Bonsoir bonjour ! Me revoilà avec la... la fin. J'aimerais finir cette histoire sur les mots « ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, et puis moururent dans les bras l'un de l'autre sans jamais s'être quittés », mais quelques petites choses me retiennent : déjà, parce que c'est un peu chiant les happy end (même si ça ravit toujours secrètement mon cœur de jeune fille romantique) et puis parce que ça ne colle pas tellement aux personnages (Malfoy et Potter, ne pas s'engueuler et vivre heureux pour de vrai sérieusement ? ) et enfin parce que j'avais envie d'écrire un truc un peu larmoyant.
Bref, J'ai décidé sciemment de rédiger deux fins différentes (j'ai toujours rêvé de faire ça en fait) : la fin logique, qui me déchire le cœur et puis la fin alternative (si comme moi en fait vous aimez les happy end, même s'ils sont peu réalistes.
Bref résumé (est-ce que je dois encore résumer à quelques lignes de la fin ?) : Après le sort d'Hermione qui leur a fait oublier leur rivalité, Harry + Draco = amoureux transis love love, oiseaux cuicui. Bisous, bisous, puis copulation dans l'alcôve. Ils jouissent, leurs regards se croisent, ils s'évanouissent. FIN PRINCIPALE.
DRACO SANS HARRY ET HARRY SANS DRACO
Chapitre 14, fin principale : Où l'on se dit « Jamais plus »
Ils ne s'étaient pas vraiment endormis. En tout cas, pas au sens habituel : pas comme quand tu glisses doucement dans le sommeil, sans même t'en rendre compte, presque instinctivement. Autour de toi, tout s'évanouit et plonge dans le noir et tu ne sens plus ton corps. Ce n'était pas comme si quelqu'un avait éteint la lumière du monde et qu'il ne restait plus que ta conscience, si faible, qui elle aussi s'amoindrit.
En réalité, c'était plutôt eux qui s'étaient évanouis. Leurs corps, après avoir sentis les feux follets, après s'être déversés de toute leur substance, n'avaient pas pu en supporter d'avantage. S'évanouir donc, pour arrêter de sentir : comme s'ils avaient trop senti d'un coup ou que la rencontre de leurs deux corps ennemis était une infraction à la nature. Comment continuer à vivre, rester éveillé, quand on a vécu quelque chose – sans temps ni espace – quelque chose de si intense qu'il a détruit ou fait naître ton corps ?
Ils étaient deux êtres incompatibles mais qui avaient pénétré l'un en l'autre, jusqu'à en faire exploser leurs limites, jusqu'à sortir d'eux-mêmes. Il y avait eu comme une sorte de mélange, ou de confusion. La création d'un brouillard, genre une entorse au Destin. Mais ça ne pouvait pas durer, ce genre d'anomalie. On ne peut pas échapper à sa destinée.
Leur sommeil était arrivé d'une façon qui rappelait étrangement leur dernière rencontre dans le rêve. En effet, ils s'étaient retrouvés dans l'alcôve, avant de s'évanouir pour se réveiller dans leur nouvelle réalité. Ils n'avaient eu le temps que de voir la couleur des cheveux de l'autre, dans deux taches jaune et noire qui avaient vite cédé la place à une douleur effroyable.
Bien entendu, ils avaient oublié cette vision si brève, car la souffrance qui avait suivi avait empli tout leur esprit. C'était le tribut à payer pour avoir osé profaner leurs propres mémoires. Ils s'étaient ensuite réveillés dans le présent, avec un passé moins authentique que les pommettes refaites de Rita Skeeter. Toujours dans cette alcôve.
Ils venaient de faire l'amour et d'éjaculer sans retenue. Leurs regards, flous, s'étaient croisés, avant qu'ils ne s'évanouissent. Un deuxième réveil s'ensuivrait inexorablement, celui des véritables Harry et Draco.
Le sortilège lancé par Hermione n'avait bien sûr pas supprimé leurs souvenirs. C'aurait été trop complexe et dangereux. Il les avait seulement remplacés par d'autres qui n'attendaient qu'un déclic pour refaire surface.
On l'oublie souvent, le corps aussi a une mémoire. Et la peau de nos deux garçons n'avait pas, elle, oublié six années de haine. Comment est-ce que leurs corps pourraient tolérer avoir reçu, au plus profond d'eux-mêmes, l'être qu'ils avaient toujours détesté ?
