*-* Chapitre quatorze *-*
Dean ne comprenait plus, ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer durant ces dernières semaines. La vie était faite pour lui pourrir son existence entière. Au moment où il assumait ses sentiments, assumait et décidait d'emmerder le monde pour profiter un temps soit peu du bonheur qu'on lui accordait, tout partait en freestyle ! Parce qu'il s'était bien fait avoir, par son frère, par ce Castiel et même par ce Gabriel ! Il était dans le coup, lui aussi, forcément ! Mais, qu'est ce qu'il avait fait au bon dieu pour mériter ça, hein ? Qu'est ce qu'il avait bien pu faire pour qu'on s'acharne de la sorte sur lui !?
Il aurait dû se méfier, putain, lui aussi avait été adolescent et c'était les pires pour jouer avec les sentiments des gens. D'accord, Castiel semblait différent. Il avait cru qu'il était différent mais il était comme les autres, avide de coucher avec un de ses profs parce que c'était le fantasme de tous les étudiants et Dean, Dean était tombé comme un bleu dans ce piège grotesque !
Il se retourna vers Castiel qui pleurait toutes les larmes de son corps mais Dean était trop abasourdi par la révélation qu'il venait de lui faire pour se sentir mal pour lui. Il méritait de souffrir, autant que lui souffrait à cet instant !
Il faisait les cent pas, essayant de se canaliser au moins un minimum mais il se rendit compte qu'à force de cogiter, son humeur devenait de plus en plus noir. Il s'était fait avoir comme une merde par un étudiant ! Lui, Dean Winchester, qui n'avait ouvert que peu ou voir pas du tout son coeur à quelqu'un ? Et là, il avait été à deux doigts d'entrouvrir une putain de porte au risque de se faire mal, de se faire virer de son job, pour un connard d'ado qui en pinçait finalement pour son cadet !
Son poing se projeta contre le mur le plus proche mais cela ne le calma pas le moins du monde alors il empoigna une petite table de chevet à l'entrée où des lettres s'entassaient et il le balança à l'autre bout de la pièce. Sa colère et sa honte l'anéantissaient, il ne contrôlait plus rien si ce n'était une colère sourde et viscérale qui lui broyait l'estomac.
- De-Dean !
- Ta gueule, putain ! Ferme ta putain de grande gueule !
Ses deux mains encerclèrent sa nuque et il soupira lourdement, essayant de se canaliser. Il avait besoin de dormir, son manque de sommeil n'arrangeait rien à la situation alors il arriva à retrouver son souffle et ses yeux fixaient un point dans le couloir.
- La chambre de Sam t'ait ouverte mais ça, je suppose que tu le sais déjà, hein ? De.. Demain, tu prends tes clics et tes clacs et je t'interdis de reposer ne serait-ce qu'un seul pied dans cette maison.
Sur ces mots, il rejoignit sa chambre, son crâne le lançant mais il s'allongea sur son lit et attendit que le sommeil le gagne.
Quand Dean se réveilla le lendemain matin, une boule au ventre s'était formée. Est-ce que Castiel avait finalement dormi ici ? Avait-il téléphoné à Sam pour lui dire que le problème Dean était résolu ? Son frère… Il avait la nette impression d'avoir été trahi par son propre sang. Il s'habilla à la hâte, sa colère n'ayant visiblement pas disparu de son être et il se dirigea vers la cuisine. Il n'y avait pas de bazar, Castiel avait à priori fait la vaisselle mais il n'y avait aucune trace de petit déjeuner. Il se dirigea au salon mais personne n'y était non plus. Il était à deux doigts d'aller guetter dans la chambre de son frère mais cette idée le révulsa. Combien de fois Cas et Sam avaient baisé juste à côté de lui, hein ? Combien de fois s'étaient ils foutu de sa tronche de le voir tomber dans le panneau ? Il but un café rapidement, n'arrivant pas à se défaire de l'humiliation de la veille et il agrippa son sac avant de disparaître de l'appartement qui ne lui rappelait que de mauvais souvenirs.
Le pire, à cet instant, était de savoir qu'il allait devoir faire cours pour ce groupe d'étudiants abrutis et il n'était pas prêt à affronter le regard ni de Cas, ni de Sam. A en juger par son caractère flambant, il ne serait pas étonné de péter un scandale devant tous ses étudiants juste pour laminer les deux élèves qui s'étaient vraiment bien foutus de sa gueule.
Il grimpa dans baby et démarra en trombe pour rejoindre la faculté. Il devait se calmer parce qu'autrement le début de semaine aurait été une partie de plaisir concernant ce vendredi.
Il ne lui restait plus que cinq petites minutes. Cinq petites minutes à supporter le regard de son frère sur lui, Castiel n'était pas là et, même si Dean était surpris de le voir rater ne serait-ce qu'un seul cours, il était aussi extrêmement soulagé. Sauf que son frère semblait vouloir en savoir plus sur leur conversation d'hier et sans aucun doute la raison pour laquelle Castiel n'était pas présent aujourd'hui au vu de ses regards inquisiteurs.
