Je rappelle que je poste deux chapitres liés ce soir, et qu'il s'agit ici de la deuxième partie. Pour une fois, je vais continuer sur ma lancée sans alterner avec "Entre" car je suis bien dans l'action (et par "action" j'entends l'histoire, je ne prétends nullement enchaîner des rebondissements dignes d'un film américain ^^'). Dès dimanche, donc, je mets à la suite, lors de laquelle notre pauvre Teddy-bear devra gérer la perspective de son départ et en informer notamment les personnes concernées... ce qui ne s'annonce pas être du gâteau (ni des "pêches à la crème" comme il le dirait lui-même...).

Ils avaient tous bien mangé grâce aux bons soins de l'Alabamien, qui était à présent au chevet de sa marmaille. Les trois galopins étaient bien installés dans le grand lit moelleux que la sollicitude de Michael leur avait alloué ; Caligula était au milieu, la présence de ses grands frères le rassurant dans la situation précaire et anxiogène où ils se trouvaient. Pour conforter leur sentiment de sécurité, Theodore leur racontait un conte de fées classique qu'ils avaient déjà entendu plusieurs fois.

- « Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea », conclut-il en accélérant brusquement sa diction élastique et en pinçant subrepticement les flancs des bambins.

Ces derniers sursautèrent d'une surprise attendue et se trémoussèrent douillettement sous leur édredon, leurs doux visages illuminés par la jubilation d'une histoire qui se termine comme prévu.

- « Moralité », reprit leur père d'un ton docte et en faisant couler toutes les syllabes sur sa langue veloutée, « on voit ici que de jeunes enfants, surtout de jeunes filles, belles, bien faites, et gentilles, font très mal d'écouter toute sorte de gens, et que ce n'est pas chose étrange, s'il en est tant que le Loup mange. Je dis le Loup, car tous les Loups ne sont pas de la même sorte ; il en est d'une humeur accorte, sans bruit, sans fiel et sans courroux, qui privés, complaisants et doux, suivent les jeunes Demoiselles jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ; mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux, de tous les Loups sont les plus dangereux… »

Le pédophile tapota les fronts de ses rejetons avec un sourire espiègle, puis il éteignit la petite lampe de chevet design et se leva. Alors qu'il allait partir, Caligula lui demanda :

- Papa se fera pas manger par le loup avant d'arriver en Italie, hein Papa ?

- Naaan, lui assura-t-il aussitôt. Le loup, lui, ça lui fait pas peur, crois-moi.

- Bon, acquiesça le benjamin, la conscience tranquille.

Pendant le reste de la soirée, T-bag expliqua plus en détails à la famille ce qu'il en était de leur affaire. A voix basse, il leur expliqua tout sur les inséminations illégales, dont ils avaient vaguement entendu parler quand elles avaient porté leurs fruits, sur la génitrice que Theodore devrait aller voir dès le lendemain pour la convaincre de partir en catastrophe avec eux. Ce ne serait pas une mince affaire, vu son caractère, mais il espérait y parvenir en lui promettant qu'elle serait libre de repartir aussitôt le voyage accompli. Il se désola enfin de la perspective de fermer boutique, alors même que son entreprise commençait à prendre de la renommée, qui plus est. LJ compatissait ; pas trop de regrets, en ce qui le concernait, car il commençait à devenir peu ou prou un peu grand pour la tranche d'âge dans laquelle le couturier officiait, mais il savait que ses camarades risquaient d'être davantage déçus.

- Pour ce qui est de ton succès naissant, t'as pas à t'en faire. Y a pas de raison que ta réputation pâtisse d'une migration en Europe, au contraire, tu sais que c'est le continent des arts et du raffinement libertin, ça risque de t'inspirer, le réconforta-t-il avec un sourire mi-complice mi-affligé.

Une crispation spasmodique traversa le visage ennuyé de Bagwell, lui faisant claquer la langue.

- Sans doute, mais il va falloir que je me retrouve des égéries parfaitement adéquates, c'est moins facile que ça en a l'air… Tu es bien placé pour le savoir : ça a mis du temps avant que les autres ne te rejoignent au compte-goutte.

- Ca te laissera le temps de te retourner, remarqua LJ en haussant les épaules.

Michael prit à son tour la parole :

- J'imagine que John a un plan pour assurer vos arrières quand vous arriverez…

- J'imagine, on n'a pas vraiment encore eu le temps d'en discuter. Mais rassure-toi, mon joli : quand on n'est pas coupé de ses contacts, là-bas, pas besoin de se donner en spectacle de manière lucrative, si tu vois ce que je veux dire, répondit T-bag en lui adressant un clin d'œil égrillard.