Si toi aussi tu venais de te faire totalement défoncer l'anus par ton pire ennemi, même si tu avais totalement oublié son identité jusque-là, il y a fortes chances que tu aies une révélation.
xXxxXxxXx
Il avait l'esprit on ne peut plus clair. Après avoir passé un mois et demi, quelque chose comme ça, dans un état second, sans comprendre vraiment ce qui lui arrivait, le cerveau dans le brouillard, il venait de se réveiller, et pour de vrai cette fois. Tout lui revenait désormais et ce n'était absolument pas pour lui plaire.
Comment il avait appris que Potter en avait marre de leur relation, comment Granger les avait renvoyés dans leurs souvenirs pour les modifier, comment ils avaient revécu, par flashes, des scènes altérées de leurs six premières années d'école. Et puis, tout ce qui avait suivi : quand ils s'étaient réveillés dans l'alcôve en croyant que ce passé en carton était réel, qu'ils avaient cru ne pas se connaître et ne s'être jamais vraiment parlé. La manière dont ils s'étaient rapprochés, sans raison apparente, mais pourquoi pas après tout ? Quand il avait pensé être intéressé par le brun, le Survivant, ce héros, qui jamais, jamais ne voudrait de lui. Et, un instant auparavant, quand il avait fini par coucher avec Potter, putain !
Il n'en revenait pas : il l'avait désiré follement, avait maté son cul, l'avait embrassé avec passion, avait passé presque tout son temps libre avec lui. Il n'en était pas tellement dégoûté. C'était plus de l'effroi. Désormais, il savait, mais il n'arrivait pas à digérer.
Limite, il aurait préféré rester dans l'ignorance et continuer à batifoler avec l'autre, sans être conscient de leur situation ridicule. Tout le monde, à part eux, avait capté combien ils étaient grotesques : Malfoy et Potter, ensemble ? N'importe quoi. Ouais, pensait-il, il aurait mieux valu ne jamais retrouver sa mémoire, plutôt que de se réveiller, non plus à côté de Harry, le type qu'on aime, mais à côté de Potter, son pire ennemi, à qui on vient passionnément de faire l'amour. L'amour putain ! Potter putain, rien que cet enculé de Potter ! Continuer à vivre dans une bulle, c'aurait été vraiment sympa. Là, c'était le désenchantement total. La douche froide, après l'amour.
xXx
Draco jeta un coup d'œil au brun. C'était drôle, si on peut utiliser cet adjectif. Deux personnes regardaient le Survivant : le vrai Draco – ou du moins, le Draco d'avant le sort – qui avait autant d'estime pour Potter que pour un article du Chicaneur et le Draco altéré, plus tendre, qui avait adoré faire l'amour avec Harry. Deux Draco, enfin réveillés tous les deux et qui se prenaient effroyablement la tête.
Impossible de le nier : ça avait été... magique. Puissant. Voir les feux follets, putain ! Même avec son plan cul au masculin, ce Serpentard en septième année, jamais il n'avait ressenti ça : la possession totale de l'autre, la perte de soi. Draco avait déversé tout ce qu'il avait en lui. Il s'était totalement offert à son pire ennemi. Mais à ce moment-là, Potter n'avait pas été son pire ennemi mais simplement un type super sympa, attirant, intelligent, beau de surcroît...
En fait, ce qui le préoccupait le plus n'était pas d'avoir fait l'amour avec Potter – quoiqu'il n'aurait jamais pu l'imaginer, mais bon, il avait aimé, il ne pouvait pas le nier. Et puis, ils avaient des circonstances atténuantes : ils avaient été dupés. Non, ce qui l'emmerdait était quelque chose de bien plus effrayant.
Il n'arrivait plus à savoir qui il était. Il était Draco Malfoy, en sixième année à Serpentard, meilleur ami de Blaise Zabini, Mangemort en échec, plus beau cul de Poudlard et fantasme de plus de la moitié des élèves de sexe féminin et masculin du château. Il était beau, arrogant, séduisant, froid, sarcastique, enfin, tout ce que vous voudrez mais... Ça, ce n'était que son image. En lui, il sentait quelque chose de très désagréable : il y avait comme deux Moi, qui s'engueulaient. Deux Draco qui se revendiquaient authentiques.
Depuis un mois et demi, il vivait dans un mensonge qu'il avait lui-même gentiment concocté. Ils n'étaient plus dans le Rêve de Granger, mais c'était pire encore. Quand il évoluait dans le rêve, il était encore intègre, il se rappelait de tout, même si son double agissait de manière plus que douteuse. Mais quand il s'était réveillé du sort, il avait cru dur comme fer que Potter était un garçon adorable, qu'ils pouvaient être amis et roucouler à l'ombre d'un saule pleureur. Ils mangeaient ensemble à midi, bordel ! Il ne s'expliquait pas d'ailleurs comment sa noble personne avait un jour pu roucouler.