Cinq petites minutes, quatre à présent et… Dean ne tint plus et autorisa les élèves à sortir de la salle. Il avait réussi à faire un cours "normal" mais rien n'avait été exceptionnel comparé à toutes les autres fois. Cette semaine avait été chaotique. Absolument chaotique et tout ça était à cause d'un élève. Un putain d'élève qui avait réussi à lui pourrir l'existence. Il balança ses notes avec acharnement dans son sac, prêt à nouveau à hurler son mécontentement et sa colère. Il n'avait toujours pas autant dormi qu'il aurait dû et cela ne pouvait plus durer, il était las, las et fatigué de sa vie de merde, avec des gens de merde et…
- Dean ?
- QUOI ?
Il se retourna vivement, prêt à déchiqueter la gorge de quelqu'un si cela été nécessaire. Sam eut un mouvement de recul en écarquillant les yeux avant de lever les mains en signe de paix.
- Hé, qu'est ce que tu as ? Tu m'as l'air… tendu.
Tendu ? Il était sur le point de retourner le bureau. Il avait tellement de colère en lui qu'il devait réussir à l'extérioriser mais il n'allait pas le faire devant l'amphi tout entier qui était encore bien bondé et qui scrutait leur échange avec un intérêt tout particulier. Ce n'était vraiment pas le bon moment pour s'acharner sur son cadet égoïste et immoral.
- Je ne rentre pas ce soir, ni demain, ni après-demain. Je.. J'ai besoin de distances, tu piges, ça ?
- Oui, d'accord, okey, pas de problème… Prends… des vacances si tu veux, je ne te prives en rien.
Sam ne le privait en rien ? Il voulait peut-être que Dean lui fasse une liste de choses à laquelle il le prive ? Parce que Castiel serait le premier à mettre sur la liste si il tenait à la connaître, cette fameuse liste ! Il empoigna son sac rapidement sans jeter un autre regard sur son frère qui l'observa incrédule quitter l'amphithéâtre.
Il ne tenait décidément plus debout. Son verre venait d'être à nouveau rempli mais il s'acharnait à le vider rapidement pour pouvoir en avoir un nouveau. Et encore un. Puis, un autre. Ce soir, l'alcool l'aidait, du moins, le croyait-il. Un homme qui lui semblait familier s'était approché de lui dans la nuit et à présent, Dean était entrain de lui déballer sa vie en enfournant toujours plus de liquide dans sa bouche.
- Je t'assure que tu devrais freiner maintenant.
- Ah ouais ? Et t'es qui, hein, pour me dire quoi.. faire ?
L'homme soupira longuement en essayant de repousser son verre vers le serveur mais Dean le reprit pour le vider d'une traite.
- Franchement, d'accord tu considères ta vie comme une vieille pourriture qui s'accroche désespérément à tes basques mais, tu crois que l'alcool va t'aider, sérieusement ?
- Tu..m'emmerdes, mec, avec tes phrases d'intellos à deux balles.
Il fit un signe au serveur pour qu'il lui remplisse son verre à nouveau mais celui-là dandina de la tête pour lui faire comprendre que c'était terminé. Il beugla dans sa barbe, mécontent, avant de frapper sa paume sur le comptoir pour s'aider à se relever de son tabouret. Il tituba un peu mais l'homme à ses côtés le rattrapa de justesse rendant Dean encore plus furax.
- J'peux me démerder tout seul, vieux. J'suis adulte, putain !
L'homme leva les bras en l'air en capitulation mais, alors que Dean se dirigeait à petits pas vers la sortie de la salle parce que mine de rien marcher avec des jambes ne semblait pas aussi simple que ça, l'homme le suivait de près ce qui énervait Dean au plus haut point. Plus qu'il ne l'était déjà et, ça, c'était un miracle.
- T'as pas autre chose à foutre que de me suivre, connard ?
- As-tu quelqu'un à appeler pour venir te chercher ? Parce qu'il est hors de question que je te laisse repartir au volant de ta voiture.
Un samaritain… Et cette constatation le rendit encore plus amer. Il jurerait que Castiel serait exactement ce genre de personnes, à donner sa main pour aider la pauvre bête abandonné de tous, se noyant dans l'alcool pour oublier ses maux. Mais ça ne changeait rien, l'alcool affluait encore plus tous ses sentiments et il en était encore plus malade. Il se haïssait, comme il haïssait son frère ou Castiel.
- Tu connaitrais pas Castiel ? J'suis sûr que vous êtes de la même famille avec vos airs de saintes nitouches à deux balles.
- J'ai effectivement un petit frère du nom de Castiel mais je ne pense pas que nous parlons du même homme.
