Chapitre XIV

Ce ne fut que le jour suivant qu'Hermione put en savoir plus sur l'énigmatique allusion qu'avait fait Malefoy. En effet, lorsqu'elle eut terminé son petit déjeuner, Gorvy l'informa que le maître désirait sa présence pour une petite promenade dans les jardins. Hermione jeta un regard à la fenêtre contre laquelle s'écrasaient avec violence d'énormes gouttes de pluie. Le vent était si fort qu'elle pouvait le sentir passer entre chaque interstice et s'insinuer méticuleusement dans le manoir, répandant un air froid et humide dans les couloirs. Un peu perplexe mais trop curieuse pour refuser l'offre saugrenue de Malefoy, elle renvoya l'elfe chargé d'une réponse positive, puis s'emmitoufla dans diverses épaisseurs de vêtements surmontées par une cape doublée de fourrure avant de rejoindre son hôte dans le hall du manoir.

Celui-ci, simplement vêtu d'un pantalon en toile beige et d'une chemise blanche dont il avait retroussé les manches, sourit en voyant sa charmante prisonnière assez équipée pour affronter une nouvelle aire glacière. Cependant, il ne lui fit aucune remarque et après un banal échange de salutations, il l'invita à la suivre à l'extrémité du hall opposée à la porte d'entrée. Dans un coin se trouvait une petite porte ornée de bas-reliefs évoquant des feuilles de lierre si réalistes qu'on aurait dit que le bois avait vraiment été envahi par une plante grimpante. Malefoy se tourna vers Hermione.

-Il va falloir qu'on se donne la main, dit-il.

-Pourquoi ça ? Demanda Hermione sur ses gardes.

Il soupira d'un air exaspéré :

-Granger, je ne fais pas ça parce qu'en cachette, je fantasme sur le fait de te tenir la main !! s'exclama-t-il. Je fais ça parce que cette porte et le passage qui suit sont soumis au sort du nominus, tu connais le sort du nominus ?

-Je suppose que seul une personne portant le nom des Malefoy peut y entrer, c'est ça ? Répondit Hermione, un peu honteuse de sa réaction enfantine.

-C'est ça ! Et à vrai dire, je ne sais même pas si ça suffira que je te tienne la main, étant donné que tu es une... enfin que tes parents sont des moldus... Allez, donne moi la main !

Hermione tendit sa main et les doigts de Drago se refermèrent sur les siens. Elle frissonna au contact de sa main si froide et en même temps si fine, presque féminine tant elle semblait délicate.

Malefoy poussa alors la porte et ils s'enfoncèrent dans un couloir sombre et moite. Au bout de quelques instants, Hermione s'habitua à l'obscurité des lieux et distingua des parois rocheuses. On aurait dit qu'ils étaient dans une grotte, mais elle avait beau scruter ce qui l'entourait, elle ne pouvait voir aucune lumière lui indiquant l'existence d'une sortie.

Mais au moment où Malefoy s'arrêta, elle comprit ce qui cachait l'extérieur à sa vue. Un lourd rideau de frondaisons tombait devant eux et masquait l'ouverture de la grotte. Malefoy souleva quelques lianes sous lesquelles ils passèrent pour aboutir dans le jardin le plus merveilleux qu'Hermione ait jamais vu. Abasourdie par les centaines de plantes qui s'offraient à sa vue dans un tourbillon d'odeurs et de couleurs, elle ne remarqua même pas que la tempête avait ici cédé la place à un soleil doux et lumineux ni que Malefoy la regardait d'un air à la fois inquiet et amusé, ses doigts toujours entremêlés à ceux de la jeune fille. Voyant que Hermione n'était pas près de faire demi-tour, il lui lâcha enfin la main pour la laisser contempler à son aise le jardin.

Elle s'avança alors sur le chemin dallé, en essayant de tout voir, de tout toucher, de tout sentir à la fois. Envahie par une multitude de sensations, elle ne savait où donner de la tête. Elle allait d'une fleur à l'autre, d'un arbre à son voisin, tout en commentant chacune de ses découvertes par un grand nombre d'exclamations surexcitées. Elle se rendit compte qu'elle ne connaissait pas le dixième des plantes qu'elle admirait et bombarda Malefoy de questions.

-Je suis déçu, Granger, dit ce dernier avec un petit air supérieur, je croyais vraiment que tu savais tout.

Elle se retourna pour le regarder mais il n'y avait aucune trace de méchanceté sur son visage, seulement une lueur amusée dans ses yeux et ils la rejoignit pour répondre à toutes ses interrogations. Ils quittèrent ensuite le jardin pour arriver dans un parc immense bordé par des bois non moins étendus. Au loin, on apercevait un grand bassin autour duquel se pavanaient une demi-douzaine de paons d'un blanc immaculé. Si de côté-là, le parc était organisé grâce à diverses allées, haies et fontaines qui faisaient penser à un château de Versailles miniaturisé, en revanche, à l'opposé, il n'était constitué que d'une immense étendue d'herbe, parsemée ça et là d'arbustes en fleurs.

Hermione se débarrassa de son encombrante cape et suivit Drago dans une longue ballade qui dura toute la matinée. A l'heure du déjeuner, ils s'assirent sur un banc pour grignoter divers fruits qu'ils avaient cueillis sur le chemin. Puis Drago fit entrer Hermione dans la serre qui s'élevait près du bassin. Là, elle put observer des plantes qu'elle n'avait jamais vu que dans les livres en raison de leur dangerosité ou de leur rareté. Malefoy souriait de la voir papillonner dans tous les sens, émerveillée par toutes ces splendeurs. Enfin, il réussit à l'arracher à sa contemplation en lui promettant qu'ils reviendraient un autre jour pour finir d'admirer chaque feuille de chaque tige de chaque plante. En refermant la porte de la serre, il lui demanda :

-Tu te rappelles, hier, quand je t'ai dit que j'avais un endroit secret où je pouvais ma cacher ?