Pourquoi est-ce que le fait que Potter ne soit plus son ennemi juré l'avait transformé en guimauve dégoulinante, c'était une bonne question. Cependant, il se foutait tout à fait de la réponse. Dents-de-lapin lui aurait certainement expliqué que sa relation conflictuelle avec le Balafré lui avait permis de développer sa personnalité et son sens de la répartie et que sans Potter, il n'était plus qu'un gamin de second ordre, en admiration béate devant le Survivant... Foutaises.
Comment admettre que la disparition d'une seule personne dans sa vie pourrait autant chambouler sa personnalité ?
xXx
Tout ça énervait beaucoup Draco. C'était humiliant d'avoir eu une histoire avec Potter... sans le savoir. Et Blaise qui ne lui avait rien dit... même s'il avait plusieurs fois tenté de lui en parler, réalisa amèrement le blond. C'était l'horreur totale : tout le monde, absolument tout le monde était au courant de leur haine réciproque mais lui il n'avait rien vu, trop heureux dans sa bulle avec Potter, persuadé d'être ce qu'il n'était pas !
Est-ce qu'on pouvait dire que c'était le double, un faux Draco, un Draco idéal, un Autre quoi, qui avait de si nombreuses fois embrassé Harry ? Qu'il n'était pas lui-même pendant ce mois cauchemardesque ? Mais ça avait quand même été son corps, il en gardait encore des marques dans le cou. Et c'était bien ses propres yeux gris qui avaient détaillé toute l'anatomie de la pire chose qui existait sur Terre.
Mais au fond, c'était comme avoir été schizophrène, non ? Lui, l'original, ne pouvait pas être tenu pour responsable des actes de son double ou de sa deuxième personnalité. Enfin, ça n'avait pas été lui ! Dans la Salle sur demande, il n'avait pas pu regarder avec émotion le brun dormir ! Il n'avait pas pu lui trouver du charme.
Ce gars était maigre comme une brindille, ses cheveux toujours en bataille... Et Draco se rappela, avec effroi, comment il s'était jeté sur lui quelques jours plus tôt, dans cette même alcôve, en lui disant « avec tes cheveux en bataille, toi, tu as l'air de revenir d'une nuit de folie. » Non non non non, ce n'était définitivement pas Draco Malfoy, le vrai, l'unique, qui avait pu dire ça à Saint Potter.
L'attitude larmoyante qu'il avait eue depuis le Réveil lui donnait envie de vomir son petit-déjeuner et son déjeuner, tant qu'on y était. Jamais la véritable personnalité de Draco Malfoy ne pourrait être celle d'un gentil blondinet amoureux de l'Elu. JAMAIS. Lui, se soumettre ? Présenter sciemment son cul à la bite de son rival de toujours, du petit saint Potter ?
Mais Draco admettait que, depuis le sort, il avait été incroyablement heureux. Il rejeta vite cette pensée. Normal d'un côté, il avait été totalement à côté de la plaque. Lui et Potter avaient évolué dans une bulle privée, où il n'y avait qu'eux deux. Un peu comme deux drogués vivraient dans le merveilleux monde des petites licornes magiques qui mangent des nuages et pètent des arc-en-ciel. Désormais... désormais, ça semblait seulement un rêve. Un très long et très joli rêve.
Il était vraiment difficile d'assimiler que le type dont il avait été si proche ces derniers temps était Potter. Leurs caractères radicalement opposés ne les avaient pas empêchés de se rapprocher et d'avoir des discussions interminables. Ils avaient passé tant de temps tous seuls à se caresser, à se donner du plaisir, à se comprendre.
Draco ne voulait pas l'accepter. Il avait été intime avec un type qu'il avait toujours méprisé, c'est-à-dire qu'il avait, quelque part, reconnu sa valeur. Et donc, qu'au plus profond de lui-même, il avait toujours eu une sorte d'affection pour le brun. Impossible, impossible, impossible.
Le Serpentard n'apprécia absolument pas la conclusion à laquelle il était parvenue. Pour ce changer les idées, il remua Harry, encore endormi à côté de lui, encore à moitié à poil. Il avait besoin d'agir, de faire quelque chose, n'importe quoi, après avoir passé tant de temps à subir une fausse mémoire et un faux passé.
xXx
- Debout Potter, allez, debout !
- Hein ?
