Salut tout le monde!

Déjà, je m'excuse platement, je sais que je devais poster en août, seulement la relecture de ce chapitre a été très longue, et compliquée. Il y a eu énormément de changements de dernière minute (bien plus que d'habitude), et en parallèle, j'ai beaucoup écrit pour les chapitres suivants. A ce jour, le chapitre 12 est fini (ENFIN), et le chapitre 13 en est à ses dernières pages. Il me reste donc le chapitre 14, et l'épilogue+surprise, et WAPU sera terminé...

Enfin, je vous reparle de tout ça en bas. Là, maintenant, juste quelques mots de vocabulaire à vous donner : le genkan, c'est cet espace dans l'entrée de toutes les habitations japonaises, où les japonais enlèvent leurs chaussures. Et s'ils le font, ce n'est pas seulement pour une question d'hygiène, mais aussi car c'est un symbole, celui qu'en enlevant leurs chaussures, ils laissent aussi leurs soucis de côté, pour profiter du repos et de la présence de leur famille.

Le katakana est un des syllabaires japonais, donc un moyen de retranscrire les syllabes. Il est particulier car il peut-être utilisé soit pour retranscrire les mots étrangers, ou alors comme un moyen de mettre "en gras" un mot.

Sur ce, disclaimer à Masashi Kishimoto et Shungiku Nakamura. Merci à Yume ka Mage pour sa bêta-lecture, et à sasunarufann pour sa primo-lecture; je le répète, mais vous assurez les filles! ^^

HAVE A GOOD READ!


THE WAR OF PUBLISHERS – Ultime partie
CHAPITRE 11


Naruto et moi, on est dans un parc. Je ne me souviens plus trop de comment on est arrivés là, mais c'est pas important. La seule chose que je sais, c'est qu'il parle, sans s'arrêter, mais je pipe pas un mot de ce qu'il raconte. Et pourtant, je hoche la tête, et réponds quelques ''ouais'' à intervalles réguliers, et ça a l'air de le satisfaire. Je me rends même pas compte que pendant ce temps-là, on se rapproche, et nos têtes finissent par être séparées par seulement quelques centimètres.

Il s'arrête de parler, enfin je crois. Il lève une main, la passe sur ma joue, et appuie son front contre le mien. Il murmure quelque chose, qui donne l'impression à mon cœur qu'il s'envole, et je lui chuchote quelque chose en réponse.

On se rapproche encore, je sens son souffle sur mes lèvres. Et là...

...je me réveille. Et je me sens plus vide que jamais.


Il est toujours plus facile de détruire que de créer. Et il est toujours plus difficile de s'unir que de se séparer.
Yumichika Ayasegawa – Bleach


Il faisait nuit depuis plusieurs heures, déjà. Et Sasuke s'apprêtait à aller rendre visite à Morphée quand une personne bien plus réelle en décida autrement.

Le brun grogna, jetant un coup d'œil à son portable qui indiquait qu'il était bientôt minuit, et resta immobile quelques instants, hésitant sur la marche à suivre. Envoyer Naruto balader, pour risquer ses foudres le lendemain, ou bien aller lui ouvrir, ce qui pourrait être soit la promesse d'une bonne nuit dans les bras de l'autre, soit un coup de gueule nocturne sorti d'on ne sait où.

La possibilité la plus alléchante lui redonna un peu de courage, et Sasuke daigna enfin s'extirper de ses draps. Il se promettait de faire payer au blond s'il venait le voir pour une broutille, quand il ouvrit en grand la porte.

Jusque-là, pas une fois la possibilité qu'une autre personne que Naruto ne vienne le voir à cette heure-ci n'avait traversé son esprit.

Malheureusement pour lui, que ce soit une douce vengeance, ou une bonne soirée; ses fantasmes sur ce qui suivrait s'évanouirent. Sur le futur proche, ou bien même les prochains mois. Il sut, au fond de lui, alors que celui qui lui faisait face n'avait toujours rien dit, que ces quelques mois passés avec Naruto, à se rapprocher encore et encore, à profiter innocemment de l'euphorie que créait leur relation qui évoluait; il en viendrait bientôt à les regretter. Et déplorer le fait de ne pas en avoir assez profité.

Le fin sourire de Madara voulait tout dire. Sasuke voulait croire qu'il était assez fort, assez intelligent, pour arriver à mettre un terme à cette situation avec l'Akatsuki sans trop faire d'efforts. Si ça n'avait été que les nouveaux directeurs de l'Akatsuki, tout aurait été réglé.

Mais celui qui se trouvait là maintenant, qui n'était pas le moins du monde anxieux de se retrouver face à son ennemi, et dont les épaules larges portaient une confiance inébranlable; était un Uchiha. Et il se connaissait assez bien pour savoir ce que ce nom de famille signifiait.

Un Uchiha ne perdait jamais. Un Uchiha obtenait toujours ce qu'il voulait.

Et le problème était que Sasuke savait pertinemment que Madara était aussi conscient de ça que lui. Peut-être même encore plus. Car l'âge ne fait pas tout, certes, mais il n'est pas non plus à sous-estimer.

Madara avait peut-être dépassé la cinquantaine, mais les années ne semblaient pas l'affecter. Il était de ces hommes chanceux qu'on croit comme ayant tout juste la trentaine. Son visage d'albâtre n'avait comme rides que quelques plis au coin des lèvres et des yeux, ainsi que ces longues cernes sous ses paupières. Et ses pupilles noires, plus sombres que la nuit qui enveloppait à cet instant la ville, ne montraient en rien une fatigue liée aux années qui s'écoulent. Elles restaient tout aussi vives d'intelligence qu'autrefois, acérées, deux poignards témoins d'un ego d'une taille très respectable, et d'un mépris encore plus grand.

Sasuke s'efforçait de lui rendre son regard. Il cachait la douleur que lui provoquait son estomac tordu, et son cœur qui battait encore fort sous la surprise de ne pas avoir trouvé un blond au sourire large sur le pas de sa porte, mais un brun qui exerçait tout le dédain dont il était capable sur lui.

Madara rompit l'étrange tableau dans lequel ils avaient été figés, jetant un coup d'œil à sa gauche. Son attention se réorienta vers son petit cousin et il lui fit doucement signe d'approcher d'un mouvement de l'index, comme on le ferait à un enfant avant de lui faire une jolie surprise, cachée dans son dos.

Seulement, Sasuke savait que peu importe ce que Madara allait lui montrer, la vue ne le réjouirait pas. Loin de là. Il tâcha de ne pas montrer son hésitation dans sa démarche, restant fier et droit, ses yeux abyssaux plantés dans ceux de son oncle. Passant le pas de sa porte, qui se referma en un doux battement derrière lui, l'éditeur se tourna vers ce que lui indiquait son visiteur, sur sa droite. Il arrêta de respirer.

Face à la porte de Naruto, plusieurs hommes se tenaient, et démontraient par leurs traits durs et menaçants que leur présence n'était pas amicale. C'était presque s'il devinait leurs armes, accrochées à l'arrière de leur ceinture, ou bien dans la poche intérieure de leur veste.

Madara n'attendit même pas qu'il commente sa petite surprise, et rentra directement dans son appartement. Fronçant les sourcils, l'éditeur fit volte-face, retournant chez lui, pour y voir son oncle trônant au beau milieu de la pièce, comme si l'endroit lui appartenait. Il n'avait même pas retiré ses chaussures dans le genkan.

Sasuke, ne prononçant toujours pas un mot, referma derrière lui. Il savait que parler ne servirait strictement à rien, car Uchiha Madara fait ce qu'il veut, quand il veut, où il veut. Alors il se taisait, d'autant plus qu'il n'avait tout bonnement rien à dire. En revanche, il avait quelque chose à faire.

Il marcha, tranquillement, jusqu'à son aîné, et se tint en face de lui, son visage n'exprimant absolument rien si ce n'est un stoïcisme parfait. Il était très proche de son aïeul, qui ne cillait pas non plus. Sasuke baissa son regard, regardant longuement l'homme qui avait juré de ruiner sa vie.

Et son poing s'abattit sur la pommette de Madara.

Sasuke inspira lourdement, sentant son cœur se débarrasser d'un poids. Il n'avait aucune idée de ce qui suivrait, et c'était bien la première fois qu'il agissait de manière aussi irréfléchie. Peut-être que Naruto déteignait sur lui. Peut-être que c'était parce que l'eau avait débordé du vase, à cause de ce visage souriant. Il lui avait donné l'irrémédiable envie de se débarrasser de cette colère qui lui tordait le ventre depuis plus de six mois.

Il ne savait pas comment Madara réagirait. Mais jamais, au grand jamais, il ne regretterait son geste.

Le plus âgé se redressa lentement, ne perdant pas une miette de sa fierté, et dévisagea hautainement l'éditeur. Et enfin, il prononça ses premiers mots de la soirée :

« Tu es tombé vraiment bien bas, Sasuke. Tu es énervé, tu frappes; est-ce le grand amour qui a fait d'Uchiha Sasuke un faible qui ne communique que par la violence? »

Sasuke fronça les sourcils, se massant le poing, et pas touché le moins du monde par les paroles de son aîné. La voix de Madara, ça faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas entendue. Le ton suffisant, légèrement nasillard, mais qui flottait encore dans la pièce, comme un air lourd de canicule, bizarrement, ne lui avait pas manqué.

« Qu'est-ce que vous me voulez? »

Un bref sourire étira une de ses commissures. Il semblait s'amuser du fait que Sasuke allait droit au but, ne perdant même pas son temps à cacher le dégoût qu'il éprouvait de voir l'autre chez lui. Mais l'amusement qu'avait évoqué son visage une demi-seconde ne changeait pas la froideur de ses mots.

« Je ne te veux aucun mal. Ni à toi, ni à cet autre homme.

– C'est ça. »

L'homme aux longs cheveux bruns haussa un sourcil.

« Tu crois que je suis venu jusqu'ici pour vous tuer? Je suis donc si stupide que ça, à tes yeux? » il exhala un léger rire, faisant vaguement voleter la mèche sombre qui lui tombait devant les yeux. « L'idée d'exécuter quelqu'un me dégoûte. Je ne suis pas un assassin. Je n'y suis pour rien dans les meurtres qu'il y a pu y avoir. Qui plus est, au fond, je me fiche de la Konoha. Je ne vois son extinction que comme un bonus. »

Sasuke le fusilla du regard, mais Madara ne flancha pas une seconde, son dédain ne diminuant pas. Il dit doucement :

« Ne t'inquiète pas pour Uzumaki. Je ne le toucherai pas. Si je suis là, c'est pour te laisser le choix.

– C'est-à-dire? »

Il ferma un instant les yeux, inspirant avant de secouer la tête, comme désespéré.

« Tu refuses de l'accepter, mais tu sais parfaitement que j'ai déjà gagné, Sasuke. »

Madara plongea ses mains dans ses poches en un geste détendu, presque lassé.

« C'est trop tard. Les événements vont s'enchaîner, et tu n'y pourras absolument rien. Mais je n'aime pas faire couler du sang inutilement, ni poignarder dans le dos-

– Heh. »

Le rire bref de Sasuke le coupa, et il le considéra avec un sourcil levé, lui aussi, continuant malgré tout :

« C'est pour cela je te propose d'abandonner dès maintenant, et éviter de perdre du temps.

– Et vous croyez sérieusement que je pourrais accepter? »

Madara étrécit ses yeux.

« Je me suis laissé effleurer par l'idée que tu pouvais avoir fait face dignement à la situation ainsi qu'accepté ton sort.

– Ne soyez pas trop arrogant, pesta Sasuke. Vous n'êtes pas un Dieu, et je parviendrais à vous anéantir. » un air arrogant se peignit sur son visage. « Je vais finir ce que j'ai commencé, avec l'extinction totale de l'Uchiha Shouten. »

Le PDG de l'Akatsuki éclata de rire, faisant imperceptiblement frissonner Sasuke. Son accès de rire se prolongea, puis s'éteignit lentement, jusqu'à que Madara ne plante ses yeux voilés par la haine sur son petit-cousin.

« Tu es juste tellement ridicule, cracha-t-il. Tu as vraiment changé. Tu sais pourquoi? »

Sasuke prit ça pour une question rhétorique, et Madara lui lança un sourire en coin de mauvais augure.

« Parce qu'auparavant, tout ce que tu viens de me dire aurait été prononcé à cause de ton orgueil que j'aurais chatouillé, comme tout bon Uchiha. Aujourd'hui, la raison pour laquelle tu es énervé, que tu perds ton calme, c'est à cause d'une personne. Tu es tombé dans le pire piège qui soit, et auquel aucun Uchiha n'est censé succomber. »

Il n'appréciait pas la tournure des paroles de Madara, ni leur sous-entendu et même la sécheresse avec laquelle il les avait dites. Mais elles le poussaient à se taire et ne pas faire une nouvelle fois parler sa colère. Ça suffisait comme ça, de s'emporter.

« C'est bien pour cela que nous préférons les mariages arrangés au sein de notre clan, poursuivit Madara. Parce que l'amour est la pire faiblesse qui puisse exister. » il s'esclaffa. « Et dans ton cas, elle est même ridicule. »

Sasuke fronça les sourcils. Non, il n'aimait absolument pas ce que lui disait son aïeul. Pourtant, celui-ci continua :

« Qui est-il d'ailleurs? Je n'arrive pas à croire que tu aies pu tomber amoureux, et qu'en plus ce soit d'un homme aussi minable... »

Malgré la haine sourde qui enflammait ses veines, il ne put empêcher un air sceptique de s'installer sur ses traits durs, ce que Madara remarqua immédiatement :

« Oh, ne me regarde pas comme ça, Sasuke. Bien sûr que oui, je n'en ai rien à faire que ce soit d'un homme dont tu te sois acoquiné. Ce qui compte est la personne en elle-même. Et ce type n'a rien à faire avec un Uchiha. Il est faible. »

Les yeux du plus jeune s'obscurcirent, et il sentit ses doigts se crisper doucement.

« En restant avec lui, tu fais uniquement honte à notre famille. Ce pauvre garçon qui s'est fait entretenir par les Hyuuga... Un parasite, c'est tout ce qu'il est. »

Cette fois-ci, son poing se ferma distinctement, et avant qu'il ne puisse faire un seul geste, le boss de l'Akatsuki avait attrapé son bras et le retournait, le plaquant contre un mur.

« Ça suffit, Sasuke, tu fais déjà honte à notre nom, n'aggrave pas les choses.

– Et être soupçonné de tuer des innocents, ça ne l'entache pas, peut-être? »

Madara resta parfaitement calme, et répondit de sa voix grave et froide :

« Si tu ne nous avais pas trahis, rien de tout cela ne serait arrivé. »

Les muscles de l'éditeur en chef se tendirent, mais Madara ne s'arrêta pas :

« Certains te voient comme un héros, tu le sais? Dans ton entreprise, quand ils se demandent pourquoi tu as été jusqu'à couler la maison d'édition de ta propre famille, les bouches prononcent bien trop de mensonges. Ils pensent que c'est moi qui t'ai chassé, pour que tu ne prennes pas ma place à la tête de l'Uchiha Shouten. »

Il s'approcha pour souffler à son oreille :

« Mais c'est faux, et tu le sais très bien. Si tu as fais ça, ce n'était aucunement par vengeance. Mais par profit. L'Akatsuki vous cherchait des noises, sans que cela soit bien méchant, et tu y as vu là l'opportunité parfaite pour réduire en pièce l'œuvre de ton père que tu as tant détesté. D'une pierre deux coups, n'est-ce pas? Blesser profondément l'Akatsuki et anéantir l'Uchiha Shouten... Tu n'es en rien un messie, seulement un gamin prétentieux qui a planté un couteau dans le dos de sa propre famille.

« Ce jour-là, quand tu es venu me trouver pour une collaboration entre la Konoha et l'Uchiha Shouten, j'ai accepté, car je savais que tu étais intelligent, et que tu connaissais parfaitement les conséquences qu'il y aurait à tes actes, si jamais tu venais à nous tromper. J'ai consenti à ce que nous essayions de collaborer, ç'aurait été favorable à tout le monde. Mais à la place, tu as agi comme un pauvre idiot. Tu as utilisé des informations trouvées dans nos murs pour les faire flancher. Comme un lâche, tu as évité le champ de bataille et tu as attaqué par derrière. Depuis ce jour... j'ai vraiment pitié de toi, Sasuke. »

La mâchoire de Sasuke se contracta à l'entente de ces mots, de toute la vérité qui se trouvait derrière eux. Madara n'était pas un menteur. Il était vil, froid, et calculateur, mais honnête.

« Vraiment... Tu m'as extrêmement déçu.

– Lâchez-moi. »

Sasuke tourna lentement son visage en direction de son oncle, le regard noir, et le ton polaire. Il se fichait de ce que pensait Madara. Il ne regrettait pas ce qu'il avait fait, et ne le regretterait jamais.

Le plus âgé le lâcha, et se redressa bien rapidement, remettant en place son costume sur mesure.

« Bon... quelle est ta réponse? »

Sasuke plissa les yeux.

« Je ne viendrai pas.

– Et que feras-tu, quand votre histoire se saura? Tu es assez connu pour que même les magazines en parlent, et que le scandale touche profondément la Konoha. Et il pourrait même perdre sa place à cause de toi. »

Un frisson parcourut l'éditeur, qui siffla :

« Ça n'arrivera pas.

– Oh que si, ça arrivera.

– Je ne vous laisserai pas faire.

– Je ne suis pas ton seul ennemi, Sasuke. »

Cillant, il chercha quelques instants à comprendre ce que lui avait dit son aîné, mais campa sur ses positions.

« Je ne l'abandonnerai pas.

