Avant-propos: J'ai pas pu me résoudre, ceci est l'avant-dernier chapitre! Je ne vous retient pas plus longtemps, et merci à Moni-K et à Moby Dick pour leur review!
Précédemment...
En ce lundi après-midi, à l'aéroport international de Richmond, le vol 704 à direction de Montréal explosa inopinément à mi-décollage.
-Je décrète l'état d'urgence! hurla un contrôleur aérien dans son microphone. Je répète, était d'urgence!
Déjà, tout l'air extérieur s'emplissait d'une fumée noire et épaisse, âcre. Des débris volaient de partout, tuant et blessant tout ceux qui ne l'avaient pas déjà été. La foule qui avait assisté à ce spectacle macabre, silencieuse, commençait à devenir de plus en plus effervescente au fur et à mesure qu'elle reprenait ses esprits. Des autorités compétentes avaient rapidement été dépêchées sur les lieux de l'accident, puis les médias s'étaient mêlés de la partie. Lorsque la fumée s'éclaircit et que le feu provoqué par la combustion du carburant fut éteint, on envisagea des fouilles, mais les décombres ne révélèrent pas grand chose; même la boîte noire, qui aurait pourtant pu être si précieuse, n'avait pas tenu le coup. À travers les éclats métalliques, on retrouvait des restes de membres humains épars, arrachés, noircis, calciné. Presque un champ de bataille. Mais c'était l'absence de toute trace de sang qui semblait prouver que la Vie avait lâché prise et s'était envolée.
Maintes larmes salées furent versées par des proches, des frères, des mères, des amis, et tous pointèrent le terrorisme du doigt, Al-Quaïda, les immigrants, les minorités visibles. Ils leur faillait un coupable.
Pour eux, tout n'était que souffrance et aberration, et ça n'eut pour tout effet que de réveiller un peu plus le fanatisme antisémite des américains.
Si seulement ils savaient...
-Merveilleux, merveilleux! s'exclama-t-il d'un rire tonitruant. Je n'aurais su faire mieux!
Il se parlait seul, bien évidemment. Maddox gisait au sol, les membres horriblement tordus par une contraction post mortem, les yeux vitreux, un petit filet de sang s'échappant goutte à goutte jusqu'au sol de sa gueule, béante. Ce dernier sort l'avait achevé, mais avait été magistral. À sa connaissance, jamais un sorcier n'avait pu emmagasiner autant d'énergie à lui seul. Si bien qu'il n'aurait pas été surpris le moindre du monde que Maddox ait finit dans le même état que l'avion.
Il se décida alors de rechercher celle qui s'offrait à lui sur un plateau d'argent. Malgré la fumée qui lui brouillait la vue et lui piquait les yeux, il s'avança, guidé par ses autres sens vers l'énergie qu'il captait.
Douce vengeance.
Katherine était toujours inconsciente. Lorsque ses yeux s'ouvrirent, elle fut totalement désorientée. Qu'est-ce qui s'était passé? Et pourquoi se sentait-elle aussi mal? Elle se releva péniblement, s'entaillant du même coup la paume avec un objet métallique. «Aïe», gémit-elle. La vampiresse ne voyait évidemment rien, sinon un épais rideau de brouillard brunâtre. Son premier réflexe fut de vouloir sortir de là à tout prix. En avançant à tâtons, Katherine se rappela enfin qu'elle se trouvait dans un avion avec Adélaïde, quelques instants plus tôt. Et que pour en arriver là, ils avaient certainement fait un crash. Oui, c'est bien ça, ils s'étaient écrasés quelque part au beau milieu des États-Unis. Mais où était-elle maintenant? Et qu'était-il advenu d'Adélaïde? Peut-être bien restée dans les décombres, ou morte, et ça ne pouvait pas être une mauvaise chose, tout compte fait. Oui, elle appréciait beaucoup la jeune femme, mais ne considérait absolument le fait d'avoir eu un accident d'avion comme étant le fruit du hasard. C'était là sa dernière opportunité d'échappatoire, la dernière chance de vivre encore un peu plus longtemps en liberté avant que la traque ne recommence. Et elle ne comptait pas la laisser filer.
-Merde! laissa échapper Damon. Et on fait quoi, maintenant?