Ce commentaire le fit se stopper et il se retourna incrédule, les sourcils froncés, vers l'homme derrière lui qui attendait patiemment.
- C'est quoi ton nom en fait ?
- Raphaël.
Raphaël ? Cela ne lui disait rien mais après tout, il ne connaissait strictement rien à la vie de son élève. Et il s'en fichait royalement à présent, n'est ce pas ? Puisque Monsieur faisait dorénavant parti de sa famille mais en tant que petit copain privilégié de son cadet soit disant hétéro…
- Ton nom de famille ?
Un air amusé se transcrit sur les lèvres du fameux Raphaël mais Dean n'en avait que faire. Il avait envie de rire, soit, mais qu'il aille le faire ailleurs. Il n'était pas un animal de foire.
- Novak. Raphaël Novak.
A combien était la probabilité pour qu'il tombe sur le frère de son futur ex amant élève, hein ? Il n'était pas prof de maths mais il supposait que la réponse était proche des 1%, non ? Il ricana plus pour lui-même. La vie était faite pour être foutrement diabolique. Le pire dans cette étrange situation, c'était que ce mec était venu totalement par hasard dans un bar vers le mec qui avait été sur le point de prendre la vertue de son putain de petit frère. Oui, la situation était pire que comique.
- Alors toi aussi, tu prends ton pied à humilier quelqu'un ? A jouer avec les sentiments des autres ? C'est de famille ou c'est juste sa gueule d'ange ?
Le regard du Novak devint quelque peu meurtrier mais Dean s'éloigna de nouveau en titubant vers sa voiture, cherchant ses clés dans la poche de sa veste en cuir.
- C'est mon frère qui te met dans cet état ? T'as quel âge ? T'es pas un peu vieux pour lui ?
Dean crispa sa mâchoire et ses poings. Ils n'avaient que cinq ans de différence, il n'y avait absolument pas de quoi en faire un drame, si ? Il se retourna vivement, du moins, le croyait-t'il alors que ses yeux envoyaient des éclairs vers le grand frère de Castiel.
- Qu'est ce que ça peut te faire que ce soit à cause de lui ou non, hein ? Sérieux, mec, t'as pas autre chose à fouetter ? Comme apprendre les bonnes manières à ton connard de cadet ?
- Tu sais que tu es entrain d'insulter ma famille, là ?
Dean était sur le point de sortir de ses gonds et l'alcool n'arrangeait en rien son envie de lui mettre son poing dans sa tronche.
- Parce que tu crois que lui, il n'a pas hésité à m'insulter peut-être ? Tu sais ce qu'il a fait, ton innocent petit frère, hein ? Il m'a dragué, m'a fait clairement comprendre que je l'attirais et, pourtant, ce merdeux s'est envoyé mon frère !
L'homme resta de marbre ce qui donna réellement envie à Dean de le mettre à terre et de lui faire bouffer le goudron. Il s'approcha dangereusement de lui, se fichant de sa carrure plutôt mastoque et il empoigna sa mâchoire avec sa main.
- Moi aussi, je pensais que ton frère était un putain de saint mais en fait, c'est qu'un connard de plus dans ce monde de merde. Il ne m'a pas seulement brisé, mec, il a détruit ma famille…
- Et moi, je crois que tu es simplement bourré.
Il envoya son poing en direction du ventre de Raphaël mais ce dernier lui attrapa le poignet au vol avant de lui faire un bras de fer et de le retourner dos contre lui.
- Et toi, c'est quoi ton nom ?
Dean essaya de se dépatouiller de sa situation mais il dû se rendre à l'évidence, ce mec était bien plus fort que lui, principalement à cause de tout l'alcool ingurgité un peu plus tôt et puis, il avait sommeil. Vraiment sommeil.
- Dean…
- Bien, Dean, je te propose de te ramener chez toi, d'accord ? Donne moi tes clés, okey ?
Dean grommela avant de soupirer de fatigue.
- J'ai pas envie de rentrer chez moi, Raphi, vraiment pas.
Il entendit un rire moqueur sortir des lèvres de l'homme derrière lui mais Dean était tellement las qu'il ne le releva pas.
- Parce que tu crois que je te laisse le choix peut-être ? Allez, grimpe dans ta voiture, je te ramène.
Dean soupira à nouveau et la poigne de l'homme se desserra sur son avant bras. Lorsque Dean récupéra son bras, il lui tendit les clés de sa voiture et s'installa sur le siège passager, pas le moins dérouté par le fait de donner le volant à un parfait inconnu. Après tout, il était le frère de Cas, ce mec était forcément un type bien et de toute façon, il ne réfléchissait plus correctement. Il était beaucoup trop fatigué et, sur ce coup-ci, après qu'il est donné les directives dans un murmure au conducteur, il remercia l'alcool pour l'envoyer au plus profond de ses songes.