- Comme si ça t'effarouchait, espèce de malade… marmonna amèrement Lincoln.

- Je vais pas cracher dans la soupe : j'en ai pas mal tiré profit, à vrai dire… songea tout haut Theodore, d'abord en adressant à Gueule-d'Ange un sourire de prédateur assorti d'une caresse de la langue sur la lippe, puis en laissant son regard dériver plus lointainement tandis que ladite langue se tordait inconsciemment.

Le Grand Frère fulmina en silence tandis qu'LJ et Michael posaient d'autres questions sur l'endroit où ils vivraient et l'école où pourraient aller leurs petits anges anglophones, ce à quoi Bagwell était pour le moment bien en peine de répondre. Puis, alors que le silence s'était installé mais assez brusquement au milieu de cette ambiance nonchalante, Burrows se leva et déclara :

- Bon, ben j'espère que tu t'en sortiras avec tout ce bazar, en tout cas. Je vais me coucher, moi, on attaque la semaine demain… Tu viens, Mike ?

- Heu, oui… répondit l'intéressé, un peu confus. C'est vrai qu'il se fait tard. LJ, tu voudras bien lui prêter ton sac de couchage ?

- Sans problème !

- Bon… bonne nuit, alors.

- Bonne nuit, Oncle Mike !

- Fais de beaux rêves, Beauté.

- Oui, c'est ça, c'est ça, bonne nuit.

Les deux frères regagnèrent leur chambre et un sourire badin se glissa sur les lèvres d'LJ.

- Je crois que Papa a assez mal vécu certains moments de votre cavale…

- Lui, il crache dans la soupe, assura T-bag en tendant un doigt veule vers LJ pour appuyer ses dires. C'est un peu grâce à moi si je les ai retrouvés un soir à se vautrer dans le tabou de l'inceste à même l'herbe tendre.

Le jeune homme rit et se leva du canapé :

- Allez, viens, je vais te filer ton sac de couchage, comme au bon vieux temps !

Ils montèrent tous deux à l'étage et Junior se rendit dans sa chambre pour aller fouiller en haut de son placard.

- C'est un sacré grand lit, que tu as… fit remarquer Theodore.

- C'est pour mieux y dormir, mon enfant, répliqua LJ sans se détourner de sa tâche.

Il avait lui aussi entendu des bribes de la petite histoire du soir.

- Besoin d'un coup de main avec ça, mon biquet ? proposa-t-il en lorgnant la cambrure pâle qui dépassait légèrement du tee-shirt tendu du garçon.

- Ne me la joue pas, on peut pas dire que tu sois vraiment plus grand que moi, maintenant, railla le jeunot en farfouillant toujours vainement, juste avant de se sentir brusquement soulevé du sol.

- Peut-être mais je peux toujours me rendre utile.

Le sociopathe levait vers lui un sourire auto-satisfait, les bras fermement serrés autour de ses cuisses. Passée la surprise, LJ eut enfin tout le loisir de débusquer son sac de couchage au fond de l'étagère du haut. Néanmoins, il se glaça alors qu'il avait à peine saisi ce qu'il cherchait.

- T-bag, mais qu'est-ce que tu fous ?

L'Alabamien était en train de lécher amoureusement le creux de son dos, juste sur la colonne vertébrale, sans se gêner le moins du monde.

- Lâche-moi, protesta le jouvenceau en remuant.

Bagwell le laissa s'échapper en souriant à pleines dents de sa taquinerie.

- Tiens, prends ça et coucouche-canapé ! lui intima LJ en lui jetant le paquet à la figure.

- Merci tout plein, mon ange… répondit-il en attrapant vivement le sac avec un bruit de ballon qui éclate.

Puis il quitta la chambre après avoir souhaité bonne nuit. LJ le regarda descendre nonchalamment les escaliers en cassant la hanche, assez surpris, si ce n'est un brin vexé, de la docilité avec laquelle il s'était laissé mettre dehors…

De leur côté, Michael et Lincoln ne s'en tenaient guère à la courtoisie, puisque l'aîné avait plaqué son cadet contre le mur de la chambre et, perdu dans son cou, aventurait hardiment de larges paumes sous sa chemise.

- Linc… soupira sourdement Scofield en s'agrippant à ses larges épaules et sa nuque rasée.

Le frangin se contenta de le serrer un peu plus étroitement avec le poids de son corps. L'ingénieur sourit.

- Du calme, Linc, je ne vais pas m'envoler.