-Pas question de rester passifs, décréta Élena à ses côtés. On va voir.
-On?
Autour d'eux, les gens poussaient quelques petits cris d'indignation devant le spectacle auquel ils étaient en train d'assister. Les autres, pas plus intelligents, se contentaient de filmer la scène avec leur téléphone cellulaire.
-J'y vais donc toute seule, se vexa-t-elle en se dirigeant vers la sortie.
Il n'en fallu pas plus pour que Damon s'élance à sa poursuite.
Une fois dehors, tout leur sembla encore plus aberrant. Il y avait une odeur de carburant brûlé dans l'air, et des débris jonchaient le sol. Il était presque impossible de faire deux pas sans manquer trébucher sur quoi que ce soit.
Ils s'enfoncèrent lentement jusqu'au coeur des dégâts, sans même avoir l'intention de chercher ou de trouver quelque chose. Le vampire se décida à prendre les devants et à tirer le bras d'Élena lorsqu'il vit qu'elle butait au moindre obstacle.
-Hé, ne va pas trop vite! s'alarma la jeune femme.
Brusquement, c'est ce qu'il fit en s'arrêtant complètement, mais pas parce qu'elle le lui avait demandé. Il se colla un peu plus à elle avec un instinct protecteur, presque possessif, puis scruta méfiamment les alentours.
-Au mauvais endroit, au mauvais moment. Ne trouvez-vous pas ça triste? fit une voix derrière eux.
Un homme émergea d'un pas nonchalant de la fumée lorsqu'ils se retournèrent.
Cet homme, s'il en était un, dégageait une aura sombre, lourde, presque palpable. Si on avait pu personnifier le danger, c'est probablement lui qu'on aurait choisi. Mais pour être beau, il était beau. Sans être particulièrement massif, il dégageait néanmoins une grande prestance, et ses deux yeux verts, presque cramoisis, semblaient y être pour beaucoup. «Pourquoi il me rappelle quelque chose?» songea Damon.
Il fit quelques pas en dévisageant Élena.
-Tiens donc, on m'offre tout sur un plateau d'argent aujourd'hui? Tu es le double Petrova, je suppose?
À cette remarque, Damon passa à l'offensive et s'avança un peu plus. Guère impressionné, même presque amusé, il ne s'empêcha pas de continuer.
-Damon Salvatore? présuma-t-il. Non, ne cherche pas, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Mais ta réputation -ainsi que celle de ton frère- te précède.
-Qui es-tu? grogna-t-il.
-Tu me connais, ne t'en fais pas. J'ai seulement un peu retardé mon arrivée, voilà tout.
-Non, fit Élena d'un murmure d'aberration
-C'est pourtant vrai, déclara-t-il victorieusement. Et comptez-vous chanceux, je viens vous proposer un marché...
Damon ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase qu'il lui coupait déjà la parole d'un bref «non».
-Mais laisse-moi au moins finir, dit-il d'un ton sadique presque dégoulinant. Que dirais-tu de me laisser la fille sans résister, et en échange je te laisse la vie sauve?
Le vampire s'en tint à la même réponse.
-Oh, je crois que tu m'as mal compris, je ne te faisais pas là une proposition, se durcit-il. Je t'ordonne de me laisser le double et de déguerpir au plus vite avant que je ne change d'idée et décide de te scarifier sur place, grogna soudainement l'homme d'un ton menaçant.
Damon finit par obéir bien malgré lui, et recula donc de quelques pas. Lorsque ses prunelles azur rencontrèrent celle d'Élena, la jeune femme lui lança un regard paniqué.
En une fraction de seconde, il la prit dans ses bras et s'enfuit le plus vite qu'il le put, défiant l'étrange autorité de l'homme. Mais il ne fallu pas grand temps avant qu'ils ne soient traqués et retrouvés, et Damon hurla sous le coup qu'on lui porta au dos, si bien qu'il lâcha brusquement Élena et retomba lui-même agenouillé au sol.
-Tu n'aurais pas dû faire ça.
Aussi vite qu'il avait disparu, il s'approcha et agrippa le vampire par la gorge avant de le hisser à sa hauteur.
