Chapitre 14 : Réveil dans une nouvelle époque, découvrir le royaume reconstruit
Alan reposait paisiblement dans le néant le plus obscur et le plus vide quand une voix féminine et puissante vint le sortir du long silence :
- Mon élu, il est temps que tu reviennes à la réalité. Le jeune royaume pourrait avoir besoin de ton aide.
Le jeune homme sentit une douleur fulgurante le traverser à ce moment, et cria intérieurement. Il eut l'impression de tomber dans un précipice immense et infini, et sentit qu'il avait été déposé sur une surface froide et dure. Mais ce ne fut pas cela qui le poussa à sortir de sa torpeur : la surprenante luminosité du lieu lui brûlait les paupières, les taquinant pour qu'il ouvre ses yeux. Dérangé, il fronça des sourcils et grommella entre ses lèvres :
- Qu'est ce que...?
Enfin il se décida à quitter le monde rassurant du sommeil, et ouvrit péniblement les yeux sur son environnant très... lumineux et éclatant ! Tout en marmonnant contre la trop forte luminosité, il s'asseoit avec lenteur sur la surface plane et froide, passant une main sur son visage, pour que ses yeux s'habituent correctement au radical changement de luminosité. Puis, frottant des yeux ocres fatigués, le jeune homme découvre un lieu nouveau et inconnu pour lui : une petite salle étonnament lumineuse, en pierre, où la lumière semblait irradier des murs gris eux-mêmes. Surpris, il constata que c'était une sorte de crypte, et qu'il était assit sur une dalle surrélevée en pierre. Sa première pensée cohérente fut alors :
- "Mais où suis-je ? Et que fais-je ici ?"
Avec douceur, il essaye de se lever de son reposoir, laissant à ses jambes le temps de reprendre de leur fermeté. Il lui semblait qu'il ne les avait pas utilisées depuis des lustres ! Le jeune homme, contemplant la salle, eut une amère pensée :
- "Je suis enterré vivant dans un tombeau ou quoi ! Non... je ne pense que ce soit cela. Mais alors..."
L'archer était dans des vêtements différents de ceux avec lesquels il s'était battu : à présent, il portait une simple tunique noire, avec une chemise légèrement plus claire avec des manches longues en dessous. Un pantalon serré d'une même teinte que la chemise, de solides bottes de cuir noires arrivant aux genoux. Il retrouva avec plaisir ses armes stockées dans la salle, ainsi que son mince inventaire : son arc, son carquois plein, sa mince épée rangée dans le fourreau, l'ocarina... et d'autres choses moins importantes à ses yeux. Une fois qu'il eut tout rassemblé, il avisa une ouverture dans un couloir, et lentement, se guidant avec les murs dans cette soudaine obscurité, il suit un couloir sombre et étroit :
- "Je ne sais pas où cela me mène, mais probablement à l'extérieur. Je n'ai pas d'autres pistes."
Puis il se trouva dans une impasse, devant un mur où la Triforce était gravée, face à une autre marque peinte au sol. Alan se demandait ce qu'il était censé faire quand il sentit son ocarina dégager une douce chaleur et lueur émeraude. Le jeune homme se souvint alors du chant que lui avait apprit le mystérieux Sheik. Qu'avait-il dit à ce sujet ? Ah, oui ! "Une précieuse alliée pour l'avenir. On l'appelle le "Chant du Temps". L'archer prit alors avec détermination l'instrument :
- Qu'est-ce que j'ai à y perdre de toute manière !
Il joua pour la première fois la mélodie aux mélodies graves puis aigues, avec gravité et puissance, laissant le chant rentrer dans sa mémoire, les mots de Sheik raisonnant dans son esprit. Le symbole peint à ses pieds s'illumina alors d'une éclatante lumière blanche, et Alan se sentit transporté ailleurs, sa triforce de l'ombre brillant avec énergie. Dès que ses pieds eurent touchés terre, Alan entendit, surpris, un cri appeuré et le bruit de verre brisé au sol. Puis des pas fuyant au dehors. Etonné, il réouvrit ses yeux ocres, rompant la mélodie et rangeant l'ocarina. Il fut stupéfait de reconnaitre l'endroit où il se trouvait :
- "Le... le Temple du Temps ?! Je serais dans le bourg ? Mais c'est mauvais ça ! Et dehors...!"