Harry se réveillait avec peine. Il n'avait, lui, pas du tout l'esprit clair. Tout était totalement embrouillé. Il se rappelait juste avoir fait l'amour pour la première fois avec Draco, son blondinet préféré, et ça avait été merv... Quoi ? Pardon ? sa mémoire venait de lui jouer un sale tour.
Voyons, il ne pouvait PAS avoir fait l'amour avec Malfoy. C'était un rêve, ou plutôt un cauchemar. Rassuré, il se tourna pour se rendormir mais on le remuait. Et la voix traînante du plus chiant des Serpentards que cette terre ait pu porter retentit dans l'alcôve. Merlin, ça s'était sûrement réellement passé. NON NON NON, laissez-moi dormir, tout ça est un horrible cauchemar qui prendra fin de lui-même, mais laissez-moi tranquille, nom d'une pipe !
- Putain Potter, allez, bouge !
La patience de Malfoy avait des limites très étroites.
Harry maudit intérieurement tous les facteurs de la vie qui avait permis à Narcissa et Lucius de se rencontrer. Tous.
- Oui oui Malfoy c'est bon... Ah putain mon cul... laissa-t-il échapper, sans même s'en rendre compte.
Puis il rougit. S'il avait mal au cul, c'était précisément à cause d'un certain garçon assis à côté de lui, qui se révélait soudain être son pire ennemi de toujours. Chose qu'il avait totalement oubliée le temps d'une idylle dans les champs de coquelicots.
Les deux rivaux se regardèrent, un peu gênés. Ils n'étaient plus ces deux adolescents insouciants qui se découvraient et expérimentaient l'amour ensemble. Ils étaient de nouveau Harry Potter et Draco Malfoy, toute mémoire retrouvée, à leur grand dam. Et pourtant, le corps que chacun voyait en face de lui n'avait pas changé. Il avait été désiré, était encore désirable. Ils étaient totalement nus.
Sans qu'il puisse le contrôler, le regard de Harry glissa sur le torse blanc de son ennemi. Son ennemi ? Harry lui, aussi, était aux prises d'un combat intérieur. Ses deux personnalités pensaient alternativement, chacune essayant de s'imposer à l'autre. Dans la tête du brun, Malfoy était successivement « Draco » et « ce salaud qui m'a violé » – ça, c'était du déni pur et dur –, « l'homme avec qui j'ai fait l'amour pour la première fois » et l'instant d'après « Malfoy. Rien que Malfoy ». Si ça continuait, Harry était certain qu'il aurait très mal au crâne ce soir-là.
Quand on a deux personnalités, on s'arrange normalement pour qu'elles s'expriment à différents moments. Harry, cependant, régla vite l'affaire : il était une seule et unique personne, malgré les nombreuses voix qui s'engueulaient dans sa tête. Chacune faisait partie de lui et le constituait. Donc, Malfoy était bien simultanément son pire ennemi et son plus grand amour. Même si ça ne semblait pas vraiment compatible, c'était comme ça.
xXx
- Tu te rappelles de tout, toi aussi, Potter ?
Draco interrompit le Survivant qui semblait en pleine crise existentielle. C'était surprenant. Aussi loin qu'il s'en souvienne, le blond n'avait jamais vu Potter réfléchir. Ça ne lui allait pas du tout.
- Hum... Ouais. Je me rappelle du sort de Hermione puis... Enfin, voilà quoi. souffla Harry, le rouge lui montant délicatement aux joues.
Si c'était pas mignon ! Potter était gêné ! Draco ne voulut pas admettre que quelques heures auparavant, quand il était encore sous l'emprise du sort, il aurait littéralement fondu devant le brun. Stupide, stupide double.
- Putain, un mois et demi à être trompés par nous-mêmes ! s'écria Draco, avec un rire sans humour. A cause de ce furoncle de Granger ! Plus d'un mois à croire – à être persuadé – qu'on n'était jusque-là l'un pour l'autre que deux élèves de l'école et qu'on pouvait avoir une relation ! Ridicule, putain. Toi et moi, être amis, et même plus ? N'importe quoi. J'y crois pas.
Draco ne s'adressait pas vraiment à Potter. Il rassemblait ses idées à voix haute. Mais il ne restitua pas tout son cheminement de pensée, ses différentes questions. Non, il conclut directement : « N'importe quoi ». Voilà ce qu'avait été leur relation, selon lui, pendant un mois et demi : n'importe quoi.
Et Harry accusait le choc. Il était atterré, c'était vrai, de se rappeler que Draco était son ennemi mais... il avait appris à le découvrir sous un autre angle, enfin, ils avaient vécu quelque chose ensemble, il ne pouvait pas le nier !