Leur visages tous près l'un de l'autre, Damon pouvait parfaitement voir le contour de ses yeux se noircir et de durcir, comme si de milliers de petites larves avaient envahi son visage. Sa tête se rapprocha encore un peu plus, et il put clairement entendre le son de deux crocs émergeant d'une gencive en la perçant.
Il ferma les yeux et son esprit se mit rapidement à cogiter. Il savait qu'il allait mourir, mais semblait toujours assez égoïste pour se rendre compte que ce ne serait pas nécessairement pour -ou par- la bonne cause. Malgré tout, Damon croyait dur comme fer qu'il méritait son sort. «J'ai fait ce que j'ai pu pour protéger Élena» essaya-t-il au moins de se convaincre. Même s'il avait été l'antihéros de l'histoire, et accessoirement le faire-valoir de son frère, il était convaincu d'avoir fait de son mieux. Mais ce n'était pas ça qu'il le laverait de ses remords. Parce que Damon regrettait de ne pas avoir profité de sa vie, d'avoir abusé des «bonnes choses» et des bons côtés d'être un vampire, de s'être mis nombre de gens à dos, et peut-être même de ne pas avoir eut la chance de rester humain et donc d'avoir un jour rencontré Katherine. Parce qu'il avait seulement tenté de survivre sans se soucier des autres. Mais pas Stefan. Il pensait mourir sans que son frère et Élena ne sachent jamais à quel point il les aimait.
«Je mérite de mourir, je mérite de mourir», psalmodia-t-il intérieurement en sentant une haleine chaude sur son visage et Élena gémir à l'arrière plan. Son coeur se serra soudainement et pendant une seconde, Damon eut l'impression de se détacher de son corps.
-Klaus, non!
Quelqu'un avait crié.
Une silhouette de dessina dans la fumée qui était de moins en moins opaque. Les formes d'Adèle finirent par se découper du paysage, et trois paires d'yeux la regardèrent avec stupéfaction. Car pour être dans un sale état, elle semblait vraiment amochée. Ses vêtements étaient déchirés, troués, tachés de sang et croûtes par la saleté. Damon retourna une nouvelle fois ses yeux vers elle et déglutit d'horreur lorsqu'il vit qu'il lui manquait un bras, et qu'au bout de son épaule ne pendouillait qu'un petit moignon noirci de gangrène.
Klaus relâcha sèchement au sol un Damon qui accourut vers Élena, trop content d'avoir été épargné. L'Originel se retourna vers Adèle, mais pas pour les raisons qui lui auraient semblé valables. Son visage était plutôt empreint d'une émotion contraire à sa nature, et qui semblait presque détonner, vu la situation. De la compassion. Puis une rage contenue lorsqu'il aperçut comment elle était fagotée.
-Adélaïde, mon enfant, fit Klaus d'une voix solennelle.
Celle-ci ne puis que s'agenouiller sous le poids de cette déclaration.
-Père, murmura-t-elle en guise de réponse.
Stefan contempla péniblement le spectacle qui s'offrait à lui. Il croyait avoir apprit quelque chose de ces derniers jours, mais semblait-il que la vie d'autres surprises en réserve. Simplement, pourquoi un avion avait-il explosé juste au-dessus de sa tête? C'était un hasard qui lui semblait presque impossible.
Le vampire fit quelques pas, puis se décida à faire le point.
Que devenaient Katherine et Adèle? Aucun moyen de le savoir. Du moins, pas encore. Avaient-elles eut le temps de monter dans l'avion? Ce ne pourrait pas être une si mauvaise chose, vu les circonstances. Les deux seraient d'autant plus faciles à retrouver, si elles n'étaient pas déjà mortes. Le coeur de Stefan manqua se serrer bien malgré lui à cette pensée. D'ailleurs, pourquoi les traquaient-elles? Pour Katherine, c'était simple. C'était un monstre, séducteur et perfide, et qui aimait jouer, de surcroît. Et dire qu'il en était déjà tombé amoureux. «C'était à une autre époque», essaya-t-il de se convaincre.
Mais pour Adèle, il ne savait plus vraiment. Oui, elle était une hybride, une espèce qui leur était alors jusque là inconnue, donc incontrôlable et peut-être même plus sournoise que Katherine elle-même. Mais était-ce vraiment une nécessité de rapatrier toutes les créatures surnaturelles potentiellement dangereuses de l'Univers à Mystic Falls? Et exposer du même coup les habitants de la ville à un nouveau danger?