– Et si c'est lui qui te laisse? Après tout, il l'a déjà fait. »

Le poing de Sasuke le démangea une nouvelle fois, tandis que malgré lui, un rire lui échappait :

« Et depuis quand y connaissez-vous quelque chose à l'amour, hein? Vous essayez de me faire peur, mais regardez qui parle. Célibataire à plus de cinquante ans, n'ayant jamais eu qui que ce soit, vous vous croyez capable de faire la leçon? »

Les sourcils du plus âgé s'arquèrent, et il se rapprocha de son cadet, ses yeux n'ayant jamais été aussi sombres.

« Te rends-tu compte d'à quel point ta provocation est puérile?

– N'en reste-t-elle pas vraie? »

Madara le regarda longuement, les lèvres entrouvertes, même s'il n'avait en rien l'air perdu, ou cherchant ses mots. Seulement légèrement appréhensif à les prononcer. Il finit par murmurer :

« Je suis certes seul, mais c'est parce que je l'ai choisi. Parce que c'est ainsi que je vis. Les personnes pouvant rester seules jusqu'à la fin de leur vie et étant capables d'en être heureuses ne sont-elles pas les plus sages? Ainsi, il n'y a pas d'appartenance. Il n'y a pas de faiblesses.

– Comment pouvez-vous vous dire heureux si vous n'avez même pas eu l'occasion de ressentir ce que peut procurer une vie avec une personne aimée?

– Quelque chose que l'on ne connaît pas ne peut pas manquer. »

Sasuke ne répondit rien, car il n'y avait rien à répondre. Sa colère se dissipait, et était remplacée par une pitié qu'il n'aurait jamais cru ressentir à l'égard de son oncle. Madara avait un cœur de pierre, et semblait s'en contenter. Pas que cela dérange Sasuke. Mais au fond de lui, cette partie de son inconscient qui considérait Madara comme un être humain et non un homme de glace; ne pouvait s'empêcher de souhaiter que lui aussi soit aimé, un jour. Que ce soit pour que, au final, ce soit Sasuke qui ait raison, ou alors parce que personne sur Terre ne méritait de finir sa vie seul, à être détesté.

Et au final, cette soudaine compassion, venue de nulle part, qui l'avait presque attendri, ne fit que remonter sa fatigue. Alors Sasuke ne trouva qu'une chose à dire :

« Si vous en avez fini, je suggère que vous partiez, maintenant. »

Madara redressa la tête, presque surpris par le ton avec lequel Sasuke avait parlé. Il n'était pas frustré, ou même vexé. Simplement las.

« Alors tu ne viens pas?

– Non. »

Le plus âgé baissa les yeux, acquiesçant.

« Tu es vraiment un idiot. »

Il passa une main dans sa veste, et en ressortit un enregistreur qu'il mit en marche.

''-parfois, la littérature me manque.''

Sasuke fronça les sourcils en entendant la voix de Naruto, son timbre facilement reconnaissable malgré la qualité assez mauvaise du son, comme si ses paroles avaient été augmentées pour qu'elles ne soient plus murmurées.

''Ça te prend souvent?''

Cette fois-ci, c'était la voix d'Itachi, et Sasuke attrapa le magnétophone.

''Je sais pas, de temps en temps, j'ai ultra envie de lire un livre, mais j'ai pas le temps à cause de la time-line, ou bien des imprimeurs... Ouais, ça m'arrive souvent, c'est vrai-''

Sasuke arrêta la bande, ne souhaitant pas entendre la suite en présence de l'autre Uchiha. Il remonta des yeux sombres en direction de son aïeul qui dit lentement :

« Tu n'as même pas le courage d'écouter jusqu'au bout? Tu ne t'attendais sûrement pas à ça venant de ton petit copain, hein? » il lâcha un ricanement. « C'est pitoyable, n'est-ce pas, celui que tu t'évertues à vouloir protéger, finalement, ne cherche qu'à s'éloigner de toi...

– Taisez-vous, siffla Sasuke.

– Et pourquoi le ferais-je? Je dis uniquement la vérité. Ne me dis pas que tu te fais encore des illusions?

– Vous ne savez rien, alors fermez-là. Allez dans votre appartement vide, pleurer sur le fait que personne ne vous a jamais aimé, et laissez-nous tranquilles. »

Sasuke croisa le regard de son aîné, et ne put réprimer un frisson quand il vit la haine brûlante au fond de ses obsidiennes. Une telle colère le rendit perplexe, car il s'attendait simplement à un mépris encore plus pesant, plutôt que de cette hostilité.

« Je te laisse l'enregistrement, tonna-t-il. Écoute-le bien, et comprends ta situation, pauvre imbécile. »

Sasuke le suivit du regard, les poings tremblants, puis Madara ouvrit la porte, ses doigts douloureusement crispés sur la poignée. Et il la claqua.

Vingt minutes plus tard, il appellerait un certain Deidara, pour lui annoncer la mise en marche de la seconde étape.

Sasuke, respirant lentement, fixa la porte encore longtemps, les doigts fermés sur l'enregistreur. Il baissa ses yeux dessus, et le remit en route.

Il écouta la conversation depuis le début, ne ressentant aucune culpabilité à entendre cette conversation qu'avaient eu son frère et Naruto. Il lâcha malgré lui des sourires en entendant la façon dont Itachi faisait tourner Naruto en bourrique, et les faibles tentatives du blond pour y répondre. Mais quand arriva le plus piquant de la conversation, qui fit baisser la voix des deux intéressés, il se tendit et écouta avec une boule dans la gorge.

''Jusque-là personne ne t'a rien dit, surtout pas Sasuke, mais il a reçu une lettre du DRH, lui posant des questions sur votre relation.''

Sasuke écarquilla légèrement les yeux en entendant ceci, et serra les dents. Itachi n'était pas censé lui en parler.

''Vraiment?

Oui. Donc, même si je sais que Sasuke ne le vivrait pas très bien, je veux que tu réfléchisses à ceci, Naruto.''

Une fois qu'il eut fini de parler, il s'écoula un long blanc, durant lequel Naruto réfléchissait certainement. Il entendit enfin quelques sons parasites, un tapotement léger, comme le clavier d'un téléphone, ou encore quelques conversations et bruits de vaisselle. Ils étaient dans un café.

''Je... Je ne sais pas, Itachi. Tu sais, je comprends où tu veux en venir, et même si ça me manque, j'aime bien ce boulot maintenant...''

Un nouveau silence s'écoula, où seulement des bruits de frottement de vêtements se firent entendre.

''Mais...''

La respiration de Sasuke se coupa.

''Je vais y réfléchir.''

Et la main de Sasuke s'abattit sur le magnétophone.


« Elizabeth, tu me passes mon cutter, s'il te plaît? »

L'immense canard qui était assis face au bureau de Lee attrapa l'outil et le passa à Sakura qui fit comme si de rien n'était. Un bruit sourd attira l'attention de la jeune femme, habillée avec une robe chinoise, et portant des macarons.

« Naruto, ça va? »

Ses yeux bleus n'avaient jamais été aussi grand ouverts. Il avait presque l'air... terrifié. Il leva un doigt tremblant, désignant Elizabeth, qui n'était pas là quand il était parti prendre sa pause, et murmura :

« C-C'est quoi ce délire? »

Sakura lui fit un grand sourire, et Shikamaru écarta les bras :

« Ladies and gentlemen, je vous présente Elizabeth, amanto, d'origine totalement inconnue.

– ...c'est-à-dire? » insista Naruto, conscient de sa bouche toujours entrouverte.

Le brun ricana, et Lee, en dessous son déguisement, attrapa une pancarte pour écrire :

"C'EST GINTAMA!"

Un des sourcils blonds tiqua, tandis qu'il lâchait :

« Ah. Tout s'explique, dans ce cas. »

Ses collègues se mirent à rire, tandis que le blond, se disant qu'il ne devrait même plus être étonné à force, ramassa les dossiers qu'il avait laissés tomber et alla se rasseoir. Il se remit au travail, et son regard se posa sur la chaise vide qui les présidait. Shikamaru lança un coup d'œil à Naruto derrière le monocle qu'il portait.

« Qu'est-ce qu'il y a?

– Rien, rien... »

Un pli songeur déforma la bouche du brun.

« Il s'est passé quelque chose avec Sasuke? »

Le blond inspira, secouant la tête.

« Je ne sais pas, il était bizarre ce matin. Il est venu me chercher comme d'habitude, mais il a pas prononcé un mot de la matinée. »

Sakura fut tentée de lui lancer une petite pique, s'apprêtant à demander s'il était inquiet car il n'avait pas eu le droit à un bisou avant de bosser; mais en voyant le désarroi sur le visage de son collègue, elle se retint.

Cet étrange comportement inquiétait Naruto. Sasuke avait semblé bien plus sur ses gardes que d'habitude, ce matin-là, et pourtant rien ne semblait s'être passé de spécial. Et puis, la façon dont il avait refusé de lui adresser la parole... ce n'était pas la mauvaise humeur matinale.

Il finit par secouer la tête. Il aurait de toute façon toute la journée pour parler à Sasuke et lui demander s'il avait un quelconque souci.

Une bonne heure plus tard, Sakura jeta un coup d'œil à la pendule qui indiquait 14h12, et lâcha un petit son surpris.

« Il est déjà si tard? » elle détacha ses cheveux. « J'y vais les gars, j'ai pris mon après-midi.

– Tu vas aider ton copain pour son emménagement c'est ça? » marmonna Shikamaru, faisant mumuse avec son chapeau haute-forme blanc.

Sakura hocha la tête, un petit sourire aux lèvres.

« D'ailleurs, n'oubliez pas que la pendaison de crémaillère de Sai est samedi. Vous avez intérêt à être tous là.

– Tu tiens à ce point-là à nous le présenter? s'esclaffa Naruto.

– Non, bougonna Sakura. C'est parce que ce cas social n'a pas d'amis, et une pendaison de crémaillère à trois, ça fait pitié. N'hésitez pas à inviter des gens, surtout. Sur ce, bonne journée. »

Shikamaru appuya sur la gâchette d'un pistolet en plastique qui traînait, un petit drapeau blanc en sortant, qu'il agita lentement en direction de sa collègue, tandis que Naruto ainsi qu'Elizabeth la saluaient de la main; et elle rangea ses affaires, avant d'aller vers les toilettes pour se changer. En chemin, elle croisa Sasuke, qui sortait à peine d'une salle de réunion. A peine l'eut-il vue qu'il s'approcha d'elle, et l'interpella :

« Tu as croisé Itachi, aujourd'hui? »

L'éditrice cilla, perplexe, mais fit non de la tête.

« Je ne crois pas qu'il soit à l'extérieur. Vous devriez aller voir dans son bureau. »

Sasuke acquiesça, se rendant immédiatement vers l'ascenseur, mais Sakura le héla :

« Tout va bien?

– Merveilleusement bien. » grogna celui-ci avant de s'engouffrer derrière les portes coulissantes.

Il grimpa jusqu'à l'étage des ventes, puis se dirigea sans hésitation vers le bureau de son frère. Il interrogea sa secrétaire, s'assurant qu'il n'avait pas de rendez-vous au même moment, puis elle l'annonça à son patron, pour finalement le faire entrer.

Itachi leva un regard étonné vers son cadet qui s'avançait vers lui.

« Bonjour Sasuke. Je peux faire quelque chose pour toi? »

Sasuke s'approcha du bureau, le regard noir, et plaqua violemment ses mains sur le bois sombre qui les séparait.

« Je peux savoir ce qui te prend? s'exclama le plus âgé qui rattrapait habilement son agrafeuse avant qu'elle ne tombe.

– Pourquoi t'as été raconter à Naruto que j'ai reçu une lettre du DRH? » pesta-t-il.

Les yeux du commercial s'agrandirent, et il souffla :

« Il t'en a parlé?

– Exactement, je sais tout. Et aussi, pourquoi tu lui parles de partir? Ça t'amuse de lui mettre des idées débiles comme ça dans la tête?

– Je ne lui ai pas mis ces idées dans la tête, je lui ai parlé des alternatives qu'il possédait. » répondit froidement le plus grand.

Les poings de Sasuke se serrèrent, et il en abattit un à nouveau sur le bureau.

« Tu le surestimes, je t'assure. Maintenant que cette stupide idée a germé dans son crâne, il ne s'en débarrassera plus! T'es content?

– Mais cesse de faire l'enfant! commença à s'énerver Itachi. Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu vas faire, et s'il en avait vraiment envie, hein? Tu serais à ce point capable d'oublier son bonheur au profit du tien? Et puis, sache que je pensais principalement à toi, je ne veux pas que tu perdes ton boulot à cause de cette histoire. »

Les yeux de Sasuke s'étrécirent dangereusement.

« C'est pas à toi de décider de ça. Si j'ai choisi de ne pas lui en parler, c'est parce que j'avais tout sous contrôle.

– Et quel contrôle! le railla-t-il froidement. Les gens ont remarqué que vous veniez au boulot ensemble tous les matins, ou encore la façon dont vous vous comportez au travail! Et puis après votre scène au Nouvel An, ce n'est même plus d'une simple amitié dont on parle, mais bien d'une relation intime! Tes collègues n'ont rien dit, je te crois là-dessus, mais tu vois bien que ces rumeurs proviennent de gens qui jasent, et qui sans le savoir ont raison. Ce n'est pas étonnant qu'ils arrivent à cette conclusion. »

Sasuke baissa les yeux, la mâchoire verrouillée, et les pensées pleines. Il lâcha un sifflement.

« Je m'en fiche. Il n'est pas question qu'il s'en aille. Je ne vois même pas comment cette possibilité a pu traverser son crâne...

– Ne lui en veux pas, Sasuke. Je suis certain que ce n'est pas ce qu'il souhaite non plus, mais cette histoire pourrait avoir des répercussions qui vous dépassent, et vous devez les envisager. »

Le souffle de Sasuke se coinça dans sa gorge, et Itachi poursuivit :

« Je lui ai bien dit que je ne voulais pas ça pour vous deux, et je suis bien conscient qu'aucun de vous n'apprécierait cette alternative. Mais il doit penser à cette option, car il n'y a pas que votre amourette qui compte. Et puis, il aimerait retourner en littérature, et comme je lui ait dit, cela ne vous séparera pas, vous travaillerez toujours dans le même bâtiment, au même étage, et vous habiterez encore côte à côte. Ce n'est pas déjà suffisant? »

Sasuke ouvrit la bouche pour répondre, mais son portable l'interrompit. C'était Sakura. Grondant, il décrocha :

« Quoi?

Bonjour, je suis Sai. Vous vous souvenez de moi? »

L'éditeur fronça les sourcils, sceptique. Il se souvenait de l'homme aux cheveux bruns et aux yeux assortis, avec un sourire assez étrange. C'était le petit ami de son éditrice, s'il avait bien deviné.

« Je crois, pourquoi m'appelez-vous sur son portable? »

Seulement, la voix aux accents habituellement sarcastiques était cette fois-ci tremblante, et il l'entendit même se racler la gorge :

« Sakura a été attaquée alors qu'elle sortait de son bureau. Il y a... beaucoup de sang. Je ne savais pas qui appeler d'autre. »

Les yeux de Sasuke s'écarquillèrent. Il cilla rapidement, avant de secouer la tête :

« N'importe quoi, je l'ai vue il y a moins de dix minutes... »

Il entendit brusquement un son de sirène, et alla voir par la fenêtre, apercevant les gyrophares de l'ambulance approcher de plus en plus. Itachi, de son côté, l'observait, perplexe.

« ...dès qu'elle est sortie de la Konoha? »

Un grand froid l'envahit, quand Sai ne répondit plus. Il ne fit qu'entendre de grands cris dans le combiné, et des ambulanciers qui lui demandaient ce qu'il s'était passé, en vain.

« Aidez-moi. S'il vous plaît. Qu'est-ce que je dois faire? »

Sasuke ouvrit la bouche, déglutit, puis sentit une grande colère l'envahir. Il ne vit même pas le regard hagard de Itachi, qui se demandait ce qu'il se passait. Il siffla :

« Accompagnez-la dans l'ambulance. Dites-moi dans quel hôpital elle est emmenée, et j'arrive dès que possible. »

Il fallut quelques secondes pour que Sai obtempère, mais quand ce fut fait, Sasuke raccrocha et se précipita vers la sortie, oubliant Itachi qui tenta de l'arrêter :

« Qu'est-ce qu'il se passe, Sasuke? »

Les poings fermés, il cracha, avant de claquer la porte du bureau :

« L'Akatsuki. »

Il s'engouffra dans l'ascenseur, descendant à son étage pour aller prendre ses affaires avant de partir, et pour prévenir les autres. Mais quand il passa les paravents, il vit le regard alarmé de Shikamaru, qui tenait encore son portable à la main. Il tourna ses yeux grands ouverts vers Sasuke.

« Uchiha-san... L'Akatsuki... »

Les sourcils froncés, Sasuke acquiesça.

« Oui, je viens d'avoir ce Sai au téléphone. »

Les yeux du Nara s'agrandirent.

« Comment ça? »

Ils se dévisagèrent longtemps, une sueur froide descendant le long de la nuque de Sasuke. Shikamaru bredouilla :

« T-Temari m'a appelée. Son frère s'est fait agresser. Il est aussi arrivé quelque chose à Sakura? »

Alors que les poils de la nuque de Sasuke se hérissaient, ses pupilles tombèrent sur le dos de Naruto, à quelques mètres d'eux, son portable contre son oreille. L'éditeur en chef s'approcha à grandes enjambées de lui.

« Naruto, avec qui es-tu au téléphone!? »

Lentement, le blond baissa sa main, sans raccrocher. Il tourna ses orbes cobalt brillants vers son ami, et murmura :

« Ma tante, Tsunade, s'est faite attaquer... »


Leurs bruits de pas pressés résonnaient contre les murs blancs de l'hôpital. Ils se dirigèrent le plus rapidement possible vers les urgences, le cœur battant, et la peur faisant frémir leur épiderme. Cela faisait plus d'une heure qu'ils avaient été prévenus des attaques, le trafic les ayant bloqués, provoquant leur frustration et colère. Une fois qu'ils eurent passé la porte à double battant, le temps sembla s'arrêter.