- Oh on ne sait jamais, avec toi… Le temps qu'on se retourne, Dieu sait par où tu as pu filer.

- Où que je file, ça ne peut être qu'avec toi, tu le sais bien… lui rappela Gueule-d'Ange à travers ses cils.

Lincoln l'étreignit, reconnaissant et possessif à la fois, plus que jamais conscient de sa chance unique d'avoir un frère pareil.

- Si c'est la présence de T-bag qui te rend aussi affamé, je ne peux que me féliciter de son séjour parmi nous, plaisanta Michael alors que son compère dégrafait avidement sa chemise.

- C'est pour ça que tu l'as fait rester, hein Myke ? Tu savais qu'il allait te tourner autour comme une saleté de chacal et qu'il allait me mettre les nerfs en pelote…

- Si peu… ironisa l'intéressé en se laissant voluptueusement dévêtir.

- Vicieux, va, grommela Burrows avec connivence.

- Si je n'avais pas un petit penchant pour ce côté « je te jette sur mon épaule et je te ramène à ma caverne », on serait en train de boire un verre entre frangins en parlant de nos prêts épargne logement, à l'heure qu'il est, admit Michael en lui retirant son tee-shirt.

- Je t'avertis tout de suite : c'est pas une raison valable pour laisser le pédophile te tripoter, l'avertit Lincoln en lui tendant sous le nez un doigt sévère de grand frère.

- Ce n'est pas comme s'il ne l'avait jamais fait… glissa le cadet en s'attachant à déboucler la ceinture du Déluge, n'obtenant en réponse qu'un grognement irrité.

Il ajouta :

- Tu te souviens de la fois où… ?

Mais il n'eut pas le loisir d'en dire plus, Lincoln ayant à nouveau plaqué son torse nu contre ses tatouages et ses lèvres sur les siennes.

Arrivé dans son salon, T-bag commença par consulter son téléphone cellulaire, qu'il avait pour une fois rangé soigneusement dans un endroit à portée. Ses connaissances plus que limitées en technologie électronique lui apprirent que personne n'avait essayé de le contacter, et il déroula platement son sac de couchage sur le canapé après en avoir balancé les coussins sur le sol. Il s'allongea pour réfléchir un peu aux évènements de la journée. Il savait qu'il ne s'endormirait pas avant de recevoir le coup de fil que le mafioso était censé lui passer pour lui confirmer qu'il était dans un avion. Il n'avait pas le sommeil particulièrement facile, aussi lui fallait-il au moins avoir la conscience tranquille – ce qui d'ordinaire n'était pas un problème malgré sa condition de tueur pédophile aryen, nécrophile-et-bisexuel-de-surcroit. Au bout de quelques minutes de songeries, cependant, il commença à percevoir un bruit sourd discret mais répétitif ; il crut d'abord qu'il s'agissait du vibreur de ce maudit appareil, puis il réalisa que cela venait de la pièce derrière lui. Il fronça les sourcils et se redressa pour coller son oreille contre le mur. Son sang ne fit qu'un tour et il écarquilla les yeux d'incrédulité en percevant assez nettement un « oh, Michael… » abandonné.

- C'est pas vrai… lâcha-t-il tout haut, pour lui même par la force des choses.

Il se laissa retomber contre le mur, dépité et un peu outragé. Il soupçonnait cette enclume de Burrows d'en rajouter exprès pour l'emmerder… A vrai dire, en d'autres circonstances, cela l'aurait davantage émoustillé qu'autre chose, mais pour l'heure il n'était tout simplement pas en conditions ; il faisait face à un drame existentiel, lui, nom de Dieu ! Tout à sa consternation, il sursauta lorsque le vibreur grésilla pour de bon sur son ventre. Il s'empressa de décrocher.

- John ?

- Teddy.

- Alors ? Ca s'est passé sans encombre ? s'enquit-il nerveusement.

- Comme une lettre à la poste, mon vieux. Je suis dans un petit jet privé bien cosy… fauteuil en cuir, minibar, hôtesse privée… une merveille, lui assura Abruzzi avec un sourire béat dans la voix.

- Enfoiré de veinard, lâcha T-bag.

- Et de ton côté, alors, les frangins ont marché ?

- Ils sont surtout en train de baiser à perdre haleine à moins d'un mètre, comme je te parle.

- … Vraiment ?

- Ouais, je suis sûr que si je collais cet engin de malheur contre le mur tu pourrais les entendre…

- Ca va aller, déclina le mafieux. Où sont les petits ? Ils ne sont pas exposés à toutes ces cochonneries, au moins ?