Stefan n'eut pourtant pas le loisir de répondre à cette question, puisqu'un bruit se fit entendre près de lui et brisa le fil de ses pensées. Tous ses sens en alerte, il fit un tour sur lui-même afin d'observer les environs, ainsi qu'un potentiel danger. Il cligna plusieurs fois les yeux de surprise lorsqu'il entrevit la silhouette d'Élena à travers les décombres. Mais il se ressaisit rapidement. Ça ne pouvait impérativement pas être elle, puisque la jeune femme était censée être restée auprès de Damon, et qu'il ne percevait pas son frère à ses côtés.
«Katherine», lui souffla une petite voix derrière sa tête. Oui, c'était bien elle, il aurait pu reconnaître son aura entre milles. Mais qu'est-ce qu'elle faisait là? Stefan s'élança à sa poursuite, mais elle parvint à se retourner avant même qu'il n'arrive à sa hauteur et ne l'aborde.
-Qu'est-ce que tu fais là? lui demanda-t-elle d'une voix éraillée.
-Je pourrais te demander la même chose, répondit-il d'un air faussement posé.
-Je saisis ma chance, expliqua simplement Katherine. Un avion qui crash, je me pousse.
-Désolé de te contredire, mais l'avion ne s'est pas écrasé, il n'a même pas eu le temps de décoller. Mais tu peux être bien certaine que je ne te laisserai pas t'enfuir comme ça.
-Attends, tu veux dire que... tout a explosé?
Il acquiesça.
-Et bien nous sommes mal barrés, tu peux me croire. Tout ça ne peut pas être un hasard.
-C'est ce que je me disais.
-Il y a un piège quelque part, ou nous ne sommes certainement pas seuls, expliqua-t-elle.
-Ça ne change rien à mes intentions, poursuivit Stefan.
-Au contraire. Je vais rester, et tu vas disparaître au plus vite. Considère ça comme une faveur que je te fais, Stef'. Faute d'avoir été mort, tu me remerciera plus tard d'être toujours en vie.
-Et qu'est-ce qui me prouve que je peux te faire confiance?
-Dis-moi, tu tiens à la vie? Il ne te reste pas encore des choses à accomplir, comme protéger Élena, ou même réparer les bêtises de ce cher Damon? Non?
Il resta silencieux.
-Tu ne me fera pas changer d'avis, déclara-t-il après un bref moment de réflexion où il avait failli la croire.
-Tu es un abruti. Pas même une once d'héroïsme, juste de la stupidité pure et simple.
-Peut-être. Je te conseille de me suivre, et sans discuter, car tu n'est pas en état de te battre ou même de me résister, fit finalement Stefan.
Et ils se mirent en route.
-Relève-toi, mon enfant.
Klaus semblait être une tout autre personne en présence de sa fille.
Celle-ci, à défaut de courber l'échine, baissa son regard au sol.
-Si j'avais su que tu étais encore dans cet engin, déclara-t-il, j'aurais tué Maddox de mes propres mains.
-Mais je suis toujours vivante, protesta-t-elle mollement.
Il eut un rire triste.
-Je ne parlais pas de ça. Tu empestes le verveine à dix milles à la ronde.
-C'est du pareil au même.
-Viens ici.
Adélaïde se rapprocha du bras que Klaus tendait vers elle, et il lui fit un signe de tête pour l'encourager. La jeune femme en porta le poignet à sa bouche, visiblement soulagée qu'il lui fasse une telle faveur. Deux canines émergèrent de ses gencives et elle mordit goulûment dans la veine battante pour en absorber le liquide bienfaiteur à longs traits.
Lorsqu'enfin elle s'arrêta, elle se recula de quelques pas et un sourire de satisfaction se dessina sur ses lèvres. Elle avait accomplit sa mission, n'était plus en danger imminent de mort et surtout, elle ne devait plus rien à son père.
Mais sa joie fut de courte durée.