A quelques mètres d'eux, assise sur un lit à moitié défait, se tenait Sakura, qui leur jeta un regard interdit. Près d'elle se trouvait Sai, une main sur l'épaule de son amie, fermé. L'éditrice cligna vivement des yeux, et sourit doucement.

« S-Salut les gars... Désolée de vous avoir inquiété, les médecins ont dit qu'un seul os était cassé... »

Sasuke se rapprocha, flanqué de Lee, un air concerné remplaçant son habituel mépris envers la femme.

« Que s'est-il passé? » demanda-t-il quand il se trouva à côté d'elle.

Ses yeux noirs d'encre descendirent sur le bras en écharpe qu'elle portait, puis remontèrent vers son visage, qui était constellé de bleus. Son bras valide était relié en intraveineuse à une poche de morphine. Sakura crispa vainement son poing valide, le gauche, et susurra :

« Je ne sais pas. Je suis sortie par la porte des employés, allant à la rencontre de Sai qui n'était pas loin, et... on m'a attrapée par le poignet, pour me traîner dans le hangar à poubelles. »

Elle déglutit et baissa la tête, les mains tremblantes.

« Je... J'ai pas vu leur visage. Ils m'ont faite tomber, et m'ont frappée... partout. » Elle ferma les yeux, inspirant lentement, pour continuer d'une petite voix. « Au final, ils m'ont pris le bras et ont commencé à appuyer dessus avec leurs pieds... E-et je me suis évanouie... »

Sai s'approcha d'elle maladroitement et l'enferma dans son étreinte, tandis que ses yeux émeraudes débordaient de larmes. Sasuke se serait giflé pour son indélicatesse, mais il n'était plus maître de ses gestes ou de ses paroles. La situation était grave, et le temps pressait. Il ne voulait pas plus de victimes.

Une trace de sang sur le bras que Sakura avait enroulé autour de l'épaule du vendeur attira son attention. Il se raidit en lisant l'idéogramme.

RU

« Naruto? » murmura Sakura, sa tête sur l'épaule de Sai, apercevant le blond après que Lee ne se soit rapproché d'elle, pour la rassurer, lui aussi.

Le brun se retourna vivement, les yeux grandement ouverts, et le souffle court quand il vit le regard horrifié de son collègue, qui se tenait encore sur le pas de la porte. Quelques lits plus loin, un jeune homme aux cheveux roux était dans un lit, intubé, ses deux jambes dans le plâtre suspendues. Il était entouré d'une infirmière et de Temari lui tenant la main. Shikamaru s'était précipité vers elle, et avait posé ses mains sur ses épaules.

Et dans le lit d'à côté, une femme plus âgée dormait elle aussi, pâle comme la mort. Sasuke vit Naruto faire un pas vers elle, et il se rendit compte que le blond tremblait. Le cœur de Sasuke fit un bond dans sa poitrine.

Cette marque, sur Sakura... Si jamais elle était aussi présente sur Tsunade ou Gaara, il ne voulait pas que Naruto l'aperçoive. Posant une main sur son épaule, l'Uchiha chuchota :

« Va t'asseoir dehors. Je vais demander comment ils vont.

– Non, je dois les voir, siffla doucement le blond.

– Tu n'as pas besoin de voir ça. »

Il tourna deux yeux bleus irrités en sa direction, qui perdirent toute leur colère au moment où il croisa ceux autoritaires de son patron.

« J-Je dois les voir... répéta-t-il, sa confiance s'étant envolé.

– Laisse-moi faire, je viens directement après. Tu tiens à peine debout. »

Le blond déglutit, semblant décidé à ne pas bouger, que ce soit car il voulait rester, ou parce qu'il tomberait s'il faisait une seul pas. Sasuke renforça sa prise sur son épaule, et utilisa sa main libre pour tourner son visage vers lui. Ils se fixèrent longuement, et il finit par souffler :

« Fais-moi confiance, Naruto. »

Bien qu'il lui fallut plusieurs secondes pour l'accepter, Naruto finit par acquiescer, et s'écarta de lui, le visage baissé. Il sortit de la pièce, les poings serrés, et devant se tenir au mur pour ne pas s'effondrer.

Inspirant lentement, Sasuke s'approcha du chevet de la blonde. Il la dévisagea, elle et son voisin de lit, tous deux endormis. Ils ne portaient pas de marques, mais étaient en habits d'hôpital, et visiblement en soins intensifs. Ils avaient déjà été lavés. Sasuke interpella l'infirmière au chevet du jeune roux juste à côté.

« Que leur est-il arrivé? »

Il sentit sur lui le regard de la mangaka et son éditeur. La jeune aide-soignante termina de régler quelque chose au niveau des perfusions, puis se tourna vers lui, réajustant instinctivement sa coiffure quand elle vit enfin son visage. Elle redevint néanmoins professionnelle le plus rapidement possible.

« Qui êtes-vous, au juste?

– J'accompagne Uzumaki Naruto, et... » il ferma les yeux. « Je connais aussi Haruno Sakura ainsi que Sabaku Gaara. »

Elle hocha la tête, puis croisa ses bras sur le dossier qu'elle avait auparavant en main.

« Concernant Tsunade-san, c'est une de ses employées, Shizune-san, qui nous a appelés, et qui a assisté au braquage. Elle est en ce moment avec la police. Tsunade-san s'est endormie il y a une petite heure, et c'est elle qui nous a demandé de contacter Uzumaki-san. Elle a subi de nombreux chocs, ainsi qu'un coup de couteau dans l'abdomen. » Sasuke sentit son sang se glacer. « Mais elle est très très chanceuse, l'attaque n'a atteint aucun point vital. Évidemment, nous allons la suivre de près au cas où son état se détériorerait, mais pour le moment il n'y a aucun doute sur sa survie. »

Savoir ceci enleva un poids dans le ventre de l'Uchiha, qui désigna ensuite Gaara de la tête. Cette fois-ci, la jeune femme baissa les yeux, tandis que Temari enfouissait son visage dans le torse de Shikamaru.

« Nous ne savons pas ce qu'il s'est passé exactement, ni quand. C'est un passant qui l'a découvert. S'il avait été emmené plus tôt, tout aurait été plus simple, mais il ne s'est pas réveillé depuis son arrivée. » son visage devint plus grave. « Il a perdu énormément de sang, et ce sera très mauvais si son état empire. Cela rend son évolution impossible à prédire. »

Sasuke hocha péniblement la tête.

« Je vois... Merci beaucoup.

– Je vous en prie. »

Elle s'inclina, puis se dirigea vers la sortie. Sasuke la suivit du regard, puis profita du fait que Temari sorte pour téléphoner à son autre frère pour suivre l'infirmière. Il glissa à Shikamaru, avant de sortir discrètement :

« Reste ici, et ne les lâche pas des yeux. »

Le plus jeune n'eut pas le temps de répliquer quoique ce soit que Sasuke avait poussé le battant et rattrapait la jeune femme. Dès qu'il fut à sa hauteur, il l'attrapa par le bras et la tira dans un couloir vide. Elle se débattit un peu, mais il la lâcha assez vite pour qu'elle ne commence pas à appeler à l'aide.

« Je suis désolé, mais je devais vous parler en privé. »

Il vit clairement les fausses idées qui se formèrent dans le crâne de la demoiselle, qu'il tâcha d'anéantir au plus vite.

« Y avait-il quelque chose d'écrit sur les corps de Gaara-san ou de Tsunade-san lorsqu'ils sont arrivés?

– Écrit? s'étonna-t-elle. Comment ça?

– Une lettre, un idéogramme, n'importe quoi, le sang qu'ils avaient, peut-être...? »

L'aide-soignante eut un air peiné, puis réfléchit ardemment. Elle haussa un sourcil :

« Je ne me suis pas énormément occupée du cas de Gaara-san, mais il y avait effectivement une trace de sang sur la joue de Tsunade-san. Mais ça ne ressemblait pas vraiment à quelque chose, je pense que c'est simplement sa blessure à la tête.

– Est-ce que, selon vous, cela pourrait ressembler à un NA ou un TO, en katakana? »

Clignant des yeux, elle tenta vainement de se rappeler, avant de hocher la tête.

« Oui, ça ressemblait un peu à un TO. »

Une brique sembla s'abattre dans l'estomac de l'éditeur.

Trois victimes, tout comme les trois syllabes composant le prénom du blond. Sakura était la collègue de Naruto, Gaara son ami, et Tsunade sa tante de cœur. Et enfin, un RU, et un TO.

A moins que l'Akatsuki n'ait voulu faire référence à une certaine princesse fictive un peu trop capricieuse, c'était trop parfait pour que ce soit une coïncidence.

« Merci beaucoup, et navré de vous avoir dérangé. »

Avant qu'elle ne puisse l'arrêter pour lui demander la raison de ses questions, Sasuke était parti. Maintenant qu'il savait ceci, il ne voulait qu'une chose : être auprès de Naruto et ne plus le lâcher d'une semelle.

La présence de Madara la veille, le fait qu'il laisse cet enregistrement, et ces trois attaques; ce n'était bien sûr pas le hasard. Madara l'avait prévenu, et passait d'ores et déjà à l'action. Bien plus tôt qu'il ne l'aurait imaginé.

Il était le dénominateur commun.

Ses pas le menèrent à la salle d'attente où Naruto l'attendait, ses doigts pianotant nerveusement sur les accoudoirs. Quand il le vit, il sauta sur ses pieds et s'approcha, les yeux brillants.

« Alors? »

Sasuke sourit, bien que son cœur ne le lancine. Le blond était tellement en peine, avait été tellement pris par surprise, celle-ci étant la pire qu'il pouvait recevoir. Trop de supplice, trop de désespoir.

Il détestait ça. A cet instant, il abhorrait le faux sourire qu'il devait arborer, pour réconforter son compagnon alors que la situation n'était en rien améliorée. Mais plus que la menace qui planait sur eux, qui planait sur celui qu'il aimait tellement, depuis si longtemps, il ne voulait pas le voir malheureux. S'il souffrait, bien. Mais pas Naruto. Pas ces yeux bleus si innocents, si rieurs, si réconfortants, si aimants.

Il irait jusqu'au bout du monde pour que ce soit la dernière fois de sa vie qu'il aperçoive son visage crispé sous l'angoisse et la peur du futur.

« Elle va bien. Elle a échappé de peu à un coup qui aurait pu être fatal. Elle a de très grandes chances de s'en remettre. »

Le soulagement éclaira le visage de Naruto qui avait pâli sous l'inquiétude, et Sasuke se sentit respirer un peu mieux. Les jambes de son subordonné le lâchèrent enfin, et le blond s'effondra sur son siège, ses mains prenant son visage en coupe.

Sasuke s'assit à côté de lui, passant son bras autour de ses épaules, le soutenant silencieusement, et se demandant ce qu'il devait faire. Des bribes de souvenirs lui revinrent, provenant des derniers mois qu'ils avaient passés ensemble, à enfin apprendre à se connaître, à se rapprocher encore, à s'aimer un peu plus chaque jour. Il leur était souvent arrivé, après avoir dîné chez l'un ou chez l'autre, de s'asseoir simplement sur le canapé, à se regarder une série miteuse, ou même des jeux télévisés stupides. Comme deux meilleurs amis.

Parfois, ils étaient juste assis, le dos contre un des accoudoirs, et leurs jambes entremêlées. Parfois, Sasuke était seul sur les coussins et Naruto était assis par terre, près de lui, et il en profitait pour passer une main dans ses mèches blondes, comme on le ferait à un caniche qu'on papouille. Parfois, Naruto se vexait violemment de ce traitement. Parfois il se laissait faire. Parfois, Sasuke se baissait, pendant que Naruto boudait sans enlever la main sur sa tête, et ils s'embrassaient. Parfois, quand le brun avait lâché une pique qui avait un peu trop vexé l'autre éditeur, il se prenait un vent, suivi d'un coup dans le nez. Parfois, ils allaient jusqu'à se battre, pour ensuite en rire aux éclats, hilares de leur comportement digne des meilleurs pré-pubères. Tous les jours, ils finissaient par se réconcilier comme si rien ne s'était passé.

Ils étaient collègues, ils étaient amis, ils étaient amants, ils étaient différents, ils étaient complémentaires, ils étaient incapables de vivre l'un sans l'autre. Sasuke le savait. Les séparer, c'était les condamner à mourir à petit feu. Et pourtant...

Naruto se redressa soudainement, ses grands yeux écarquillés :

« Et Gaara? Comment va Gaara? »

Sasuke n'eut pas le temps de répondre qu'un bruit de course derrière lui attira son attention. Il se retourna, et entendit Naruto murmurer :

« Kiba...? »

Le blond se leva, et ils se dirigèrent vers les urgences, où l'étudiant s'était mis à crier :

« Putain, qu'est-ce qu'il s'est passé!?

– Calmez-vous, Monsieur, vous êtes dans un hôpital-

– Non mais merde, je m'en fiche, qui a fait ça- continua de crier le brun.

– INUZUKA, ASSIS! »

L'ordre de Temari se répéta en écho dans la grande pièce, et le silence s'abattit sur eux. Le regard auparavant fou de Kiba fut submergé par la honte, et il vit enfin la tête rousse de son colocataire. Il s'approcha du lit du comateux, et toucha sa main :

« Hé, rouquin... Réveille-toi... »

Ses pupilles fendues glissèrent sur l'intubation de l'éditeur, sur les multiples plaies sur ses joues, ainsi que ses deux jambes suspendues en l'air, et plâtrées. Il dut se retenir aux barreaux du lit pour ne pas tomber, tandis qu'il cachait son visage d'une main.

« Pourquoi il pue la mort...? » murmura-t-il.

Un homme en blouse blanche irruption dans la pièce, et attira l'attention de tous.

« Je comprends que les circonstances sont difficiles pour vous tous, mais vous ne pouvez pas rester ici. C'est un hôpital. Seule la famille proche sera autorisée, et je demande aux autres d'aller en salle d'attente, afin que les policiers puissent vous interroger par rapport à ce qu'il s'est passé. »

Bien qu'il y eut de nombreuses objections, ils se retrouvèrent tous dans la salle d'attente, à part Temari, Sai et Naruto. Il avait fallu que Shikamaru intervienne pour que Sasuke accepte de se séparer du blond, mais sous ses airs de flemmard il était obstiné.

L'Uchiha gardait la tête dans ses mains, et ne parla à personne. Il ne savait plus quoi faire.

S'il avait accepté immédiatement l'offre de Madara, il n'en serait pas là. Il avait cru pouvoir résister, qu'il pourrait protéger Naruto des coups, des attaques. Mais c'était faux. Car ils avaient touché le cœur même du blond, attaquant ainsi ses proches.

Les yeux bleus, larmoyants, ne quittaient pas son esprit. Il n'arrivait pas à s'en défaire, tout comme du nœud dans son ventre qui s'apparentait à sa culpabilité.

Au final, ce n'était pas le sang qui le touchait le plus, mais le malheur, la tristesse. Madara avait vraiment trouvé son point faible, et il se détestait pour être incapable de protéger celui à qui il tenait le plus.

Ses poings se serrèrent quand il repensa à la veille, et à ce qu'il avait découvert. Il portait aussi de la rancœur. Cette histoire de transfert, Naruto n'en avait jamais parlé. Et qu'il puisse un instant réfléchir à partir, ça lui faisait profondément mal.

Il aurait dû venir lui en parler plus tôt. Maintenant, c'était devenu une arme de l'Akatsuki. Et, s'il avait dit à Itachi qu'il y réfléchirait, il n'avait toujours pas donné de réponse.

Il avait peur. Que demain, il y ait encore d'autres victimes, que quelqu'un réussisse cette fois-ci à toucher le cœur de Tsunade avec une lame, que Gaara ne se réveille jamais, que ce soit plus que les os du bras de Sakura qui soient brisés. Que Naruto ne décide de changer de département, qu'ils s'éloignent à nouveau, que le printemps ne se termine.

Mais il l'aimait trop. Il ne voulait plus voir Naruto comme ça. Plus de larmes refoulées. C'était trop difficile. Son cœur se serrait à chaque fois qu'il y repensait, ainsi qu'à sa bêtise, et à sa colère à laquelle il ne pouvait rien faire. Il refusait que ça continue.

Pour autant, il ne devait pas abandonner. Il ne pouvait pas aller à l'Akatsuki. Il n'abandonnerait pas si facilement. Ou en tout cas, pas sans plan pour pouvoir s'en sortir.

Madara n'avait pas de point faible. Personne chez les Uchiha ne l'aimait. Il avait entendu de son père, il y a très longtemps, qu'il avait eu un frère, mais celui-ci était mort jeune.

Même pas d'amis. Personne. C'était un homme solitaire, sans attache, n'ayant comme seule vie que son travail. C'était quelque chose qui avait effrayé Sasuke, quand il était jeune. Car son père, lui aussi, s'était mis à ressembler de plus en plus à Madara.

Ayant un poste qui lui donnait tous les pouvoirs, il ne fallait pas beaucoup pour sombrer dans la mégalomanie, dans la volonté d'obtenir davantage, toujours plus. C'était pour ces raisons que lui et Itachi avaient refusé de travailler à l'Uchiha Shouten, après la mort de leur père. Cette mort, bien qu'elle les ait chagrinés, les avait libérés. Ils n'étaient plus obligés de succéder à leur famille, d'occuper un poste qu'ils ne souhaitaient pas.

Un travail formaté, où l'apparence est reine. Où l'on ne peut agir comme on le souhaite. Où Sasuke n'aurait pu être lui-même. Où il n'aurait pu se permettre d'exprimer son amour pour le manga. Où il n'aurait pu se permettre d'exprimer son amour pour le garçon blond qui n'avait jamais quitté ses pensées.

Dans un sens, Madara avait raison. Ne pas avoir d'attaches, c'était un des critères que devaient posséder les PDG. Pour autant, il avait aussi tort.

