14.

Un peu hésitant, Julo se tenait devant les doubles grandes portes en bois de l'appartement du capitaine de l'Arcadia.

- Il t'attend, Julo, fit doucement Clio. Permets-moi de te tutoyer, en ami d'Alphie.

- Mais, me pardonnera-t-il ce qui s'est passé ?

Une communication en provenance de l'Infirmerie de l'Arcadia les interrompit. La voix de Doc Machinar retentit.

- Viens vite, Albator, je dois renvoyer Alphégor en chirurgie.

- J'arrive !

Les Docs de l'Arcadia et du Karyu avaient assuré Albator de l'état stable d'Alphégor, et totalement vers la guérison cette fois-ci.

- Il demande une visite…, fit Machinar.

Albator eut un pas en avant.

- Il réclame Julo ! compléta le Doc du Karyu.

- Bien, accepta Albator en s'effaçant devant le nouvel ami de son fils.

- Capitaine, je n'y suis pour…

- C'est sa volonté. Allez-y.

- Merci.


Le grand pirate borgne et balafré, redouté de plusieurs empires conquérants demeurait dos tourné à son visiteur.

- Alphie se repose, informa Julo. Les Docs lui ont permis de se tenir dans une chaise longue, dans les jardins du Karyu. Il va mieux.

- Je sais.

- Alphie va sur une entière guérison, même si cela prendra des semaines. Il est hors de danger.

- Je sais. Il a besoin de vous, capitaine Albator !

- Je sais.

Albator se retourna enfin, fixant Julo dans les yeux.

- Alphégor est désormais sous notre responsabilité. Je suis son père, vous êtes son ami. A nous de nous assurer qu'il n'arrive plus jamais ce…

- Pouvons-nous préjuger sur l'avenir ? remarqua Julo.

- Non, avoua Albator. Mais Alphégor est ce que j'ai, et vous, ce que nous avons de plus cher. Vous veillerez sur lui, quand je ne lui puis ?

- Je vous le jure !

- Je sais ! sourit enfin Albator, main amicale et à jamais sincère tendue vers Julo.

Et les deux hommes scellèrent ainsi un accord à vie indestructible.

Clio eut un soupir de soulagement et entreprit un chant doux et enfin chaleureux sur sa harpe.


Bumblebop ayant présenté un plateau avec pichet d'eau et verre, Alphégor s'était servi.

- Merci, Bumb. Mais puis-je boire, ça ne va pas faire sauter mes sutures internes ?

- Machinar a assuré que non, fit son visiteur de la République Indépendante. Tu es en bonne voie de guérison, filleul ! Je peux m'asseoir ?

- Ce sont tes jardins, et tu es déjà assis, Warius ! remarqua le jeune homme.

- Oui, j'aime prendre mes aises. Tu as des couleurs aux joues, mon neveu préféré, et tu sais que tu n'es pas le seul ! Tu vas bientôt pouvoir mieux marcher, entamer la rééducation pour tes jambes.

Alphégor passa la main sur son front.

- Un souci, Warius, que tu viennes me voir ?

- Ton père et Julo, ils…

- Je devine. Plus tard, je suis trop fatigué que pour jouer le shérif entre eux !

Le jeune homme eut comme un hoquet.

- Je crois que je vais vomir…

Et soutenu par son parrain, Alphégor se vida l'estomac, encore avec trop de sang dans ce qu'il rejetait.


Se levant en pleine nuit chronologique, Albator enfila une robe de chambre et entra dans celle de son fils.

- J'ai toqué, Alphie, ça va ?

Albator s'approcha du lit où son fils s'agitait, en plein cauchemar indéterminé.

- Je suis là, mon fils.

La main sur son front paraissant l'apaiser, Alphégor se calma, souple et détendu sous les draps du lit pour une fin de nuit tranquille.