Adélaïde poussa un hurlement guttural qui fit paniquer Élena un peu plus loin, toujours emmitouflée dans les bras de Damon, à la recherche de réconfort. Elle se plia en deux de douleur tandis que des gargouillements sonores s'échappaient de son ventre, et tomba finalement sur ses genoux, puis à la renverse, se tordant de douleur au sol. Son épaule mutilée de mit à saigner abondamment tandis que Klaus la regardait d'un air impassible, comme s'il avait prévu ce qui allait arriver. Des filets blanchâtres semblèrent pousser de la blessure, et la jeune femme gémit lorsqu'elle comprit ce qui lui arrivait.
-Pourquoi c'est si vite? hurla-t-elle.
-N'est-ce pas ce que tu souhaitais?
-Nom d'un... murmura Damon en apercevant le bras repousser à toute vitesse.
Élena retint son souffle elle aussi.
Au bout de quelques minutes, un membre tout neuf avait remplacé le moignon pourri, et la peau blanche d'Adélaïde était maculée de sang et de terre séchée. Elle se releva lentement, puis fixa son père dans les yeux.
Et Damon fut alors frappé par leur ressemblance. Même cheveux blonds, même yeux verts qui vous transpercent l'âme comme si vous n'aviez aucune valeur, même teint laiteux. Et peut-être aussi le même caractère sadique et intelligent. «Mais comment est-ce possible?», soupira-t-il intérieurement en pensant au fait qu'elle était la progéniture d'un vampire. D'un Original, qui plus est. Qu'avait réellement été sa mère, mise à part la sœur d'Isobel? Avait-t-elle enfanté en tant qu'humaine ou vampire?
-Qu'est-ce que tu es? lui demanda-t-il en sachant déjà une partie de la réponse.
-Toujours aussi curieux, Salvatore? lui répondit Klaus à sa place. Je sais ce que tu te demandes, et crois-moi, l'ignorance est une bénédiction.
-Et si j'en avais tout de même envie?
-S'il te plaît, Damon, ne le provoque pas pour rien, lui chuchota Élena.
-Tiens, le Double a retrouvé la parole? Je suis sûr que tous les détails de cette histoire t'intéresseraient, mais pour tes deux vampires, ça risque d'être une mauvaise nouvelle.
-Allez-y, fit une Élena plus sûre que jamais.
Après tout, ce n'était pas à une mauvaise nouvelle près que ça allait vraiment changer quelque chose.
-Non, s'objecta Adélaïde.
-Et pourquoi, mon enfant?
-Elle n'a pas à savoir ça.
-Tu ne crois pas que c'est de ton devoir d'empêcher d'autres créatures comme toi de voir le jour? C'est toi-même qui me l'a dit, il n'y a pas si longtemps. À moins que tu ne veuille leur expliquer par toi-même? Je te promets que tu pourras t'en aller, après, tu ne veux que ça depuis le début. Et c'est bien normal.
-Comme si j'avais le choix, murmura-t-elle dans sa barbe.
Élena et Damon se décollèrent l'un de l'autre pour enfin la regarder. Un air inquiet avait empreint leur visages.
-Bon, commença-t-elle à contrecoeur. Tu es une Petrova, cousine, mais je ne t'apprends rien en te disant cela.
-Qu'est-ce que ça a à voir?
-Et bien toutes les Petrova on un point commun. Toi, moi, Katherine, Isobel, Layla, et toutes les autres. Enfin pour ce qu'il en reste. Disons juste que nous avons la chance -ou plutôt la malchance- de pouvoir nous reproduire. Avec des vampires, s'entend. C'est une malformation génétique de famille, il semblerait.
-C'est une blague? demanda-t-elle incrédule.
-Toi qui a eu la chance de farfouiller dans les thèses de ma mère, fit-elle à l'intention de Damon. Dis-lui. Elle était peut-être une savante folle, mais elle savait ce dont elle parlait. Surtout si ça la concernait. Et les Petrova ne sont pas les seules, apparemment.
-Ce n'est pas parce que c'est écrit que c'est forcément vrai.
-Elle dit la vérité, fit une voix derrière eux. Et puis, Adélaïde est en quelque sorte une preuve vivante, non?
-Katerina Petrova, murmura Klaus en souriant.
Celle-ci émergea de la brume, Stefan à ses côtés.
-Stefan! s'exclama Élena en se jetant dans ses bras.