Il suffisait de regarder le PDG de la Konoha Shouten. Senju Hashirama était un homme aimé. Il avait une femme, des enfants, de nombreux amis. Son charisme, et sa bienveillance, lui avaient permis d'arriver au sommet.

Son regard tomba sur un magazine people qui traînait, et qui parlait justement de son patron actuel. Il y avait un article sur lui et sa femme, qui allaient fêter leurs vingt-cinq ans de mariage... Cela amena un léger sourire sur ses lèvres, car il avait déjà rencontré le couple, et que leur amour sincère était de ces choses qui ferait rêver n'importe qui-

Sasuke cilla, les yeux fixés sur l'article. Il resta longuement immobile, s'interrogeant, tandis que naissait dans son crâne une idée grotesque. Que, jusque-là, il n'avait jamais effleurée. Mais qui était plausible. Qui pourrait mettre fin à cette histoire.

Un policier l'interpella pour lui poser des questions par rapport aux derniers événements, l'obligeant à quitter sa sphère de réflexions, de doutes. Une fois son interrogatoire fini, il se remit sur ses pieds, les poings serrés et le regard déterminé, s'étant enfin décidé. Il s'approcha d'un policier à qui il fit promettre d'escorter Naruto jusqu'à son appartement, lui donnant rapidement une fausse raison de son départ, puis partit de l'hôpital. Shikamaru lui envoya un long regard, à la fois inquiet et désapprobateur, mais Sasuke l'ignora.

Il devait le faire. Que ce soit dur ou non.


Il faisait déjà nuit quand Naruto fut ramené chez lui, déposé par une voiture de patrouille.

Tsunade avait fini par se réveiller. Sa version des faits était floue. Elle n'avait pas vu son agresseur, et il s'était contenté d'un seul coup de couteau, heureusement mal placé. Naruto en avait été soulagé, mais ça n'avait pas été le cas de Tsunade. Car, si le blond n'était pas superstitieux, sa tante avait été effarée, et lui avait dit de faire extrêmement attention en rentrant chez lui, ainsi que pour les prochains jours.

Car le fait qu'elle soit chanceuse, quand il s'agissait du hasard, était toujours signe de futur désespoir. Tout comme ça avait été le cas avec Jiraiya.

Naruto aurait voulu dormir à l'hôpital, mais Tsunade lui avait ordonné de rentrer immédiatement chez lui et de ne pas s'inquiéter pour elle, de rester en sécurité chez lui. La bonne blague.

Le blond se trouvait néanmoins devant sa porte, et sortit ses clés en soupirant, le regard dans le vide à la pensée de ses amis et de sa famille dans des lits d'hôpital. Le pire étant probablement Gaara, qui n'était toujours pas conscient...

Naruto secoua la tête et fit rentrer ses clés dans la serrure. Avant de rentrer, il laissa néanmoins couler ses yeux vers la porte voisine à la sienne. Ses lèvres étaient sèches quand il passa sa langue dessus, mais au final il alla toquer chez Sasuke.

Le blond ne l'avait pas vu partir, et ça l'inquiétait. D'après les dires du policier l'ayant ramené, il avait dû retourner à la Konoha pour faire un rapport à l'administration sur leur absence soudaine à tous, mais ça l'inquiétait de n'avoir toujours aucune nouvelle.

Lorsque la police l'avait interrogé, il avait parlé de l'Akatsuki. Heureusement pour lui, les inspecteurs en charge de l'enquête étaient ces deux hommes, Kotetsu et Izumo, à qui il savait qu'il pouvait faire confiance après ce qu'il s'était passé avec Shikamaru. C'était un bon point qu'ils connaissent déjà l'intégralité du problème et de la menace de l'Akatsuki. Ça le rassurait un peu.

Naruto hésita, quand il fut face à l'autre appartement. Peut-être que Sasuke dormait. Peut-être qu'il n'était même pas là.

Il sortit alors son portable et composa le numéro de son patron, attendant patiemment une réponse. Quand il n'en obtint pas, il sonna à la porte, pestant intérieurement à l'égard de son crétin de voisin qui faisait le mort.

Mais rien ne vint. Son sang ne fit qu'un tour, et il sortit le double des clés que Sasuke lui avait donné il y a quelques mois. Et étant donné les agissements bizarres de Sasuke depuis le matin même, il préférait s'assurer que tout allait bien.

Poussant la porte, il appela vainement le brun, espérant que celui-ci se contente de l'ignorer plutôt qu'il soit encore dehors à cette heure. Ça ne lui plaisait pas, cette histoire. Il n'avait aucune idée du problème de Sasuke, de la raison de son comportement du matin-même, ou encore pourquoi il était parti, plusieurs heures plus tôt, de l'hôpital.

Naruto savait que quelque chose s'était passé, et il avait attendu toute la journée de savoir quoi. Maintenant, il s'en foutait qu'en rentrant, Sasuke lui gueule dessus ou non. Il voulait savoir ce qu'il se passait, et ce que son patron lui cachait.

Une fois qu'il fut totalement certain que l'appartement était désert, il s'effondra sur le canapé, la tête dans les mains. Merde, mais où est-ce qu'il était? Il aurait dû être énervé, mais c'était l'inquiétude qui l'emportait. Ce sale enfoiiiirééé...

Naruto était fatigué. Il en avait assez. Il avait passé une partie de son après-midi à veiller sur ses amis convalescents, l'autre à regarder dans le vide, et la dernière à passer sa colère sur tout ce qu'il trouvait. Il avait peur pour Gaara, pour Tsunade, pour Sakura, pour Shikamaru, pour Kiba, pour Temari, pour Lee, pour Itachi, pour Sasuke. Il ne voulait pas qu'il leur arrive encore quelque chose.

Inspirant longuement tandis que son amertume revenait par vagues, Naruto attrapa son portable et tapa à nouveau le numéro de Sasuke. Il tomba uniquement sur son répondeur, et cracha après le bip :

« Putain de merde, Sasuke, t'es où? Si jamais c'est la police qui m'appelle pour me dire que t'es mort dans une ruelle, j'te jure que...! »

Il s'arrêta abruptement, sentant quelque chose lui bloquer la trachée, et qui l'aurait fait hoqueter ce qu'il refusait d'assimiler comme étant un sanglot. Il baissa la tête, se pinçant l'arête du nez, et réussit à continuer, cachant péniblement les trémolos de sa voix derrière ce qui ressemblait à un ordre :

« Rentre immédiatement. Sérieux, ça ne me fait pas rire... Je... »

Sa voix mourut dans sa gorge. Une grimace déforma sa bouche, et en sentant ses sinus se boucher, il raccrocha sans rien ajouter de plus. Sa gorge était serrée, et ses yeux humides. Il poussa un nouveau juron, et les essuya rapidement. Où était Sasuke, bon sang?

Naruto sursauta en sentant à nouveau son portable vibrer, et décrocha fébrilement :

« Sasuke!? »

Ses mains tremblaient tandis qu'au bout du fil, un silence surpris lui répondait.

« Tout va bien, Naruto? »

Le blond poussa un long soupir, à la fois rageur et déçu.

« Désolé, Itachi...

Je t'appelais justement par rapport à Sasuke, mais je crois que j'ai ma réponse. »

Naruto ferma douloureusement les yeux.

« T-Tu ne sais pas où il est? Cet enfoiré est toujours au bureau? »

Il sentit le scepticisme qu'il provoqua chez le brun :

« Comment ça, toujours? Il n'est pas revenu depuis que vous êtes partis à l'hôpital. »

Naruto écarquilla les yeux, sentant son sang battre fort dans ses veines.

« Il n'est pas allé à la Konoha?

Non, ou alors je n'en ai pas été informé.

– Mais il a dit qu'il allait faire un rapport d'incident à l'administration! »

Un petit blanc suivit sa phrase, et Itachi marmonna :

« Naruto, il ne faut pas de rapport en cas d'accident. C'est une entreprise, pas un lycée.

– Ben où est-ce qu'il serait alors!? commença à crier Naruto qui perdait son sang froid.

Je voulais justement que tu me rassures, en me disant qu'il est chez lui. »

Naruto passa une main dans ses cheveux, les dents serrées.

« Mais où il est... Il répond pas, en plus... ...fait chier... »

Son ton larmoyant sembla secouer Itachi, qui murmura :

« Je vais le chercher, il ne doit pas être loin. Toi, ne bouge pas de chez toi, au cas où il arrive.

– Et si tu ne le trouves pas? »

Itachi ne dit rien pendant quelques instants.

« Je le trouverai. Appelle-moi s'il revient. »

Et sans un mot de plus, l'aîné Uchiha raccrocha, laissant Naruto encore plus désemparé qu'il ne l'était avant. Maintenant, son estomac était douloureux, et ses muscles tendus. Il mourrait d'envie de sortir, et de se mettre lui aussi à la recherche du brun; mais il fallait que quelqu'un reste. Et Itachi ne risquait probablement rien. Il refusait d'imaginer qu'il puisse lui aussi être attaqué, de toute façon.

Il se leva brusquement, passant ses mains dans ses cheveux. Naruto avait besoin de bouger, de s'occuper, de faire quelque chose, de penser. Et attendre simplement que Itachi l'appelle, ou encore que la porte d'entrée s'ouvre. Mais que faire? L'appartement était impeccable, si jamais il tentait de faire la cuisine il provoquerait une catastrophe nucléaire, et cette semaine, Kishimoto-sensei avait décidé de finir son travail en avance...

Il tourna en rond quelques instants, avant d'avoir le tournis, et d'aller ouvrir le réfrigérateur. Ses yeux tombèrent sur quelques tomates, une plaquette de beurre, des yaourts... et il se rendit compte qu'il n'avait pas faim.

Se grattant un coin du crâne, il commença à faire le tour de l'appartement qu'il connaissait pourtant par cœur. Durant ces quelques mois qui avaient suivi la libération de Shikamaru, il avait eu beaucoup plus d'occasions de traîner dans ces pièces voisines aux siennes. Maintenant qu'il y réfléchissait, il s'écoulait rarement une journée sans qu'ils se retrouvent dans une de leurs garçonnières.

Oui, il leur était arrivé de faire des choses qu'on ne pouvait considérer comme amicales. Et il était parfaitement conscient de ce qui pourrait se produire un jour, s'ils continuaient ainsi. Ils étaient des mecs, et Itachi l'avait parfaitement bien rappelé il y a quelques jours. Seulement, Naruto n'était pas spécialement pressé que ce genre de choses, disons plus concrètes, se produisent. Pour le moment, il aimait ce qu'ils avaient, et n'avait pas besoin de plus.

Naruto s'affala sur le canapé, soufflant lourdement, et le regard dans le vague. Une boule restait dans sa gorge, et il ne pouvait empêcher ses dents de venir mordiller ses lèvres. En effet, n'importe qui les voyant en viendrait à la conclusion qu'il était grand temps qu'ils aillent au bout des choses, et il ne pouvait pas s'empêcher d'être mal à l'aise face à la patience de Sasuke.

Un jour, il se disait, le brun abandonnerait peut-être... mais Naruto ne voulait pas que cela arrive. Il ne savait pas vraiment quoi faire. Et maintenant encore plus, alors qu'il l'attendait sans savoir où il se trouvait.

Alors qu'il laissait reposer son dos sur le dossier du canapé, ses bras écartés sur toute la longueur, un objet coincé entre le sofa et le mur attira son attention. Ça ressemblait à un petit carnet. Curieux, il étira sa main pour l'attraper puis le décoinça.

Il observa le petit cahier sous toutes les coutures. Il était relativement simple, le genre de carnet qu'on reçoit en cadeau de la part de personnes qui ne savent pas quoi offrir, et qu'on laisse habituellement prendre la poussière sur un coin de son bureau. Il le feuilleta rapidement, reconnaissant l'écriture soignée de Sasuke.

Il hésita un instant à lire, se disant que s'il l'apprenait, le brun ne serait probablement pas ravi. Mais son hésitation ne dura qu'une demi-seconde. Quand il s'agissait de violer l'intimité, Sasuke était plutôt fortiche, lui aussi.

Il lut tranquillement le début, qui semblait partir des 13 ans de Sasuke. Ce qui était noté n'était pas bien important, aussi lisait-il en diagonale. De ce qu'il réussit à comprendre, c'étaient des notes sur Itachi, et Sasuke cherchait à savoir comment le surpasser. Il esquissa un sourire, Sasuke était déjà égocentrique à cette époque, il refusait que son grand frère lui soit supérieur.

Néanmoins, entre deux dates, il y eut soudainement un changement radical. Il y avait bien deux ans qui s'étaient écoulés sans que Sasuke ne marque quoique ce soit. Naruto imaginait qu'il avait rapidement oublié son obsession, et avait préféré se consacrer à des choses plus importantes. Il y avait ci et là des petites notes concernant des cours, mais rien de bien important. Naruto remarqua même qu'il n'avait pas prit la peine d'écrire quelque chose pour son anniversaire.

Ce fut plusieurs pages sans intérêt plus loin qu'il retrouva un petit bloc de notes, cette fois-ci n'ayant aucun rapport avec les cours.

J'ai rencontré un pauvre crétin qui ne sait pas marcher hier, et aujourd'hui il me fait un croche-patte. C'était tellement puéril que mes nerfs ont lâché, et maintenant je me tape des colles pendant une semaine, avec lui. Vraiment, les punitions de ce lycée, on dirait qu'on est en primaire.

Naruto lâcha un petit rire, entendant presque le ton lassé de son vieil ami en lisant ses mots. A la suite, Sasuke n'avait plus rien écrit pendant au moins une semaine, si ce n'est quelques nouvelles formules mathématiques.

Pourquoi, j'en sais rien, mais chaque soir, je me retrouve avec ce teubé dans la bibliothèque du lycée. Je sais même pas comment il s'appelle. Au moins, la seule chose que je peux lui accorder, c'est qu'il ne lit pas que de la merde. Mais s'il insulte une nouvelle fois Vegeta, il va retrouver son bouquin dans la poubelle.

Cette fois-ci, le blond lâcha un vrai rire, se souvenant vaguement du regard outré de Sasuke quand il parlait mal de son idole. Ça leur était encore arrivé plusieurs fois, comme il y a un mois ou deux, en plein milieu du bureau. Sakura en avait pleuré de rire, tellement la réaction de Sasuke avait été infantile.

Naruto poursuivit sa lecture, un grand sourire aux lèvres, ainsi qu'heureux de pouvoir oublier quelques minutes l'absence de Sasuke. Il tourna une page, et cette fois-ci ses commissures descendirent, et il sentit son cœur battre plus fort sous l'émotion.

Naruto est vraiment un mec insupportable. Immature. Irresponsable. Et tous les synonymes existants. Il ne peut pas passer une journée sans me chercher des poux pour n'importe quelle raison. Alors soit je lui réponds, soit je l'ignore.

Aujourd'hui, j'en ai eu assez. J'ai essayé de le frapper, de tout faire pour qu'il la ferme, tout simplement, et me laisse lire tranquille. Il a eu l'air tellement terrifié, mal, que j'ai cru durant quelques instants qu'il avait eu une crise cardiaque. Alors au final, je me suis contenté de l'engueuler, encore une fois.

Je ne sais pas pourquoi, mais la tête qu'il a eue, à ce moment là... Elle m'a vraiment touché.

Ce carnet, ce n'était pas seulement un petit récit de leurs engueulades quotidiennes. C'était tout ce que Sasuke avait ressenti, pendant ces deux ans passés ensemble, et dont personne n'avait jamais rien su.

Il hésita bien plus, cette fois, car au final c'était très intime comme journal. Mais l'absence de Sasuke, et la peur qui tordait ses boyaux le fit se replonger dedans.

Il lut chaque passage avec une attention bien plus profonde qu'au début. Il ressentit alors à quel point Sasuke avait eu du mal à accepter ce qu'il ressentait, d'abord son amitié, puis les sentiments plus profonds. Il avait vraiment eu du mal à se faire à cette idée, c'était le cas de le dire.

Depuis que moi et le crétin on ne peut plus se voir, c'est comme si je me retrouvais définitivement seul. Au fil des jours qui s'écoulent, je me rends compte que sans lui, le temps est vraiment long. Je m'ennuie comme je ne me suis jamais ennuyé auparavant. Je n'ai même plus envie de lire.

J'ai juste envie de sentir son épaule contre la mienne, d'entendre à nouveau sa voix insupportable, ses piques toujours aussi puériles, de voir son sourire débile. J'arrive pas à comprendre pourquoi. Ce mec n'est pas mon ami. C'est un crétin.

Et pourtant, quand je pense que je ne lui parlerai plus jamais, je me sens tout bizarre. C'est comme si mon ventre se transformait en béton armé et me pesait, comme si une boule se coinçait dans ma gorge. Et mes yeux me piquent.

Merde... je crois bien qu'à cause de ce crétin, je me suis mis à pleurer.

Un sourire triste étira malgré lui ses lèvres. C'était qu'il était presque mignon, le petit Uchiha Sasuke de 17 ans. Il poursuivit sa lecture, attendant presque avec impatience le moment fatal, celui où tout avait dérapé entre eux, et qui avait conduit à leur séparation.

Ce crétin, bon sang, parfois je me demande s'il le fait exprès. Peut-être a-t-il été envoyé sur Terre pour me pourrir la vie. Je commence vraiment à me poser la question.

Ce n'est pas comme si ça avait empiré depuis la dernière fois, non. En fait, on s'améliore, on se dispute de moins en moins, et je crois bien que les doutes qu'il avait sur moi ont disparu.

Mais le problème, l'unique problème, qui me fait tellement chier, qui est juste là pour me pourrir la vie...

C'est qu'il commence à essayer de me parler de filles. Et moi, comme un con, la seule chose que je trouve à faire, c'est me murer dans mon silence, au lieu de lui dire exactement quelle est la personne qui est sans arrêt dans mon crâne.

Il ne s'en souvenait même pas, et pourtant les mots de Sasuke sur le papier étaient un témoignage fort. Il n'aurait jamais cru qu'il noterait ce genre de choses. C'était juste tellement... pas Sasuke.