Il courut entre les majestueuses colonnes de pierre après avoir contourné l'autel où les trois pierres sacrées manquaient à l'appel désormais, ignorant tout de sa situation. Le jeune homme paniqué ouvrit les portes de chènes avec force, découvrant avec étonnement une nature fleurie, la vie revenue sur la terre désolée, et un soleil radieux. Il resta figé sur place un moment, complêtement perdu :
- Déesses... quelqu'un peut-il m'expliquer ce mirage ?
Il entendit des murmures autour de lui, mais le jeune homme les ignora, et partit d'un bon pas vers la place centrale du bourg. Le spectacle qui s'ouvrit à ses yeux le pétrifia de pure stupeur : tout était comme... comme si le Malin n'était pas passé ! Les maisons semblaient même en meilleur état que dans le passé, le bourg fleurit à souhait, les papillons volant dans les airs, les chiens courant sur le pavé des rues, les enfants riant avec insouciance. Voulant s'assurer de la véracité de ce qu'il voyait, il s'avanca avec lenteur au centre de la grande place encensée par la musique des saltimbanques, ignorant une silhouette s'approchant peu à peu de lui :
- "Mes yeux me trompent-ils ? Est-ce un rêve ? Une illusion ?"
Puis il pesta à voix haute, complêtement perdu et sous le choc :
- Mais je suis où là, enfin ! Quelqu'un peut-il me répondre !
Une main se posa sur son épaule, ainsi qu'une voix posée et familière lui demanda :
- Alan, c'est bien toi ?
Ce dernier, trop inquiet, se retourna vivement, main à la garde de son épée, puis se détendit en reconnaissant le héros du Temps. Soulagé de reconnaitre enfin quelqu'un qu'il connaissait, il laissa échapper une exclamation de surprise :
- Link ! Mais que... que fais-tu là ? Et où nous sommes ? Je ne suis pas sûr de reconnaitre... et que...?
Ce dernier ria avec douceur, réellement amusé, et lui enserra quelque peu l'épaule :
- Parce que tu l'ignores ? Alan, tu ne reconnaitrais plus ta ville natale ?
Si le jeune homme ne s'était pas retenu à la dernière minute, il aurait probablement crié de surprise. C'était donc bien le bourg ! Le voyant muet de surprise, Link reprit son sérieux et lui demanda avec soucis :
- Tu m'as l'air un peu déboussollé... mais où étais-tu passé pendant toutes ces années ? Tu étais déclaré pour mort !
Alan alors fut complêtement perdu, se rappellant effectivement le jour de sa mort sur le champ de bataille. Puis il lâcha dans un soupir :
- Si seulement je le savais moi-même... j'ai plutôt l'impression d'avoir dormi un moment, c'est tout...
Link, l'entrainant alors vers le château, essaya de rassurer le jeune homme perdu :
- Tu as dû alors dormir TRES longtemps d'un TRES lourd sommeil ! Sept ans se sont passés depuis !
Alan, regardant d'un air dubitatif le héros du Temps, fit alors remarquer :
- Mais tu n'as pas changé pourtant... cela m'étonne.
Link lui fit signe de baisser la voix, et lui glissa avant de passer les portes menant aux jardins royaux :
- La Reine Zelda t'expliquera tout. Car dans un certain sens ton étonnement est justifié. Mais il ne faut en parler qu'avec elle ou de ses gens de confiance hors des oreilles indiscrètes.
Alan fut surpris de voir le héros l'accompagner et parler, et quand il lui en fit la remarque, Link lui souria avec chaleur :
- De l'eau a coulé sous les ponts, Alan, il faudra t'y faire. Et tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser seul dans ce monde qui t'es encore méconnu ?
Le jeune homme se permit un très mince sourire en réponse à celui de son compagnon d'armes et de malheurs, alors que tous deux se dirigeaient vers l'entrée du château, Alan attendant un éclaircissement sur sa situation actuelle...