Au plus grand désespoir de Damon.
-Niklaus, quelle joie de nous honorer de ta présence, fit Katherine d'un air arrogant.
Mais intérieurement, la peur lui tordait les boyaux. Elle se trouvait stupide de ne pas avoir compris que c'était lui qui avait provoqué tout ça. Pour elle. Le début de la fin.
-Ce plaisir est partagé, Katerina. Près d'un demi-millénaire sans te voir, ne crois-tu pas que je me suis ennuyé? lui répliqua-t-il de son sourire sadique renouvelé. Tu es partie si vite, la dernière fois. Pas même un au revoir.
-Je ne crois pas que tu le méritais. Surtout après avoir voulu ma sacrifier.
-Et c'est bien pour ça que j'ai changé d'avis, aujourd'hui. J'ai le double vampirique et le double humain. Et tout ça a été bien trop facile. C'est pourquoi je vais faire durer le plaisir et te permettant de me fuir encore quelques temps, Katerina. Mais notre chère Élena n'aura pas cette chance, termina-t-il en se retournant vers elle.
Personne ne bougea ni ne parla. Klaus soupira.
-Adélaïde, très chère, fit-il sans même la regarder. Aurais-tu l'obligeance de terminer ton histoire et de répondre à leur dernier questionnement? J'ai assez perdu mon temps.
-Mais qu'est-ce que...
-Toi, la coupa-t-il. Monsieur Salvatore se demande bien sûr si tout cela s'applique à toi, continua-t-il en désignant Damon du menton. Si tu peux toi aussi enfanter d'un vampire.
-Oui, c'est possible Damon. Mais je ne sais pas comment ni sous quelles conditions.
-Layla ne t'a donc rien appris, mon enfant? Les Hybrides doivent se reproduire avec d'autres du même sang...
-Et de la même espèce, compléta Damon. Donc du même père ou mère.
-Tu connais bien ta leçon, Salvatore.
-Le hic est que je suis pas très fan d'insceste.
-Mais là n'est plus la question, mon enfant. Et maintenant mademoiselle Gilbert, je vous prierais de me suivre, nous avons un long chemin à faire.
Il s'était tourné vers Élena et lui tendait désormais la main, sachant pertinemment qu'elle ne l'approcherais jamais de son propre gré.
-Non, s'objecta une fois de plus Damon.
-Je vous trouve plutôt téméraire vu votre condition, monsieur Salvatore. Qu'auriez-vous de mieux à me proposer? le défia Klaus.
Il ne trouva évidemment rien à répondre, sinon de regarder le sol sous l'oppression des yeux verts de l'Originel.
-Moi, fit soudainement Stefan en émergeant de son mutisme.
Toutes les têtes sans exception se retournèrent vers lui. Klaus l'observa d'un air amusé.
-Stefan? s'alarma Élena en comprenant ce qu'il s'apprêtait à faire.
-Tiens donc, l'instinct suicidaire est de famille, on dirait bien. Vous vous offrez à moi en échange du Double, si je comprends bien? rigola-t-il presque.
-C'est exact, et je suis très sérieux, poursuivit-il tandis qu'Élena tirait sur sa manche.
-Ne vous méprenez pas, je considère réellement votre offre. D'autant plus que c'est vous qu'on appelait, à une époque, le boucher. Capable de terrasser tout une ville en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Toujours avide de sang, ajouta-t-il en souriant encore plus. Ça pourrait m'être très utile.
-Je ne suis plus comme ça.
Klaus partit d'un rire tonitruant, puis s'arrêta subitement en le regardant très sérieusement.
-Jamais les gens ne changent. Ils évoluent, tout simplement. Et ce n'est absolument pas permanent.
Il s'approcha lentement jusqu'à Stefan, qui peina à soutenir son regard.
-Toujours partant? Toi contre le double?
Il acquiesça.
-Et si moi je n'étais pas d'accord? s'imposa la jeune femme.
-Laisse-moi faire, s'il te plaît. Il ne m'arrivera rien.
-Non, Stefan! Il n'est pas question que je te laisse te sacrifier pour une histoire où tu n'est pas impliqué!
-Moi non plus, ajouta Damon.
