Un grand merci à toutes vos reviews, je n'ai pas encore pris le temps d'y répondre, mais je le ferai individuellement dès que possible.

Une vague de chaleur s'était abattue sur toute la côte est des Etats-Unis, New-York en tête. La température jonglait dès l'aube avec les 40 degrés, mais cette canicule inattendue ne semblait nullement arrêter les nombreux touristes venus du monde entier pour visiter la grosse pomme. Alors que les habitants semblaient avoir déserté la ville, les vacanciers, eux, flânaient inconsciemment dans les rues sans se préoccuper du soleil de plomb au dessus de leurs têtes.

Il n'était pas encore midi lorsque je parvins à Columbus Circle. Même s'il était impossible d'échapper à la horde de touristes qui avaient envahi Manhattan, la foule était bien moins dense qu'à Times Square. J'avais préféré la marche au métro qui était une vraie fournaise les jours de grande chaleur. Mais après avoir crapahuté pendant vingt bonnes minutes dans les rues, force m'était de constater que je suffoquais autant que si j'avais pris les transports. J'achetai une petite bouteille d'eau à un vendeur ambulant et allai m'asseoir sur le muret qui séparait Central Park de la circulation chaotique de la rue. Leah n'était pas encore arrivée. Mon impatience à l'idée de retrouver mon amie ne cessait de grandir, d'autant que son coup de téléphone le matin même avait été particulièrement énigmatique. Je venais juste de me lever et étais en train de prendre mon petit déjeuner lorsqu'elle m'avait appelé. J'avais manqué tomber de ma chaise en apprenant qu'elle se trouvait à New-York. Elle avait refusé de m'en dire plus, me promettant de tout me raconter lorsque nous nous verrions.

"Salut Bella!"

"Leah!"

Je me précipitai vers elle, heureuse de la retrouver. En l'enlaçant, je ne pus m'empêcher de remarquer qu'elle portait du parfum et avait même mis du gloss, elle qui avait pourtant abjuré tout maquillage et autres artifices féminins de sa vie après sa rupture avec Sam. Elle portait même une jolie petite robe blanche qui faisait ressortir sa peau hâlée.

"Tu es resplendissante," lui dis-je avec sincérité.

Elle me décocha un sourire éblouissant.

"J'ai tellement de choses à te raconter que je ne sais pas par où commencer. Et si nous allions faire quelques pas dans Central Park?"

Je hochai la tête avec impatience. J'étais prête à accepter n'importe quoi, tant qu'elle me racontait tout.

Nous déambulâmes en silence pendant de longues minutes dans les allées ombragées. Connaissant Leah, je savais qu'il était inutile de la bousculer, aussi pris-je mon mal en patience, profitant de la fraicheur des arbres et de la légère brise qui venait de se lever.

"J'ai rencontré quelqu'un," finit-elle par me dire. Je m'arrêtai de marcher et me tournai vers elle, incrédule. Mais elle gardait obstinément la tête baissée, refusant de croiser mon regard. Elle semblait gênée. "Il vit ici, à Manhattan," ajouta-t-elle après un court instant.

"Mais comment l'as-tu rencontré? Tu le connais depuis longtemps?" Mes pensées se bousculèrent dans ma tête et tout un tas de scénarios tous plus rocambolesques les uns que les autres me vinrent à l'esprit.

Leah parut subitement fascinée par ses chaussures. J'eus même l'impression de la voir rougir, ce qui était plutôt rare chez elle.

"Nous nous sommes rencontrés en Louisiane." Elle s'interrompit et vrilla son regard noir dans le mien. Je crus y déceler un mélange de culpabilité et d'embarras. "Bella, il s'agit..."

Mais elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase car quelqu'un l'appela. Nous nous tournâmes en même temps vers l'importun. En le reconnaissant, je lâchai un hoquet de surprise. Vêtu d'un polo vert pomme qui lui donnait un teint blafard et d'un bermuda à carreaux, Eric Yorkie se dirigeait vers nous, un grand sourire sur les lèvres. Etant donné la conteneur de notre dernier entretien, je n'avais aucune envie de me retrouver face à lui et poussai un soupir exaspéré.

"Il est toujours là quand on ne veut pas le voir, celui-là," commentai-je entre mes dents.

Mais plutôt que d'acquiescer comme je m'y attendais, Leah me fusilla du regard. Je n'eus pas le temps de m'interroger davantage sur l'étrangeté de sa réaction car Eric nous avait rejoints. Je crus défaillir lorsqu'il déposa un baiser sur la joue de mon amie.

"Je t'avais dit d'attendre dans la voiture," déclara cette dernière en fronçant les sourcils d'un air contrarié.

"Je sais mon chou mais tu me manquais déjà." Puis, comme s'il venait de s'apercevoir de ma présence, il me salua. "Bella! comment vas-tu? Leah t'a raconté pour nous? Je sais c'est extraordinaire, un vrai coup de foudre. Tu ne lui en veux pas au moins? Elle voulait te le dire plus tôt mais a préféré garder la surprise."