Malfoy... S'il avait su à l'époque que Malfoy aurait pu être si mignon... si agréable à vivre, il n'aurait pas hésité à lui serrer sa putain de main ! Qu'est-ce qu'il donnerait pour vraiment avoir modifié le passé et pas seulement leurs souvenirs. Mais il savait que jamais un sort, même lancé par la plus douée des élèves de Poudlard, ne pourrait les faire retourner dans le passé. C'était trop risqué.
Alors, tout ce qu'il avait cru vrai était entièrement faux, ce n'était que des souvenirs falsifiés, qui n'avaient, d'ailleurs, pas résisté à un acte physique aussi important que l'amour. Un sort si fragile... Non, ils n'étaient pas retournés dans le passé pour le modifier, pour ne plus être ennemis. Leur passé était et resterait toujours le même : six années de haine réciproques. Tout le reste, ces six années rêvées, tout cela n'avait été qu'une illusion, et leur relation d'amour-amitié, « n'importe quoi », pour citer Draco.
xXx
Malfoy n'avait jamais été ce blond que Harry avait aimé, avec qui il avait découvert le corps d'un autre homme. Et Harry n'avait jamais été ce brun attirant que Draco s'amusait à taquiner si tendrement. Ça n'avait pas vraiment été eux mais seulement des personnalités factices, issues du monde onirique, où tout est possible, même l'amour entre deux ennemis.
Dans la réalité pourtant, une fois la mémoire retrouvée, ce n'était plus concevable. Les deux adolescents étaient maintenant lucides et désabusés. C'était comme s'ils recouvraient leurs esprits après une longue nuit de folie, pleine d'excès, de breuvages et de mixtures en tout genre. Ils retournaient à la réalité, avec une grosse migraine et un peu d'amertume. Comme si le meilleur était passé, pour toujours et qu'il était impossible de recommencer.
xXx
Draco n'en pouvait plus. S'il continuait à penser à tout ça, il allait craquer. Ça lui faisait mal de penser qu'il avait vécu la plus belle période de sa vie dans les bras de son ennemi. Ça lui faisait encore plus mal de penser que ça ne pouvait pas continuer, maintenant qu'il savait que c'était son ennemi. Il ne voulait pas admettre qu'il regrettait de s'être réveillé pour de vrai, qu'il aurait voulu continuer à... à se mentir. Ça avait été si bien de goûter à une adolescence insouciante et indécemment mièvre.
S'il continuait à penser à ce qu'il laissait derrière lui, les larmes lui viendraient aux yeux. Il avait été assez humilié pour le restant de ses jours. Jamais plus. La fierté de Malfoy l'empêchait d'admettre qu'il se préférait peut-être en midinette et, qu'au fond, il était bien plus sensible qu'il ne voulait bien le montrer.
- Potter, même si nous avons couché ensemble, même si c'était nos corps, ce n'était pas nous, compris ? Je n'ai jamais voulu ça. Si j'avais été conscient, si nous n'avions pas subi ce sort à la con, jamais je n'aurais pu permettre à quelqu'un comme toi de me toucher. Ce n'était pas nous !
Draco se répétait sans s'en apercevoir. Son agressivité n'était pas cruelle mais une simple manifestation de l'état de crise dans lequel il était. Il ne voulait pas assumer. Il niait, se mettait dans la tête que ça avait été nul, que Potter était con et laid et aussi un mauvais coup... Tout cela lui permettrait de ne pas regretter et de retourner, sans deuil, à la vie normale.
Il avait cru à tellement de conneries, à tellement de choses invraisemblables. Il avait cru que, peut-être, Harry et lui pourraient, un jour, pas tout de suite, peut-être hein, mais un jour, sortir ensemble... peut-être. Si le brun voulait bien de lui. Tout ça, c'était ridicule, mais il l'avait pensé.
Draco nia tout en bloc : il n'avait pas été, n'était pas et ne serait jamais plus un imbécile heureux et amoureux. Satisfait d'avoir pris une décision, il écrasa son Moi accidentellement développé par le sort. Il n'y avait de la place que pour un seul Draco, qui venait de chasser l'intrus de son for intérieur. Ici, c'était chez lui. Tant pis si l'autre avait été plus heureux que lui, s'il avait été meilleur que lui, plus modeste, plus gentil, plus humain, plus sincère que lui. Tant pis s'il faisait partie de lui. Il ne le reconnaissait pas.
xXx
- Mais Malfoy... Je...