-Tu ne peux pas dire que tout ce qui t'es arrivé de mal dans la dernière année n'était pas dû à notre présence. C'est exclus.
-Mais je...
-Non. Laisse-moi réparer mes erreurs, Élena.
-Je ne te laisserai pas faire ça sans broncher, frérot.
-Juste pour ça tu devrais être heureux, Damon. Je m'ôte enfin de ton chemin. Ce n'est pas ce que tu as souhaité?
-Plus maintenant.
-Il est trop tard, conclut Klaus. Notre marché est déjà conclut. Le double contre un Salvatore.
-Non! fit une Élena au bord des larmes.
-Un marché est un marché. Et puis, ce n'est pas comme s'il allait mourir. Vous le reverrez bien un jour. Disons juste dans une bonne petite dizaine d'années.
Elle hoqueta d'horreur à cette pensée.
«Au revoir», lui murmura Stefan en se reculant pour suivre Klaus, au bord des larmes.
Les deux disparurent à pas lent dans la brume, mais personne ne se risqua à les arrêter. Les larmes coulaient à flots sur les joues d'Élena et emplissaient ses yeux, si bien qu'elle ne voyait presque plus rien. Damon ne s'évertua pas à la consoler. «À quoi bon?». Adélaïde semblait figée, son visage ne laissant transparaître aucune émotion. Sauf une petite larme qui brillait au coin de son oeil, il qu'il manqua de ne pas apercevoir. Avait-elle tenue à Stefan à ce point? À moins que...
Un coup de vent passa et aveugla Damon.
Klaus.
Élena n'eut pas le temps de voir ce qui se passait.
La main de l'Original se glissa sous son sein gauche, et il s'enfonça jusqu'à ce que les côtes craquent et s'écartent sous ses doigts. Il palpa tout de suite le coeur chaud et mouillé de la jeune femme, qu'il s'empressa d'extirper hors de sa cage thoracique avec un bruit de succion. Avant même qu'elle n'ait pu réagir ou crier, il se pencha à son oreille et lui murmura quelque chose.
-Aucune close du marché ne précisait que le double devait être vivant.
Il se recula et s'adressa finalement à Damon.
-J'ai tout ce qu'il me faut, maintenant, fit-il en riant.
Du sang dégoulinait de sa main où le coeur d'Élena battait encore la chamade.
Et il disparut à nouveau.
Des lumières floues dansaient devant ses yeux. Damon se trouvait dans son champ de vision, mais ce n'était pas très clair. La jeune femme ne contrôlait plus tout à fait son corps ni son esprit, ses jambes peinaient à la maintenir debout. Comme si ça pouvait bien servir à quelque chose.
C'est là que le souvenir émergea de sa mémoire.
Il faisait sombre.
«Je t'aime, Élena».
Une larme perlait du coin des yeux azurs du vampire, tandis qu'elle restait impassible.
«Damon», pensa-t-elle.
C'était peut-être vrai, après tout, peut-être qu'elle l'aimait vraiment. Elle esquissa un léger sourire et ses jambes se mirent à flageoler. Quelle importance cela pouvait avoir, maintenant que ses forces s'évaporaient et que la vie s'échappait de son corps de pauvre petite Mortelle? Élena était tannée de se battre, elle ne pouvait se le nier.
Juste avant de sombrer, il lui vint à l'esprit que ce n'était peut-être pas la fin, mais bien le début de quelque chose de nouveau et de plus beau. Elle songea au fait que Damon était un être excessivement égoïste et que jamais il ne renoncerait à quoi que ce soit pour la ramener à lui, quitte à la transformer. Peut-importe les conséquences.
Ce sera difficile, plus que tout ce que tu as eu à accomplir durant toute ta vie, lui souffla une petite voix. Soit, ce serait un dur moment à passer, mais pas tout de suite. Plus tard.
Car là, maintenant, tout ce dont elle avait besoin était de fermer une dernière fois ses yeux sur le triste monde, car un repos bien mérité l'attendait. Dors, petit oiseau, demain est un autre jour.
Avant de s'écrouler, un frisson passa entre ses pieds et la Terre.
Dernier chapitre la semaine prochaine, promis!
Et laissez vos reviews, ça devient comme qui dirait nécéssaire :D
