Les muscles de Rey se contractèrent violemment. Elle réprima son envie de pleurer et réitéra son mouvement pour la 8ème fois, mais en vain. Elle avait beau se concentrer, inspirer et expirer le plus calmement possible, rien n'y faisait. Malgré tous ses efforts, elle était incapable de projeter son esprit auprès de Ben.

Elle sentait sa douleur, sa détresse, au travers de brefs flashs qui la faisait dangereusement chanceler. Elle essayait, encore et encore, de s'attacher à son supplice, puisant dans sa douleur pour apparaître à ses côtés.

Rey se sentait impuissante et cette sensation était un véritable déchirement. La jeune Jedi comprenait parfaitement la situation, pourquoi elle n'y parvenait pas… Mais elle refusait de l'admettre car son incapacité d'agir risquer de mettre en péril la vie de Ben Solo.

- Arrête… Rey tu es épuisée, tu trembles comme une feuille. Tu dois te reposer.

La brunette ne releva même pas la tête. Il était hors de question qu'elle abandonne, quel que soit son état de fatigue, tant qu'elle n'aurait pas trouvé une solution.

- Rey…

- Je vais y arriver ! S'énerva-t-elle, plus pour elle-même que pour Leïa.

- Non, trancha la Générale Organa avec fermeté. Pour être efficace, votre lien a besoin d'énergie. Il doit être trop faible, et la Force ne lui est d'aucune utilité – elle cligna des paupières et une larme solitaire brilla au coin de son œil – Tu auras beau essayer, encore et encore, tu n'y parviendras pas car son esprit n'est pas prêt, pas assez endurant, pour accueillir le tien.

- Mais il a besoin de moi !

Rey se laissa tomber vers l'arrière et se frotta le visage à plusieurs reprises. Elle devait trouver une solution, et vite.


- Je ne sais pas si c'est une bonne idée…

Leïa Organa avait peut-être raison, mais Rey s'en fichait royalement. Elle se tourna vivement vers elle et arqua un sourcil avant de s'exclamer, un soupçon d'agressivité dans la voix :

- Vous préférez que je le laisse mourir ?

La Générale cligna des yeux, surprise par le ton employé par Rey, et se détourna d'elle pour cacher son désarroi. Elle était éveillée depuis des heures et les craintes qu'elle éprouvait pour son fils semblaient vouloir la ronger de l'intérieur. Il fallait agir, c'était une certitude. Mais chaque hypothèse semblait plus risquée que la précédente et elle craignait autant pour la vie de Ben que pour celle de Rey.

La jeune Jedi était elle aussi dévorée par la peur et une douleur lancinante qui ne lui appartenait pas.

Elle avait pris sa décision, qu'importent les risques et les conséquences. Il lui faudrait plusieurs heures pour rejoindre le vaisseau mère du Premier Ordre. Par conséquent, elle ne pouvait se permettre de retarder son départ plus longtemps… Il n'y avait plus une seconde à perdre.

- C'est une mission suicide… murmura Leïa, assise sur le rebord du lit. Si Ben est aussi impuissant que tu le dis, alors il ne pourra pas te protéger des gardes… Ils seront sans pitié !

- Je sais… souffla Rey, consciente du danger.

Elle n'avait pas d'armes, pas de sabre laser. Seulement son corps affaiblit par la douleur et la fatigue. Timidement, Rey s'approcha de la princesse et la serra tendrement dans ses bras. Leïa inspira tristement.

- Mais je ne peux pas rester ici, impuissante, alors qu'il a besoin de moi. Plus j'attends et plus… je risque de le perdre.

La Générale soupira, résignée. Rey était aussi têtu qu'Han et cette pensée la fit légèrement sourire. Si elle avait été en âge d'agir, elle aurait sans nul doute prit la place de Rey dans cette mission risquée. Malheureusement, sa condition physique ne lui permettait plus ce genre de frivolité. Elle devait donc se résoudre à laisser partir la brunette….

- Tu es certaine de ne pas vouloir avertir Finn ? Il pourrait t'accompagner et rester dans le Faucon en position stationnaire, le temps que…

- Non, la coupa Rey. Finn ne doit pas être au courant. Il ne comprendrait pas… et je ne suis pas encore prête à lui parler de ça… Et puis, ça le mettrait en danger inutilement. Je dois y aller. Seule.

La jeune Jedi se tourna vers le miroir de sa chambre et observa son reflet. Malgré sa détermination, le manque de fatigue était plus que flagrant. Elle lâcha un long soupire et réajusta sa tunique.

Il était temps de partir.


Le vol dura un peu plus de 6 heures. 6 heures durant lesquelles Rey lutta contre le sommeil et/ou l'évanouissement. 6 heures qui lui parurent durer une éternité. 6 heures d'attente, de souffrances.