Soudain, il entendit une clé tenter de tourner dans la porte, et Naruto sauta sur ses pieds, le cœur battant, tout en cachant le carnet dans sa poche. Il s'approcha rapidement de l'entrée, se disant que Sasuke penserait à un cambrioleur, sa porte étant ouverte, et pourrait aller jusqu'à vouloir l'assommer.

« Qui est là? » demanda le brun.

Courant jusqu'au pas de la porte qui menait au salon, leurs yeux se croisèrent, et chacun sentit ses épaules perdre un peu du poids qui se trouvait sur elles. Alors que l'Uchiha allait parler, lui demandant sûrement ce qu'il foutait là, Naruto l'attrapa par le col et fit claquer son poing sur la tempe de Sasuke.

« Putain Naruto, ça fait mal! » cria l'éditeur en chef.

Relevant ses pupilles noires d'encre vers celles de son subordonné, l'Uchiha sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine quand il remarqua à quel point les bleues étaient brillantes, pleines de rancœur, mais aussi de soulagement.

« T'as qu'à répondre aux messages, imbécile! répliqua le blond, la colère faisant bouillir son sang. T'étais où, bordel, Itachi est en train d'écumer la ville pour te chercher! »

Il capta le regard ahuri de Sasuke, puis le lâcha, prenant son portable pour envoyer un mail au frère Uchiha, l'informant du retour de sa Majesté Sasuke.

« Pourquoi t'es là? siffla Sasuke, remis bien rapidement de sa surprise, qui se dirigea vers la cuisine pour mettre des glaçons sur son front.

– Pour accueillir le pape qui va passer, ironisa froidement Naruto en le suivant. Parce que je m'inquiétais, qu'est-ce que tu crois? T'étais où? Itachi m'a dit que t'es pas passé à la Konoha, alors ne me sors pas encore des conneries. »

Sasuke étrécit son regard, et Naruto sentit que s'il continuait sur cette voie, il ne récolterait pas des réponses, mais un bon pain en guise de monnaie.

« T'as eu une longue journée, alors va dormir.

– Pas tant que tu ne m'as pas dit où t'étais.

– J'ai pas envie de t'en parler. »

Ces mots furent comme un coup de couteau dans le ventre de Naruto. Il s'approcha du brun qui ouvrait le congélateur et tapait le bac à glaçons sur le comptoir de sa main droite, l'autre étant sur sa tempe.

« C'est quoi le problème, exactement?

– J'ai aucun problème.

– C'est ça, prends-moi pour un con. J'peux savoir pourquoi t'es énervé comme ça?

– Parce que je suis à peine rentré, crevé, qu'un crétin blond m'a accueilli d'un coup de poing!

– Mais bien sûr. Et à part ça, t'étais où cet aprèm, tout seul, alors qu'il vient d'y avoir trois attaques? »

Sasuke siffla, se pinçant l'arête du nez, les paupières closes, oubliant un instant la glace qui fondait lentement sur le comptoir.

« Laisse-moi, s'il te plaît.

– Non. »

Un silence plana quelques secondes, pendant lesquelles il rouvrit les yeux, et gronda :

« Si.

– Va crever! Je partirai pas tant que tu m'auras pas répondu! »

Il sentit clairement la fatigue, et l'irritation qu'il provoquait, mais Naruto ne comptait pas abandonner de sitôt. Sasuke l'avait trop inquiété pour qu'il parte sans rien dire.

« Tu veux que je sois honnête? demanda le brun

– Oui, répondit-il sans réfléchir, une bouffée d'espoir le prenant, rapidement soufflée par la réponse de Sasuke.

– Alors dis-moi pourquoi t'as dit à Itachi que tu allais réfléchir. »

Naruto cilla, restant perplexe un instant.

« ...hein? »

Le brun planta son regard dans celui du blond, les poings serrés.

« J'ai appris pour ton histoire de transfert raté. »

La respiration de Naruto se coupa, et un air horrifié s'afficha sur ses traits.

« I-Il t'en a parlé?

– Donc tu ne comptais jamais me le dire. »

Sasuke attrapa enfin une poignée de glaçons qu'il mit dans un torchon et plaqua contre sa tempe.

« J'en sais rien, si je t'en aurais parlé, de toute façon ça n'a aucune importance, non?

– Tu as pourtant dit que tu réfléchirais au fait de partir ou non, et je pense que ça a de l'importance, marmonna-t-il en se dirigeant vers le salon pour y déposer ses affaires, Naruto sur ses talons.

– Bien sûr que j'y ai réfléchi, qu'est-ce que tu crois! Et Itachi a eu raison de me parler de cette histoire avec le DRH, Sasuke- »

Il se retourna pour tomber nez à nez avec le blond, au sens propre. Il plissa ses paupières, croisant sans flancher les yeux bleus perçants.

« Il a eu raison? »

Le ton froid du brun le fit déglutir.

« Oui.

– Alors ça y est, simplement parce que tu as peur des autres, tu veux te barrer? »

Les yeux cobalt s'agrandirent.

« Qui a dit ça!? Arrête d'interpréter ce que je dis à ta sauce! Itachi a eu raison de me parler de ça, car sinon, toi, tu l'aurais jamais fais! C'est parce que tu me caches des trucs que je fais pareil!

– Ça va être de ma faute, maintenant?

– Si le DRH découvre ce qu'il se passe, on est dans la merde, Sasuke, autant toi que moi!

– Alors quoi, tu veux que j'aille le voir, dès demain, lui en parler? Je te signale que c'est pour pas te mettre mal à l'aise que j'ai répondu qu'il y avait rien! »

Naruto pâlit légèrement, reculant instinctivement.

« Parce que toi, tu veux... lui dire?

– Non. Pas si t'en as pas envie.

– C'est quoi le problème, alors!? »

Sasuke observa vaguement l'indécision présente dans les iris de son ami, et détourna la tête.

« Est-ce que ça te manque? »

Cillant, le blond balbutia :

« De quoi?

– De bosser en littérature. »

Il commença à se mordiller l'intérieur des joues.

« On s'en fiche de ça-

– Réponds-moi, par un oui ou par un non. » siffla Sasuke, presque menaçant.

Les yeux de Naruto s'agrandirent :

« Non mais ça va, oui? Je suis pas ton chien, tu me parles pas comme ça, connard!

– J'ai pas de compte à te rendre, je ne me plains pas quand tu passes ton temps à m'insulter.

– Il y a une différence, je te signale!

– Laquelle? »

Naruto recula enfin d'un pas, respirant fort, et incapable de trouver quoi répondre.

« Et je t'ai posé une question, insista Sasuke.

– Ben elle est stupide, ta question!

– De quoi est-ce que tu as peur, hein? Dis la vérité, Naruto. » gronda-t-il, abaissant son torchon.

Son poing le démangea une nouvelle fois, et cette fois-ci, Naruto ne tint plus :

« Ouais, ça me manque, exactement, t'es content!? Et d'ailleurs, c'est bien simple, je déteste les mangas! Oh, et je déteste les ninjas! Et puis aussi, j'ai une sainte horreur des chenilles, donc par voie de conséquence des sourcils de Lee, c'est aussi une des raisons pour lesquelles je veux me barrer de la Konoha! »

Il avait les yeux grands écarquillés, et la respiration haletante. Il serait capable de continuer toute la nuit, tout ce qu'il faut pour que Sasuke se rende compte d'à quel point il était ridicule. Son ton sombrement ironique voulait tout dire, et il savait que Sasuke s'en rendait compte, vu l'œillade assassine qu'il lui jetait.

« Ne me regarde pas comme ça. Enfin, je...! » il laissa son regard planer sur le mur, levant les mains. « Tu t'attendais à quoi? Tu sais parfaitement que j'aime la littérature, tout comme tu sais que j'adore bosser avec vous. »

Sasuke garda les yeux dirigés vers le sol, et Naruto poursuivit :

« J-Je comprends pas ce qui te bloque. Ni pourquoi tu te mets soudainement à penser que je vais partir... » il passa une main dans ses cheveux, grimaçant. « Je peux saisir... que tu craignes que je m'en aille encore une fois. Mais... » il leva les yeux au ciel pour refaire face à Sasuke, posant une main sur son cœur et baissant la voix, ses grands yeux bleus brillants de sincérité. « Mais ça n'arrivera pas. Fais-moi confiance. Tu me connais maintenant. Et tu sais que je ne veux pas non plus qu'on se sépare. »

Sasuke remonta un instant sa poche de glace sur sa bosse, avant de la baisser. Il ferma les yeux, et quand il fut certain que Naruto n'avait plus rien à dire, il murmura :

« Est-ce que c'est pour moi... que tu n'as pas demandé de transfert? »

Leurs regards se croisèrent, et, inspirant lentement, Naruto acquiesça. Sasuke marcha jusqu'à la cuisine, et le blond le suivit des yeux, le regardant poser son torchon sur un plan de travail. Puis, sans ajouter un mot de plus, il le vit se diriger vers la salle de bain.

« Moi aussi je t'ai posé une question, rappela Naruto. Et je t'ai répondu, alors fais pareil. »

Dans l'entrebâillement de la porte menant à la salle de bain, Sasuke se stoppa, et se tourna lentement vers lui :

« On a pas tout ce qu'on veut dans la vie. »

Naruto écarquilla les yeux quand Sasuke referma la porte. Il s'en approcha et commença à taper :

« Je compte pas partir tant que tu m'as pas répondu!

– T'inquiètes pas, je te réserve un coin chaud dans mon lit. »

Naruto commença à rosir, puis pesta, continuant de frapper le bois :

« Arrête ça, c'est pas le moment! »

La porte s'ouvrit doucement, et Naruto se recula, frissonnant face au regard polaire de Sasuke.

« Il y a aussi de la place dans la douche. »

Ce coup-ci, Naruto perdit prise. Il se jeta sur le brun, l'attrapant une nouvelle fois par le col et levant son poing libre. Mais cette fois, Sasuke ne se laissa pas faire, et s'arracha de la prise du blond, évitant de rencontrer une nouvelle fois ses phalanges. Dans la petite salle de bain de Sasuke, leur dos ne cessait de rencontrer le mur au tour par tour, ou bien leurs hanches de faire de mauvais contacts avec le lavabo. Un mouvement du bras malencontreux renversa même tout ce qui se trouvait sur une étagère.

Leurs yeux étaient emplis de colère, et leurs mains souhaitaient frapper. Naruto parvint à propulser Sasuke dans la cabine de douche, dans laquelle le brun glissa, manquant se cogner la tête contre le robinet. Ils se retrouvèrent au sol, l'un contre l'autre, les mains de Naruto de part et d'autre de la tête de Sasuke.

Le blond leva une main qu'il s'apprêtait à abattre sur le nez de celui en dessous de lui, mais son geste s'arrêta. Son regard avait changé, en l'espace de quelques secondes. Il ne savait pas à quel moment cela s'était produit, mais maintenant, la lèvre de Sasuke saignait. Elle était fendue, et le liquide carmin s'était écoulé sur sa joue.

Les bras de Naruto retombèrent le long de son corps. Il sentit le brun frémir sous lui.

Il ne comprenait rien à ce qu'il se passait. Comment, en une journée, tout avait pu basculer si vite?

Est-ce que Sasuke en avait marre d'attendre? Est-ce qu'il abandonnait? Est-ce qu'il aurait dû faire quelque chose?

Il ne saisissait pas. Pourquoi Sasuke doutait de lui, pourquoi croyait-il qu'il allait partir?

« Tu sais, à la base, si j'étais venu... haleta-t-il. C'était pas juste parce que je m'inquiétais. »

Il sentit ses yeux devenir humides, mais refoula ses larmes.

« Je t'ai laissé un message, un putain de message dont j'ai ultra honte. J'ai même pas été capable de finir ce que je voulais dire... Alors t'as intérêt à l'effacer sans l'écouter jusqu'au bout. »

Et sans un mot de plus, il se leva, passant son bras sur ses yeux, et quitta l'appartement en claquant la porte.

Sasuke mit un moment à se relever. Il marcha lentement jusqu'à sa chambre, où il s'assit sur son lit. Il sortit son portable, et écouta sa messagerie.

''Vous avez, un, nouveau message. De, crétin. A, vingt-et-une heure, quarante-et-une.''

Sasuke passa une main sur sa bosse, grimaçant légèrement.

''Putain de merde, Sasuke, t'es où? Si jamais c'est la police qui m'appelle pour me dire que t'es mort dans une ruelle, j'te jure que...!''

Il y eut un silence, un bref soupir, puis une voix plus tremblante remplaça la précédente. La main de Sasuke glissa sur ses yeux.

''Rentre immédiatement. Sérieux, ça ne me fait pas rire... Je...''

Il y eut quelques balbutiements incohérents, et le message prit fin.


« Dis, c'est moi ou Sai est le portrait craché d'Uchiha-san? chuchota Tenten à l'oreille de Lee, qui acquiesça.

– Tu crois qu'ils sont cousins? »

Naruto, assis à côté d'eux, gronda :

« Je trouve pas. »

La brune aux macarons lui fila un petit coup de coude dans les côtes, railleuse :

« Oh, allez, fais pas la tronche. Je suis sûre que c'était une blague parce qu'il était mal à l'aise.

– Tu parles! s'écria le blond, vidant cul sec sa bière. Non mais franchement, quand on voit pour la première fois un mec qu'on connaît pas, on le salue pas en l'appelant "p'tite bite"!

– Ça doit quand même être un signe s'il n'a dit ça qu'à toi, fit remarquer Kiba avec un sourire railleur.

– Ton surnom à toi, c'est bien clébard, alors la ramène pas! »

Aussitôt ces mots prononcés, le brun se renfrogna, et Naruto se mit une gifle mentale. Il était un quadruple idiot. Le mot était passé, pourtant, celui de ne faire aucune allusion à l'incident durant la pendaison de crémaillère de Sai. Ils étaient là pour faire la fête, pas se rappeler des événements tragiques. Même Sakura avec son bras dans le plâtre avait fait l'effort de garder un sourire sincère aux lèvres toute la soirée, et lui il gâchait tout.

La vie avait reprit son cours, ils y avaient été un peu forcés en même temps. Dès qu'elle en avait eu l'occasion, Tsunade était sortie de son lit pour reprendre en main sa boutique; et Sakura avait fait de même, malgré la désapprobation de ses collègues.

Seul Gaara était encore à l'hôpital, toujours endormi. Néanmoins, les médecins gardaient espoir, et disaient qu'il y avait de grandes chances qu'il se réveille. Le seul problème était que se réveiller ne signifiait pas se rétablir. Ou encore qu'il garde les yeux ouverts pour de bon.

A cause de ça, Temari était effondrée, tout comme son frère qui était venu d'Osaka la rejoindre dès qu'il avait été mis au parfum. Et parmi tout ça, Kiba se retrouvait seul dans son appartement, sans plus personne pour le railler à longueur de journée, ni pour le faire passer pour un protozoaire. Et Naruto était persuadé que, malgré l'air je m'en foutiste qu'il affichait quand on lui parlait de ça, il était aussi très touché par cette situation. Il devait même ressentir quelques remords, étant donné qu'il était celui qui avait poussé Gaara à sortir en plein milieu de la nuit. Le blond n'imaginait même pas ce qu'il avait dû ressentir en ne le voyant jamais revenir, puis quand il avait reçu l'appel de Temari le lendemain.

Kiba se leva, faisant craquer sa nuque, et fit signe à Naruto de le suivre jusqu'au buffet. Il s'exécuta, prêt à tout pour rattraper sa bourde, quand il entendit le brun lui murmurer :

« Eh, y'a un truc que je voudrais savoir. »

Naruto cilla, surpris et presque heureux que Kiba passe aussi vite l'éponge sur sa gaffe.

« Le mec qui habite ici maintenant, et la fille aux cheveux roses... Ils sont vraiment ensemble?

– Bah oui, pourquoi? »

Kiba eut une moue de profonde perplexité, et lança un regard tout aussi méfiant vers le couple de l'autre côté de la pièce.

« Parce que j'ai l'impression que depuis le début de la soirée, c'est la quatrième fois qu'ils s'engueulent. »

Riant aux éclats, Naruto hocha la tête :

« Ça ne m'étonne même pas, connaissant Sakura!

– Dans ce cas, seconde question, ajouta le brun.

– Hm? »

L'éditeur vit une nuance de rouge teinter ses joues :

« C'est qui cette blonde qui est accrochée à Sai, alors!? »

Naruto jeta un petit coup d'œil au trio à l'autre bout de la scène, et vit Ino effectivement pendue au cou de Sai, qui restait relativement neutre face à la situation. En tendant l'oreille, il entendit une partie des babillements d'Ino, et comprit que, une fois n'est pas coutume, celle-ci les embêtait sur leur âge respectif.

Il revint vers Kiba en roulant des yeux :

« Ino est la meilleure amie de Sakura. Et elle devient sa pire ennemie quand elle est bourrée. »

Tout ce qu'il récolta fut un regard blasé, puis Kiba se servit un verre de la première bouteille qu'il trouva, avant de retourner s'asseoir. Naruto décida d'aller rejoindre les trois spécimens qui avaient tant attiré l'attention de Kiba, persuadé qu'il y aurait du spectacle.

« Et doooonc... minaudait Ino. Comment vous avez décoré la suite nuptiale?

– Nuptiale? demanda Sai. Mais qui va se marier? »

Sakura passa une main sur son visage, grognant :

« Arrête avec ça! On habite même pas ensemble, alors lâche l'affaire!

– Ah bon? intervient Sai. C'est ce que j'avais compris, pourtant.

– C'est ce que tout le monde a compris, renchérit Ino, un grand sourire carnassier aux lèvres. Sauf Sakura! »

Elle ricana, tandis que l'éditrice rougissait à vue d'œil en écarquillant les yeux.

« M-Mais qu'est-ce que tu racontes, crétin! C'est chez toi ici, et on a jamais parlé de ça!