Pour une surprise c'en était une. Incapable d'articuler le moindre mot, je restai figée sur place, la bouche grande ouverte. Eric s'approcha alors de moi et me donna un coup de coude dans les côtes avec une familiarité qui eut pour avantage de me tirer de mon apathie.

"Tu sais, ça n'aurait jamais pu marcher entre nous," me glissa-t-il à l'oreille d'un ton solennel. "J'espère que tu ne m'en veux pas d'avoir préféré ton amie à toi."

Je haussai un sourcil moqueur. Cet homme était incroyable! Mais avant que j'aie eu le temps de lui répondre, Leah s'interposa.

"Chéri, tu veux bien aller nous chercher des glaces? Je meurs de chaud!"

Eric se tourna alors vers cette dernière et lui jeta un regard empli d'adoration qui me donna un haut le coeur.

"Tout ce que tu veux mon chou."

Silencieuses, nous le regardâmes se diriger vers le vendeur de glaces. Lorsqu'il fut hors de portée de voix, j'attrapai violemment Leah par le bras.

"Mais tu as perdu la raison!" m'écriai-je alors, laissant libre cours à mon irritation. "Leah qu'est-ce que tu fais avec lui? Cet homme est ridic..."

"Tais-toi Bella!" cracha-t-elle en secouant son bras pour se libérer. En entendant son cri, des joggeurs se retournèrent, surpris, mais elle les ignora. "Ne t'avise surtout pas de me juger!"

Elle me lança un regard plein de hargne. Devant sa rage, ma propre colère se fana aussitôt.

"Mais comment as-tu pu tomber amoureuse de lui?" lui demandai-je d'un ton doù perçait la détresse.

" Tu crois vraiment que l'amour est si important que ça? J'ai été amoureuse une fois et vois où ça m'a menée."

Je la regardais sans comprendre. Si elle n'aimait pas Eric, que faisait-elle avec?

" Mais c'est essentiel dans une relation!" rétorquai-je.

"Pour toi peut-être, pas pour moi. Nous ne sommes pas pareilles, Bella. Sam m'a détruite, il a détruit toutes mes illusions. Je suis un bien endommagé, les hommes s'enfuient devant mon cynisme. Je ne crois plus en l'amour. J'ai énormément de chance qu'Eric ait daigné s'intéresser à moi. C'est quelqu'un de bien, il m'accepte telle que je suis. C'est tout ce que je demande."

Je serrai le poing à m'en faire mal. Je n'étais plus en colère contre mon amie, non, c'était après moi que j'en voulais. Je m'en voulais de n'avoir pas vu la détresse de Leah, de ne pas m'être aperçue à quel point elle souffrait, à quel point elle était devenue aigrie et désabusée. Enfermée dans mes propres problèmes, je l'avais complètement dédaignée.

" Je suis heureuse Bella," reprit alors celle-ci. "Vraiment. Sois-le aussi pour moi, s'il te plait." En prononçant ces derniers mots, sa voix s'était faite suppliante.

J'acquiesçai sans un mot. Une telle confession ne souffrait aucune réponse.

Eric revint quelques instants plus tard, inconscient du drame qui venait de se jouer. Leah reprit une contenance et lui offrit son plus beau sourire, comme si nous n'avions fait que discuter de la pluie et du beau temps en son absence. Il nous tendit à chacune un cornet.

"Tiens mon chou, fraise et vanille, les saveurs que tu préfères."

Il lui saisit la taille dans un geste possessif. Ses doigts boudinés posés sur son corps me semblèrent déplacés, presque vulgaires. Leah l'embrassa à pleine bouche et je me détournai, autant par gêne que par dégoût.

"Asseyons-nous dans l'herbe," proposa alors Eric.

Il déplia une petite couverture qu'il tenait sous son bras et nous invita à nous installer dessus tandis qu'il prenait place dans l'herbe. Cela me coûtait de l'admettre, mais Leah n'avait peut-être pas totalement tort lorsqu'elle m'avait dit que c'était quelqu'un de bien. Eric se montrait particulièrement attentionné envers elle et cela semblait lui plaire.

"Mon chou, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer," déclara-t-il soudain.

Je manquai de m'étouffer dans ma glace et me mis à prier pour qu'il ne la demande pas en mariage sur le champ. Avec Eric, je savais que cette éventualité était possible, et même probable. Ce dernier se râcla la gorge pour ménager son effet.

"Tu vas enfin rencontrer Sasha Denali!" dit-il alors avec le même entrain que s'il avait annoncé à des enfants qu'ils allaient à Disneyland.

Par égards pour mon amie, je me retins de lever les yeux au ciel. Mais vu son expression amusée, celle-ci semblait trouver la chose tout aussi risible que moi. Elle s'efforça de se montrer intéressée.