-Oui, bien sûr.

-C'est là que je vais t'emmener.

Et pour l'intimer à le suivre, il lui prit à nouveau la main, qu'elle lui abandonna docilement cette fois, trop impatiente de découvrir le « jardin secret » de Malefoy pour y prendre garde.

Il l'amena alors à l'orée du bois et après avoir parcouru quelques mètres entres les arbres, ils débouchèrent dans une clairière assez grande pour contenir deux fois la maison des parents d'Hermione et au milieu de laquelle se dressaient quatre immenses haies formant un carré qu'on pouvait pénétrer grâce à un minuscule portail en fer forgé qui se découpait dans le feuillage. Lorsqu'ils eurent poussé la grille et franchi les murailles de verdure, Hermione découvrit une splendide roseraie s'étendant sur des mètres et des mètres de haies et de buissons chargés de fleurs aux pétales délicats. Il y avait toute sorte de roses, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Hermione se tourna vers Malefoy d'un air ravi et lui demanda :

-C'est ici que tu venais, alors, pour être au calme ?

-Viens, je vais te montrer.

Et il l'emmena un peu plus en avant parmi les rosiers pour atteindre un petit renfoncement, caché par un buisson qui supportait des roses de la taille d'un chou-fleur. De loin, on aurait pu croire que cet endroit n'existait même pas, mais Hermione comprit que ce n'était pas que pour sa position stratégique que Malefoy venait s'y cacher. Bien que minuscule, ce coin de verdure était presque complètement entouré des plus belles roses qu'il soit. Un peu plus grandes que la paume de la main, celles-ci affichaient une couleur changeante, qui d'un rouge bordeaux passait presque au noir au moindre mouvement. Les pétales paraissaient faits de velours, et quand Hermione s'approcha d'une des fleurs, elle put sentir un parfum léger et enivrant.

Drago s'était allongé dans l'herbe et Hermione fit de même à ses côtés. Pendant de longues minutes, ils savourèrent simplement le fait d'être là, dans cet endroit féerique et de n'avoir aucun soucis en tête. Puis Drago se mit à parler.

-Mon père était rarement avec nous au Manoir. Il rentrait tard le soir, sûrement de ses réunions avec d'autres anciens mangemorts, et j'étais déjà couché. C'est dans les moments où il était là que je venais me réfugier ici, le plus possible. Il parlait à ma mère comme à une elfe de maison, alors qu'il n'avait pas le quart de son intelligence, et à moi, il ressassait sans cesse les mêmes préceptes stupides à propos de notre rang, du Seigneur des Ténèbres, etc... Pendant un moment, ça m'a plu de me croire supérieur aux autres. Mais l'année dernière, j'ai compris qu'à cause de mon père, mon avenir se résumait à suivre la même voie que lui, obéir, servir, souffrir... A cause de lui, des personnes sont mortes. Des personnes contre lesquelles il n'éprouvait rien de plus qu'une haine injustifiée dictée par son maître. Il est lâche, servile, mauvais. Il me répugne et je le déteste !

-Et Voldemort ? Demanda timidement Hermione.

Drago sursauta lorsqu'elle prononça ce nom. Il continua de fixer le ciel.

-Je ne sais pas vraiment où j'en suis à ce sujet, dit-il. Je n'arrive pas à savoir si c'est Tu-Sais-Qui que je hais ou si c'est ce qu'il a fait de ma vie. J'ai du mal à dissocier ces deux aspects, je...

Il s'interrompit pour reprendre son souffle et sentit les larmes lui monter aux yeux. A cause de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, il avait failli tuer des élèves, Angelina, Weasley aussi... A cause de lui, ses propres camarades de classe auraient pu mourir lorsque les mangemorts avaient envahi l'école de sorcellerie...A cause de lui, il avait été sur le point de tuer un homme. Un homme assez bon pour voir autre chose en lui que le mangemort qu'il était devenu, un homme assez bon pour lui pardonner ses erreurs...

Il fut dérangé dans ses pensées par le contact tiède de la main d'Hermione sur son avant-bras. Elle s'était relevée à demi et appuyée sur un coude, elle le regardait.

-Tu peux te libérer de ça, Malefoy. Tu n'es pas obligé de faire ce que tu ne veux pas.

-Facile à dire, grommela-t-il en se redressant à son tour, mais toujours sans la regarder, les yeux fixés sur la haie en face de lui.

-Je sais que ce n'est pas facile ! S'écria Hermione en perdant patience. Mais si tu veux vraiment éviter de devenir un esclave comme ton père, c'est sûr que ça demandera un minimum d'efforts !

Comme Malefoy ne répondait rien, elle ajouta :

-Je suis prête à t'aider, tu sais.

Puis elle s'allongea à nouveau dans l'herbe, bientôt imitée par Drago.

Le soir, après la discussion rituelle qui suivait le repas, Hermione monta dans sa chambre où elle découvrit, posée sur son oreiller, une rose aux reflets de velours, provenant sans aucun doute de la cachette de Drago. Elle la posa délicatement sur sa table de chevet et s'endormit pleine d'espoir.

Désolée, je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews, mais promis je reposterai le chapitre dès que je l'aurai fait. J'espère que ça vous a plu !