– C'est vrai, mais j'ai lu quelque part qu'après plusieurs mois de relation, c'était la coutume d'habiter ensemble. »

Ino se détacha de Sai et se posta à côté de Naruto, les deux blonds suivant l'échange comme un match de tennis.

« E-Et alors! balbutia bruyamment la rosée. C'est le genre de choses dont on doit discuter avant!

– Ah bon.

– Arrête avec tes "ah bon"!

– Mais ça te dérangerait tant que ça de vivre ici?

– Je n'ai pas dit ça! s'exaspéra Sakura. Seulement... »

Naruto sentit un petit coup dans ses côtes, et se retourna vers Ino, qui le regardait avec un sourire complice.

« Ils sont mignons, hein? »

Il refit couler son regard vers le couple, et croisa les bras :

« Si tu le dis. Mais je crois que c'est le moment de les laisser seuls.

– Roooh... soupira la blonde. Rabat-joie. »

Néanmoins, elle le suivit, s'agrippant à lui, pour lui à l'oreille :

« Okay, mais à condition que tu me présentes ce beau brun là-bas. »

Naruto regarda dans la direction qu'elle lui indiquait, ouvrant de grands yeux en voyant Neji, qu'il avait invité à venir, suite à la proposition de Sakura. Il hésita, mais se rappela qu'il ne s'était toujours pas vengé depuis que le brun avait eu la bonne idée de rapporter à son oncle qu'il était en ''couple'' avec Sasuke, bien qu'à ce moment-là il pense que c'était un mensonge. Quoique, ce n'était peut-être pas la meilleure chose à faire. Neji n'était pas quelqu'un de très expansif sur ses sentiments, mais là, il avait l'impression qu'il n'était pas tout à fait de bonne humeur.

Ils furent coupés dans leur route par Temari qui quittait la pièce brusquement, marmonnant qu'il n'y avait plus assez de bières. Les deux blonds la suivirent du regard, puis le dirigèrent immédiatement vers Shikamaru, qui était assis profondément dans un pouf à un mètre d'eux, le regard dans le vague.

Ino resserra sa prise sur le bras de Naruto, et chuchota :

« On fait un petit détour, s'il te plaît? »

Il acquiesça et ils s'approchèrent du brun à la queue de cheval, qui les regarda, l'air plus fatigué que d'habitude :

« Quoi?

– Lève ton cul d'ex-taulard, et va voir Temari. » répondit crûment Ino, faisant écarquiller les yeux de Naruto.

Le vice-éditeur en chef marmonna quelque chose dans sa barbe, et garda son regard au loin.

« Qu'est-ce que je pourrais bien lui dire, hein? Qu'est-ce que ma présence va changer?

– Un paquet de choses. »

Il baissa les épaules, fermant les paupières, et Naruto renchérit :

« Va la voir, Shikamaru.

– Elle a pas besoin de moi, elle a besoin d'une épaule pour s'appuyer, d'une présence réconfortante. Ce que je ne suis pas. »

Ino serra les poings, et balança son pied sur la bouteille que tenait le brun, qui se renversa sur sa chemise.

« Mais, mais ça va pas!?

– Ooooh, désolée! C'est bête ça, il faut que tu ailles nettoyer cette vilaine tâche, c'est urgent! Allez, hop, direction la cuisine! »

Le regard fatigué de Shikamaru en disait long sur ce qu'il pensait du jeu d'acteur de sa meilleure amie.

« Et pourquoi pas la salle de bain? »

La blonde se figea, cherchant rapidement une excuse, puis plaça une main devant sa bouche et courut vers les toilettes, pliée en deux. Shikamaru secoua la tête, fixant le sol, puis se fit tout bonnement éjecter de son pouf, et un bras puissant le mit sur pied, avant de le pousser vers la cuisine. Ronchonnant pour la forme, Shikamaru finit néanmoins par passer la porte, que Naruto referma derrière lui.

Il jeta un petit coup d'œil aux alentours, puis colla une oreille contre le bois, aussitôt suivi par Ino qui avait émergé des toilettes aussi rapidement qu'elle y était entrée.

« J'espère que ton alerte-vomi était de la comédie. » chuchota Naruto.

De l'autre côté de la porte, Shikamaru darda un regard un peu mal à l'aise sur son amie et mangaka. Il ne savait pas trop quoi lui dire, réconforter n'était pas ce qu'il savait faire de mieux.

Ce fut donc les mains enfoncées dans ses poches qu'il s'approcha de la blonde qui était penchée sur l'évier, les yeux douloureusement fermés et la bouche tordue vers le bas. Ses dents passèrent sur sa lèvre inférieure, et il marmonna :

« Euh... Ça va? »

Ce n'était probablement pas la meilleure chose à demander sur le moment, mais il ne savait vraiment pas quoi dire d'autre. Après tout, c'était pour ça qu'il n'avait pas voulu venir en premier lieu. Ino était mieux placée que lui pour sécher les larmes. Et qu'est-ce que lui pourrait bien changer?

Temari grogna quelque chose d'incompréhensible dans sa barbe, et il saisit quelques mots comme ''bouteille'', et ''nausée''. Elle avait donc bu un peu trop. Il soupira et prit un verre qu'il remplit d'eau et lui tendit silencieusement. Elle l'accepta, le vida, et se remit à fixer le siphon. Shikamaru, les sourcils froncés, et remuant un peu les épaules pour faire disparaître sa gêne, marmonna :

« T'es sûre que c'est juste ça? »

Elle leva les yeux au ciel.

« T'inquiète pas pour moi.

– C'est à cause de ton frère? »

Elle lui lança un regard vague, un peu humide, et lâcha un ou deux grognements qui semblèrent être une réponse.

« Je t'ai vue décrocher ton portable tout à l'heure. Il y a des nouvelles? »

L'auteur hocha péniblement la tête, une main devant sa bouche, et des sanglots refoulés vinrent secouer ses épaules.

« Il a fait une rechute. » souffla-t-elle dans un murmure, sa voix se brisant.

Le cœur du brun se serra, tandis qu'il observait les larmes dégringoler sur les joues de son amie. Il ne se rappelait que trop bien ce jour-là, dans la prison, où elle avait aussi pleuré devant lui, semblant laisser tomber ses barrières uniquement parce qu'il était là. Il ne comprenait toujours pas bien la raison pour laquelle il avait obtenu ce droit, mais l'acceptait, même s'il se promettait de tout faire pour que ces instants ne se produisent plus.

Ce fut donc avec des mouvements maladroits mais pleins de sollicitude qu'il se posta à ses côtés, força ses mains à se décrisper du bord de l'évier, et la serra contre lui, son visage dans ses cheveux, à respirer son odeur familière.

Ses lèvres se déposèrent doucement contre le front de Temari, ce qui augmenta l'intensité des pleurs silencieux de son amie. Il l'entendit renifler, et murmurer une excuse tandis que ses doigts s'accrochaient à son t-shirt, mais il secoua la tête et la serra plus fort.

« Je suis là, je ne partirai pas. Fais-moi confiance. » chuchota-t-il.

Il glissa ses doigts sur la chevelure blonde de son amie, se rappelant de cette fille qu'il avait rencontrée tant de temps auparavant, et qui avait refusé d'accepter un trophée qu'elle ne méritait pas de gagner. Cette fille qui s'était imposée dans sa vie, qu'il avait au départ vu comme une grande emmerdeuse, puis comme une amie, à qui il avait pu confier sa vie, et dont il n'avait jamais douté.

Elle qui se présentait toujours comme une femme forte, un peu garçonne, colérique et espiègle, il détestait la voir comme ça. Ça ne lui allait pas. Il voulait que ça s'arrête, qu'elle cesse d'être triste, que tout redevienne comme avant. Que, lors de cette soirée, elle soit en train de chercher Sasuke, enjouée, plutôt que dans les bras d'un pauvre garçon qui ne savait tout bonnement pas comment faire pour qu'elle retrouve son sourire.

Shikamaru avait beau être intelligent, il n'y connaissait rien aux filles, il ne savait pas comment s'y prendre avec elles, ayant toujours peur de se faire engueuler s'il n'agissait pas avec assez de tact. Si ça avait été un mec, ç'aurait été plus facile. C'était plus simple, les gars, ça n'avait pas besoin de se réconforter. Une petite bourrade pour dire qu'il avait son soutien, et ça avait suffit à Naruto lorsqu'il était venu le voir pour lui parler du comportement bizarre de Sasuke.

Les femmes, c'était tellement compliqué. Mais pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de chercher, de réfléchir, de vouloir trouver un moyen d'arrêter les larmes de s'écouler sur les joues de Temari et de venir mouiller son t-shirt.

Il décala sa tête, et leurs yeux se croisèrent. Et il oublia de penser, il se pencha vers la blonde, effleurant ses lèvres des siennes.

Soudain, il entendit un grincement, et vit la porte de la cuisine d'ouvrir en grand. Derrière, apparut Naruto, qui grimaça en écarquillant les yeux, pris sur le fait, Ino avec un sourire jusqu'aux oreilles, ainsi que Chouji derrière eux, plus vraisemblablement venu chercher un en-cas. Il se recula de Temari, cillant et s'apprêtant à faire une remarque sur leur espionnage de porte pas très discret, quand Ino se mit à gueuler :

« Vas-y Shika, mets la langue! »

Lui ainsi que Temari pâlirent, et le cri de sa meilleure amie attira l'attention des autres personnes présentes, ce qui les fit se séparer rapidement. Mais heureusement pour eux, la maîtresse de maison, lorsqu'elle apprit ce que les deux compères blonds avaient fait, s'occupa d'eux. Ils se retrouvèrent donc sur le palier, mis "au coin" par une Sakura qui n'avait pas apprécié qu'ils jouent les voyeurs.

Une bonne dizaine de minutes plus tard, l'hôtesse de la soirée revint, accompagnée d'une bouteille de saké dans sa main valide, et s'assit à côté d'eux dans le couloir de l'immeuble.

« Ils sont toujours dans la cuisine? demanda Naruto en se servant le premier de la bouteille, évitant que Ino la chipe en première et ne la vide cul-sec.

– Huhum, acquiesça Sakura avec un petit sourire. D'où vous est venu cette soudaine volonté de jouer à l'agence matrimoniale?

– Il fallait bien que quelqu'un s'en occupe, s'esclaffa la blonde. Sinon, ces deux crétins n'auraient jamais osé faire le premier pas. »

Sakura leva les yeux au ciel, et prit la bouteille de la main de Naruto, buvant une gorgée, avant de demander, très sérieuse :

« Dites, Sai vous avait parlé de cette histoire? »

Ils haussèrent les épaules.

« Moi, tu sais, c'est la première fois que je le rencontre... rappela Naruto, qui se tourna vers Ino.

– Non, il n'avait rien dit. Mais je pense que tu devrais accepter. De toute façon, vous arrêtez pas de faire des voyages entre vos deux apparts. Ça ne vous changerait pas la vie.

– Ouais, mais c'est le principe... »

Naruto n'ajouta rien, reprenant la bouteille. Il n'avait pas trop l'habitude de parler de ce genre de choses, ça ne l'intéressait pas vraiment. Il espérait que les deux femmes ne commençaient pas à le voir comme ''le pote gay à qui on confie tous nos secrets''. Qu'il n'était pas d'ailleurs.

Rien qu'à cette infime pensée, il se renfrogna, sa dispute avec Sasuke quelques jours auparavant encore fraîche dans son crâne. Depuis, ils n'avaient pas reparlé, pas un seul mot, et il voyait bien que le brun l'évitait. A dire vrai, Sasuke ne venait même plus le chercher le matin, pour qu'ils se rendent ensemble au boulot. Et s'il faisait comme si ça ne l'atteignait pas, la vérité était toute autre.

Après ce qui était arrivé, c'était étrange. Sasuke, en temps normal, aurait plutôt tout fait pour le protéger, encore plus qu'avant. La seule possibilité pour qu'il n'ait plus de raison de vouloir qu'ils rentrent ensemble était qu'il soit certain que Naruto ne risquait plus rien-

« Tant qu'on parle des couples où la communication n'est pas top, comment ça se passe avec Sasuke, Naruto? »

Celui-ci cilla, sorti brusquement de sa rêverie par la question d'Ino. Il passa une main sur sa nuque, et marmonna :

« On est pas un couple.

– Roh, arrête de mentir! insista l'étudiante. Quand j'étais en stage chez vous, je vous ai vus dans la réserve! »

Naruto sentit l'ensemble de son visage se mettre à brûler, et il bredouilla :

« Q-Quand?

– Ah, parce qu'il y a eu plusieurs fois? » le taquina-t-elle.

Il fronça les sourcils, et pensa un instant à se lever pour éviter la conversation, mais un poids était tombé dans son estomac. Ces filles n'étaient peut-être pas des tombes quand il s'agissait de garder les secrets, cependant l'envie de partager ce qu'il s'était passé était grande, et il leur faisait confiance. Elles étaient ses amies, après tout. Et il en avait bien parlé à Shikamaru.

« Dites... murmura-t-il. Vous ne trouvez pas que Sasuke est bizarre ces derniers temps? Depuis l'accident, pour être précis. »

Sakura envoya un regard peiné à Naruto :

« Naruto, on est pas aveugles... Au bureau, on a bien vu que Sasuke avait la lèvre fendue, et aussi que vous ne faites plus le chemin ensemble. » elle fronça doucement les sourcils. « Il s'est passé quelque chose? »

Il garda son regard vissé au sol, la bonne humeur s'étant totalement envolée de son être. Le silence le poussant à expliciter, il se racla la gorge :

« C'est assez compliqué. »

Elles s'échangèrent un petit regard, puis il sentit la main de Sakura se poser sur son épaule gauche.

« Un rapport avec l'Akatsuki? »

Il passa son pouce sur sa lèvre inférieure, réfléchissant, et souffla :

« Ouais, en partie. En fait... » il ferma les yeux. « Il me cache un truc. Il sait quelque chose par rapport à l'accident, j'en suis certain. Mais il ne veut pas me dire quoi.

– Tu lui as dit que ça t'inquiétait? »

Il humidifia ses lèvres sèches, et il expliqua :

« Ben... Mardi, il agissait bizarrement à l'hôpital. Et ensuite, il a disparu jusqu'au soir. J'ai appelé Itachi qui m'a dit qu'il n'était pas au bureau, et je savais qu'il n'était pas chez lui, alors j'ai commencé à flipper... Au final, il est rentré, comme si c'était tout à fait normal. Et quand je lui ai demandé où il était... »

Il déglutit, et leva ses orbes bleues vers Sakura :

« Tu le savais qu'il a reçu une lettre du DRH? »

A voir les yeux écarquillés de Sakura, ce n'était visiblement pas le cas. Il secoua la tête et expliqua à ses deux amies la discussion qu'il avait eue avec Itachi quelques jours plus tôt.

« Ça ne lui a vraiment pas plu. J'ai eu beau lui répéter que je ne partirai pas, c'est entré par une oreille et c'est ressorti par une autre. Il était très blessé, je crois... et il doit avoir peur que je m'en aille encore une fois. »

Il avala une gorgée de saké, et ses dents vinrent mordiller l'intérieur de ses joues.

« Bref, après ça, il a fait mine d'aller se coucher, alors j'ai insisté en lui disant que je voulais qu'il me réponde, mais tout ce qu'il a fait a été de me provoquer. Au bout d'un moment, j'en ai eu marre et... » il baissa la tête, honteux. « On s'est battus. »

Sakura laissa ses yeux planer sur le sol.

« C'est donc pour ça.

– Ouais. Et depuis, pas un mot. Je suis même surpris qu'il soit là ce soir.

– Tu devrais aller le voir maintenant, murmura Ino. Et sans vous battre, sales brutes. »

Naruto leva les yeux au ciel :

« Et pour lui dire quoi?

– Il t'aime, Naruto, répliqua doucement sa collègue. S'il te cache quelque chose, c'est parce que c'est pour ton bien, j'en suis sûre.

– Dans une relation, c'est pas l'honnêteté qui prime peut-être? » s'énerva-t-il.

Les pupilles vertes perçantes se plantèrent dans les siennes.

« Il n'y a pas que ça. Il y a aussi la confiance. Et puis... » Sakura soupira. « Est-ce que tu l'aimes, Naruto? »

Le souffle de celui-ci se coupa, et il sentit ses mains trembler. Naruto ferma ses poings, ramenant ses jambes contre son torse et soufflant profondément.

« Je... On est des mecs, bredouilla-t-il. E-Et moi, jusqu'ici j'ai toujours été hétéro. J'ai toujours considéré notre relation au lycée comme une énorme erreur, et... J'ai bientôt 28 ans, c'est un âge où je suis censé trouver enfin une personne avec qui je suis prêt à terminer ma vie, avoir des enfants, et tout ça. Et imaginer terminer ma vie en compagnie de Sasuke, ça me... »

Il passa une main dans ses cheveux blonds.

« Ça ne me dégoûte pas, c'est pas avec lui qu'il y a un problème, mais je... C'est du reste de ma vie dont on parle ici! Il n'y a pas que l'amour qui est important, il y a aussi le fait de l'assumer! Et-Et... »

Il enfouit son visage dans ses mains.

« Vous, vous êtes mes amies, je vous fais confiance, et je sais que vous ne me jugerez jamais. Mais dans la vie de tous les jours, c'est autre chose. Tout à l'heure, vous parliez du fait que tu allais emménager avec Sai, et c'était quelque chose de banal. Si moi, j'emménageais avec Sasuke, ce n'est pas quelque chose dont je pourrais parler à n'importe qui. Ça rendrait toute ma vie différente. Je ne suis pas prêt à assumer ce genre de trucs. »

La main de Sakura se glissa jusqu'aux doigts de Naruto, entremêlés devant ses yeux, et elle le força à les baisser.