Lorsque le Faucon Millenium arriva au terme de son voyage, Rey actionna les commandes automatiques et vérifia que le brouilleur était bien actif avant de se diriger vers les navettes de secours individuels. Elle se glissa dans l'une d'elles et programma sa zone d'atterrissage avec précision, après avoir réfléchi un long moment.

Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Son arrivée devait être silencieuse et millimétrée.

Rey détailla sa trajectoire une dernière fois, scrutant chaque obstacle pouvant anéantir son objectif. Elle inspira une grande goulée d'air, puis pressa violemment le bouton d'expulsion, sans aucune hésitation. La navette se détacha du reste du vaisseau et fut propulsée sur plusieurs kilomètres à une vitesse que son corps eut du mal à encaisser.

Le compartiment de survie se rapprocha dangereusement du vaisseau et une scène du passé se rejoua sous ses yeux clos. Cette fois-ci, Ben ne serait pas présent pour l'accueillir et Snoke n'était plus qu'un lointain souvenir. Leur relation avait tant évolué, depuis ce-jour…

Rey serra les dents et utilisa la force pour limiter la puissance de l'impact. La navette glissa silencieusement sur le sol métallique et se stoppa comme par magie à quelques centimètres seulement du mur. Avant de s'extirper du coffre, la brunette se redressa et scruta les alentours au travers de la vitre afin de vérifier qu'aucun Stormtrooper n'était présent. Lorsqu'elle considéra que la zone était sûre, elle s'échappa de la navette et se faufila dans un dédale de couloirs étrangement silencieux.

Avant de partir, elle avait jugée utile de revêtir une tunique noire, ainsi, elle espérait pouvoir se fondre dans le décor plus facilement. Lorsqu'elle croisa 3 soldats armés, elle parvint à les semer de justesse en se cachant dans l'embrasure d'une porte.

A l'abri un bref instant, Rey se permit de respirer. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle avait cessé de le faire « réellement » depuis son atterrissage sur le vaisseau du PO. Elle avait la tête qui tourner et les poumons en feu. Après avoir retrouvé un semblant d'esprit, la jeune fille ferma les yeux et se concentra sur la Force, comme le lui avait apprit Luke lors de sa courte période d'enseignement. Elle visualisa, sans ouvrir les yeux, les contours de la pièce, l'étendue des couloirs. Puis elle écouta attentivement chaque murmure, chaque sifflement.

Guidée par son instinct et la Force, elle se laissa transporter et suivit le chemin qui lui était indiqué. Le tracé était invisible à l'œil nu, pourtant la jeune Jedi était capable de le visualiser avec précision, tel un file doré et brumeux, serpentant le long des longues allées mystérieuses.

Mais au détour d'un couloir, le sillage se volatilisa soudainement et Rey se cogna violemment contre une porte. Le choc fut si brutal qu'elle se retrouva sur les fesses. Grimaçant, elle se releva et scruta les alentours. Fort heureusement, personne n'avait été témoin de sa chute ridicule.

Rey reporta son attention sur la fameuse porte et un frisson glacé lui traversa l'échine. Elle comprit alors que l'homme qu'elle avait pour mission de sauver se trouver derrière. Elle effleura la surface métallique et la porte pivota pour la laisser entrer. Elle s'y engouffra en silence.

La pièce était sombre et l'air y était lourd. Rey avança à tâtons, s'aidant des murs pour se repérer dans l'espace en attendant que ses yeux s'habituent à l'obscurité environnante. Après un court instant, elle distingua les contours d'un canapé et d'une table basse sur laquelle elle se cogna les tibias.

Elle tourna la tête et se souvint alors de la nuit ou elle avait fait irruption dans la chambre de Ben. Son instinct lui intima d'aller sur la droite et elle obéit promptement. La brunette s'avança lentement et fit glisser le panneau coulissant, menant vers une plus petite pièce.

Les fenêtres étaient ouvertes, offrant une vue dégagée et spectaculaire sur la galaxie infinie. Mais Rey ne s'attarda pas plus longtemps sur le vide intersidérale (#victoria), aussi majestueux soit-il, car elle venait d'apercevoir la silhouette endormie de Ben.

Il était étendu au milieu de son lit, entièrement vêtu. Comme s'il avait chuté et qu'il ne s'était jamais relevé. Sa cape et les multiples couches de vêtements le recouvrant était sûrement l'une des principales raisons au fait que sa fièvre ne chuter pas.

Rey s'approcha à pas de loup et s'agenouilla sur le rebord du lit. Timidement, elle glissa sa main le long du bras de Ben et fut surprise de constater la chaleur ardente qui s'émanait de sa peau. Elle le secoua à plusieurs reprises, mais il n'esquiva aucun mouvement. Lentement, elle dégagea les cheveux recouvrant son visage humide de transpiration et tenta de le réveiller par divers moyens, mais il demeurait étrangement endormi.