- Si on peut seulement qualifier leurs privautés de cochonneries… T'as vu comme moi à quoi ça ressemblait : un vrai documentaire animalier sur les mamans gorilles et leurs petits.

- Theodore…

- D'accord, la Beauté est plus jolie à regarder qu'un bébé singe… surtout quand elle prend son pied, ajouta-t-il la gorge serrée de dépit. Pour ce qui est des mômes, Dieu les préserve des échos compromettants, ces messieurs ont une très belle chambre rien que pour eux à l'autre bout du couloir, très classe et tout…

- Bien.

- …

- … Pauvre Teddy.

- Tout ça c'est ta faute !

- MA faute ? Pourquoi ça ?

- Je me suis retenu tout le temps où j'ai été à New-York, et Dieu sait que j'étais soumis à une grande promiscuité avec des ados de genre masculin qui bandent toutes les cinq minutes…

- Te fais pas d'illusion, c'est surtout eux qui t'auraient retenu, cow-boy…

- … et pendant ce temps toi tu nous rejouais OK Corral avec ta bande de guignols siciliens ! Et après quand je suis rentré il a fallu que tu fasses ta mijaurée et à cause de toi ça va faire cinq jours que ma queue est sans feu ni lieu ! vitupéra Bagwell.

- Et ce que j'avais sur les doigts, ce matin, c'était du petit-lait ? railla Abruzzi.

- C'est pas pareil… grognonna le maniaque sexuel, boudeur à présent qu'il avait comme laissé libre cours à la tension qui s'était insidieusement accumulée en lui depuis le départ du truand.

De son côté, John soupira, les lèvres serrées. Il jeta un coup d'œil hésitant à l'hôtesse qui se tenait toujours non-loin de là, en train de lui préparer un rafraîchissement. Elle lui sourit aimablement. Le gangster remua légèrement dans son costume, mal à l'aise.

- Bon, attends, grogna-t-il en se levant pour se replier dans les toilettes de l'appareil.

Ca restait des commodités d'avion, mais c'était tout de même beaucoup moins sordide que les goguenots de charters habituels. Au moins avait-il la place de se retourner. Il claqua la porte.

- Maintenant tu vas arrêter de me les briser, Teddy. On sait tous quelle plaie tu peux être quand tu es frustré, alors cesse de geindre et débarrasse-toi de… ce que tu as sur le cul, pour ce que j'en ai à foutre, avant d'aller violer le gamin Burrows dans son sommeil, ordonna-t-il sèchement.

T-bag se contenta de râler, sur un ton capricieux qu'il découvrit se rapprocher presque de celui de ce petit gros-plein-de-soupe impayable dans le cartoon de prédilection des gamins, qu'il regardait parfois avec eux en grignotant et en ricanant de bon cœur, les rares fois où il ne travaillait pas après l'heure de sortie des écoles.

- Mais JooOOHN… Je suis sur le canapé du Déluge et de la Gueule-d'Ange, je ne vais quand même pas…

- Ferme-la et baisse ton pantalon, T-bag.

- Mais si jamais…

- CUL NU TOUT DE SUITE, BORDEL DE DIEU ! aboya brutalement Abruzzi dans le récepteur.

Le sociopathe s'attela à la tâche sans demander son reste, un frisson d'excitation lui remontant le long de l'échine.

Le mafioso finit par émerger des lieux d'aisance, pas si à l'aise que ça. Il avait un sourire suffisant et niais répandu sur le visage, mais aussi une présence encombrante dans le futal. Il n'allait quand même pas mendier la pareille juste après avoir lubriquement savouré le fait d'avoir réduit Theodore à l'état de loque humaine moite et essoufflée ! Ce dernier devait rester persuadé qu'il savait se contrôler au besoin, lui…

- S'il vous plait ! appela-t-il poliment.

L'hôtesse toute menue s'approcha avec un sourire prude dont sa petite toque de traviole faisait mentir la droiture. Elle était très jeune et très proprette dans son uniforme strict, avec ses courts cheveux crantés et son grain de beauté au coin d'un sourcil mutin. Il se contenterait de batifoler, il l'aurait probablement brisée en mille morceaux avec les habitudes que son Alabamien ruant et jurant lui avaient données, et qui n'avaient fait que le conforter dans son idée que la plupart des femmes étaient des poupées à manier avec la plus extrême circonspection.

- Miss euh… Audrey, dit-il après avoir jeté un œil à son badge, j'aurais besoin d'un petit coup de main, si ça ne vous ennuie pas.

Les yeux bleus de la jeune fille se teintèrent d'espièglerie. Dieu bénisse la Cosa Nostra !