Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.
Note : Recueil d'OS écrits pendant les nuits HPF (une heure pour un texte sur un thème donné), d'où les formats et les ratings variables.
Note Bis : Encore un petit Frederick, je n'ai pas pu résister.
Univers : Post-saison 2
Rating : K+
Bonne lecture.
Crise de panique
Le courrier s'est accumulé dans la boîte aux lettres et Frederick bataille pour récupérer les différentes enveloppes. Ses clefs lui échappent à plusieurs reprises et il retient un grognement irrité, inspirant longuement pour se calmer. Ce n'est vraiment pas le moment de perdre son sang-froid alors qu'il peut enfin rentrer chez lui après plusieurs mois de soins aussi éprouvants qu'humiliants. Il n'a plus que quelques pas à effectuer pour se couper de l'extérieur mais ce sont les plus durs à faire.
La serrure de la porte n'a pas été changée et il suffit au psychiatre de la pousser pour rentrer à l'intérieur. Il dépose son courrier sur le meuble de l'entrée, de même que ses clefs. L'angoisse le saisit alors qu'il avance, ayant l'impression de revivre cette journée où tout a basculé pour lui. Il déglutit difficilement mais poursuit son inspection malgré l'oppression de plus en plus pesante.
Crawford lui a affirmé que les corps ont été enlevés, que tout a été nettoyé et qu'il n'y a plus aucune trace de ce qui a eu lieu. Frederick a beau en avoir conscience, son esprit superpose à son regard le souvenir des cadavres des policiers, l'un aux tripes découvertes et l'autre aussi piquant qu'un hérisson avec des instruments de cuisine plantés dans tout le corps. Une vague de nausée le surprend à cette pensée et il se hâte de quitter la pièce pour rejoindre les autres.
Bien malgré lui, ses yeux se posent sur l'escalier en colimaçon qui descend à la cave. Il se rappelle le bip régulier du moniteur cardiaque relié à Abel Gideon et il lui faut beaucoup de courage pour accepter de rejoindre l'étage inférieur. Sa canne claque à chaque marche, comme une marche funèbre l'accompagnant, et son rythme cardiaque augmente au fur et à mesure qu'il approche de la fin de l'escalier. Il n'y a plus aucun bruit hormis sa respiration, contrairement à la dernière fois qu'il s'est tenu à cet endroit.
Du bout de sa canne, il pousse la porte – non fermée elle-aussi – puis soupire de soulagement en remarquant que la pièce est redevenue propre, sans le corps découpé et presque entièrement démembré de Gideon. Cette fois-ci, il ne remontera pas les marches en courant, il n'y aura pas d'Hannibal à l'étage pour l'attendre et l'endormir. Il peut presque considérer que tout va bien, que ce n'est qu'un mauvais souvenir. Pourtant, il ne réussit pas à être optimiste car un éclat sanglant attire son regard dans un angle de la pièce. L'équipe de nettoyage a peut-être été minutieuse dans la cuisine, il reste un détail à la cave.
Frederick s'avance doucement vers cette trace rouge. Ce sang est celui d'un homme qui lui a ouvert le ventre pour retirer certains de ses organes, il devrait être heureux de savoir qu'il ne le reverra plus et qu'il est enfin en paix mais ce n'est pas aussi simple. Ce simple petit détail suffit à déclencher en lui une crise de panique qui le pétrifie. Ses doigts se resserrent autour de sa canne alors qu'il recule, agité de spasmes si violents qu'il craint de tomber. Ses jambes finissent par se dérober et il relâche la canne qui s'écroule au sol en même temps que lui.
Les larmes viennent envahir sa vision tandis qu'il pleure, libérant sa douleur. Il a mis du temps à accepter de ne plus être le même homme, supportant avec peine les expressions dédaigneuses du personnel médical. Personne ne savait qu'il n'était pas l'Éventreur de Chesapeake, au début, et Crawford n'a pas pensé à les prévenir à l'instant où ils ont compris qu'Hannibal était derrière tous les meurtres. Les infirmiers, les médecins, les prothésistes ont tous eu des comportements déplaisants à son égard jusqu'au moment où ils sont venus s'excuser quand la vérité a éclaté. Tout ce temps, Frederick a caché sa souffrance et son chagrin, retenant ses larmes en se promettant de ne pas pleurer à cause de cette situation. Mais c'est fini, cette lutte est perdue depuis le premier jour et il est temps pour lui d'enfin accepter ses émotions.
Recroquevillé contre un meuble, le Dr Chilton sanglote longuement. Il déteste ses larmes qui lui semblent si peu viriles, il haït Hannibal qui a transformé sa vie en Enfer. Il s'en veut aussi terriblement d'avoir joué à l'imbécile sans songer un seul moment à mettre de côté son ego pour faire enfermer la bonne personne. Il a perdu un rein, un morceau d'intestin et sa dignité sous les mains de Gideon mais Hannibal l'a privé d'un œil et d'un morceau de mâchoire, l'obligeant à se maquiller chaque jour pour dissimuler sa blessure. Il aurait pu demander aux médecins de l'achever mais il ne laissera pas son collègue vaincre.
Frederick se remet debout difficilement, s'appuyant sur le meuble. S'il n'avait aucune intention spéciale en arrivant chez lui, il sait maintenant ce qu'il va faire. Un bon torchon et du produit lui seront utiles pour débarrasser sa maison de toute la poussière qui s'est déposée pendant son hospitalisation. Et pour effacer les dernières traces de sang.