Impossible de parler. Harry ne savait plus qui il était, ni à qui il s'adressait. Étaient-ils encore ennemis, après ce qu'ils avaient vécu ? Ou fallait-il considérer qu'ils n'avaient rien vécu, que tout ça n'avait été qu'un rêve ? Avaient-ils été prisonniers d'une méchante illusion, ou avait-ce été une seconde chance qu'on leur avait accordée ? Comment faire désormais qu'ils savaient tout ?
Harry, lui, assumait avoir aimé, même adoré, passer du temps avec le blond. Qu'il ait été son ennemi, après tout, est-ce que c'était si grave ? Est-ce que leur passé de rivalité allait continuer à déterminer leur avenir éternellement ?
Ce sort et ce mois et demi de bonheur, c'était carrément un don de Merlin.
- Malfoy... Draco ! Ecoute ! cria Harry, en empoignant le bras du blond.
Draco réagit à son prénom et au contact chaud de la main du brun. Il plongea une dernière fois dans les yeux verts, ces yeux qu'il avait tellement regardés, récemment. Ces yeux qui l'avaient toujours troublé. Il savoura ce qu'il y lisait, ce qu'il ressentait lui aussi : la douleur, l'amour, la tendresse, la peur, l'envie, la terreur. Puis il détourna le regard.
Les yeux verts lui faisaient trop d'effet. Il ne voulait pas céder. Il fallait que cela cesse. Malgré tout ce qui avait pu arriver entre eux, il était de nouveau Malfoy et l'autre de nouveau Potter. Maintenant qu'il se rappelait qui ils étaient, il ne pouvait pas s'abaisser à le baiser. C'était trop déshonorant, pour l'un comme pour l'autre. Il se rappelait avoir hésité avant de coucher avec Potter. Il avait eu peur de le souiller, car Harry était si pur. Il avait eu peur de l'abîmer.
Maintenant qu'il se rappelait tout ce qu'il avait fait pour nuire à Harry, toutes les crasses, les emmerdes, les insultes, ça le faisait bien rire. Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Ils se feraient trop de mal, après toutes ces années de haine. Le Serpentard avait fait taire cette voix qui le suppliait de ne pas abandonner, de croire que peut-être... Potter et lui, Harry et lui... Pourquoi pas... Non, sa décision était prise.
- Draco, s'il te plaît, il faut que...
La main de Harry tremblait.
- Potter, je ne veux plus te voir, dit le blond, très calmement, presque doucement.
- Mais...
Les yeux verts le regardaient d'un air suppliant. Draco fit tout pour ne pas les voir.
- Il ne s'est rien passé entre nous, je te l'ai déjà dit. Je n'étais pas responsable et toi non plus de notre... relation. Je suis désolé. On ne se connaît plus, okay ? Il ne s'est rien passé, conclut-il, se brisant lui-même le cœur.
Draco se dégagea avec tristesse de la poigne du brun, qui n'opposa aucune résistance. Harry était en état de choc. Il ne fit pas attention au blond qui se rhabilla rapidement, sans faire trop de bruit.
Le Serpentard partit, le laissant derrière lui, désemparé. Il était impossible de savoir lequel des deux se sentait le plus triste. Harry, qui venait en quelque sorte de se faire quitter par son premier amour ; Draco, qui venait de refuser la plus belle chose qu'il ait entrevue, qu'il ne pourrait jamais vivre, sans avoir pu s'expliquer, de peur de laisser ses émotions déborder.
Harry avait le cœur brisé, Draco était triste. Ça dépassait le chagrin d'amour. C'était un choix de vie. La fierté, mais l'âme en peine. Malfoy était vraiment idiot. Ne valait-il pas mieux être ridicule et heureux qu'admiré mais malheureux ?
xXxxXxxXx
Le blond avait laissé échapper qu'il était « désolé ». C'était un si petit mot – trois syllabes – qui résumait toutes ses pensées. Il était désolé, profondément désolé. Il savait qu'il fuyait mais il n'y pouvait rien. Enfin, c'était ce qu'il croyait, car il croyait au Destin.
Grâce au sort, il avait entrevu la possibilité d'une relation sympa avec Potter. Il savait que c'était possible, que Harry et lui, peut-être, pouvaient être autre chose qu'ennemis. Mais il avait peur. Peur qu'étant désormais lui-même, avec tout son méchant caractère, il ne soit pas capable d'être aussi « bien » que son autre Lui avait été. Peur que Harry, maintenant qu'il savait qui il était, ne soit dégoûté par son passé peu glorieux.
Peur, surtout, qu'ils ne soient plus capables d'une telle insouciance. Ils étaient désormais conscients de la supercherie. Ils ne pourraient plus être aussi joyeux, amourachés, sincères. Ils ne feraient sûrement que jouer à l'être et donc faire semblant d'être leurs autres Eux.