« C'est normal que tu aies peur, Naruto. C'est un changement total de vie pour toi. Seulement, tu ne crois pas que Sasuke a lui aussi ce genre d'angoisses? Je le connais depuis pas mal d'années, jamais rien chez lui ne montrait qu'il était gay, et aujourd'hui, il ne semble pas non plus être capable de l'assumer en le dévoilant au grand jour. » elle lui fit un sourire doux. « Ce dont il a besoin maintenant, ce n'est pas de la reconnaissance des autres, mais de la tienne. Si tu vas le voir, et que tu lui dis simplement ce que tu ressens, même si tu ne te sens pas encore capable de l'assumer avec les autres... je pense qu'il sera très heureux. »

Naruto écarquilla les yeux lentement, son cœur accélérant sa cadence. Il se tourna vers Ino qui hocha la tête, approuvant les propos de sa meilleure amie, puis concentra son regard sur le bois sur lequel il était assis.

« Merci les filles. »

Il serra contre sa paume la petite main de Sakura, qui lui sourit, et elle se leva.

« Allez debout, on y retourne. Et va lui parler dès que tu le vois, ok? »

Le blond hocha la tête, et se mit sur ses pieds.

« Je vais essayer. »


« Je te jure que si je mets la main sur Ino et Naruto, je les tue! Je les découpe en morceaux, et je les balance à la mer! Et je prendrai soin de tuer tous ceux qui leurs sont chers-

– Euh, fais gaffe, on pourrait te prendre pour une tueuse en série. »

Temari se retourna brusquement vers Shikamaru, le regard noir, et tourna un index vengeur vers lui :

« Et TOI! Pourquoi t'as essayé de m'embrasser? »

Le brun haussa un sourcil, adossé au frigidaire.

« T'es dix minutes en retard pour te plaindre de ça, j'te signale.

– Fais attention à ce que tu dis, on est entourés de couteaux! »

Bâillant à s'en décrocher la mâchoire, le Nara laissa planer ses yeux sur son amie.

« Tu pleurais dans mes bras. Je voulais te consoler.

– Et depuis quand embrasser, c'est consoler? »

Il soupira.

« Quelle galère. T'es en train de dire que j'aurais mieux fais de te laisser chialer toute seule dans la cuisine? Parce que si c'est ça, pas de souci, la prochaine fois je bougerai pas le petit doigt.

– J'ai pas dit ça! Mais fallait au moins me prévenir!

– T'es fatigante... » marmonna-t-il, détachant son dos du réfrigérateur et marchant vers la porte qui menait au salon.

Temari était rouge de rage et d'embarras quand il quitta la pièce sans un mot de plus. Se grattant la nuque, il traversa le salon et retrouva son pouf de tout à l'heure. Dans la pièce, le calme était tombé, surtout depuis qu'il n'y avait plus Ino pour faire la folle, et à part des conversations à voix basses et quelques notes de guitare depuis la chaîne hi-fi, il n'y avait pas de bruit.

Il n'arrivait pas à croire ce qui avait manqué se produire. Massant ses tempes, il soupira longuement, se demandant s'il était devenu cinglé, et ce qui l'avait poussé à faire ça. Il fallait être stupide, si en plus il s'attendait à ne pas recevoir de représailles. Qu'elle était gonflante.

Chouji s'approcha de lui, lui demandant si l'accès à la cuisine était de nouveau autorisé, et il répondit non de la tête. Temari s'y trouvait encore, et avait bien trop d'armes à sa proximité pour le bien de l'humanité.

« Au fait, Temari va mieux? s'inquiéta son meilleur ami.

– Elle se défoule comme elle peut. » répondit-il en haussant les épaules.

Il s'apprêtait à poursuivre quand une présence attira son attention, esseulée et sombre. Il vit une amie téméraire de Sakura s'approcher de Sasuke et récolter uniquement un regard noir façon Uchiha. Le mauvais pressentiment qu'il avait eu toute la semaine ne fit que s'intensifier, et il s'excusa auprès de Chouji pour aller voir son éditeur en chef.

« Sasuke, ça va- »

Shikamaru s'interrompit en voyant que Sasuke avait une bouteille de vodka presque vide à côté de lui, et il était persuadé de ne pas avoir vu cette bouteille de la soirée. C'était Sasuke qui l'avait gardée et l'avait sifflée.

Il fronça les sourcils, croisant sans frémir les yeux noirs du plus âgé. Une boule se coinça dans sa gorge, tandis que la conclusion à laquelle il était arrivé après l'accident flottait dans son crâne. Il s'assit à côté de l'Uchiha malgré son air menaçant, et recula l'alcool de la portée de Sasuke.

Celui-ci plissa les yeux, et pesta :

« Rends-moi ça. »

Sa voix était grave, enrouée, froide. Shikamaru serra ses doigts sur le verre et murmura :

« T'as pas à faire ça, Sasuke. »

Les pupilles de son patron s'agrandirent, et il poursuivit :

« Ce qu'il s'est passé n'est pas ta faute. Tu dois pas abandonner, pas toi. On peut encore gagner.

– Non. »

Shikamaru écarquilla les yeux.

« Il n'y a pas d'autre choix possible. Je dois le faire, c'est tout.

– Ne raconte pas n'importe quoi! Ne leur donne pas raison. Tu ne peux pas les laisser t'avoir aussi facilement, sans lutter plus. »

Un faible rire amer secoua les épaules du plus âgé.

« On a déjà bien trop lutté. Il y a trop de gens qui sont morts, Shikamaru, et tout ça parce qu'on est trop têtus.

– On peut réussir, Sasuke, insista Shikamaru, le regard droit, décidé. Encore un peu, et on y arrivera. »

Sasuke secoua la tête.

« Non, Shikamaru. On y arrivera pas comme ça. »

Le Nara aurait voulu répondre quelque chose, mais Sasuke se leva brusquement, chancelant un peu. Shikamaru vit alors entrer Naruto, Sakura et Ino. Le blond croisa le regard de Sasuke et s'approcha de lui, mais il l'interrompit en annonçant, haut et fort :

« J'ai quelque chose à dire. »

Tout le monde se tourna vers Sasuke, qui avait levé son verre. Naruto était resté figé près de l'entrée, craignant ce qui viendrait ensuite.

« J'ai une très bonne nouvelle. J'imagine qu'ici, tout le monde connaît Uzumaki Naruto, hein? »

Le sus-nommé fronça les sourcils et s'avança vers son voisin, repoussant les mains de Sakura et Ino qui essayaient de le retenir. Une fois qu'ils furent côte à côte, le blond souffla :

« T'es totalement bourré, tu ferais mieux de t'asseoir et arrêter tes déclarations débiles. »

Il posa une main sur l'épaule de Sasuke qui siffla :

« Tais-toi! »

Naruto retira sa main comme s'il s'était brûlé, les yeux écarquillés et le cœur battant tandis que la voix glaciale de son vieil ami se répétait en écho dans sa tête.

« Je disais, reprit-il. Sa présence ce soir est juste incroyablement fortuite. Vous voyez, c'était un total hasard qu'il se retrouve dans mon équipe, ou même en général à éditer des mangas. »

Naruto sentit une sueur froide lui couler dans le dos, tandis qu'il était figé sur place. Son poing serré trembla, et Sasuke termina :

« C'est donc pour ça que dès qu'un remplaçant sera trouvé, Uzumaki Naruto-san retrouvera sa place en littérature. Félicitations. »

Un grand froid recouvrit l'assistance, et Naruto resta bouche bée, les lèvres entrouvertes, tremblantes. Il resta bien comme ça pendant vingt secondes, et pendant ce temps-là, Sasuke avait eu le temps d'aller récupérer ses affaires, et était sorti sans un mot de plus, et non sans lancer un regard assassin à un jeune homme que Naruto ne connaissait pas, et qui se trouvait près de la porte, souriant, certainement trop bourré pour sentir l'atmosphère glaciale.

Il sentit une main sur son dos, qui caressait doucement son omoplate :

« Naruto... »

Le blond sursauta, reprenant conscience de son environnement, et du monde qui l'entourait, ainsi que des regards qu'on lui jetait. Il vit les yeux émeraudes de Sakura, qui ouvrit la bouche pour dire quelque chose.

Mais il se précipita vers l'entrée, mis ses chaussures, et se mit à courir dans la nuit, sans penser qu'il devrait s'excuser aux autres de la part de Sasuke, sans penser qu'il devrait au moins dire bonsoir.

La seule chose à laquelle il pensait, sans s'arrêter, était Sasuke.


Haletant, les mains sur ses genoux pour éviter de s'effondrer, Naruto s'arrêta un instant devant la porte de Sasuke. Il n'avait aucune idée de comment le brun avait pu le distancer aussi vite, alors que seulement quelques minutes avaient séparé leurs départs de l'appartement de Sai. En tout cas, Sasuke avait dû atteindre la station de métro en un temps record, et l'avait attrapé avant Naruto, qui avait donc dû attendre dix minutes supplémentaires pour rentrer chez lui.

Dix minutes durant lesquelles sa stupeur du moment l'avait quitté pour être remplacée par une peur glaciale et sans nom, qui s'était répandue dans ses veines comme un poison et l'avait fait s'effondrer sur un des sièges, le souffle court.

Naruto n'arrivait toujours pas à comprendre ce qu'il se passait, comment ils en étaient arrivés là. De quelle façon, alors que tout se passait bien entre eux depuis des mois, tout s'était écroulé. Il ne parvenait pas à comprendre comment cette attaque de l'Akatsuki avait pu ainsi ruiner ce qu'ils avaient pris tant de temps à construire.

Et maintenant qu'il était face à cette porte, identique à la sienne, et derrière laquelle il espérait se trouvait Sasuke, il était immobilisé. Dans un certain sens, il n'avait pas envie d'entendre les justifications que lui donneraient son éditeur en chef, il ne voulait pas entendre une nouvelle fois ces mots si blessants pour son cœur.

Comment Sasuke avait-il bien pu décider ceci? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête? Il croyait pourtant que cette histoire-là avait été réglée, que ceci au moins était derrière eux, qu'ils avaient des soucis bien plus importants.

Sasuke avait pourtant bien demandé à son subordonné s'il était resté pour lui, et avait reçu une réponse positive. Naruto avait cru que c'était la seule chose dont il avait peur. Mais il fallait croire que non.

Et puis c'était illogique. Pourquoi le faire changer de département, après qu'il ait tant exprimé son désir de rester à ses côtés? Naruto ne comprenait vraiment plus rien, et même s'il n'était pas le plus intelligent des hommes, il était persuadé que les actes de son supérieur rendraient dubitatif le plus grand génie qui soit.

Son poing se serra, et il ferma les yeux, expirant lourdement. Il chercha à évacuer sa terreur, à sembler le plus calme possible. S'il s'énervait, Sasuke en profiterait et tirerait la situation à son avantage, en s'esquivant une nouvelle fois. Et ça, Naruto refusait que ça se produise encore.

Le bruit de sa respiration encore haletante résonna une énième fois dans le hall, et son bras se leva, tandis que ses yeux ne lui montraient que le visage de Sasuke, pas moins d'une demi-heure plus tôt. Les joues roses sous l'ivresse, et le regard dur, froid, semblable à celui qu'il avait croisé de nombreux mois plus tôt, quand l'Uchiha l'avait plaqué contre le mur de cette entrée dans laquelle il allait pénétrer, et qu'il lui avait demandé quel était son problème.

Il n'en revenait toujours pas de se retrouver dans cette position aujourd'hui, que ce soit maintenant lui qui soit devant la porte de Sasuke alors que huit mois plus tôt c'était le brun qui avait sonné chez lui, sans jamais recevoir de réponse.

Sa gorge se serra douloureusement, et dans un élan de courage sorti des tréfonds de sa volonté, il abattit son poing plusieurs fois sur le bois. Sans attendre, et redoutant de recevoir un silence en guise de réponse, il se mit à crier :

« Sasuke, ouvre! »

Naruto posa ses mains sur l'encadrement, attendant quelques secondes de plus, et guettant le moindre bruit qui signifierait que quelqu'un s'approcherait de la porte contre laquelle il était posté. En entendant encore le silence de la nuit, sa crainte revenue fit trembler ses épaules. Sa colère refit surface, et il abattit sa main sur la poignée. La porte s'ouvrit, avant d'être brusquement retenue par la chaîne de sécurité. Sifflant, Naruto approcha sa tête du bâillement, et recommença à aboyer :

« T'as intérêt à venir ouvrir tout de suite! Je suis prêt à rester là toute la nuit, s'il faut j'appellerai les pompiers pour dire que ça sent le gaz chez toi et ils péteront la porte! Ou même encore j'hésiterai pas à sauter à partir de mon balcon sur le tien, en prenant soin d'écrire un mot si jamais je tombe, disant que c'est toi qui m'as poussé! Alors arrête de te défiler, et viens immédiatement! »

Il se figea en entendant des pas se rapprocher, et vit par l'entrebâillement le visage sombre de son voisin. Naruto s'apprêtait à cracher une ou deux insultes qui auraient pour but que Sasuke détache enfin la chaîne, quand il vit quelque chose dans sa main qui le gela sur place, les yeux écarquillés par l'horreur.

Sa mâchoire trembla, et en déglutissant, ses sourcils se froncèrent tandis qu'une haine sourde le submergeait.

« Je t'interdis de pointer une arme sur moi Sasuke, siffla-t-il, pour le coup vraiment en colère. D'où tu sors ça? C'est interdit au Japon, aux dernières nouvelles. »

Le brun étrécit ses yeux, tandis que Naruto voyait ses doigts se crisper et vaguement trembler sur le revolver qu'il continuait de pointer en direction de son estomac.

« Je sais que tu ne me tireras pas dessus, murmura Naruto. Alors arrête cette connerie et ouvre.

– Dégage.

Te fous pas de ma gueule! explosa-t-il. Non mais tu crois quoi!? Je ne dégage pas, pas après ce que t'as dit tout à l'heure, et maintenant avec cette histoire de pistolet! » il abattit sa main sur le bois, fulminant. « Tu me dois des explications, Sasuke. Et très franchement, t'aurais pu choisir d'attendre que l'administration m'envoie un courrier pour me prévenir de cette connerie de transfert! A la place, tu l'as annoncé devant tout le monde, alors t'assumes, sale enfoiré! »

Leurs regards se croisèrent, et au bout d'un temps indéfini, Sasuke abaissa son arme, de la honte au fond de ses obsidiennes. Il claqua la porte, décrocha la chaîne, et laissa Naruto débouler dans son appartement, ledit blond l'attrapant par le col, les traits crispés par la fureur.

« D'où tu sors ça? » gronda-t-il en désignant le revolver que Sasuke avait mis dans sa poche.

Il ne récolta qu'un regard noir, ou ce qui y ressemblait, et l'éditeur en chef murmura :

« C'est terminé, Naruto. »

Ces quelques mots firent se tordre l'estomac du blond, qui resserra sa prise sur la chemise de son patron.

« Qu'est-ce qui est terminé, au juste? Précise. »

Il fallut quelques secondes pour que le brun réponde :

« Toi et moi. »

Il lâcha un rire sec, presque amer :

« Et je peux savoir pourquoi?

– C'est... mieux comme ça. »

Naruto ne parvint pas à se retenir de lever les yeux au ciel.

« Sérieusement, Sasuke, je pensais que tu mentais mieux que ça. » il soupira « Tu crois que je vais avaler qu'après plus de huit mois à me courir après, t'abandonnerais comme ça? Faut vraiment que t'arrête de me prendre pour un débile profond.

– C'est ce que t'es, répliqua-t-il, détournant son regard en direction de la porte close de son salon.

– Certes je ne suis pas comme Monsieur le Génie, siffla-t-il en rapprochant leur visage. Mais je sais parfaitement quand tu mens. Et ça, ça n'a rien à voir avec mon QI. »

Sasuke baissa les yeux, et le blond verrouilla sa mâchoire, son bras agissant de lui-même et allant plaquer son homologue contre le mur le plus proche.

« Je ne sais pas ce qui te prends, Sasuke, mais ça ne m'amuse pas. Alors soit c'est une blague de très mauvais goût, soit va falloir songer à m'expliquer dans quoi tu t'es embarqué. Parce que figure-toi que j'ai promis que je ne m'éloignerai plus de toi, et que je tiens toujours mes promesses. »

Il leva sa main libre pour venir enfoncer son index dans la poitrine du brun, les sourcils froncés et la gorge serrée.

« Et je vais te signaler une chose : si t'avais pas pété les plombs tout à l'heure avec ton speech ridicule, c'est moi qui serais venu te voir, parce que j'avais quelque chose à te dire. T'es content? Maintenant, à part te foutre mon poing dans la gueule, j'ai pas envie de faire grand chose.

– Tu pourrais la fermer, ça serait bien aussi. » répliqua Sasuke.

Naruto se figea en voyant le regard qu'il lui adressait, une pâle imitation de ses regards noirs habituels. Il sentait bien que l'alcool rendait le brun confus, et qu'il perdait son habituelle capacité de feindre l'indifférence ou le mépris. Tout ce qui se reflétait dans les orbes noires était un chagrin douloureux, qui semblait le ronger comme un cancer.

Sa colère descendit d'un cran, son doigt sur la poitrine du brun cessa de faire pression et reposa juste là, contre le cœur de Sasuke. Sa poigne lâcha le col qu'elle serrait, et à la place il laissa vagabonder un index songeur sur les traits fins de l'homme qu'il avait plaqué au mur.

« Qu'est-ce que tu as, Sasuke? Qu'est-ce que tu ne me dis pas? Pourquoi est-ce que tu as perdu confiance en moi? Pourquoi... est-ce que tu es si triste? »

Les orbes nuits fondirent dans les siennes, et une main pâle grimpa jusqu'à sa tignasse dorée, et s'agrippa à elle. Et elle les fit franchir les quelques centimètres qui séparaient leurs lèvres.

Toute la retenue que Naruto avait eue jusqu'ici lors de ces moments-là s'envola, et c'est avidement qu'il répondit, fermant les yeux et acceptant simplement ce qu'il ressentait, ce qu'il voulait. Malheureusement, au bout d'un certain moment, il sentit le malaise qui planait derrière cette embrassade. Il le ressentit quand les mains de Sasuke commencèrent à se balader partout sur son corps.