Alors qu'elle caressait tendrement son front, rougit par la fièvre, elle réalisa que c'était la toute première fois qu'elle avait l'opportunité de le toucher réellement. Elle aurait aimé que ce premier contact « réel » se passe différemment, car le garçon n'était même pas conscient de sa présence. Rey aurait voulu s'attarder plus longtemps sur les étranges sentiments qu'elle ressentait à propos de sa proximité avec Ben, mais elle devait s'occuper de lui avant de réfléchir.

Le brun était brûlant, dégoulinant de transpiration. Rey devait impérativement lui retirer quelques couches de vêtements pour faire redescendre sa température corporelle.

Avant de s'engager dans cette mission, elle était loin d'imaginer à quel point il était difficile de soulever un corps d'1m90. Avec toutes les difficultés du monde, elle fit rouler le brun sur le dos et manqua de le faire tomber par terre en le repoussant avec un peu trop d'élan. Elle le rattrapa de justesse en lui saisissant une manche et elle sentit le tissu craquer sous ses doigts. Une fois sur le dos, après quelques péripéties, elle lui retira sa cape, sa redingote et sa ceinture. Son haut à manche longue était tellement détrempée qu'elle du se battre de longues minutes avant de parvenir à lui retirer entièrement, dévoilant son torse ruisselant. – Une fois de plus, elle aurait voulu s'attarder sur ce détail, mais elle n'en avait pas le temps. – Après l'avoir libéré de ses (trop) nombreuses couches, elle s'attaqua à ses bottes de cuirs, tirant dessus de toutes ses forces. Pour la deuxième fois de la journée, elle se retrouva sur les fesses, chaussure à la main.

Essoufflée, elle termina de l'installer le plus confortablement possible, guettant un petit signe de vie. Mais sa respiration resta désespérément calme et ses yeux demeurèrent clos. Elle fouilla dans les poches de son manteau à la recherche de la petite fiole que lui avait confié Leïa et força Ben à entrouvrir les lèvres. Elle y vida la moitié du liquide avant de s'effondrer de fatigue à ses côtés.


- Ne pars pas ! Non !

Rey se réveilla en sursaut.

Sa tête la faisait atrocement souffrir et ses yeux n'arrivaient pas à s'ouvrir entièrement. Elle resta un long moment, immobile, à fixer le mur lui faisant face, avant que les souvenirs lui reviennent en mémoire.

Ben ne cessait de s'agiter dans tous les sens. La fièvre avait chuté, puis atteint un nouveau pic durant la nuit. Rey ignorait s'il s'agissait d'hallucinations ou de cauchemars, quoi qu'il en soit, il n'arrêtait pas de crier des phrases incompréhensibles.

La jeune fille rejoignit la salle de bain et revint quelques minutes plus tard avec un linge imbibé d'eau froide. Elle déposa le morceau de tissu avec tendresse sur le front toujours brûlant du brun, et ses doigts s'attardèrent sur ses joues rugueuses.

- Tout va bien… murmura-t-elle en se rallongeant près de lui.

Elle replia son coude et posa sa tête dans le creux de sa main, fixant avec inquiétude le jeune homme dont l'état n'était toujours pas stabilisé.

Rey avait du mal à croire que la situation était réelle ; que la vie de Ben était en jeu, que leurs corps étaient si proches…

Timidement, elle releva la main gauche et ses doigts effleurèrent lentement le torse du brun. Elle y dessina quelques arabesques imaginaires, puis fit le tour de ses muscles saillants. Ce n'était pas le tout premier torse d'homme qu'elle avait l'occasion de voir. Mais celui de Ben était de loin le plus beau. Ses doigts remontèrent le long de sa gorge, puis de sa mâchoire et elle relia un à un les nombreux grains de beautés qui recouvraient son visage.

- Rey… murmura le brun, dans un souffle à peine audible.

La brunette se rapprocha et scruta Ben avec attention. Il tourna lentement la tête dans sa direction et ses yeux s'entrouvrirent légèrement. Il ancra son regard onyx dans celui de Rey et sa bouche s'entrouvrit :

- Ne pars pas…

Sa voix n'était qu'un murmure.

- Je suis là.

- Rey ? Non, s'il te plait… Reste avec moi… Reste. Ne fais pas comme eux. Ne m'abandonne pas, supplia-t-il et un voile de douleur traversa ses pupilles.

- Je n'ai pas l'intention de te quitter. Je serai toujours là pour toi, répondit Rey en se penchant vers lui pour déposer un tendre baiser au coin de ses lèvres.

Ses paroles semblèrent le rassurer. Il referma les yeux, et se rendormit paisiblement.