"Vraiment? c'est formidable! Quand ça?"

Eric, charmé par sa réaction, se rengorgea.

"Ce weekend. Elle nous a invités à aller la rejoindre dans sa demeure des Hamptons." Il appuya bien sur le dernier mot. "Elle passe tout l'été là-bas et quand je lui ai dit pour nous deux, elle m'a dit, je cite: 'Eric, il faut absolument que je rencontre cette petite merveille qui a su faire battre votre coeur!'"

"Comme c'est aimable de sa part!" répliqua Leah avec une ironie qu'Eric ne perçut pas mais qui manqua de me faire exploser de rire.

"N'est-ce pas? Et ce n'est pas tout. Elle a également invité Bella à se joindre à nous. Cette femme est la générosité incarnée."

Subitement, je n'eus plus du tout envie de rire.

"Moi? Mais elle ne me connait même pas," rétorquai-je.

"Je lui ai pourtant parlé de toi et elle meurt d'envie de te rencontrer. Ne sois pas étonnée Bella. Madame Denali fait peut-être partie de l'élite mais elle s'intéresse aussi aux petites gens," déclara-t-il avec condescendance.

Je pris le parti d'ignorer qu'il me comptait parmi les "petites gens", mais cette expression à elle seule me dissuada de les accompagner. De ce que j'en avais entendu, Sasha Denali était sans aucun doute le stéréotype de la femme riche et arrogante qui se croyait supérieure à ceux qui n'avaient pas son niveau de vie.

"Je suis désolée mais je ne pourrai pas venir, j'ai déjà quelque chose de prévu," dis-je en songeant à Mike.

Eric parut soudain paniqué.

"Voyons Bella, une invitation d'une personne comme madame Denali ne se refuse pas! Tu dois accepter!"

" S'il te plait, Bella," renchérit mon amie d'une voix suppliante. " On va passer un weekend agréable." Se penchant vers moi elle ajouta à voix basse: "Ne me laisse pas affronter cette femme seule."

J'hésitai un instant, pesant le pour et le contre. D'un côté, Mike venait à New-York uniquement pour me voir mais d'un autre, je n'avais aucune envie d'abandonner Leah une fois de plus. Elle comptait sur moi.

"Très bien, je viendrai," capitulai-je.

Eric se détendit aussitôt.

"C'est parfait, nous passerons te chercher vendredi en fin d'après-midi. Mais sois prête surtout, madame Denali n'aime pas attendre!"

Leah me gratifia d'un sourire plein de reconnaissance. Me restait encore à annoncer la nouvelle à Mike.

"Excusez-moi, je dois passer un coup de fil," dis-je en attrapant mon téléphone et en m'éloignant de quelques pas.

Mike décrocha au bout de quelques secondes.

"allô?" dit-il sèchement.

"Allô Mike, c'est Bella. Je ne te dérange pas? tu as l'air occupé..."

"Bella! Bien sûr que non tu ne me déranges pas!Qu'est-ce qui se passe?"

"Je sais qu'on devait se voir ce weekend, mais je vais devoir reporter. J'espère que ça ne te dérange..." Je laissai ma phrase en suspens en entendant un rire féminin.

" Bella? Tu es là?" Il éloigna le combiné mais je l'entendis nettement ajouter : " Laisse ce téléphone! Arrête!"

"Mike? Qui est avec toi?" demandai-je soudain avec suspicion.

" Laisse moi lui parler!"

Je reconnus aussitôt la voix de Jessica et fronçai les sourcils sans comprendre.

"Qu'est-ce que tu fais avec ma soeur?"

"Rien, je suis juste passé chez toi tout à l'heure pour récupérer mon blouson et elle s'ennuyait alors comme je ne faisais rien je lui ai proposé de sortir."

"J'espère qu'elle ne te dérange pas trop."

" Non non ne t'inquiète pas. Qu'est-ce que tu me disais avant qu'elle nous coupe?"

" Nous allons devoir reporter notre weekend. J'ai un contretemps."

"Tu es sérieuse? J'étais tellement impatient de te voir."

De nouveau des rires.

"Dis à Jessica d'arrêter de pouffer comme une bécasse. Je dois te laisser je te rappelle plus tard pour t'expliquer, d'accord?"

Agacée par ma soeur, je raccrochai sans attendre et allai retrouver Eric et Leah. Cette dernière avait une mine lugubre.

"Mike était avec Jessica?" me demanda-t-elle.

Je hochai la tête. Elle parut sur le point d'ajouter quelque chose mais se ravisa. Je haussai les sourcils d'un air interrogateur.

"Plus tard," murmura-t-elle avant de reprendre son air faussement émerveillé en écoutant les multiples louanges qu'Eric faisait au sujet de Sasha Denali.

A l'entendre parler ainsi de cette femme, je regrettais déjà d'avoir cédé. Une chose était sûre, le weekend promettait d'être intéressant...