Naruto tenta bien de se reculer, ce n'était pas le moment, mais Sasuke était têtu, encore plus lorsqu'il n'avait pas toute sa tête. C'est quand il alla bien trop loin que le blond comprit que peu importe ce qu'il dirait, Sasuke ne s'arrêterait pas; et que le seul moyen de l'en empêcher était la force.

Il envoya son poing qui vola et rencontra durement l'œil de Sasuke, qui le lâcha immédiatement, titubant jusqu'à atterrir sur les fesses, les murs commençant brusquement à tourner autour de lui.

Naruto, encore debout, pantelait, ses phalanges légèrement douloureuses, et attendit l'éclat de voix qui accompagnait généralement ce genre de coups. Mais tout ce que fit Sasuke fut de se relever, silencieux, une main contre son œil.

« Voilà... Je le savais bien. » susurra-t-il.

Naruto étrécit son regard, grognant :

« Tu savais quoi?

– Que peu importe ce que tu peux bien dire, c'est juste des paroles en l'air. Je comprends. T'aimes les femmes, t'es hétéro et tu le resteras, même si je t'attire, parce qu'être gay ça signifie être pas normal, être différent. T'as pas besoin d'aller plus loin, c'est bon, je t'ai dit que c'était fini maintenant. »

Il ouvrit de grands yeux en entendant le sordide discours de son éditeur en chef. Ses lèvres tremblèrent, et il balbutia :

« M-Mais dis pas de conneries! Laisse-moi prendre mes propres décisions, et je sais plus que toi ce qui est le mieux pour moi! A-Alors... » il ferma les yeux et murmura, détestant son ton devenu presque suppliant : « Ne fais pas ça, Sasuke. N'arrête pas tout maintenant.

– Tu finiras bien par m'oublier. » il s'esclaffa, d'un rire triste, et si faux. « Tu l'as déjà fait après tout.

– Dis pas de conneries! Et puis toi alors, hein? Je peux savoir depuis quand il n'y a que mon bien qui compte? Tu l'as dit toi même, t'as jamais été capable de faire table rase de cette histoire! »

Un blanc s'écoula. Puis un faible sourire étira une des commissures de Sasuke qui gardait désormais le regard détourné.

« J'ai vécu comme ça dix ans. Je peux facilement recommencer.

– Sauf que tu me l'as dit toi-même, enfoiré, rappela Naruto en se rapprochant, posant une main sur l'épaule du brun. T'as dit que ce qu'on a maintenant n'a plus rien à voir avec ce qu'on avait il y a dix ans.

– Raison de plus de s'en débarrasser avant que ça ne devienne trop important, j'imagine.

– Comment tu peux en parler comme si c'était qu'un déchet!? » s'emporta Naruto, ses yeux grands ouverts, et ses bras écartés en une supplique silencieuse.

Sasuke plongea ses mains dans ses poches, haussant les épaules.

« Je survivrai. Et toi, tu avanceras. Je veux juste que tu sois heureux.

– Je le suis déjà, Sasuke. »

Leurs yeux se croisèrent une nouvelle fois. Le regard sombre redevenu indifférent, bien que gardant toujours sa pointe de déchirement intérieur. Naruto savait que ses pupilles bleues exprimaient désormais tout son désarroi, et devaient peut-être même être légèrement brillants, mais il s'en fichait.

Il sentit que c'était maintenant ou jamais. Que s'il ne répondait pas, ce serait définitivement terminé. Que tout ce qu'ils avaient créé pendant ces longs mois disparaîtrait, serait jeté au vent et réduit en poussière.

Il sentit ses paumes moites, sa gorge à l'inverse sèche, et son cœur lourd, battant si fort dans sa poitrine. La tête baissée, il entrouvrit la bouche, et repensa à leur dernière altercation, à ce qu'il avait été incapable de dire cette fois-là. Maintenant, il voulait crever l'abcès, et débarrasser son cœur de ses songes, de ses doutes, en se concentrant sur ce qui comptait vraiment. En disant ce qu'il avait compris, ce qu'il avait accepté.

« Ce que je n'ai pas réussi à te dire, la dernière fois, c'était que je n'étais pas uniquement venu chez toi parce que je m'inquiétais, ou parce que je voulais des réponses. »

Il ne démordit pas de son regard droit, sincère.

« Gaara était dans le coma, Tsunade s'était faite attaquer tout comme Sakura, et la seule personne que je voulais voir c'était toi. C'est ce que je n'ai pas réussi à dire quand je t'ai laissé un message. Je voulais simplement être avec toi. Parce qu'avec toi je suis bien. Parce que je t'aime, c'est tout. »

Il s'approcha et déposa un nouveau baiser sur les lèvres du brun, qui ne bougea pas, comme une statue figée dans la glace.

« Je t'aime Sasuke, et je m'en fiche de ce que pensent les autres. Ils peuvent parler, tant mieux, c'est tout ce qu'ils savent faire. Même si je sais que j'aurais du mal au début, que ça sera pas simple de pouvoir l'affirmer sans rougir, ou encore de ne rien faire sous les regards outrés; si t'es là, alors je sais que j'y arriverai. Je m'en fiche de ne pas avoir de gosses. C'est toi que je veux. »

Il sentit des doigts s'entremêler à ses mèches dorées, et fixa Sasuke avec espoir, souriant tandis qu'il avait l'impression que son cœur allait s'envoler vu sa vitesse. Il attendit, sachant qu'il était sincère, et que ça devrait suffire pour convaincre Sasuke que pour être heureux Naruto souhaitait juste l'avoir à ses côtés.

« Je t'aime, enfoiré. » répéta-t-il.

Leurs pupilles restèrent les unes dans les autres encore longtemps, les bleues à attendre la capitulation de Sasuke, à attendre qu'il comprenne enfin que ses sentiments n'étaient pas factices.

Un fin sourire étira la bouche du brun, un sourire heureux, et Naruto sentit une vague de bonheur renverser son estomac. Il vit les lèvres claires s'entrouvrir, et le malaise se renforcer dans les yeux noirs d'encre à présent brillants.

« Je sais. »

Ces deux mots brisèrent le dernier filet d'espoir qu'avait le blond. Ses yeux grands ouverts furent voilés par la terreur, tandis que cette unique phrase, comme une sentence, lui prouvait qu'il avait eu tort.

Des prétextes, des millions de prétextes ça avait été. Sasuke avait raconté toute cette histoire à propos du bien de Naruto, mais n'en avait pas cru un mot; toutes ces fausses excuses sur son soi-disant bonheur n'étaient que des paroles en l'air, qu'il n'avait pas pensées. Sasuke savait, avait toujours su qu'il l'aimait, et l'avait toujours affirmé. Il avait attendu tant de temps parce qu'il savait que ses sentiments étaient réciproques.

Mais pourtant, Sasuke le poussait lentement vers la sortie, et maintenant, le battant se refermait à son nez. Et Naruto ne comprenait absolument rien.


Naruto posa une main sur la porte qui lui faisait face. Il était neuf heures. Le week-end était passé, et il n'avait reçu aucune nouvelle de Sasuke. Il ne l'avait toujours pas appelé pour qu'ils se rendent ensemble au bureau.

La main tremblante, il la porta à sa poche de manteau, et en extirpa le carnet qu'il gardait maintenant toujours avec lui. Il l'ouvrit, et lut :

Je crois bien que c'est la première fois que je ressens ça. C'est la première fois que quelqu'un, qu'il soit homme ou femme, m'importe autant.

Pourquoi? Je n'en sais rien, il a juste quelque chose de différent des autres. Je ne sais pas vraiment d'où ça vient, ni à quel moment cet imbécile heureux est devenu la personne la plus importante pour moi. En revanche, s'il y a une chose que je sais, et que je crains, c'est que ça s'arrêtera un jour. Pour changer cela, il faudrait que je lui parle, mais ça me semble impossible. Je pense en fait que j'ai peur. Oui, c'est exactement ça. Je flippe.

Ma plus grande peur, c'est de rater l'occasion de dire à ce crétin à quel point je tiens à lui.

Il avala douloureusement sa salive, puis rangea le petit cahier, prenant à la place sa clé de l'appartement voisin.

Et quand il entra, il sentit quelque chose en lui se briser. Vide. Disparu, le canapé sur lequel ils avaient tant galéré sur ses chapitres, lors des premiers mois, et sur lequel Sasuke lui avait plusieurs fois fait du pied. Disparu, le frigidaire rempli de légumes qu'il avait découvert quelques mois plus tôt, quand Sasuke avait décidé de lui faire à manger, puisqu'il s'était rendu compte que son alimentation se limitait aux ramens. Disparue, l'étagère remplie à ras-bord de mangas, de goodies, d'accessoires pour les cosplays. Disparu, son fanart personnel de Vegeta, par Toriyama Akira, qu'il avait soigneusement encadré, et qui avait valu une sacrée bagarre entre eux deux quand Naruto avait osé se moquer. Disparue la présence de l'éditeur en chef, de l'homme qui était devenu le point central de sa vie en l'espace de quelques mois.

Il eut du mal à se rendre compte que son portable sonnait, mais il décrocha avidement lorsqu'il imagina que Sasuke puisse être son correspondant, qui lui dirait qu'on l'avait cambriolé et qu'on avait tout volé dans la nuit, même le lit dans lequel il dormait...

A la place, ce fut Shikamaru qui s'adressa à lui :

« Naruto... Tu es chez toi? »

Il murmura un petit oui, ses cordes vocales marchant difficilement tandis que le choc continuait de le pétrifier sur place.

« Sasuke a téléphoné. »

Naruto sentit le tremblement dans la voix de son collègue, et se mit lui aussi à frissonner, craignant ce que Shikamaru lui dirait. Mais sa phrase finit par être prononcée, dans un ton qui montrait qu'il ne croyait pas lui-même ce qu'il allait dire.

« Il... Il a démissionné. »

A suivre...


Eh oui, il est pas beau ce cliffhanger, hein. Et attendez, il y a pire.

Normalement, j'aurais préféré ne pas poster ce chapitre maintenant. Comme je l'ai dit dans la première note, beaucoup de retouches ont été apportées à la dernière minute, et pour cause : cette partie trois est très dense, et j'ai énormément fait de retours en arrière sur les chapitres 11, 12, et 13, et j'en ferais aussi probablement quand j'aurais commencé le chapitre 14. Mais je m'en voulais de vous avoir promis le chapitre 11 en août et de ne pas vous le donner, surtout qu'il est prêt; et surtout de vous laisser poireauter sans explications.

Alors voilà, attendez-vous à au moins plusieurs mois sans chapitres. Je préfère terminer les chapitres (l'épilogue+surprise sont à part) avant de poster pour de bon. Mais comme je l'ai dit, le chapitre 13 est presque terminé. La seule chose qui me manquera sera le temps, vu que j'entre en Première L. Et si le mois d'août m'aura permis d'écrire le chapitre 13 presque en ENTIER (OMG), maintenant les vacances sont terminées. Mais vous aurez la fin, ne vous inquiétez pas.

Bref, concernant les cosplays de cette semaine, je me suis fait plaisir. Comme vous le savez, j'écris les chapitres selon mes obsessions du moment, et lorsque le chapitre 11 a été rédigé, je découvrais cette merveilleuse œuvre qu'est Gintama. Je suis toujours aussi fan aujourd'hui, ça n'a pas changé, mais voilà, Lee est en Elizabeth, et Sakura en Kagura.

Pour Shikamaru, hahahahahaha. Il est en Kaitô Kid, de Magic Kaito. Mon Dieu tout puissant dans mon manga préféré. Mon personnage adoré du monde entier. Je voulais absolument le caser, ça, Shikamaru et Kaito étant mes deux personnages préférés tous mangas confondus.

D'ailleurs, il y a d'autres petites références à Magic Kaito au fil du chapitre. Si certains, en voyant que Sakura partait à 14h12, ce sont dis : « aaaaah, okaaaay, c'est référence à Papy-1412, hein? »

Oui et non. Parce que ce 1412 est justement un nombre important dans Magic Kaito, à la base ^^ C'est bien pour ça qu'il fait partie de mon pseudo (et pas parce que je suis née le 14 décembre...)

D'ailleurs, ce petit jeu m'a amusée, et je l'ai refais quelques parties plus loin, avec l'heure à laquelle Naruot laisse un message à Sasuke : 21h41. Si vous lisez à l'envers, ça fait 1412.

Enfin, deux autres références qui n'ont plus grand chose à voir avec les mangas, mais simplement des choses que j'aime : Zelda, et Dexter.

Quand Sasuke comprend que les syllabes RU, et TO, ont été écrites sur Tsunade et Sakura, cette histoire de princesse un peu capricieuse est bien évidemment une référence à la princesse Ruto, dans Zelda Ocarina of Time, qui vous oblige en plein donjon à la porter, ce qui devient très chiant quand vous devez tuer des méduses volantes...

Et Dexter, c'est pour l'engueulade de Shikamaru et Temari, enfin, le fait que Temari gueule, et Shika ne dit rien. Notamment, Temari dit que si elle voit Ino et Naruto, elle les découpera en morceaux et les balancera à la mer, référence au célèbre serial killeur, ce que Shikamaru ne manque de lui faire remarquer.

Sur ce, je vous souhaite une bonne rentrée, et j'espère vous revoir le plus tôt possible!

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Réponse aux reviews anonymes :

samsam : Merci énormément pour tous tes compliments, ils me font chaud au cœur. En effet, j'ai commencé WAPU quand j'avais 15 ans, maintenant j'en ai 16, et 17 dans quelque mois... Un don, je ne sais pas, j'ai énormément travaillé pour en arriver-là après tout, mais je n'ai pas l'intention d'arrêter d'écrire, c'est une certitude.
Pour le happy end, ne t'inquiète pas, ma primo-lectrice me tuerait si je n'en faisais pas, et je n'avais de toute façon pas l'intention de ne pas en faire. Cette histoire se finira bien, promis juré.
Ah encore un(e) fan de Sai! Vous êtes beaucoup à l'aimer, alors que c'est un personnage secondaire, et ça me fait extrêmement plaisir! Moi aussi je m'amuse comme une folle à l'écrire, ce crétin, et visiblement ça prime! ^^ J'espère que ce chapitre t'as plu, et que ça continuera! :)

sakurakabile : Merci pour tes reviews ^^ Non, désolée, il n'y aura pas de lemons, c'est une fiction T, et de toute façon je ne sais pas en écrire :/

L : Alors, déjà, sache que j'aime ton pseudo ^^ Et j'aime encore plus ta review! Merci beaucoup pour tous tes compliments, ils me font chaud au cœur. Je sais que mes chapitres sont très très longs, ça me dérange même parfois, c'est pour ça que certains sont coupés en deux. Mais je t'assure qu'il existe des fics avec des chapitres plus longs, la palme revenant justement à une fic Death Note magnifique qui s'appelle Les Enfants de la Raison, une des plus belles fics que j'aie lu.
Sur ce, encore merci, et j'espère que ce chapitre et la suite te plairont encore! :)

Clara711 : Hey! Merci pour ta review, d'abord, elle m'a fait énormément plaisir. Comme tous les auteurs, les reviews longues sont mon dada, surtout quand elles sont aussi flatteuses que les tiennes.
Contente que mon écriture te plaise, j'ai énormément travaillé pour en arriver là, et savoir que je semble avoir atteint mon but (même si je continue de bosser!) me ravit :) Et si tu trouves que les personnages sont IC, c'est une nouvelle victoire pour moi!
Eh oui, leur mariage est annulé, ça aura été compliqué, mais ne t'inquiète pas, cette histoire n'est pas enterrée. Comme je l'avais dit à une lectrice, j'essaie le plus possible de ne pas tomber dans le piège de placer quelque chose tout à coup dans le scénario, pour l'utiliser uniquement pour faire avancer l'histoire amoureuse. J'essaie de ne rien laisser au hasard, et ainsi de surprendre un maximum ;)
Encore une fan de SaiSaku grâce à moi, ouais! :D Je dois te dire que je ne suis moi-même pas une énorme fan de ce couple dans le manga, mais j'adore vraiment les écrire dans WAPU. Vu que leur histoire est différente, ça change tout, et je m'amuse comme une folle à écrire leurs déboires ^^
Pour Obito, j'avoue ne pas l'avoir inclus parce qu'il est devenu très important dans le manga, mais pour une autre raison que vous verrez plus tard. Mais il restera le personnage le plus mineur que j'ai pu inclure dans WAPU. A ma grande honte, j'ai à la base écrit cette partie du chap 10 simplement pour qu'il dise « cette war of publishers n'est pas terminée » ^^ Heureusement, ça a changé... (un peu)
En revanche, non, je n'ai jamais été fan de l'idée d'un Kakashi/Obito, alors je ne l'ai pas intégré. Et puis même, je n'aime pas vraiment les histoires où tout le monde est gay, surtout qu'avec WAPU j'essaie de rester le plus réaliste possible. Et j'ai du mal à voir Kakashi comme autre chose que hétéro. Mais pour un Obito/Rin, ne t'inquiète pas, c'est juste un détail sans grande importance. Je ne compte absolument pas développer ce couple.
Ne t'inquiète pas, ta review était très bien, et n'hésite pas à en poster d'autres, on aime tous avoir les avis des lecteurs, qu'ils soient courts ou non :) Sur ce, merci encore, et j'espère que ce chapitre t'aura plu, et que tu me feras part de ce que tu en penses!

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Playlist :

Avec le temps – Bertrand Cantat (Concert Shaka Ponk à Bercy, où j'étais d'ailleurs)
Evangelion 3.0 – L'apôtre à la lune
DOES – Bokutachi no Kisetsu

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EDIT : Les liens vers les vidéos se trouve désormais sur mon LJ, dont l'adresse est sur mon profil, dans le tag WAPU.