Et puis, Draco aimait la stabilité. Il avait enfin récupéré toute sa mémoire et toute sa conscience et il ne voulait pas continuer à jouer avec tout cela. C'était trop précieux. En effet, le sort n'avait pas cessé de lui faire perdre ou regagner des bouts de conscience : aux premiers moments du Rêve, ils étaient libres de leurs actions, par la suite, ils ne pouvaient qu'assister aux faux souvenirs mais avaient encore toute leur mémoire. Quand ils s'étaient réveillés, ils croyaient être maître d'eux-mêmes, mais c'était totalement faux.
Ils étaient devenus des Draco et Harry alternatifs, ceux qu'ils auraient été sans cette première mauvaise impression, dans un univers parallèle, où pour de vrai, ils n'auraient jamais été ennemis. Selon Draco, cette relation d'amour-amitié n'était concevable que si le passé avait réellement été celui dont ils avaient rêvé. Il ne pouvait imaginer construire une relation avec le Harry qu'il avait détesté depuis la première année. Il aurait fallu tout changer.
Valait-il mieux être heureux dans le mensonge ou malheureux dans la réalité ? se demandait Draco. Le gros problème de la vérité, c'est que dès qu'on la connaît, on ne peut plus l'ignorer. On ne peut pas replonger dans l'erreur ou l'illusion, à moins d'être doté de beaucoup de mauvaise foi. Si Harry et Draco avaient décidé de continuer à se voir, il leur aurait fallu construire une vraie relation, différente de cette idylle impossible. Une relation basée sur leur véritable passé de haine et leurs véritables personnalités. C'était trop dur. Mais c'était possible. Après tout, il avait déjà vécu un mois, un mois dans les bras de Potter.
xXx
Draco rentra au château, le cœur malade, se détestant d'être si faible. Si seulement il avait le courage de retourner sur ses pas, de se jeter sur Harry, de lui dire qu'au fond, il s'en foutait de cette histoire de sort, de faux ou de vrai passé, d'ennemis, de Destin, qu'au fond, ce qui importait, c'est qu'il ait été heureux avec lui, même dans le mensonge, et même s'il savait désormais qu'ils avaient été victimes d'une modification de leurs souvenirs, il s'en foutait !
Il s'en foutait parce que même si c'était un Draco différent qui était tombé amoureux, c'était toujours lui, une de ses facettes, et Harry était toujours Harry, le même corps, la même âme. Que c'était une chance, même, qu'ils aient modifié leurs souvenirs, ça leur avait permis de vivre quelque chose de fou, d'inimaginable ! Qu'il fallait essayer de continuer, maintenant qu'ils avaient vu que c'était possible.
Mais Draco n'avait pas eu le courage de se retourner. Il était conditionné à être un Malfoy, un second rôle, le rival du héros. Son caractère stéréotypé ne l'autorisait pas à agir comme un héros. Il n'était pas capable d'arrêter de réfléchir pour prendre son courage à deux mains. S'il pouvait montrer le meilleur de lui-même, il aurait choisi une voie différente de celle à laquelle on l'avait destiné.
Draco Malfoy était un personnage plus à plaindre qu'à mépriser. Il était faible, au fond. Et triste. Peut-être que dans une autre vie, il aurait emprunté un peu de courage à un garçon qui en avait un peu trop.
xXxxXxxXx
Les jours suivants, les habitants du château constatèrent avec étonnement qu'on ne voyait plus le gentil petit « couple d'amis » déjeuner ensemble, discuter et se chamailler dans les couloirs. Draco recommença à manger, sans s'expliquer, à la table des Serpentards. Il confia seulement à Blaise, plus pour qu'il le laisse tranquille qu'autre chose, qu'il ne pouvait passer outre le fait que Potter soit son ennemi juré depuis toujours. Qu'il avait essayé, mais que c'était difficile d'oublier leur rivalité. Il ne lui parla pas du sort.
Le meilleur ami de Draco ne lui posa pas de questions, peut-être par respect pour son regard un peu éteint, un peu vague. Il le forçait à se balader dans le parc avec lui, l'ennuyant profondément avec ses bavardages insignifiants sur telle ou telle fille ayant vraiment une magnifique paire de seins. Mais il le distrayait du mieux qu'il pouvait. Draco revint à ses anciennes occupations : l'armoire à disparaître, Dumbledore. Il repensa à la Carte du Maraudeur, se disant, sans grande conviction, qu'il aurait vraiment du la dérober à Harry, quand ils étaient encore proches.
