, avait préparé la défense de l'hippogriffe et cet idiot de garde-chasse ne s'en servait même pas.
La partie était gagnée d'avance.
« Buck a été insulté, votre honneur, et il s'est défendu. »
Lucius jugea le moment opportun pour intervenir. Il savait que le protocole voulait qu'il garde le silence jusqu'à ce que le président lui donne la parole mais il restait persuadé que personne n'oserait se dresser contre lui.
Il se leva lentement, d'un geste posé, histoire de bien accentuer le contraste qu'il y avait entre lui et le garde-chasse. Immédiatement, les regards se tournèrent vers lui. S'appuyant sur sa canne, il s'avança jusqu'au devant du jury.
« Si vous permettez, quelle que soit la capacité de l'hippogriffe à prendre soin de ses plumes (il insista tout particulièrement sur les derniers mots, soulignant ainsi le ridicule de l'argument), il n'en reste pas moins un animal dont on ne peut prévoir les réactions. Un animal sauvage qui plus est, élevé dans la Forêt Interdite et donc habitué à se battre contre des créatures mortelles. »
Il prit appui des deux mains sur le pommeau argenté de sa canne et s'adressa cette fois à Hagrid lui-même.
« Etes-vous sûr qu'il est capable de faire la différence entre un quintaped et un garçon de treize ans ? »
Le garde-chasse eut l'air suffoqué. Son teint vira immédiatement à l'écarlate et de la sueur se mit à perler sur ses tempes, diluant la graisse qu'il avait passé sur ses cheveux en guise de gel coiffant.
« Evidemment ! Buck n'est pas idiot ! Drago l'avait insulté et l'avait blessé dans sa fierté et… »
Il se tut en voyant le sourire qui étira les lèvres de Lucius.
« C'est bien ce que je disais. Mesdames et messieurs, mon fils aurait pu perdre la vie. Grâce à Merlin, il n'a été que blessé au bras. »
Il laissa passer quelques secondes de silence.
« Il s'en serait fallu de peu pour qu'il perde son bras et reste mutilé à jamais. Et pourquoi ? Parce que monsieur Hagrid ici présent ne sait pas qu'on ne met pas des enfants en présence de créatures assoiffées de sang. »
Il tapa de la canne sur le sol.
« Je réclame du sang en échange de celui de mon fils. Je réclame la peine de mort pour l'animal ! »
Les yeux de Hagrid s'écarquillèrent d'horreur tandis qu'un masque de pure haine se formait sur son visage. Les murmures s'élevèrent à nouveau, le jury délibéra presque à voix haute. Et puis une sorcière d'une soixantaine d'années se dressa devant eux et leva la main. Le silence retomba. Tous les regards se tournèrent vers elle, tous étaient pendus à ses lèvres.
« Le jury a pris sa décision, dit-elle, et la cause va à monsieur Lucius Malfoy. L'hippogriffe répondant au nom de Buck sera exécuté par un bourreau qualifié désigné par le ministère. Monsieur Hagrid, vous recevrez d'ici peu un hibou vous signifiant de la date choisie par le Magenmagot. D'ici là, il est évident que l'hippogriffe doit rester dans l'enceinte de Poudlard. Bien entendu, aucun élève ne sera autorisé à l'approcher pour des raisons de sécurité. »
Elle adressa un signe de tête au président qui acquiesça à son tour.
« Cette séance est close. »
Alors Hagrid se laissa tomber sur son banc. Le sang avait quitté son visage. Lucius, lui, jubilait intérieurement. Cette fois-ci, il laissa son sourire s'épanouir. Il avait gagné, c'en avait même été beaucoup trop facile.
Indice pour le personnage du chapitre 15 : professeur à Poudlard, elle enseigne une matière que ni Harry ni ses amis, sauf Hermione à un moment donné, ne suivent. On fait sa connaissance dans un moment tragique et de façon très brève.
