Chapitre 13

Anna ouvrit les yeux et sourit. Décidément, ce sourire ne quittait pas ses lèvres depuis quelques jours. Elle se dégagea des bras qui l'enserraient et frissonna : ils n'avaient pas ravivé le feu pour la nuit, et il faisait très frais. Elle tira les draps par dessus son amant, et s'en alla choisir des vêtements.

- Anna ?
- Salut Erika.
- Dis, tu sais où est Declan ? Y a une cargaison à aller récupérer et il faut qu'on soit au moins deux.
Anna eut un petit sourire en coin qui mit la puce à l'oreille de la métamorphe.
- Non ?
- Si. Mais , est-ce que moi, je peux t'aider ?
- Bien sur.
- Alors laissons le dormir.
- Tu l'as épuisé ?
- Non. Il est exténué depuis … le gamin...
- Oh, je comprends. Bon, ben rendez vous en bas dans cinq minutes.
- Ca marche.
Anna fit demi tour, et récupéra son équipement dans sa chambre. Un petit regard attendri vers le lit, et elle rejoignait Erika en toute hâte.

Deux heures plus tard, les phénomènes étaient cage, soignés, et leur fiche établie.
- Merci Anna. fit le zoologiste en chef anglais
- Y a pas de quoi, je suis là pour ça.
- Je sais, mais vos capacités nous ont bien aidés.
Anna fit un sourire et s'éclipsa, direction la cuisine. Elle se lava les mains, et se prépara un petit déjeuner : elle mourrait de faim.
Elle s'installait au comptoir quand un bruit derrière elle la fit se retourner.

Declan ouvrit les yeux en s'étirant. Il tapota la place voisine mais ne rencontra que le vide. D'interrogeant sur l'absence d'Anna, il finit par tomber sur un petit morceau de papier en tatonnant.

Partie aider Erika.
J'espère que t'as bien dormi
On se retrouve au ptit dej ?

Vaguement bougon, il finit par se lever et regagner le plus discrètement possible sa chambre. Il se prépara et finit par gagner la cuisine, étonné d'avoir si bien dormi.

Les cheveux encore humide, un peu ébourrifés, Declan avait revêtu un treillis et un vieux sweat confortable. Anna haussa un sourcil : même s'il privilégiait le pratique, il était généralement vêtu de façon plus élégante.
- Quoi?
- Rien.
Declan salua le cuisinier et vint comme à son habitude embrasser la joue de la jeune mutante, récoltant un regard reconnaissant en retour. Déjà qu'elle doutait qu'Erika puisse tenir sa langue, elle ne tenait pas spécialement à subit les regards en coins et les réflexions qui allaient découler de leur liaison.

Pendant plusieurs semaines, il en fut ainsi. Ils apprenaient doucement à se découvrir, et Anna prenait ses marques à Londres. Pendant leurs rares moments de temps libre, Declan la trainait de balade en visite touristique, souriant de la voir s'émerveiller de ses découvertes.
Erika avait fini par avouer qu'elle avait rompu avec Henry, aucun d'entre eux n'étant prêt à quitter son univers pour le moment. Mais elle avait rassuré Anna : elle n'avait pas dit un mot à propos de leur récente histoire.

- Magnus te réclame... Elle dit qu'Henry t'attend pour construire un nouveau système...
- Je sais...
- Tu vas devoir repartir
- J'en ai pas envie...
- Tu veux un scoop? Moi non plus.
- Bon, ben attaquons le sujet qui fache. On fait quoi ?
Declan fit l'innocent, étonné qu'elle ait lancé la conversation.
- Declan...De toute façon, on a peu d'options. Toi, tu peux pas tout plaquer pour repartir avec moi, et moi je peux pas tout quitter là comme ça, pour rester ici. Donc y a deux solutions, soit on en reste là, soit on voit ce que donne la distance.
Anna déglutit difficilement. Dieu sait qu'elle ne voulait absolument pas en rester là, mais elle ne voulait pas occulter cette possibilité.
Declan resserra instinctement sa prise autour de la taille de sa compagne. Cela aurait été bien plus raisonnable, mais il n'avait vraiment pas envie de la laisser partir.
Il cala son menton au creux de l'épaule d'Anna, et sourit en sentant la jeune femme frotter sa joue rapeuse.
Il finit par soupirer, un peu dépité.
- Qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai pas besoin d'être empathe pour sentir que tu es tendu depuis tout à l'heure... fit doucement Anna.
- Je pensais juste à Magnus. Je pense que si elle me voyait là, elle doutera de ma capacité à diriger le Sanctuaire...
- Et pourquoi ?
- Parce que, chère demoiselle, vous avez un drôle d'effet sur moi.
- Et bien, cher monsieur, c'est pour cela que nous n'allons rien dire pour l'instant. Et on verra où ça nous mène...On est assez grands pour ne pas se faire de mal inutilement, pas vrai ?
Declan se leva.
- Il faut qu'on rentre...
Anna se leva, et attrapa son casque. Ils échangèrent un regard avant que Declan ne l'enlace. Ils restèrent là un long moment, avant que des aboiements ne rompent leur étreinte. Un petit chiot aboyait à leurs pieds, réclamant sans doute sa dose de caresses.
D'un même mouvement, il se baissèrent et Anna cajola le petit labrador, avant qu'une jeune fille ne s'arrete près d'eux.
- Je suis désolée, il m'a échappé, j'étais en train de lui faire faire des exercices...
- C'est pas grave, la rassura Anna. Personnellement j'adore les chiens.
- Ah, Joanie! Tu l'as retrouvé? coupa une voix plus mure.
- Oui Granny. Regarde, il faisait le fou et réclamait des caresses.
- Je t'avais dit qu'il était trop jeune pour être dressé! souriait la vieille dame. Désolée, jeunes gens, ma petite fille est un peu obstinée parfois.
- Aucun problème, Madame. répondit cette fois Declan.
- Bon Joanie, laissons ce joli petit couple vaquer à ses occupations. Bonne fin de journée jeune gens
Après les salutations d'usage, les deux amants reprirent leur chemin. Casques à la main, il s'arretent partager un café, puis réintégrèrent le Sanctuaire londonien discrètement.

- Alors cette balade ?
Anna était assise en tailleur sur un canapé, triait les photos prises au cours de son séjour londonien, et indien.
- T'as quand même pris beaucoup de photos, fit la métamorphe en jetant un oeil par dessus mon épaule.
- Faut bien que je justifie mon voyage touristique... fit Anna en haussant les épaules.
- Et... vous allez faire quoi ?
- Erika, le prends pas mal, mais là j'ai pas vraiment envie d'en parler, ni de me poser des questions. Je suis encore là, alors je veux juste profiter un maximum des gens formidables que j'ai rencontrés ici.
Anna brancha une clef usb et y transféra certaines de ses photos, avant de refermer l'ordinateur portable.
Erika la regarda, pensive. Elle, elle avait le choix, et pourtant elle ne restait pas. Elle repensa à sa séparation, puis songea que peut-être ils avaient raison. Il valait peut-être mieux laisser faire le temps.