Harry eut une petite discussion avec Ron et Hermione, où il leur raconta sans trop de détails, qu'il avait recouvré la mémoire et qu'ils avaient bien fait de ne pas lui avoir parlé du sort eux-mêmes, déjà qu'il était sous le choc. Ron bouda, Hermione était soulagée de retrouver leur Harry d'avant, même si ce Harry-là passait de nombreuses soirées seul et pensif, le regard un peu terne. Par délicatesse, elle ne lui posa pas de questions à propos de Draco.
Comme il faisait beau, Ron le poussait souvent à sortir leurs balais des placards, « pour s'aérer l'esprit», disait-il . Harry ne leur raconta jamais son histoire avec Draco. En tout cas, jamais en détails. Il avait trop peur qu'en parler lui fasse réaliser que « jamais plus ». Ses deux meilleurs amis firent comme si cela n'avait jamais existé, même s'il leur arrivait, souvent, de surprendre un air un peu triste, un peu flou, dans les yeux de Harry.
xXx
Très vite, le journal de l'école rédigea un article poignant sur la douloureuse séparation du couple-phare de la guerre, qui n'avait pas su faire face aux obstacles qui se mettaient entre eux. Beaucoup d'élèves sans tact vinrent féliciter l'Elu d'avoir quitté le Mangemort, « qui n'était pas fait pour lui ». Aucun n'avait apparemment imaginé que ça avait été le contraire et que c'était Draco qui l'avait largué.
Harry relisait parfois l'article du journal qu'il avait lu avec Draco dans la Salle sur demande. Tous les deux s'en étaient tellement moqué à l'époque et pourtant, désormais, Harry le considérait comme une relique précieuse. C'était la seule preuve que ça avait existé, qu'ils avaient vraiment été considéré comme un semblant de couple, une éternité ou même pas deux mois auparavant. Ça le réconfortait et le déprimait à la fois.
Quand les deux anciens ennemis et amoureux venaient à se croiser, ils ne s'insultaient ni ne se saluaient pas vraiment. Ils ne cherchaient pas non plus à s'éviter. C'était comme s'ils voulaient se faire encore plus de mal. C'était triste à voir, sûrement encore plus tristes à vivre : à chaque fois qu'ils se croisaient, dans leurs regards passait l'inexprimable question « Et si, et si, et si... ».
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La sixième année était sur le point de se terminer. Dumbledore n'allait pas tarder à mourir. Draco, dont le cœur adolescent n'avait pas digéré son histoire avec Harry, ne réussit pas à tuer le vieux Directeur. Peut-être par respect pour son amour-ennemi, peut-être parce qu'il était trop déprimé pour entreprendre quoique ce soit.
Ainsi se clôt cet épisode de la vie de Harry Potter et Draco Malfoy. Un mois et demi, tout au plus, où ils vécurent tellement heureux qu'ils crurent que ça pourrait durer toute leur vie. Ils avaient couché ensemble une seule fois. Ils en gardaient un merveilleux et un douloureux souvenir : ça avait été magique, mais ça les avait réveillés. Ça avait été merveilleux, mais ça les avait séparés. La vie continua tranquillement, aussi tranquillement que pendant une guerre.
Ils allaient chacun avoir d'autres amants, d'autres amours, et seront plutôt satisfaits de leurs vies posées, Harry avec Ginny, Draco avec Astoria. Satisfaits, mais pas forcément au comble du bonheur.
Après ce second Réveil qui les avait séparés, tout redevint presque comme avant, en somme. La haine et les coups bas en moins, les remords et la tristesse en plus. Finalement, ils étaient arrivés, en prenant quelques détours, au résultat qu'ils désiraient : ne plus se taper dessus chaque fois qu'ils se voyaient, s'ignorer l'un l'autre, vaquer chacun à ses occupations. Mais ça leur avait fendu le cœur. Sans vouloir finir sur une note hyper mélodramatique, bien entendu.
Voilà. Je viens de me relire, et c'est assez mélomélo, mais j'en avais envie, nom d'une bouse. Ca me rend toute chose que ce soit la fin. J'ai du mal à y croire, pourtant, ça n'a duré que deux petits mois. Bon, en fait, on se retrouve une dernière fois pour la FIN ALTERNATIVE, bien plus légère et joyeuse, je l'espère.
Gros poutous. J'aimerais bien avoir vos avis sur le ending, genre, si c'est trop larmoyant ou si Draco est vraiment une grosse chiffe molle (ce qu'il est selon moi).
A très bientôt pour la deuxième fin, dans sûrement quelques jours. Elle sera plus courte que celle-ci.
